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25 mars 2017 6 25 /03 /mars /2017 15:05

le 22 mars 2017

 

Dans toutes les langues, à travail égal, salaire égal !

« Clause Molière » ! Comment en arriver à utiliser un si grand auteur pour des œuvres aussi basses ? Des présidents de droite de régions recourent à cette argutie juridique pour imposer l’usage du français sur les chantiers de construction, sous couvert de… sécurité. Les mêmes qui ont approuvé tous les textes, qui organisent la concurrence de tous contre tous, des traités de Maastricht à celui de Lisbonne en passant par la fameuse directive dite « Bolkestein », font semblant de refuser aujourd’hui ce qu’ils ont adoré et promu hier. Mieux, ils étaient avec MM. Fillon et Sarkozy du gouvernement qui a décidé de bafouer le « Non » au référendum de 2005. Chez eux, la ruse, le mensonge et la tromperie se conjuguent avec le discours antisocial et les envolées racistes.

Accepteraient-ils des clauses Goethe ou Shakespeare obligeant des centaines de milliers de français détachés ou expatriés en Europe à parler au travail la langue du pays d’accueil ? L’extrême droite se frotte les mains en voyant repris avec tant d’ardeur ses propositions nauséabondes. C’est une nouvelle fois la République égale et fraternelle qui recule sous les coups de responsables politiques qui ont usurpé son nom. C’est une insulte à ces millions de travailleurs, italiens ou algériens, polonais, marocains ou portugais qui ont contribué à reconstruire notre pays.

« Je suis arrivé à la conclusion que si les puissants de la terre sont capables de provoquer la misère, ils sont incapables d’en supporter la vue » écrivait Berthold Brecht, variation du « couvrez ce sein que je ne saurai voir » du Tartuffe de Molière, pièce de théâtre fort à propos renvoyée en boomerang à la face de ceux qui travestissent aujourd’hui son héritage intellectuel subversif.

Encourager la concurrence la plus brutale tout en prétendant s’en prémunir par la mise en accusation de celles et ceux qui n’ont que leur travail pour vivre, tels sont les projets de la droite extrême et de l’extrême droite. Ils ne sont rien d’autre que les amplificateurs de la violence capitaliste dans ce qu’elle a de plus abjecte lorsqu’elle prend des atours nationalistes. S’il fallait une démonstration nouvelle des logiques de guerre que sous-tend la concurrence à tous crins, la voilà !

La tartufferie tient aussi à l’impossibilité qu’il y aurait à faire respecter cette scélérate clause. Va-t-on demander aux inspecteurs du travail d’effectuer cette ridicule et illégale chasse au langage alors que leurs effectifs ont fondu comme neige au soleil depuis trente ans et qu’ils alertent avec leurs représentants syndicaux sur l’impossibilité de faire respecter dans de nombreux secteurs de l’économie le simple droit du travail ? Quelle hypocrisie ! On y devine la conception qu’auraient de ces agents publics, garants du droit social, Mme Pécresse, M. Wauquiez et leurs amis s’ils parvenaient au pouvoir. Ils seraient mis au service non plus des travailleurs et de leurs droits, mais d’une idéologie national-capitaliste portée par ce vent mauvais qui souffle désormais d’outre Atlantique.

La tartufferie tient enfin au fait que les puissants de ce monde et les logiques de profit font, en réalité, peu de cas de cette vertu langagière subitement imposée aux ouvriers du bâtiment. On ne voit pas grand monde s’émouvoir du slogan « Made for sharing » de la candidature parisienne pour les jeux olympiques de 2024, alors que la langue officielle du CIO reste pourtant le français. On n’a pas vu ces belles âmes s’étonner qu’un candidat à la fonction présidentielle, Emmanuel Macron, aille s’exprimer à Berlin, applaudi par M. Gattaz « dans la langue universelle des affaires », sorte d’anglais prémâché, comme pour indiquer quelles seraient ses priorités… Pour eux la défense de la langue de Molière est conditionnée à la réalité des affaires et à l’appétit des actionnaires.

L’objectif des progressistes doit être d’assurer aux travailleurs détachés l’égalité de traitement en maintien de salaire, de protection sociale, de conditions de travail, de logement, par le respect des conventions collectives. Pour contraindre à l’application de ce principe d’égalité, devrait être mis en place un nouveau corps européen d’inspecteurs du travail chargé de faire appliquer un haut niveau de droit social, notamment dans les entreprises sous-traitantes.

A travail égal, salaire égal et protection sociale égale. Voilà quel devrait être le mot d’ordre de tout internationaliste conséquent. Il faut impérativement se prémunir des tentations de repli et encourager la solidarisation des travailleurs sur l’ensemble des continents. Le combat pour changer la directive « travailleurs détaché » en ce sens s’inscrit dans celui à mener avec les syndicats pour mettre fin au dumping social et inventer l’union sociale et solidaire européenne qui devrait se fixer l’objectif d’une sécurité sociale professionnelle à chacune et chacun en Europe. C’est le seul chemin pour conjurer les réflexes nationalistes et assurer la défense des travailleurs, quelles que soient leurs origines.

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Published by BANDERA ROSSA
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