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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 14:08
ou l'on voit que le salafisme est le fruit de frustrations =sociales= et non pas culturelles, authentiquement françaises

ou l'on voit que le salafisme est le fruit de frustrations =sociales= et non pas culturelles, authentiquement françaises

Avec 30 ans de crise économique et l'absence de boulot dans les quartiers, l'appel pour un au dela meilleur a remplacé comme mode de socialisation les mobilisations CGTistes des générations du plein emploi qui luttaient pour un ici-bas meilleur ....

Les dérives djihadistes de la jeunesse nous renvoient à la gueule nos propres problèmes...

Les musulmans entre sécularisation et rigorisme

LE MONDE | 19.09.2016 à 10h36 • Mis à jour le 19.09.2016 à 12h17 | Par Cécile Chambraud

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C’est une radiographie des musulmans de France comme il n’y en avait encore jamais eu et qui permet de faire apparaître des réalités derrière les controverses et les conjectures qui ont envahi le débat public. C’est aussi une étude dont les conclusions et les interprétations formulées par ses auteurs prêteront immanquablement à débat. Les données de la riche enquête conduite par l’IFOP à la demande de l’Institut Montaigne frappent d’abord par l’ampleur de l’adhésion (28 %) en France à un islam d’affirmation, critique de la laïcité, d’abord soucieux de la loi religieuse. Il est qualifié de « fondamentaliste » et de « sécessionniste » dans le rapport. Et si la majorité des musulmans ne s’y reconnaissent pas, pas moins de la moitié des 15-25 ans, eux, se rangent dans cette catégorie. Il s’agit donc d’une tendance générationnelle lourde, qui touche les jeunes de manière puissante, dans un paysage religieux par ailleurs très différencié.

Pour explorer ce paysage, les enquêteurs ont posé plusieurs dizaines de questions à un échantillon de 1 029 personnes de 15 ans et plus se disant de confession musulmane (874) ou, sans se dire musulmanes, ayant au moins un parent musulman (155). Cet échantillon est extrait d’un plus vaste de 15 459 personnes. Cette enquête apporte des informations que l’interdiction légale de collecter des données personnelles religieuses – entre autres – rend très difficiles d’accès en France.

Elle permet ainsi d’évaluer la part des personnes de plus de 15 ans se disant musulmanes à 5,6 % de la population globale et à 1 % celles ne se déclarant pas musulmanes tout en ayant au moins un parent musulman, et qui traduisent un processus de « sortie de la religion ». On ne peut pour autant extrapoler précisément le nombre de musulmans vivant en France, souligne Antoine Jardin, ingénieur de recherche au CNRS, qui s’est chargé de l’exploitation des données, car « on ne peut imputer une religion d’appartenance aux moins de 15 ans ». Les musulmans n’ayant pas de parents musulmans, c’est-à-dire les convertis, comptent pour 7,5 % de l’échantillon. Globalement, cette population est plus jeune que la moyenne (avec une moyenne d’âge de 35,8 ans contre 53 ans pour les chrétiens et 43,5 ans pour les sans religion), au point que la part des musulmans monte à 10 % chez les 15-25 ans. Elle est française de naissance à 50 %, par acquisition de la nationalité à 24 %.

Une pratique religieuse plus soutenue

Elle est surreprésentée chez les ouvriers et surtout chez les inactifs non retraités (parmi lesquels les lycéens, étudiants, jeunes à la recherche d’un premier emploi) et sous-représentée dans les classes supérieures du salariat. En dépit de cette origine sociale défavorisée, elle approche la moyenne nationale en termes de niveau de diplôme, même si une fraction importante (40 %) demeure sans diplôme ou avec un niveau inférieur au bac.

Les musulmans ont en commun une pratique religieuse plus soutenue que le reste de la population. Même si 30 % ne vont jamais dans une mosquée et si 30 % n’y vont qu’à l’occasion des principales fêtes, 31 % s’y rendent au moins une fois par semaine. La pratique de la prière est encore plus fréquente car elle est observée par des fidèles n’ayant pas une fréquentation assidue de la mosquée. Ainsi, la moitié de ceux qui ne vont dans un lieu de culte que pendant le ramadan observent les cinq prières quotidiennes, ainsi que 45 % de ceux s’y rendant moins souvent.

Deux éléments apparaissent comme de véritables marqueurs de l’identité musulmane, pratiquante ou non, tant ils sont partagés. Il s’agit d’abord de la viande halal, consommée exclusivement par 70 % d’entre eux et occasionnellement par 22 %. L’attachement à cette pratique conduit huit musulmans sur dix à estimer que les enfants devraient pouvoir manger halal à l’école.

8 sur 10 contre le niqab

L’autre marqueur est le voile. Quelque 65 % des musulmans de confession ou d’ascendance se disent favorables au voile et 24 % sont favorables au port du voile intégral, les femmes étant un peu plus favorables que les hommes dans l’un et l’autre cas. Cette approbation n’entraîne pas nécessairement une pratique : les deux tiers des femmes disent ne pas porter le voile, tandis que 35 % le portent, soit toujours (23 %), soit en dehors de leur lieu de travail ou d’étude (7 %), soit rarement (5 %).

Lire aussi : Grand imam, redevance sur le halal, cours d’arabe : les propositions de l’Institut Montaigne

L’opinion sur le port du niqab est un marqueur générationnel. Les plus de 40 ans y sont très nettement opposés (8 sur 10), tandis que cette pratique obtient un avis favorable de 40 % des moins de 25 ans. C’est aussi le cas d’autres sujets. Si une majorité des enquêtés répond oui à la question : « En France, la laïcité permet-elle de pratiquer librement sa religion ? », plus d’un cinquième répond non, proportion qui monte à près de 40 % chez les moins de 30 ans. En revanche, la polygamie, dont l’interdiction est considérée comme normale par 75 %, ne trouve pas un écho différencié selon l’âge. Mais les jeunes sont plus nombreux que la moyenne (deux personnes sur trois ne considèrent pas que l’on devrait pouvoir exprimer sa foi au travail) à être favorables à la manifestation du religieux au travail. Enfin, si un tiers des enquêtés refuse de faire la bise à une personne de sexe opposé ou de se rendre dans une piscine mixte, 92,5 % acceptent de se faire soigner par un médecin de sexe opposé (85 % des femmes) et 88 % serrent la main d’une personne de sexe opposé.

A travers le traitement statistique des réponses, les enquêteurs ont identifié six catégories partageant un même système de valeurs construisant leur rapport au religieux. Ces groupes s’étagent des personnes les plus éloignées de la religion, favorables à la laïcité, ne formulant aucune revendication d’expression religieuse dans la vie quotidienne, à ceux ayant une vision plus engagée, présentant « des traits autoritaires », c’est-à-dire « favorables à des normes sociales non discutables », selon la définition d’Antoine Jardin, souvent favorables au port du niqab, à la polygamie, critiquant la laïcité.

Islam identitaire des jeunes

In fine, soutiennent les auteurs, ces catégories pourraient être résumées en trois groupes. Le premier, représentant 46 % des musulmans de foi ou d’ascendance, regroupe les personnes n’ayant pas ou peu de revendications d’expression religieuse dans le quotidien et plaçant la loi de la République avant la loi religieuse tout en conservant une pratique religieuse très supérieure à la moyenne nationale. Le rapport les qualifie de « soit totalement sécularisées, soit en train d’achever leur intégration dans le système de valeurs de la France contemporaine ». Ils sont qualifiés de « majorité silencieuse ».

Le second groupe, représentant un quart de l’effectif, se trouve dans une situation intermédiaire, avec une forte pratique, souvent favorable à l’expression de la religion au travail mais ayant intégré la laïcité. Le troisième groupe, ces 28 % cités auparavant qui ne considèrent pas que « la foi appartienne à la sphère privée », est majoritairement favorable à l’expression de la religion au travail et conteste la laïcité. Le rapport de l’Institut Montaigne qualifie ce système de valeur de « clairement opposé aux valeurs de la République », de « sécessionnistes ». « L’islam est un moyen pour eux de s’affirmer en marge de la société », affirme la note.

A travers cette classification, on voit se dessiner une double polarité au sein de la population musulmane, dont l’étude souligne qu’elle est étrangère à tout communautarisme. L’une, la plus nombreuse, « s’inscrit dans un système de valeur et dans une pratique religieuse qui s’insèrent sans heurts dans le corpus républicain », deux tiers de l’échantillon jugeant que la laïcité permet de vivre librement sa religion. L’autre, très présente chez les jeunes générations, fait de la religion un élément structurant de son identité, valorisant les pratiques qu’il lui associe, parfois en opposition avec la loi (niqab).

C’est, au-delà des signes nombreux d’insertion de l’islam dans la société dont témoignent ces données, la signification et la portée sociale de cet islam identitaire des jeunes générations, cette sorte de « nouvelle fierté islamique » dont parle l’Institut Montaigne, qui est aujourd’hui au cœur des interrogations.

Cécile Chambraud
Journaliste au Monde

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