Réforme des ports: Marseille devra composer
avec l'opposition de la CGT
( Lundi, 14 janvier 2008 )
La réforme des ports autonomes annoncée lundi par le Premier ministre était réclamée depuis des mois à Marseille, premier port de France, par de
nombreux acteurs politiques locaux ou de la filière portuaire mais la CGT départementale a déjà critiqué l'orientation sur la privatisation des activités de manutention.
Personne n'a oublié à Marseille la grève qui s'est produite sur le terminal méthanier en cours de construction que la CGT a bloqué pendant dix-huit
jours en mars 2007, pour obtenir l'emploi de quatre agents à statut portuaire sur le terminal concédé à Gaz de France.
Sur le terminal à conteneurs de Fos 2xl, en cours de construction et dont l'exploitation a d'ores et déjà été concédée par le Port autonome de
Marseille (Pam) à Port Synergy (groupement CMA-CGM/P&O Ports) et à l'armateur italien MSC, la question de la privatisation des emplois des grutiers et des portiqueurs, a longtemps été
taboue.
Sans attendre l'arrivée de ces concessionnaires privés qui demandent à employer leur propre personnel, la CGT avait dès le départ dénoncé un
"remake" de ce qui s'était passé en 1992, lorsque les dockers qui transportent vers les camions les conteneurs que les grutiers ont déchargé des navires, étaient passés sous l'autorité des
entreprises de manutention.
Lundi, la CGT du Pam et l'UD-CGT des Bouches-du-Rhône ont immédiatement dénoncé la future réforme. "Nous sommes fortement opposés à ce qui vient
d'être annoncé", a laconiquement déclaré le secrétaire général de la CGT du PAM, Pascal Galeoté, tandis que l'Union départementale a jugé choquant que le Premier ministre annonce cette
privatisation des activités de manutention "sans aucune discussion avec les organisations syndicales".
En revanche, les acteurs économiques locaux se sont réjouis. Ils ont multiplié les interventions, rapports à l'appui, pour que la réforme portuaire
promise par Nicolas Sarkozy en juillet déjà à Marseille, devienne effective. Avec à la clé, le souci de voir Marseille cesser de perdre du terrain sur la concurrence, notamment pour le trafic
conteneurs où elle n'occupe plus que la 30e place.
Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille Provence, s'est félicité de cette décision "susceptible d'influer
fortement sur l'avenir du Pam". M. Pfister espère que la réforme concernera l'ensemble des terminaux, y compris pétroliers et gaziers. Il en attend également "un poids accru des collectivités
locales et une entrée des acteurs privés dans le conseil d'administration".
Pour le directeur du port Guy Janin, "François Fillon a insisté sur la transparence du processus", en expliquant que "personne ne sera laissé sur
le bord du chemin, et avec l'objectif de créer 30.000 emplois". "C'est un argument fort pour tout le monde" a-t-il dit à l'AFP.
Côté politique, en accueillant le Premier ministre, le sénateur-maire UMP Jean-Claude Gaudin s'était fait insistant: "Marseille a besoin de la
réforme des ports" a-t-il lancé, remerciant ensuite François Fillon des annonces faites.
Son rival dans la course des municipales à Marseille, le socialiste Jean-Noël Guérini, a estimé que l'actuel maire "a fait venir François Fillon
pour avoir un soutien à sa candidature". Réaffirmant son accord à l'investissement privé, il a jugé que "cette visite n'amène rien. Pas de calendrier, pas de concret, sinon un catalogue
d'intentions, très vague, très flou". Avant d'ajouter: "J'ai l'impression que l'on cherche, une fois de plus, à agiter un chiffon rouge, comme si l'on rêvait secrètement d'un
conflit".
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