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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 09:58
LA VIE DU  PARTIC'est le PCF qui est en danger [:

C'est le PCF qui est en danger [par Françis PARNY, membre du conseil national du PCF]

Les atermoiements de Pierre Laurent à la recherche d’une nouvelle union de la gauche continuent et risque de casser le parti communiste français. Il semble lui-même ne plus rien contrôler. Pour celles et ceux qui croient encore que nous ne sommes pas condamnés au capitalisme dans sa forme la plus absolue le choix est devenu simple, il faut rejoindre la France Insoumise et contribuer à cette révolution.

Les discussions et les décisions du PCF par rapport aux élections présidentielles de 2017 plongent l’ensemble des adhérents de ce parti dans un profond malaise.

C’est leur souveraineté qui est mis en cause.

La conférence nationale a voté majoritairement la désignation d’un candidat communiste pour 2017. Tous les militants et militantes communistes en votant peuvent corriger cela et ce serait bien mieux ainsi.

Mais on leur promet déjà que jusqu’au bout leur vote pourra être remis en cause si une candidature unique de rassemblement « à gauche » se dégageait.

Ainsi donc au PCF comme ailleurs le vote ne sert plus à rien. La démocratie dans le PCF est devenue formelle.

Par exemple de très nombreux militants et militantes souhaitent non seulement soutenir la candidature jlm2017 mais aussi participer à la campagne, participer à « la France insoumise » avec leur originalité de communistes. Mais cette option n’est même pas proposée au vote des adhérents comme si l’essentiel était de se distinguer de Jean-Luc Mélenchon, de se séparer de lui.

Il représente pourtant la candidature la plus naturelle dans la poursuite du Front de gauche et de l’humain d’abord qui ont été voulues par la direction du PCF précédant l’équipe de Pierre Laurent.

Les communistes sont désemparés de cette désorganisation des votes. Si un candidat communiste devait être désigné : quel serait-il ? comment ? Qui en discute ? Pouvons-nous être candidat nous-mêmes ? Quel temps cela nécessitera-t-il ? Quand seront nous en campagne ? Le ridicule ne tue plus mais l’indécision et le mépris des militants risquent de faire disparaître un « grand » parti.

Oui les communistes ne se sentent pas écouté. Déjà avant le congrès la motion de la direction avait recueilli 51 % seulement des voix. Pierre Laurent en avait conclu que les communistes avaient rejeté la primaire. Mais il n’en a nullement tenu compte puisqu’il continuait de proposer des primaires avec le PS, sans le PS, avec en EELV, avec les fondeurs etc… Est-ce si dur à entendre que les communistes ne veulent plus d’alliance avec le parti socialiste dans ses formes organisées.

Le tournant stratégique du congrès

Tous ces atermoiements sont liés au changement de stratégie décidé au congrès, le texte adopté appelant à « reconstruire la gauche ».

Mais cette orientation a été adoptée sans débat, sans réflexion collective sur le contenu même d’une telle formulation alors que la gauche désigne aujourd’hui ceux qui ont rejoint le camp libéral. La crise de la politique marquée par le désintérêt et l’abstention de ceux qui sont le plus en difficulté est la principale conséquence de ce ralliement des socialistes à l’ultralibéralisme. Il estompe le clivage entre la gauche et la droite. La démocratie en est détruite par manque tout simplement d’alternative au discours unique libéral.

Le pays est dirigé par une caste politicienne issue des mêmes écoles et passant allègrement du pouvoir financier au pouvoir politique et réciproquement. Tout ce manège gauche/droite se fait au service d’une oligarchie qui se renforce toujours plus et agrandi de façon abyssale les inégalités en plongeant des millions de personnes dans la misère, en sapant de plus en plus le principe d’égalité essentiel à la démocratie.

Mais comme dans « Good Bye Lénin ! » la direction du PCF nous fait vivre dans les années 70 comme dans un rêve éveillé. Ces années 70 dans lesquelles le parti communiste menait le jeu politique et proposait l’union de la gauche et le programme commun qui ont conduit à la victoire de François Mitterrand. Mais comme dans le film de Wolfgang Becker en 45 ans le monde a changé les rapports de force sont différents et Pierre Laurent reçoit camouflet sur camouflet des interlocuteurs « de gauche » auxquels il propose le large rassemblement et qui ont nul besoin du parti communiste français.

La stratégie du front de gauche initiée par la direction précédente à celle de Pierre Laurent était née d’une réflexion sur les difficultés du PCF dans les deux dernières élections présidentielles. Le risque d’une disparition de ce parti était posé. Dès lors le Front de gauche consistait à essayer de redonner une utilité nationale au parti communiste français. Cela supposait d’assurer notre autonomie à l’égard du PS et de rassembler largement celles et ceux qui voulaient rompre avec les logiques libérales et qui l’avaient exprimé majoritairement dans le vote sur le projet de constitution européenne en 2005. Cette ligne avait redonné confiance aux militants du PCF en leur redonnant une utilité nationale autour d’un projet humaniste et marxiste.  Le choix de la direction actuelle du PCF signifie l’allégeance au parti socialiste jusqu’à venir s’asseoir sur un strapontin à ses côtés. Cette orientation est passée « en douce » cachée par un débat de congrès intitulé « notre position sur 2017 ». Elle empêche aujourd’hui la possibilité à l’intérieur du PCF d’une issue favorable à un rassemblement alternatif à « l’union de la gauche » replâtrée.

Incapables de penser le Monde

On pourrait se demander pourquoi tant de cécité. Pour moi je pense qu’il y a une incapacité à saisir le monde dans son évolution. C’est un phénomène partagé par de très nombreux politiques mais ce qui m’intéresse moi c’est la bonne vue du PCF.

Le monde bouge, les formes de pouvoir politique se démultiplient mettant en cause les schémas traditionnels. L’ultra libéralisme triomphant génère un discours unique qui dans le monde occidental développé détruit toute démocratie. Il était stupéfiant Dimanche 6 novembre à FR3 midi d’entendre Nicolas Sarkozy indiquer que la hauteur des soutiens à Donald Trump aux Etats-Unis, révélaient à la fois une crise dans ce pays lié au discours unique et une absence d’efficacité des deux mandats de Barack Obama. Bien sur l’ancien président en conclu qu’il faut en France une « alternative forte » dont on peut tout craindre, mais le diagnostic est lucide et cynique.

La question écologique prend une ampleur qui nécessite que l’on réfléchisse à l’échelle mondiale aussi sur cette question. Le véritable aspect positif de la COP 21 est d’avoir permis de montrer qu’il était nécessaire que la totalité des pays de la planète s’entendent pour combattre réellement la crise climatique.

La jeune génération ressent cette nécessité d’une place nouvelle à la dimension écologique de la politique. Pour celles et ceux qui maîtrisent leur consommation ils vont même jusqu’à considérer leur responsabilité individuelle sur cette question. Le Parti de gauche a mis au point un projet intitulé « L’éco socialisme » qui réévalue la question écologique dans l’action politique. Quelle place le PCF fait-t-il à ces questions dans son projet ? Et pour marquer son entêtement, sa direction a voté cette année majoritairement pour le projet de notre dame des landes alors que jamais auparavant une direction s’était prononcé sur un projet de caractère régional.

Penser l’avenir de la France dans le monde suppose aussi de se débarrasser de toute pensée hexagonale exclusive. Il y a plusieurs façons de proposer le repli de la France sur elle-même. L’insistance à parler de la production française où l’édition d’affiches de communication « bleu blanc rouge » témoignent aussi d’un retour nostalgique aux années 70.

Nous sommes citoyens du monde et le monde est partout chez nous. Quelle tristesse d’avoir vu des politiques se chamailler pour savoir si les réfugiés installés place de Stalingrad venaient de Calais ou par. Non ils ne viennent pas de France mais du monde, de Syrie de l’Irak du Moyen-Orient de l’Erythrée du Soudan de l’Afghanistan etc…  C'est la guerre perpétuelle qui est responsable de cette situation et personne ne pourra arrêter ce mouvement de migration provoqué par le simple instinct de survie. Il faut donc poser la question de la migration au plan mondial et européen et inscrire l’action de la France dans cette donnée humaniste. La réaction des personnes interrogées à la suite de l’évacuation place de Stalingrad consistait à s’inquiéter du devenir des migrants.  

La direction actuelle du PCF se montre incapable aujourd’hui de pointer ces évolutions mondiales majeures pour en déduire une stratégie nouvelle tournée vers l’avenir. C’est dommage car Pierre Laurent lui-même avait été en 2008 celui qui avait présenté un rapport d’ouverture au monde. Il a oublié tout cela et se tourne vers son passé sans voir le nouveau cycle politique dans lequel nous sommes.

Réussir la « France insoumise »

Il nous faut souhaiter que « la France insoumise » réussisse. Qu’elle soit la force autour de laquelle la recomposition politique se fera, une force qui accueille celles et ceux qui se situait à gauche et qu’on ne peut accuser d’avoir rejoint le camp d’en face. Cette France insoumise a peut-être des défauts elle constitue néanmoins la seule proposition politique qui permette de dépasser la crise du politique, la crise des partis, la crise de "la gauche", la crise de la démocratie en proposant de remettre le citoyen au centre du mouvement de transformation de la société.

Il faut croire à ce pari que Jean-Luc Mélenchon nous propose. Inventer de nouvelles formes en politique. En nous engageant dans la France insoumise en tant que communiste libre et indépendant d’une direction suicidaire, nous pouvons contribuer au rassemblement des couches populaires dans un tel cadre. Il faut nous tourner vers les abstentionnistes, celles et ceux qui ne croient plus à rien pour leur montrer que la proposition de la France insoumise est d’abord de leur redonner confiance dans leur propre action politique bien plus que de soutenir telle ou telle proposition concrète auxquelles la plupart d’entre eux ne croit plus. Plus que jamais démocratie et transformation sociale sont intimement liés.

Françis PARNY

Membre du conseil national du PCF

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Published by BANDERA ROSSA
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