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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 12:14
sur france2 22h 35
 

Jean Ferrat, compagnon de route

Émission du 23/10/2016

 
 
 
Un jour un destin - Jean Ferrat

De sa voix grave, Jean Ferrat a chanté les sentiments et l’engagement, fidèle à ses idéaux communistes, revendiquant être « du côté des exploités » pour reprendre ses mots. Son répertoire et ses prises de position racontent finalement un bout d’histoire de France, celle d’un XXe siècle marqué par les guerres, la déportation, Mai 68, la censure, les grandes luttes ouvrières, les désillusions politiques et la chute du mur de Berlin. C’est cette époque que les équipes d’Un jour, un destin vous font revivre. Quel drame familial a-t-il vécu pendant la guerre ? 

« Chanteur populaire »... Sans faire injure à une poignée d’autres monstres sacrés - Brassens, Brel ou Ferré en tête - l’expression aurait pu être inventée pour Jean Ferrat. Ses détracteurs n’utilisaient pas encore le mot populiste, qu’on accommode aujourd’hui à diverses sauces, généralement plutôt aigres. Populaire, il l’aura été dans tous les sens du terme. Un chanteur « à textes » capable de remplir le Palais des Sports pendant trois semaines en 1972 (100 000 spectateurs !) et de connaître à chaque nouvel album le même succès public et critique malgré son retrait de la scène à 40 ans. Mais aussi un chanteur, le seul, peut-être, capable d’incarner le peuple, sans pose et sans condescendance, de raconter ses tragédies « Nuit et Brouillard », ses légendes « Potemkine », sa vie modeste « Ma môme », ses grèves et ses manifestations (En groupe, en ligue, en procession), ses mutations « La Montagne », ses espoirs « Cuba si », ses désillusions « Le Bilan »... La France que chante Ferrat « Ma France » en 1969 n’est résolument pas celle du général de Gaulle et de Georges Pompidou, ce qui lui vaudra d’ailleurs d’être banni quelque temps de la télévision et de la radio d’État. 

Une reconnaissance indéfectible envers le Parti Communiste

Quand, en 1963, trois ans après un premier succès « Ma môme », « Nuit et Brouillard » évoque la déportation et le génocide en pleine époque yé-yé, peu de gens savent que Jean Ferrat est né Tenenbaum et que son père Michel, alias Macha, Juif russe naturalisé Français, est mort à Auschwitz. Là-dessus, le chanteur sera toujours d’une grande discrétion, comme sur tout le reste : comment il a été planqué par des communistes pendant l’Occupation (de là une reconnaissance indéfectible envers le Parti communiste), comment il a arrêté l’école à 16 ans pour gagner sa vie comme préparateur en chimie, etc. Pas la misère. Seulement une vie de prolétaire et une conscience de classe. L’habitude d’ouvrir sa gueule, de se révolter, de ruer dans les brancards et d’assumer une fois pour toutes son camp : celui des exploités. Et rien ne le fera changer. Comme beaucoup, il se laisse prendre un temps par l’illusion castriste, il avale quelques couleuvres. Mais il sera toujours trop libre et trop indépendant pour se laisser encarter au Parti communiste. Et, à l’heure de l’inventaire « Le Bilan », en 1980, il ne mâchera pas ses mots... avant d’aller voter pour Georges Marchais au premier tour de l’élection présidentielle de 1981. Critique mais fidèle. Compagnon de doute... Mais la foule qui se pressait à Antraigues-sur-Volane, en Ardèche, quelques jours après sa mort, avait, elle, le sentiment d’avoir perdu un compagnon de route de l’existence.

Christophe Kechroud-Gibassier

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Published by BANDERA ROSSA
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