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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 08:03
LA VIE DU PARTI:Être utile à notre peuple, c’est détromper, rassembler, mobiliser face aux défis du capital financier
Être utile à notre peuple, c’est détromper, rassembler, mobiliser face aux défis du capital financier - Frédéric Boccara
 
Réponse à Pierre Laurent
 
Les arguments développés dans le texte que Pierre Laurent a mis en ligne sur son blog (ici http://www.pierrelaurent.org) méritent débat, c’est le moins que l'on puisse dire. Ils ne sont pas la simple répétition de ce qui s'est débattu jusqu’ici.

On y lit sous la plume du secrétaire national : « il y a mieux à faire [qu'un candidat communiste] en engageant tout de suite nos forces pour une nouvelle étape ». Telle est bien la question dont les communistes doivent être informés : il s’agit d’engager une « nouvelle étape », que celle qui consiste pour le parti communiste à présenter un candidat. Ceci alors même que la conférence nationale, formée de délégués de chaque fédération et instance plus que légitime, a pour l’instant donné son avis à 55,6% en faveur d’un candidat communiste.

Quelle est cette « nouvelle étape » qui nous est annoncée dans ce texte, alors même que ne l’avons pas décidée à notre congrès ?

- Premièrement, le grand écart voire l'incohérence. Dire que l’on appelle à voter pour Jean-Luc Mélenchon « tout en se lançant dans une campagne autonome affirmant nos propositions et notre démarche de rassemblement » est une affirmation qui n’engagerait que nous. Ce n’est pas le résultat d'un accord avec JLM. Ce n’est pas parce que l’on affirme que nous mènerons une campagne autonome qu’elle le sera en appelant à voter JLM. Cette affirmation évite le débat crucial qui est : est-ce viable ? est-ce lisible ? Et c’est là que les choses se corsent. D’abord, un peu de bon sens. Appeler à voter JLM, cela signifie dire aux gens que nous rencontrons : « votez JLM », cela veut même dire gagner des voix. Alors on va le faire, tout en disant que nous ne sommes pas d’accord avec lui sur sa vision des étrangers et de l’Europe, par exemple ? Sur la CSG ? Dans sa conception du pouvoir ? Dans cette hypothèse, ensuite, notre temps de parole médias est décompté parmi celui accordé à JLM et ses soutiens. Alors pour intervenir à la télévision ou à la radio, il faudra faire comment ? Demander l’autorisation à Jean-Luc ?

Sur le fond, depuis 5 ans c’était l’enjeu : développer une campagne et des initiatives autonomes, repérables, audibles et lisibles. Nous n’avons pas réussi à faire cela, ou plutôt cela n’a pas été fait, malgré des annonces de campagne. Qui peut croire que maintenant, dans les conditions de lisibilité les plus mauvaises nous arriverions à le faire ?

En psychanalyse, dire une chose et faire le contraire, c’est très connu, cela s’appelle une injonction paradoxale. Cela rend fou et paralyse ! Je ne veux pas cela pour le combat communiste ni pour mon Parti.

- Deuxièmement, répondre aux enjeux essentiels par un calcul électoral. L’essentiel, c’est ce qui se joue politiquement, dans la phase historique actuelle. La victoire de Trump, le Brexit, la montée des extrêmes-droites le soulignent mais aussi le remodelage de la direction du PS tandis que la masse des électeurs de gauche et des couches salariés (populaires et au-delà) sont en désarroi.

Tu as raison d’insister sur l’élection de D. Trump, sur la candidature E. Macron, sur l’opération de brouillard massif sur la responsabilité de la finance. Tu pourrais y ajouter Marine Le Pen qui, malgré un virage verbal sur les services publics, assène sa thématique nationaliste et celle du « coût de l'immigré » pour mieux masquer le « coût du capital » et le rôle actuel de la BCE en faveur du capital financier. C’est le levier massif pour détourner « la colère populaire ». Comme le dit Léopold Sédar Senghor, le raciste est quelqu'un qui se trompe de colère. Tu aurais pu ajouter aussi le défi de modernité réelle, lié aux formidables révolutions en-cours, technologique et informationnelle, écologique, monétaire, démographique, que le capital financier prétend relever en se parant des atours de la modernité. Ceci alors que nous voulons porter la recherche dune autre mondialisation, et celle d’une nouvelle civilisation commune à toute l’humanité.

L’ennemi commun, il nous faut le nommer. C’est le capital financier, pas le travailleur détaché, ni l’Allemagne. Et l’enjeu essentiel qui se joue est celui de la domination du capital financier, aussi bien en France qu’en Europe et dans le monde, y compris en Chine même. Cet enjeu, Jean-Luc Mélenchon l’ignore totalement ! Il lui substitue la dénonciation d’une « Europe allemande » et la revendication d’un « indépendantisme français ». Voilà qui exonère le capital financier. Ceci alors quil va redoubler dans son combat, à partir de la forteresse US pompe aspirante et refoulante des capitaux financiers du monde entier. Il faut voir aussi le défi réel majeur qu’il y a derrière : emploi, services publics, capacités de chacun, biens communs. Le faire percevoir, et faire monter la conscience et les exigences populaires là-dessus.

Ton argument pour refuser, alors, une candidature communiste est pour le moins saugrenu : pas un mot des idées à travailler et à faire avancer à l’occasion de la campagne. La crédibilité d'un candidat dans les sondages (mais sur quoi ? l'indépendantisme français de JLM sans un mot sur la finance ?) serait la seule boussole.

Pourquoi ton argument principal, après ces attendus (Trump, Macron, le néo-libéralisme), est-il un raisonnement disons tactique, à base de calculs purement électoraux ? de crédibilité sondagière (sil fallait se fier aux sondages, le Brexit naurait pas lieu, D. Trump aurait perdu et A. Juppé serait arrivé en tête, JP Chevènement aurait été au second tour de la présidentielle de 2002) ? Je ne suis pas d'accord. Il nous faut travailler nos idées auprès des gens et stimuler les luttes. La présidentielle est un levier pour cela. Mais il faut aussi ne pas pousser les gens à aller dans le sens contraire à nos idées sur des questions aussi fondamentales que l'internationalisme, ni vers une posture hyper délégataire. Il faut les détromper. Oui, dans ces « temps déraisonnables », comme le dit le poème, il nous faut à la fois rassembler et détromper !

Précisément, Fillon, que personne n’attendait, a construit son succès à la primaire de la droite sur un repérage enraciné dans les tréfonds du pays et de notre histoire ainsi que sur une expression précise et rigoureuse des pires choix de la droite réactionnaire. Face à ce danger, on a besoin, pour rassembler la gauche, d’une repérabilité et d’une bataille de fond sur les objectifs, les moyens, les pouvoirs nécessaires à une alternative répondant à ce que demande le peuple. Le Parti communiste est un pivot, il peut parler avec toutes et tous pour mener cette bataille, il n’a pas le droit de la déserter en laissant le terrain de la campagne présidentielle à des discours démagogiques flirtant avec le populisme et le nationalisme.

- Troisièmement, déformer. Pourquoi prétendre que l’option d’un candidat communiste ne serait pas une option claire ? Pourquoi sous-entendre un retrait impossible ? L’incohérence est pourtant du côté de mettre en avant le « rassemblement » de toute la gauche véritable et de soutenir jlm qui est une candidature qui refuse le rassemblement. Elle est de prétendre appeler à voter pour quelqu’un (jlm) dès le premier tour tout en ne partageant pas son programme sur des axes majeurs. L’option 2 est claire en revanche. C’est celle d’un candidat communiste pour « porter dans le débat nos propositions et notre démarche de rassemblement ». En même temps elle tient compte, d’une part, de la résolution adoptée par 94% des délégués à la conférence nationale, à savoir une option stratégique pour le rassemblement le plus large à gauche, et d’autre part du caractère très mouvant de la situation et de la présidentielle. Et donc cette candidature peut se retirer « si la situation l’exige », « sur la base d’un accord politique », pour une candidature « d’alternative à l’austérité telle que nous le proposons » et « après consultation des communistes », c’est à dire sous leur contrôle. Au contraire, l’option 1, c’est être entraîné dans la stratégie « du pire » qui est celle de Jean-Luc Mélenchon : laisser advenir le pire croyant en tirer les marrons. Le PCF a toujours refusé cette posture, et à juste titre, comme l’ont montré les années 1930.

- Enfin un mot sur un point qui n'est pas évoqué dans ce texte. J’entends beaucoup dire que nous n’aurions pas la force militante de mener une campagne présidentielle pour un candidat communiste ouvert. Mais par contre, nous aurions la force militante pour mener une campagne autonome ? avec Jean-Luc Mélenchon mais malgré lui et malgré les médias ? Une incohérence de plus.

En conclusion, pour reprendre ta formule, cher Pierre, « les choses sont pour moi de plus en plus claires » : tout se passe comme si tout avait été construit depuis longtemps en fonction de cette seule option d'appeler à voter Jean-Luc Mélenchon. Sinon pourquoi ne pas avoir respecté le vote du congrès en appliquant, par exemple au lendemain de la fête de l’Huma, les deux faces de la décision suivante indiquant que « les communistes travaillent pleinement à un tel processus [de candidature commune] ET à y engager un-e candidat-e pour y mettre en débat nos idées et y porter notre conception du rassemblement » ? (80% des congressistes ont voté en faveur de cet amendement, que j’ai énoncé moi-même en séance et que tu as accepté en séance au nom de la commission des amendements).

Les choses sont pour moi de plus en plus claires, un chantage est fait à la légitimité du secrétaire national : ne pas aller dans son sens remettrait en cause sa légitimité. Et d'ailleurs, comment pourrait-il soutenir une option qui irait dans le sens la disparition du parti, lui qui en est secrétaire national ? Mais il peut se tromper et aller dans la mauvaise voie, de bonne foi. Cette histoire, subliminale, de légitimité ce n’est pas le sujet. Le sujet c’est le débat, la décision de femmes et d’hommes libres, informés et responsables.

Car c’est bien la sauvegarde du PCF, non pas un appareil qui n’existe que chez ceux qui connaissent bien peu le PCF, mais ses idées, sa force, son organisation au service d’un peuple, ce qu’il représente dans toute la gauche comme force repérable, constante et tenace dans cette France et dans cette Europe.

Le sursaut est possible, les délégués des fédérations à la conférence nationale, les jeunes membres de notre parti, des syndicalistes et des intellectuel-lle-s ont confiance dans le communisme et dans le parti communiste français. C’est une force qui peut aller loin.

Le blog de Frédécric Boccara
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