Il n'est donc pas iunutile de rappeler ce qu'écrivait Michel Stefani dans Terre Corse du 1° décembre 2007, ni l'article de Noël Graziani.
Editorial TC 1° décembre 2007
Vérité et justice
Le 8 février 1998, après l'assassinat du Préfet Erignac, les Corses sont massivement descendus dans les rues de Bastia et Ajaccio pour montrer leur traumatisme et condamner cet acte. Cet homme, parce qu'il était le plus haut représentant de l'Etat, venait d'être abattu de sang froid de trois balles dans la nuque. Les forfaitures inacceptables de son successeur, comme les errements des services de police dans l'enquête, ne peuvent en atténuer le caractère abject et lâche de ces faits.
Aujourd'hui, par delà les imperfections de l'instruction, Yvan Colonna doit faire face aux premières dépositions des autres accusés dont les rétractations tardives sèment trouble alors que la responsabilité de l'exécution du préfet ne sera endossée par Pierre Alessandri qu'après sa condamnation à perpétuité.
Madame Erignac et ses enfants n'attendent pas réparation, c'est impossible. Ils réclament avec dignité vérité et justice. On ne peut que partager cette exigence qui est également un enjeu de démocratie pour la Corse. Cela ne s'oppose pas au respect de la présomption d'innocence d'Yvan Colonna, d'autant que le concernant elle fut bafouée à la tribune d'un meeting politique par l'actuel président de la République à l'époque encore ministre de l'intérieur.
Cependant, force est de reconnaître que les droits élémentaires de la personne ne furent pas respectés par les assassins de Claude Erignac. Au regard du degré de développement d'une civilisation, autant dire que cet assassinat prémédité nous renvoie à l'époque moyenâgeuse.
Pour autant, dégager une analyse critique de sa dimension politique est nécessaire dés lors que l'accent est mis sur celle-ci. Après des années de guerre fratricide entre branches clandestines de la mouvance nationaliste, il s'agissait, apparemment, de créer un choc pour en sortir et remettre la revendication indépendantiste au centre du débat politique en pleine campagne des régionales.
Alors effectivement si l'acte n'a rien de glorieux, le cheminement vers celui-ci est le fruit du nationalisme lui-même et de la logique qu'il a engendré selon des principes facteurs de dérives graves et persistantes. Pierre Poggioli, figure historique du mouvement nationaliste corse ne disait-il pas que le FLNC avait "enfanté des monstres" bien avant ce sinistre soir de février 1998 ?
Force est de constater que les différentes organisations se réclamant du nationalisme n'ont pas été en mesure d'enrayer cette mécanique mortifère. Les frustrations dues à des négociations occultes menées au grès de tactiques politiciennes, les manipulations politiques par des pouvoirs cyniques, on se souvient de Tralonca, ne peuvent servir de justification.
Est manipulé qui est manipulable. C'est pourquoi il était, et il demeure toujours décisif, d'élucider les nombreux meurtres qui ne le sont encore, notamment ceux qui ont causé la mort de nationalistes, pour satisfaire là aussi à l'exigence de démocratie et de justice.
Les Corses aspirent après des années de plomb à un fonctionnement normal, transparent, serein de la société insulaire auquel le terrorisme fait obstacle en dévoyant ou en étouffant le mouvement populaire porteur de transformation sociale.
Rarement, la Corse a connu de mobilisations populaires aussi fortes que dans les grandes luttes sociales. Pourtant ce 8 février 1998, plus de 40 000 personnes descendront dans les rues de Bastia et Ajaccio pour exprimer résolument le refus des dérives du nationalisme poussées à leur paroxysme avec l'assassinat du préfet Erignac.
Ce retour en arrière, sur des événements dramatiques, invite à réfléchir sur le présent et l'espoir d'un autre avenir pour la Corse. Sans opposer le Corse au continental, l'ouverture de cette perspective passe par le rassemblement de celles et ceux qui aspirent à des changements de société conformes à leurs attentes dans les domaines de l'emploi, des salaires, du pouvoir d'achat, de la santé, du logement, de l'éducation et du service public.
Transparence, démocratie et progrès social sont ainsi les éléments constitutifs d'une démarche politique dont la Corse a besoin pour s'opposer efficacement aux effets d'un libéralisme dévastateur et pour préserver durablement une identité, un patrimoine, culturel et environnemental, remarquables. L'action démocratique et populaire est le seul instrument de cette démarche citoyenne qui permet à chacune et chacun d'être acteur de son propre avenir.
Les luttes sociales de 1989 et 1995 pour le pouvoir d'achat, celles plus récentes pour les retraites et la fonction publique, la forte mobilisation après l'assassinat du préfet le démontrent, comme elles ont montré et montrent aujourd'hui une Corse solidaire, généreuse et déterminée dans son combat démocratique pour une vie meilleure.
Dans les conditions politiques actuelles, aucune formation ou organisation politique, à fortiori clandestine, ne défendra les intérêts du peuple aussi bien que le peuple lui même. Cette existence là, autonome et consciente du peuple, ne provient ni d'un décret, ni d'une reconnaissance juridique. Pourtant c'est elle qui lui attribue un rôle incontournable et déterminant.
Michel STEFANI
Procès d'Yvan Colonna
Accusé d’avoir tiré sur le préfet de Corse il y a près de dix ans, Yvan Colonna comparaît devant les magistrats de la cour d’assises spéciale de Paris.
Près de dix ans après l’assassinat de Claude Érignac, Yvan Colonna, accusé de l'avoir exécuté de trois balles dans la nuque, le 6 février 1998 à Ajaccio, comparaît devant la cour d’assises de Paris, spécialement composée de sept magistrats en raison de la qualification d’acte de terrorisme. Ses six complices présumés ont été condamnés en juillet 2003 lors du premier « procès Érignac » à des peines allant de quinze ans de réclusion à la perpétuité (1). Deux autres, Vincent Andriuzzi et Jean Castela, présentés comme les cerveaux de l'opération, ont été acquittés en appel le 22 février 2006.
Si Yvan Colonna comparaît seul aujourd’hui, c’est que la police ne l’a appréhendé qu’au terme de quatre ans de cavale et d'une enquête calamiteuse polluée par une guerre de chefs à la tête des services de police. Depuis son arrestation, le 4 juillet 2003, celui qui fut « l’homme le plus recherché de France » clame son innocence. Il assure que le soir du drame, loin d’avoir pris la fuite, il cherchait dans la montagne des chèvres égarées. Ensuite, il n’a plus donné aucun signe de vie, parce que, il se considérait « condamné d’avance ».
L’interpellation a eu lieu alors que ses amis étaient jugés devant les assises. Un premier procès que les juges refuseront d'interrompre malgré ce rebondissement. Conséquence de cette disjonction, Yvan Colonna doit répondre, quatre ans après ses coaccusés, d’« assassinat en relation avec une entreprise terroriste ». Il est également renvoyé pour l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella, le 6 septembre 1997, au cours de laquelle l’arme du crime avait été dérobée.
Pour l’accusation, Yvan Colonna appartient bien au « groupe des anonymes » : des militants nationalistes déçus par les affrontements fratricides au sein de leur mouvance et qui ont planifié cet assassinat avec l'objectif d'en sortir ainsi. Ce sont eux qui le mettront en cause dès le mois de mai 1999. Tous l’ont désigné comme étant le « tireur ». Tous se sont rétractés après octobre 2000 alors qu'Yvan Colonna avait envoyé une lettre affirmant son innocence à l’hebdomadaire nationaliste U Ribombu, les uns le feront devant le juge d’instruction, les autres au cours de leur procès. Finalement, Pierre Alessandri, condamné à perpétuité, s’accusera en septembre 2004 d’être le tireur.
Reste que sans aveux ni éléments matériels, contrairement aux autres accusés, la présence d'Yvan Colonna sur le lieu du meurtre n'est pas établie. Mais pour la veuve du préfet, Dominique Érignac, et ses enfants, il ne fait aucun doute que c’est bien l’assassin de leur mari et père qui est assis en face d'eux.
Devant une cour d’assises, c’est l’intime conviction des juges qui compte. Pas l’absence de preuve matérielle. Depuis sa cellule, Yvan Colonna a préparé sa défense, il a d’avance accusé cette « justice d’exception » de partialité. Il a déjà attaqué Nicolas Sarkozy devant les tribunaux, l’accusant d’avoir ignoré sa présomption d’innocence lorsqu’il se félicitait, en tant que ministre de l’Intérieur, de l’arrestation de l’« assassin du préfet Érignac » à la tribune d'un meeting.
Pour la famille de Claude Erignac, pour la Corse et la démocratie il est impératif que la vérité soit établie et la justice affirmée.
Noêl Graziani
(1) Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, ont été condamnés à la perpétuité comme coauteurs du crime, Didier Maranelli à vingt-cinq ans de réclusion, Martin Ottaviani et Marcel Istria à vingt ans. Joseph Versini à quinze ans.
1° décembre 2007



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