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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 17:54
 

Des moudjahidin à Daech, l’allégeance au djihad

Pierre Barbancey
Mercredi, 21 Décembre, 2016
L'Humanité
À l’est de Mossoul, Irak, 13 décembre, un membre des forces spéciales irakiennes pose avec une bannière appartenant aux militants de «	l’État islamique	». Photo : Reuters/Stringer
À l’est de Mossoul, Irak, 13 décembre, un membre des forces spéciales irakiennes pose avec une bannière appartenant aux militants de « l’État islamique ». Photo : Reuters/Stringer

Si tous les regards se portent vers l’organisation dite de l’« État islamique » (Daech), on ne peut ignorer que l’ensemble des groupes armés se réclamant de l’islam politique pratiquent la violence à grande échelle.

L’attaque au camion-bélier en Allemagne, faisant au moins douze morts, n’est évidemment pas sans rappeler les « conseils » prodigués par al-Qaida dans la péninsule Arabique (Aqpa). Dans son web-magazine,Inspire, en septembre 2014, on pouvait lire : « L’idée est d’utiliser un gros véhicule. Vous pouvez prendre un pick-up, le plus gros est le mieux. Pour faire des dégâts maximum, vous devrez rouler le plus vite possible en gardant le contrôle du véhicule pour avoir le maximum d’inertie et pouvoir renverser autant de gens que possible. » En Turquie, après avoir assassiné l’ambassadeur de Russie, le policier assassin a lancé : « N’oubliez pas Alep, n’oubliez pas la Syrie ! » après avoir crié « Allah Akbar » (Dieu est grand) et évoqué en arabe « ceux qui ont fait allégeance au djihad ».

Des actes sauvages et désespérés

Dans les deux cas, la piste islamiste ne fait aucun doute. Ce qui pose un certain nombre de questions. Évidemment, tous les regards se portent vers l’organisation dite de l’« État islamique ». Et il est probable que nombre de ses membres soient déjà sur le sol européen, prêts à commettre les attentats les plus odieux. Daech, ainsi qu’on l’appelle sous son acronyme arabe, est pourtant affaibli, à Mossoul (Irak), comme à Raqqa (Syrie). On peut d’ailleurs penser que plus l’organisation terroriste va s’affaiblir, plus les actes sauvages et désespérés vont se multiplier.

Ce qui s’est passé ces derniers jours montre néanmoins qu’il ne s’agit pas seulement de l’organisation de l’« État islamique ». Aujourd’hui, bon nombre de mouvements et de structures se réclament de l’islam politique. Pas toujours de la même manière que Daech mais la « philosophie » est la même, surtout le but politique à atteindre. On fait miroiter aux croyants le retour à un âge d’or bien mythique d’un islam retrouvé et surtout « purifié ». C’est bien là qu’on retrouve la racine commune de toutes ces structures : le wahhabisme venu d’Arabie saoudite. Si certains l’ont découverte récemment, cette doctrine s’est pourtant insinuée dans nombre de pays sous prétexte d’aide aux musulmans : éditions de Coran, construction de mosquées, accueil et formations d’imams… La CIA elle-même estime que Riyad a dépensé des centaines de millions de dollars dans ce but, depuis le début des années 1970.

Instrumentalisation politique

Attentats et atrocités n’ont pas commencé avec Daech et ne finiront pas avec lui, tant que les conditions politiques et sociales resteront le terreau privilégié de l’éclosion de telles organisations. Les moudjahidin afghans, déjà, bien que soutenus par les pays occidentaux, savaient manier le sabre contre les récalcitrants et le fusil contre les instituteurs employés par le régime communiste de Kaboul, coupables d’éduquer les filles dans les écoles. Les ressortissants algériens qui s’étaient engagés dans la lutte antisoviétique sont ensuite rentrés au pays. Les « Afghans », les appelait-on. Des bataillons venus renforcer les rangs des islamistes algériens qui, dans les villages, ont multiplié les crimes, les viols de femmes, les décapitations… Al-Qaida ensuite, notamment en Irak d’où est sorti Daech. Et puis, bien sûr, tous ces groupes armés islamistes qui se trouvent en Syrie. Leurs exactions vis-à-vis de la population dans les zones qu’ils contrôlent ressemblent fort à celles de Daech. Le danger n’est évidemment pas l’islam en lui-même, mais, comme pour toute religion, son instrumentalisation politique qui, de fait, communautarise les esprits dans un premier temps pour les manipuler totalement par la suite.

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Published by BANDERA ROSSA
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