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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 09:57

La Commune de Paris et l’Algérie

vendredi 13 avril 2012

 

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Alger en 1870

La Commune eut dans le monde un grand retentissement, et tout particulièrement dans le bassin méditerranéen.

LA SITUATION PRÉALABLE

À partir de 1865, Gustave Flourens se rendit en Crète pour y développer les idées de démocraties. Il fut le fondateur du journal L’Étoile d’Orient, que le gouvernement turc ne tarda pas à faire disparaître.

Pour la bourgeoisie de 1870, il était l’incarnation même du « spectre rouge », et elle le persécutait sans relâche. De tendance blanquiste, il fut admiré par Jenny Marx qui exprima ainsi son point de vue : « Gustave Flourens est une nature d’une très grande noblesse ; il a voué son cœur ardent et sensible à la cause des miséreux, des opprimés et des déshérités ; son noble cœur battait pour chaque nation, chaque tribu. »

Il fit aussi l’admiration du géographe Elisée Reclus. Ce dernier disait de lui : « Il voulait réveiller cet immobile Orient, qui ne dort pas toujours comme on le croit mais qui rêve. »

Victor Hugo, en 1870, contre les colonisateurs partant à la conquête de Cuba, rédigera un poème intitulé Serment des noirs devant le gibet de John Brown qui influencera la jeune Louise Michel.

C’est dans le journal Les Lettres Républicaines que l’on trouve de sévères condamnations du régime de Louis Napoléon Bonaparte, en particulier sur ce qu’il a fait subir aux couches laborieuses algériennes de 1868 à 1869. On y retrouve aussi les attaques contre Mac Mahon, alors gouverneur de l’Algérie, sur la volonté de concéder la terre aux petits colons pour la transformer en « îlots de citoyens jouissant de tous les droits. »

Nous avons connaissance de razzias faites par les troupes françaises en Algérie, et tout particulièrement en Kabylie.

Nous remarquons les déclarations du spahi Eugène Razoua qui devient, sous la Commune, le chef militaire de la place de Paris. Il écrivait : « Notre Algérie a une telle puissance de vitalité qu’en dépit des obstacles de toute espèce, des hommes et des choses, elle affirme une prospérité croissante. »

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Eugène Razoua

À Delescluze de reprendre : « On nous dira que la race arabe est réfractaire aux mœurs, aux lois françaises. Cet argument ne saurait nous toucher : rien n’est plus facile que de faire cesser cet antagonisme, en en supprimant les causes ; Qu’au besoin on impose des conditions à l’entrée des arabes dans la famille Française et bientôt l’Algérie verra briser les derniers obstacles qui s’opposent à leur bien-être, comme leur avancement politique, intellectuel et moral. »

À propos des déclarations des responsables communards, nous devons remarquer celle qu’a faite Jean Bruhat : « Mais ces gens se nourrissaient de déclarations remontant aux traditions qui s’étaient développées au XVIIIe siècle. »

Nous pouvons observer bien des contradictions s’appuyant sur une histoire révolue. Elysée Reclus, qui combattit les armes à la main dans la Garde nationale avait différentes appréciations sur l’Algérie ; il disait : « Non seulement elle (la nation conquérante) en a à faire le plus grand effort : assurer sa conquête ; Non seulement il fallut grever son budget annuel de dépenses supplémentaires mais aussi sacrifier son trésor plus précieux que l’argent, c’est à dire les hommes. Il était impossible que les événements d’Algérie n’eussent pas de répercussion dans l’histoire de France. » Il décrit avec assez de sympathie la vie des populations musulmanes d’Algérie et signale la cruauté des colonialistes français : « Maintenant de nombreuses injustices se commettent encore et les vainqueurs abusent toujours de leur force contre les faibles. » Cependant, il ne voyait pas pour l’Algérie une existence indépendante, autre chose que la France africaine.

La domination française était un fait accompli et quoi que l’on ait souvent répété le contraire, l’annexion de l’Algérie était un fait historique. Malgré des interventions isolées contre les méthodes cruelles de la politique coloniale, le mouvement révolutionnaire socialiste français ne parvint pas à se rapprocher du jugement porté par Friedrich Engels, qui clouait au pilori les colonisateurs français : « Depuis la première occupation de l’Algérie par les français et jusqu’à présent, ce malheureux pays est l’arène de massacres incessants, de pillage et de violences. »

Les tribus kabyles, pour qui l’indépendance est précieuse et qui placent la haine de la domination française au dessus de leur vie même, sont écrasées par des moyens terribles, des razzias au cours desquelles leurs biens et leurs demeures sont incendiés, leurs moissons piétinées. Les misérables créatures qui survivent sont massacrées ou doivent endurer toutes les violences.

Depuis sa conquête, en 1830, bon nombre de spéculateurs prirent pied en Algérie. Leur nombre ne cessa de se multiplier.

En 1866, on dénombre 22 600 immigrés contre 265 070 indigènes.

En 1870, une section de la Première internationale fonctionnait à Alger, sous l’impulsion d’André Bastelica, responsable de la Ligue du Midi ; Elle vivait surtout grâce à l’appui de la classe ouvrière métropolitaine.

L’IMPACT DE LA COMMUNE

L’annonce de la Révolution à Paris, dans la nuit du 4 au 5 septembre 1870, provoqua à Alger des manifestations révolutionnaires contre le Second Empire. Les chômeurs, les éléments petits-bourgeois ainsi que les immigrés français y prirent part. Dans la ville se formèrent des comités révolutionnaires.

Puis des clubs démocratiques firent leur apparition dans plusieurs villes d’Algérie. Une association républicaine fut créée, comprenant, entre autres, des proudhoniens, des fouriéristes et des néo-jacobins, le rôle dirigeant étant assuré par des démocrates petits-bourgeois. Ceux-ci eurent une attitude négative vis à vis de la population indigène, étant contaminés par un nationalisme français, ce qui entraina des mouvements contradictoires et interdit aux indigènes de prendre des initiatives en faveur de leur indépendance (les proudhoniens ignoraient totalement cette aspiration).

Le 24 octobre 1870, le gouvernement français nomma le général Chanzy gouverneur civil de l’Algérie, rattaché au ministère de l’Intérieur. Une manifestation dans laquelle se trouvaient des éléments français mais aussi de nombreux arabes l’empêcha de prendre ses fonctions. Ils s’emparèrent du palais du gouvernement et obligèrent la délégation française à se réfugier sur un navire de guerre ancré dans la baie d’Alger.

Le 2 septembre 1870, la chute de Sedan entraîna un grand mouvement révolutionnaire, surtout dans les grandes villes comme Alger, Orléansville, Oran, demandant la démission du gouvernement.

En mars 1871, la nouvelle que s’était constitué la Commune de Paris entraîna une insurrection en Algérie. La Kabylie toute entière était soulevée et commençait à déferler sur Alger, dégarnie de troupes. Le nouveau gouverneur, l’amiral De Gueydon, mit plusieurs semaines à juguler la révolte.

Mais la voie était tracée pour le combat pour l’indépendance, avec la constitution de l’Etoile Nord-Africaine, qui allait donner naissance au MNA (avec ensuite le FLN), et aboutir 90 ans plus tard à l’indépendance de l’Algérie.

GILBERT BERTOLINI

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Published by BANDERA ROSSA
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