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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 17:43

Hervé Mazure : « Notre message est simple, pas une voix pour le FN »

Laurence Mauriaucourt
Mardi, 28 Février, 2017

VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes) fédère notamment des militant(e)s de la FSU, de la CGT, de la CFDT et de Solidaires qui, depuis 1996 recensent, analysent, dénoncent les incursions de l’extrême droite et plus particulièrement du Front National sur le terrain social. Ce sont aujourd’hui 54 organisations syndicales et associatives qui  scrutent programmes, marchés publics, prises de paroles parlementaires... Entretien avec le président du collectif, Hervé Mazure. 

Vous observez à la loupe ce qui se passe dans les douze communes dirigées par le Front national, où les élus sont employeurs d’agents territoriaux et donneurs d’ordre via des marchés publics. Que tirez-vous de ces observations ?

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Hervé Mazure, président du collectif syndical et associatif, Visa. (Capture d&;écran)
 

Hervé Mazure – D’abord, nous analysons  que le discours du FN n’est pas le même partout. Il est modelé en fonction du contexte, des populations, des territoires où il veut s’implanter. Parce que l’électorat du Var n’a pas la même histoire et pas les mêmes  détresses, pas les mêmes colères que celui de l’Est de la France ou du Nord. Ils sont passés maîtres dans l’art du caméléon à des fins avant tout électoralistes. Cela se traduit par des politiques différentes en apparence. Par exemple, dans le Var, là où le fonds électoral frontiste est beaucoup plus réactionnaire historiquement, les politiques menées sont bien conservatrices, bien racistes. Alors que dans le Nord de la France,  ou dans l’Est, on observe plutôt des « dérapages » qu’une mise en place brutale d’une véritable politique frontiste. Tout y est plus caché. Même si la personnalité du maire d’Hayange,  Fabien Engelmann, qui déteste le monde syndical et en particulier la CGT parce qu’il en a été exclu, s’ exprime désormais au grand jour en s’attaquant ouvertement au représentant du personnel communal. Pareil à Hénin-Beaumont, où le maire, Steeve Briois a porté plainte pour diffamation contre le secrétaire de la section CGT des agents territoriaux. Dans le Var, la politique est beaucoup plus agressive. En matière d’attribution du logement social, par exemple, le critère de préférence nationale est à l’œuvre. Les subventions aux comités d’action sociale y sont abaissées, alors que c’est moins vrai dans le Nord de la France.

Le FN se comporte peut-être différemment parce qu’ il se sait sous vigilance plus forte dans certains endroits que d’autres, justement ?

Hervé Mazure -  Ce qui est certain, c’est que nous restons mobilisés. Parce que tôt ou tard,  là où ils ont le pouvoir, ils finiront par appliquer leur programme. D’ailleurs, quand je dis qu’ils ne mènent pas une vraie politique frontiste, je devrai plutôt  dire que celle-ci n’est pas visible à l’œil nu.  Car, ses avatars sont bien là.  Insidieux. Un exemple : .

Vous organisez des réunions en France. Ce mardi 28 février, c’est à Courrières, près d’Hénin-Beaumont dans le bassin minier du Pas-de-Calais que le collectif se réunit. Dans quel but ?

Hervé Mazure – Ce cycle de réunions a débuté le 29 janvier 2014 à la Bourse du Travail de Paris.  Dans l’unité syndicale très large (CGT, FSU, Solidaires, Unef…)  600 militants s’étaient réunis pour lancer une campagne  « Combattre l’extrême droite, ses idées, ses pratiques ». Ensuite, d’autres se sont tenues en région au plus près des villes occupées : du côté de Béziers, de Fréjus, d’Hayange.  Nous y entendons beaucoup de témoignages de fais et méfaits de l’extrême droite au pouvoir. Tant par rapport à la politique sociale que par rapport à la politique employeur. Cela permet des recensements, des échanges, et de trouver des moyens à mettre en place pour résister en fonction d’attitudes différentes selon les territoires, comme je le disais. Ces réunions sont aussi l’occasion de montrer que la prise du pouvoir par le FN n’est pas une fatalité. Quelles que soient les raisons qui ont conduit à cette prise de pouvoir, nous nous devons de le combattre, publiquement.  Mais, il faut savoir que le fait d’éplucher toutes les délibérations des conseils municipaux, tous les appels d’offres prend du temps. A chaque fois que le nom d’une entreprise apparaît, il faut alors consulter les organigrammes pour voir s’il y a collusion. Chaque semestre nous publions une chronique intitulée « Lumière sur mairie brune » qui fait état du fruit de nos recherches. Quand les premières ont été publiées sur notre site, dès 2015, des militants syndicaux locaux que l’ont ne connaissait pas ont proposé leur aide. Notre réseau d’informateurs vigilants s’est étoffé.  Comme quoi il y a des bonnes nouvelles dans la lutte contre le FN.  

En prise avec l’actualité des élections, vous livrez au fil des semaines un décryptage thématique du programme porté par Marine Le Pen, . Et l’on mesure à quel point, là aussi, la vitrine a changé, mais pas le fonds de commerce du FN…

Hervé Mazure – C’est frappant. Prenons l’exemple de l’âge du départ à la retraite. Le programme prévoit un retour à la retraite à soixante ans. Mais, avec quarante années de cotisation ! Autrement dit, quelqu’un qui  connait des interruptions de carrière ou qui commence à travailler à 22 ou 23 ans, ne partira pas en retraite avant 62, 63 ans voire plus ! Cela ne change donc rien aux réalités d’aujourd’hui. Pour rester sur le sujet des retraites, dans les années 95-2000, il faut se souvenir que le FN s’était positionné pour une augmentation de l’âge légal du départ à la retraite. Avec l’arrivée de Marine Le Pen, le slogan a changé, pour sembler plus proche des aspirations des salariés en espérant faciliter le basculement de leur vote,  mais le résultat pour les salariés reste le même.  En 2010, lors du conflit sur les retraites avec occupations d’usines et de raffineries, le Front national avait réclamé l’envoi des forces de l’ordre pour déloger les piquets de grève. On a bien vu que malgré la promesse des 60 ans qui apparaît nouvelle et sympathique, l’extrême droite est fortement opposée aux manifestants en lutte contre tout nouveau recul de l’âge de la retraite.  Quant aux parlementaires FN, ils ne sont intervenus dans les débats sur la loi El Khomri que pour la soutenir ou juger qu’elle était trop gênante pour le patronat. Sur les lois Macron et Rebsamen, à chaque fois, nous avons fait un dossier sur ce sujet, les parlementaires frontistes comme Collard, Rachline, sont intervenus pour défendre des positions les plus libérales possibles. Nous sommes bien face à une extrême droite.

Vous êtes d’accord avec l’idée que toute affaire qui est mise à jour mettant en cause des élus ou des militants d’extrême droite, renforce son électorat plutôt qu’il ne le dissuade ?

Hervé Mazure – Il y a deux électorats FN. D’une part le socle historique composé des poujadistes,  petits commerçants anti-impôts, catholiques intégristes, nostalgiques de l’Algérie française etc. Qui quoi qu’il advienne votera FN, même s’il arrive qu’il opère un aller-retour vers tel ou tel groupuscule d’extrême droite.  Cet électorat est profondément convaincu qu’il faut mener une politique basée sur l’autoritarisme, le racisme. L’autre partie de l’électorat est constituée de gens qui se trompent de colère.  Des gens écœurés, parce que chaque fois qu’ils ont mis un bulletin dans l’urne ces vingt ou trente dernières années, ils ont eu l’impression de se faire avoir. Leur vote FN est basé sur un « pourquoi pas elle » ? Pas elle, pas une voix, parce que jamais le FN n’a réellement défendu les ouvriers et les classes moyennes en réalité. Le raisonnement paraît simpliste, mais, aux yeux de cet électorat, en ne se présentant pas à la police dans le cadre de l’affaire des emplois rémunérés indûment par le Parlement européen, elle apparaît comme une star, une rebelle qui résiste à l’ordre établi. A mon avis, face à cela, il faut tout aussi simplement commencer par dire à ces électeurs sous le charme, que pour quelqu’un qui déteste l’Europe et souhaite en sortir, elle y a bien pris sa place et qu’elle en profite bien d’un point de vue financier. Ces gens-là, n’ont aucune morale. Ils vomissent l’Europe, mais en avalent volontiers une partie des budgets, une partie de nos sous. 

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Published by BANDERA ROSSA
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