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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 13:39
REMUE-MENINGES:« Il faut rêver le monde pour pouvoir le transformer »

Roland Gori : « Il faut rêver le monde pour pouvoir le transformer »

Roland Gori : « le libéralisme fait fausse route sur sa conception de l’Homme ». Photo la marseillaise Roland Gori : « le libéralisme fait fausse route sur sa conception de l’Homme ». Photo la marseillaise L'utilisation de l'article, la reproduction, la diffusion est interdite - LMRS - (c) Copyright Journal La Marseillaise
 

De « l’Appel des appels » en 2009, à son dernier ouvrage, Un monde sans esprit. La fabrique des terrorismes, en passant par La dignité de penser, La folie évaluation (Les nouvelles fabriques de la servitude) ou L’individu ingouvernable, Roland Gori, au fil de ses (nombreux) livres et de ses interventions dans les débats publics (il sera à Marseille mercredi 15 février), apporte sa contribution à l’agora politique.

Vous avez récemment affirmé (*) que plus personne ne croit que le libéralisme puisse réduire les inégalités. Est-ce à dire que le libéralisme est moribond et que la question du « progrès social » par exemple va pouvoir être posée dans de nouvelles conditions ?

Depuis le début, le libéralisme fait fausse route sur sa conception de l’Homme, il fait l’impasse sur le besoin de reconnaissance sociale, symbolique. Après l’effondrement du Mur de Berlin et l’effondrement du discours révolutionnaire, il y a eu une autoroute pour l’ultra-libéralisme ou le néo-libéralisme qui, aujourd’hui, est en train de se discréditer. Le discours sous la forme du néo-libéralisme des années 1980-1990 n’est plus crédible et on aboutit à une crise qui rappelle la phrase de Gramsci, « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Toutes les affaires qui sortent aujourd’hui mettent en évidence l’état d’un système qui se révèle hypocrite. On fait l’impasse sur le besoin de partager une expérience sensible, une certaine conception de la liberté.

La crise des valeurs libérales de la fin du XIXe siècle a débouché sur la Première guerre mondiale, dans l’entre deux-guerres, elle a débouché sur l’émergence de partis totalitaires, qui n’ont pas tenu leurs promesses par rapport à des populations humiliées. On voit comment ces partis ont récolté toutes les colères, les frustrations.

Aujourd’hui, on assiste à l’émergence de nouveaux fruits de cette crise avec Daech, Al Qaïda mais aussi le regain des nationalismes avec Trump, le Brexit d’une certaine façon, la montée de l’extrême droite en Autriche, certains gouvernements d’Europe centrale. Nous ne sommes pas dans une situation identique à celle des années 30, mais cela lui ressemble étrangement. D’où l’urgence de proposer une autre conception philosophique, une autre conception de la vie en société. On peut parier sur le progrès social, sur d’autres manières de travailler, de vivre ensemble. La révolution numérique peut être une chance pour se parler, pour innover, même s’il y a aussi un risque de confiscation du monde, du savoir-faire et du savoir de l’artisan et de l’ouvrier, par le mode d’emploi de la machine. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de lancer le « Manifeste des oeuvriers » avec le journaliste Charles Silvestre et le musicien Bernard Lubat. Il s’agit de restituer cette dimension d’oeuvre alors que le travail est taylorisé, même chez les médecins, les infirmières, les enseignants, les magistrats où les activités sont de plus en plus semblables à des actes standardisés.

Vous avez été l’initiateur de « l’Appel des appels » il y a huit ans. Quel chemin a été parcouru depuis selon vous ?

Aujourd’hui, on voit bien avec « Nuit debout » et les tentatives de culture alternative qu’il y a un peu partout une remise en cause de cette civilisation néo-libérale qui, de mon point de vue, est à l’agonie, Macron relevant de la bulle politique spéculative. Il y a un discrédit du modèle, on y croit de moins en moins. L’échec du gouvernement a été de continuer avec un logiciel à peu près identique. En somme, on veut nous obliger à être pratiquants alors que nous ne sommes plus croyants.

Depuis huit ans, on a aussi assisté au pire avec la résurgence de mouvements racistes, populistes, nationalistes. La construction d’un pacte d’humanité tarde mais j’espère qu’on pourra avancer. Le fait que Benoît Hamon se retrouve représentant du PS montre que les électeurs de cette primaire ont sanctionné la ligne social-libérale, c’est la preuve qu’il se passe quelque chose dans l’opinion. Par ailleurs, la rencontre à la fête de « L’Humanité » entre Philippe Martinez et Régis Debray est le signe d’un désir de convergences entre le mouvement syndical et des intellectuels. Il y a peut-être aujourd’hui la possibilité de construire une nouvelle alliance populaire face aux 1% qui possèdent tout. Si on n’y parvient pas, je crains le pire, il y a déjà des symptômes dans d’autres pays.

L’idéologie libérale a réussi à dévaloriser le mot même d’utopie. Est-ce que ce n’est pas la source du problème ?

C’est un mot traité de manière péjorative, non pas comme une fiction romanesque. Il y a une interdiction de rêver. Or, si un homme ne peut pas rêver, il crève. Il faut rêver le monde pour pouvoir le transformer. Je crois qu’un des mérites de la ligne de Pierre Laurent est d’inviter à des débats pour construire des projets. Il faut remettre l’utopie au coeur du discours politique.

Réalisé par Jean-François Arnichand

 

« Politis », n° 1438, du 26 janvier au 1er février 2017.

 

Roland Gori sera présent ce mercredi 15 février à 19h, à la librairie L’odeur du temps, 35 rue Pavillon, Mar

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Published by BANDERA ROSSA
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