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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 11:09
 REMUE -MENINGES Macron, le candidat de la droite libérale

Macron, le candidat de la droite libérale

Par Bruno Amable, professeur à l’université de Genève
 

Baisse des dépenses de l’assurance-maladie, serrage de vis des chômeurs… Tel qu’il se profile, le programme social du leader d’En marche dessine une austérité inquiétante.

Les échéances électorales approchant, Emmanuel Macron a été amené à sortir du flou qui lui a permis de devenir un des favoris de l’élection présidentielle. Sa tactique à la Trump, consistant à dire tout et son contraire en espérant, parfois avec raison, que chaque électeur entendra ce qu’il veut, a rencontré ses limites. Quelques éléments diffusés dans la presse annoncent ainsi les grandes lignes de son programme.

On pouvait cependant les deviner en consultant deux textes : le rapport de la Commission pour la libération de la croissance française, plus connu sous le nom de «rapport Attali», commandé par Nicolas Sarkozy au début de son mandat, et pour lequel Emmanuel Macron a tenu la plume ; le rapport «Réformes, investissement et croissance : un agenda pour la France, l’Allemagne et l’Europe», coécrit par Jean Pisani-Ferry, responsable «du programme et des idées» du candidat.

Le premier texte proposait une longue série de mesures, dont une bonne partie de réformes néolibérales dogmatiques que Nicolas Sarkozy s’était empressé d’oublier après la crise de 2008. Le deuxième, plus récent, mettait en musique la stratégie de «réformes structurelles» censée amener Berlin à relâcher un peu la pression en matière d’austérité. Mais la position de l’Allemagne, exprimée par son ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, dans une conférence aux Etats-Unis en 2015, était que la France se porterait mieux si on la forçait à faire ces fameuses «réformes structurelles».

C’est ce programme de droite libérale que Macron appliquerait s’il était élu. On comprend mieux alors l’opacité qui a accompagné les premières semaines de sa campagne à la mesure de la radicalité du projet. Outre une réforme de l’ISF à l’avantage du capital financier et des patrimoines élevés, ainsi qu’un plan d’investissement sans grande imagination ni ambition, le programme prévoit surtout une baisse des dépenses publiques. Là aussi persiste une ambiguïté. Reprenant une vieille rengaine de droite, Macron énonce que le «poids de la dépense publique» doit progressivement être ramené vers la moyenne de la zone euro, ce qui impliquerait selon lui de diminuer le ratio dépenses publiques sur PIB de 3 points. Ceci représenterait 60 milliards. Mais cette somme correspond à 3 points de PIB pour un an. Si on souhaite baisser progressivement de trois points le ratio sur cinq ans, le total des baisses de dépenses est, en adoptant les hypothèses de croissance de Macron, de l’ordre de 170 milliards.

En reprenant sa pondération, il faudrait donc baisser les dépenses maladie non pas de 15 mais de 42 milliards, et celles de l’assurance chômage de 28 et non de 10 milliards. Donc de deux choses l’une, ou bien le programme de Macron prévoit une austérité sévère qui va remettre sérieusement en cause le modèle social, ou alors son annonce de ramener le ratio dépenses publiques sur PIB vers la moyenne de la zone euro est totalement bidon. Mais cette dernière éventualité risque de déplaire au gouvernement allemand, sauf, peut-être, si les élections de septembre prochain voient une autre coalition gouverner à Berlin.

De toute façon, d’après les autres déclarations de Macron, le modèle social est bien en danger. Il veut réformer le financement de l’assurance chômage en supprimant les cotisations salariés et compenser cela par une hausse de la CSG. On sait bien que ce basculement des cotisations vers l’impôt n’est pas neutre du point de vue de l’économie politique. Vont ainsi contribuer au financement des personnes qui ne bénéficieront pas des prestations, et vont donc être a priori peu portés à la générosité, ce qui cadre bien avec la volonté de baisser les dépenses publiques.

Macron veut sortir du système «j’ai cotisé, j’ai droit à être indemnisé» et prévoit un «contrôle drastique» de la recherche d’emploi. Il souhaite la radiation d’un chômeur au deuxième refus d’une offre d’emploi ou d’une formation. Pour mémoire, le projet de Nicolas Sarkozy de 2007 prévoyait la radiation au troisième refus ; et encore, le chômeur était indemnisé à 90% du salaire précédent «aussi longtemps que nécessaire», une générosité très éloignée des plans de Macron.

Le flou est encore plus grand en ce qui concerne les retraites. Interrogé sur les plans du candidat samedi dernier sur l’antenne de France Info, Jean Pisani-Ferry peinait à fournir une réponse satisfaisante aux questions précises, notamment sur l’âge de la retraite. Il faudra attendre le mois prochain pour connaître les «réformes structurelles» en la matière. Il y a peu de chances qu’elles soient enthousiasmantes.

Bruno Amable professeur à l’université de Genève

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Published by BANDERA ROSSA
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