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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 15:37
REMUE-MENINGES:Le blog de descartes"Je rends ma carte du Parti tous les soirs, je la reprends tous les matins" (Aragon)
Publié le par Descartes

"Je rends ma carte du Parti tous les soirs, je la reprends tous les matins" (Aragon)

 

Chers ex-camarades

 

Dans quelques jours, vous aurez à voter pour choisir le positionnement du PCF lors des élections présidentielles de 2017. La décision que vous allez prendre est capitale pour la survie du PCF en tant qu’organisation politique autonome, et c’est pourquoi je voudrais avant ce vote vous apporter quelques modestes éléments d’éclairage.

 

Certains parmi vous pourraient se demander pourquoi, n’étant plus membre du PCF depuis de longues années, je m’intéresse encore à ses affaires au point de vous adresser cette lettre. A ceux-là je répondrai que je n’ai jamais quitté le Parti. C’est mon Parti qui m’a quitté au début des années 2000, sous le règne d’UbHue Ier, lorsqu’il a décidé que le sort des LGBT et autres minorités agissantes était plus important que celui de la classe ouvrière, que les questions sociétales passaient avant les questions sociales. Mais j’ai toujours conservé l’espoir que mon Parti me revienne, et même dans l’état de déliquescence où il est aujourd’hui je verrais sa disparition comme un recul dans la capacité des couches populaires de notre pays à faire valoir leurs droits.

 

Au-delà des « trois options » qui vous sont offertes, l’alternative est à mon sens simple : soit le PCF est capable de s’insérer dans une logique qui lui permette de faire valoir sa spécificité lors du choix du candidat, du projet, du programme, des thèmes de campagne ; soit il ne lui reste plus qu’à disparaître dans une logique de ralliement inconditionnel à un mouvement où ces choix seront faits par d’autres et en dehors de lui. C’est aussi simple que ça.

 

Vous trouvez que j’y vais fort en parlant de « ralliement inconditionnel » ? Et bien, regardons les choses en face. Supposons que les militants du PCF choisissent de rejoindre la campagne des « insoumis » de Jean-Luc Mélenchon. Ils n’auront pas leur mot à dire ni sur le choix du candidat, ni sur le projet, ni sur le programme, ni sur les thèmes ou le matériel de campagne. Toutes les décisions seront prises – comme elles l’ont été jusqu’à maintenant – par le candidat et le petit groupe de fidèles qui tourne autour de lui dans la plus grande opacité. Il ne restera plus aux militants communistes qu’à coller les affiches et distribuer les tracts – rédigées par d’autres et qui bien entendu ne porteront que le logo du candidat – et à remplir les salles et les caisses, pendant que les décisions sont prises en dehors d’eux, par les « grandes personnes ».

 

Quant aux candidats aux législatives, ce sera le même tonneau. Désignés eux aussi par une « commission des investitures » dont on ne sait pas grande chose, ou par Mélenchon lui-même – comme l’ont été les 20 premiers candidats présentés il y a quinze jours – ils auront à signer une « charte » par laquelle ils s’engagent là encore à faire campagne sur les thèmes qui auront été choisis par Mélenchon et son équipe et en cachant dans leur matériel de campagne leur appartenance partisane.

 

En 2012, Mélenchon a raté l’OPA sur le PCF lorsque Marie-George Buffet n’a pas réussi à vendre aux militants du PCF la transformation du Front de Gauche en parti politique par fusion de ses composantes. Aujourd’hui, il essaye plutôt d’absorber le PCF en le privant de visibilité et surtout en montrant son inutilité. Car comment une organisation politique incapable non seulement de mettre sur pied une candidature portant son projet, mais incapable même de négocier ses alliances d’égal à égal, dans le cadre de concessions mutuelles pourrait prétendre à la moindre utilité ? A qui ira-t-on raconter après que cela a un sens d’accorder son soutien et sa voix à une telle organisation ?

 

Je sais que certains au PCF sont tentés de rejoindre les « insoumis ». Faut-il les blâmer ? On a tous besoin de croire, et l’église mélenchonienne avec ses rituels collectifs, les discours enflammés des ses grands prêtres et ses promesses d’un paradis à portée de main répondent à cette demande. Seulement, faites attention, camarades. Parce que – comme c’est le cas pour toutes les églises – derrière la façade gentillette se cache la lutte pour le pouvoir. Pour les plus anciens d’entre nous, le souvenir de la campagne mitterrandienne de destruction du PCF au début des années 1980 est toujours cuisant. Et la tactique choisie par Mélenchon aujourd’hui ressemble un peu trop à celle là pour qu’il s’agisse d’une simple coïncidence.

 

Bien sur, cela ne réduit en rien les responsabilités des directions du PCF, dont le carriérisme et la bêtise – appelons les choses par leur nom – ont affaibli le Parti au point qu’il est devenu une proie facile. Il y aurait beaucoup à dire sur la « fédéralisation » de facto du Parti qui a donné le pouvoir aux « notables », sur l’incapacité de penser la politique autrement qu’en termes de sauvegarde de réseau d’élus et de démagogie envers les « communautés », sur la pratique d’un « politiquement correct » étouffant. Mais le choix aujourd’hui n’est pas entre un mode de direction et un autre, c’est le choix entre existence ou disparition. Choisir les « insoumis », c’est disparaître. Et ceux qui voteront pour rejoindre les « insoumis » doivent en être bien conscients.

 

Alors, présenter un candidat communiste ? Pourquoi pas. Soutenir un candidat qui accepte de discuter avec le PCF d’égal à égal dans le cadre de concessions mutuelles ? C’est possible aussi. Je n’ai pas de préférence, même si je ne vois pas la deuxième option praticable à courte échéance. On m’objectera qu’un candidat communiste fera 2-3% à tout casser ? Ce n’est pas grave : mieux vaut faire 3% en défendant son projet que permettre à quelqu’un d’autre qui refuse de discuter avec vous de faire 10%... surtout quand cet autre veut votre disparition.

 

Descartes

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Published by BANDERA ROSSA
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commentaires

raphaël 03/11/2016 00:25

Bonjour à tous, salut à toi, rené.

Je suis militant au Parti de Gauche depuis sa création (formellement adhérent depuis 2011), après quelques années au PS (pour des raisons essentiellement locales), et membre de la direction de ma section départementale. A ce titre, je suis en contact permanent avec l' "état d'esprit" de la direction de mon parti, notamment vis à vis du PCF.
Et je voudrais commencer par démentir catégoriquement une idée phare de ton raisonnement: non, à aucun moment l'objectif de Mélenchon a été d'affaiblir ou d'absorber le PCF. Son objectif, et le notre au PG, a été de mettre sur rail un mouvement politique capable de disputer l'hégémonie du PS à gauche. Et donc au contraire de renforcer le PCF.
Quand j'étais au PS, j'entendais partout la même musique:" le PCF est notre idiot utile pour ramener vers nous les voix de ceux qui croient encore à la révolution. Alors qu'on sait bien, la réforme des retraites, les privatisations, tout ça, c'est inéluctable, etc, etc, ...". Crois-tu vraiment que si Chassaigne avait été le candidat du PCF en 2012, qu'il aurait fait les 2% de MGB, ou peut-être 3 ou 4, le PCF aurait pu s'appuyer sur un groupe parlementaire autonome pendant cette législature finissante? Non, il aurait été laminé, à moins de faire comme les écologistes et d'accepter d'avaler toutes les couleuvres que lui aurait servi Hollande. Et bien moi je suis bien content que les 11% de Mélenchon aient pu servir au PCF et au FdG pour gagner leurs députés par un rapport de force politique.
Ce que nous, PG mais aussi Ensemble, voulions alors, pour prolonger la dynamique de cette campagne, c'était non pas de fondre le PCF en le fusionnant aux autres organisations du FdG, mais de doter ce dernier d'un fonctionnement lisible pour tous ceux qui s'étaient investi dans cette campagne, notamment les "non-encartés" en leur permettant d'adhérer directement au FdG. De se doter d'un outil efficace pour défendre vis à vis des citoyens l'idée qu'une alternative à la résignation ambiante était possible.
Le PCF, tout au moins sa direction, a préféré rester sur l'idée d'un FdG "cartel de partis", où les décisions se prenaient en petit comité, et de plus à géométrie variable, afin de ménager notamment ces mêmes notables dont tu fustigies toi-même "le carriérisme et la bêtise", les emmenant à privilégier la soumission au PS plutôt que la fidélité au combat historique de leur parti.
Et malgré toutes les déconvenues que nous avons vécu, durant cette législature, nous, au PG, sommes toujours resté fidèles à cette idée, martelée de bas en haut de notre parti: l'union avec le PCF est la priorité. Parce que le PCF est le parti historique des travailleurs face au capital, parce que militants nous nous retrouvons toujours ensemble sur le terrain des luttes quotidiennes, parce que c'est ensemble que nous pouvons espérer remporter des victoires. C'est sûr, il y a toujours eu chez nous des voix pour clamer un anti-communisme, parfois "primaire", bête et méchant, le plus souvent sincèrement motivé par ces "trahisons de notables", mais elles ont toujours été endiguée par la fidélité à l'idée de l'union.
Et cela reste aujourd'hui encore le cas. La candidature "unilatérale" de Mélenchon a été provoqué par l'annonce tout aussi unilatérale de Pierre Laurent que le PCF allait participer à un processus de primaires visant à ce qu'il n'y ait qu'un seul candidat "de gauche" au 1er tour de la présidentielle. PS compris. Alors même que les composantes du FdG, dans l'opacité de fonctionnement du cartel, étaient en train de tenter de se mettre d'accord pour une stratégie commune. L'idée de voir ainsi disparaître l'idée qu'une alternative au PS était possible était inacceptable. La candidature de Mélenchon n'a certes pas été "démocratiquement choisie" par les militants du PG, mais tout de même validée par un bon paquet de signatures de citoyens, bien au delà de nos effectifs!
Et depuis, le processus enclenché, avec toutes ses imperfections, a permis quand même d'avancer sur un certain nombre de points. Notamment le programme, qui contrairement à ce que tu affirmes n'a pas été écrit par Mélenchon et son "cercle de fidèles". Certes, il n'y a pas eu de procédures démocratiques formelles de choix de tel ou tel positionnement, mais de l'avoir suivi je peux affirmer que les contributions des milliers de citoyens sur le site jlm2017 ont réellement eu un impact important sur le contenu du programme. Juste un exemple pour l'illustrer: Mélenchon et en général le PG ont "toujours" été favorables à l'idée d'un revenu de base inconditionnel, financé par l'impôt (la solidarité) et versé à chacun en complément des revenus du travail. Les réflexions de Bernard Friot sur le "salaire à vie" et le potentiel révolutionnaire du salariat et de la cotisation, plaçant le travail au coeur de tout processus d'émancipation, à la suite de ce que le PCF et la CGT ont imposé seuls contre tous à la Libération (la sécurité sociale), étaient au PG difficiles à faire passer, j'en sais quelque chose. Et bien sur le site de construction collective du programme des "insoumis", ces réflexions se sont largement imposées face à l'idée du revenu de base. Des auditions ont été organisées avec notamment B. Friot et des syndicalistes CGT, et dans le programme, finalement, ce sont bien ces pistes que l'on retrouve. Je pourrais dire la même chose pour l'agriculture, ou tous les autres sujets qui me passionnent: les propositions avancées par les contributeurs et les auditions des "experts" des domaines concernés (syndicalistes, chercheurs, ...) ont eu un impact très important sur l'écriture du programme. Et ce processus continue, et ne s'arrêtera qu'une fois la campagne officiellement lancée, alimenté par tous les "nouveaux arrivants" dans le mouvement.
Alors certes, sur certains points, les choix que nous avons validés à l'heure qu'il est ne sont peut-être pas partagé par le PCF. La sortie du nucléaire est certainement le plus "fort", encore que j'ai l'impression que la position des militants de ce parti évolue avec le temps (chez nous, le PCF est en pointe, bien plus investi que le PG, dans le combat contre le centre d'enfouissement de Bure). Il y a aussi le positionnement face à l'UE, mais là j'avoue que je ne te comprends pas. Tu milites sans cesse pour une sortie de l'euro mais tu préférerais voter pour un parti 'euro-réformiste" alors que nous affirmons clairement l'option de la sortie comme certainement nécessaire à la réalisation de notre programme. Et là-dessus aussi, je pense que les militants du PCF, après notamment "l'épisode Tsipras", ont évolué dans leur positionnement.
Dans tous les cas, tout reste à discuter, même si évidemment le travail déjà réalisé depuis des mois ne sera pas remis en cause fondamentalement. Mais comme lors de la rédaction de l'Humain d'abord (en petit comité, celui-là), des compromis sont possibles, par exemple le recours à l'arbitrage démocratique (référendum) pour les points qui resteront clivants. Et le coeur de notre programme est précisément la refonte profonde du fonctionnement de nos institutions et notamment des processus de choix démocratiques, pour que ceux-ci soient réellement ceux aspirés par les citoyens.
"Alors camarades communistes, nous n'attendons que ça que vous nous rejoignez dans notre tentative de "renverser la table", car nous savons que vous avez beaucoup à apporter.", voilà ce que j'ai envie d'affirmer aux lecteurs de ton adresse.
"Vous voulez participer aux choix stratégiques, des élus pour votre parti. C'est tout naturel, et les organisations qui nous ont déjà rejoint, la Nouvelle Gauche Socialiste, les collectifs "insoumis" issus d'Ensemble ou déjà du PCF, témoigneront que les choses se passent bien avec eux, qu'ils sont associés pleinement au processus. Le seul point qui est imposé est la nécessité d'une stratégie nationale d'autonomie conquérante. Il ne s'agit plus de peser pour négocier avec le PS, mais de construire un mouvement à vocation majoritaire, s'adressant au peuple dans son ensemble."