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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 10:17
REMUE-MEninges:Guerre de tranchée sur des commérages dans un bac à sable Gérard le Puill

Guerre de tranchée sur des commérages dans un bac à sable

Gérard le Puill
Lundi, 31 Octobre, 2016
Humanite.fr
 
Photo Lionel Bonaventure / AFP
Une Tribune de de Gérard Le Puill. A quel niveau de décrépitude le débat politique est susceptible de tomber sous la présidence de François Hollande ? De la critique du comportement du chef de l’Etat faite par son Premier ministre jeudi, au « recadrage » soft du président le lendemain avant d’arriver aux commentaires de Stéphane le Foll puis à la réplique Manuel Valls le dimanche, nous avons assisté à une caricature de débat qui ridiculise les décideurs politiques en charge des affaires du pays.
J’étais en déplacement dans le Jura vendredi soir, puis à Chambéry dans le cadre de la fête départementale des communistes de Savoie. J’ai ainsi animé deux débats sur les enjeux climatiques à l’approche de la Cop 22 qui doit débuter le 8 novembre à Marrakech. J’ai pu constater une fois de plus que la prise de conscience grandit chez les citoyens quant à la nécessité d’agir sans attendre pour freiner le réchauffement climatique. Je suis revenu ce matin dans les locaux de l’Humanité pour découvrir en lisant les journaux que le débat entre les membres du gouvernement ne portait nullement sur ce sujet pas plus que l’emploi et la volonté du patronat de fermer des usines. C’est de ce second sujet qu’un militant de la CGT , invité à s’exprimer dans le cadre de cette fête des Allobroges très fréquenté »e cette année à Chambéry , nous a donné un aperçu en évoquant dans son département des exemples d’achats d’entreprises par des multinationales avec la volonté de les fermer pour aller produire dans des pays à bas coûts d main d’œuvre . Ce qui, au-delà des pertes d’emplois dans notre pays , débouche aussi sur un doublement du bilan carbone de ces productions délocalisées du fait que l’on casse une usine ici quand il faut en monter une autre ailleurs pour produire la même chose. Mais en se disant, du côté patronal, que l’essentiel est de faire plus de profits dès lors que les salaires sont cinq à dix fois plus bas dans le pays où la production est délocalisée.
A Chambéry aussi, Alain et Eric Bocquet ont débattu devant une salle de 200 personnes avec le sénateur de droite Michel Bouvard sur les moyens à mettre en place pour combattre la fraude fiscale estimée à entre 60 et 100 milliards d’euros par an pour la France à partir des commissions d’enquêtes auxquelles ils ont participé comme député concernant Alain , comme sénateur pour ce qui est d’Eric. Ils en ont fait un livre qui s’est déjà vendu à plus de 8.000 exemplaires en libraire(1). Un livre auquel le quotidien Le Monde consacre une critique dan son édition des 30 et 31 octobre.
 
C’est donc en rentrant chez moi, le dimanche soir vers minuit, que j’ai appris en suivant une chaîne d’info en continu ce qui faisait débat durant le week-end dans les salles de rédaction. Il s’agissait de la polémique entre Manuel Valls et les derniers soutiens de soutiens de François Hollande. C’était même devenu une guerre de tranchée … dans un bac à sable, là où jouent habituellement les enfants de un à cinq ans. Mais pour saisir la logique des échanges de ce week-end, il faut remonter au jeudi 27 octobre.
Ce jour là, dans le Falcon où il avait pris place avec des journalistes qui l’accompagnaient en Gironde, le premier ministre avait évoqué la « colère » et la « honte » qu’il avait ressenties en lisant certains propos tenus par François Hollande dans le livre de confidences confiées à deux journalistes du Monde sur plus de 600 pages (2). Valls disait aussi que le contenu de ce livre avait « provoqué un abattement chez les parlementaires socialistes » et « agi comme un révélateur » de l’impossibilité pour Hollande d’être candidat pour un second mandat à l’Elysée. Le Premier ministre disait encore qu’il faut savoir « nommer les choses » ajoutant à partir de là : « à cause de la situation politique actuelle, j’ai le sentiment d’avoir une responsabilité afin qu’on sorte le mieux possible de cette période très périlleuse(…) Il faut être responsable, loyal bien sûr vis-à-vis de ma famille politique, je le suis. Mais il faut être lucide et la franchise est utile parfois. Il y a un malaise. On ne fera pas taire les gens de gauche qui s’interrogent sur l’avenir ».
 
Le lendemain, le président de la République répliqua à sa manière, c'est-à-dire à demi-mots en disant ceci : « chacun doit être à sa tâche, moi je suis à la mienne, le Premier ministre aussi». Mais ce n’était pas suffisant pour mettre fin à l’expression des doutes chez les parlementaires socialistes. Député des Hauts de Seine, Sébastien Pietrasanta confiait au Parisien du 29 octobre à propos de François Hollande : « depuis 2012, j’ai voté tous les textes sauf l’article sur la déchéance de nationalité l’hiver dernier. Je suis ce qu’on appelle un député légitimiste, et il était notre candidat naturel. Mais avec ce livre, le président à tout cassé… ». D’autres se sont exprimés de manière encore plus virulente dans la presse, mais sous couvert d’anonymat.
 
Voilà pourquoi Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture et porte parole du gouvernement- mais longtemps collaborateur principal de François Hollande quand ce dernier était le premier secrétaire du PS- avait été chargé de circonscrire l’incendie en insistant sur l’autorité légitime du chef au Grand Rendez-Vous Europe1-Les E chos -I-Télé. Le Foll a donc déclaré ceci : « Le patron, jusqu’à nouvel ordre, c’est le président de la République. Il a été élu. Le patron qui a été élu en 2012, c’est François Hollande», a-t-il martelé avant d’être interrogé sur l’emploi du mot « honte » pas Manuel Valls. « Je n’ai pas senti de honte chez les militants. C’est clair», ajouté le pompier volant du président.
Mais cette sortie a conduit Manuel Valls à faire un nouveau commentaire, dimanche, depuis Abidjan, dernière étape de son voyage du week-end en Afrique : « Quand on est responsable politique aujourd’hui, il ne faut pas être dans le bac à sable, il ne faut pas être dans les petites querelles, il faut voir grand pour son pays. Très grand ». 
 
Voilà : Le Premier ministre, qui a ses propres motivations, a cru devoir dire ça pour tirer une sorte de conclusion définitive des confidences faites par un capitaine de pédalo devenu président de la République et qui , si on a bien compris les querelles politiciennes de ce week-end, s’est finalement envasé dans un bac à sable en fin de mandat pour avoir trop commenté son action et celle de ses ministres par des propos que l’on qualifiait naguère de commérages.
 
(1) Sans domicile fisc, Le cherche midi.
(2) » Un président ne devrait pas dire ça, Stock.

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Published by BANDERA ROSSA
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