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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 17:32
 

L'impossible pardon de Dominique Bucchini ?

Par Marion Galland et Jérôme Susini, France Bleu RCFM vendredi 31 mars 2017 à 15:16 Mis à jour le vendredi 31 mars 2017 à 15:18

Dominique Bucchini témoigne devant l'assemblée de corse
Dominique Bucchini témoigne devant l'assemblée de corse © Radio France - Jerome Susini

Dominique Bucchini est revenu devant l'Assemblée de Corse sur les attentats qui l'ont visé. C'était au début de l'été 1996, il était alors maire communiste de la ville de Sartène."certaines nuit j'en dors mal.. je ne l'ai dit à personne: JE SAIS."

Un débat sur les "prisonniers politiques".

Le rapport Pace, Ritornu è libertà, (paix, retour et liberté) comportant une charte pour la réinsertion des prisonniers "politiques" et des recherchés, a été adopté à une petite majorité ce jeudi à l'assemblée de Corse. 26 voix pour sur 51. L' ensemble de l'opposition n'a pas participé au vote, à l'exception des communistes qui se sont abstenus. Abstention calculée, dira Dominique Bucchini, qui est de fait l'élu à la plus grande ancienneté au sein de cette Assemblée de Corse. Son groupe a expliqué que les mesures proposées à l'origine par les présidents de l'Assemblée de Corse et du Conseil Exécutif, étaient : "discriminatoires". Mais au-delà des principes républicains, c'est certainement le vécu de l'ancien maire de Sartène qui a pesé."Je ne l'ai jamais dit à personne. .moi je sais"

D'une voix calme à mots lourds, le ton est grave. Dominique Bucchini demande la parole au président nationaliste de l'Assemblée de Corse. Le débat sur cette question de la réinsertion et de l'amnistie des "prisonniers politiques" semblait achevé, et les conseillers territoriaux s'apprêtent à passer au vote. Il est minuit passé et Dominique Bucchini se souvient: "J’ai été élu maire de Sartène en me battant au grand jour, dans un environnement, le moins que l’on puisse dire pas facile, en Corse en général et dans le sud en particulier avec un certain nombre de pratiques condamnables.

J’ai vécu en deux ou trois ans, le plasticage de la maire que j’administrais, le plasticage d’un gymnase, d’une salle des fêtes, des camions bennes, deux fois le plasticage de la maison où un de mes enfants a failli mourir. Suite à ça j’ai été gardé par sept hommes du GIPN pendant trois ans. Ce que j’ai fait de mal, c’était de dire tout haut ce que je pensais honnêtement. Je vais même vous faire une confession. Ce n’est pas le genre de la maison. Mes enfants lorsqu’ils sont montés à Corte pour s’inscrire à l’université on leur a dit : « avec le nom que tu portes il faut que tu ailles sur le continent », ils sont partis à Montpellier. Je dois rendre des comptes aussi à ma femme. Deux fois la maison plastiquée, à recommencer tout. Mes enfants n’ont cessé de me demander jusqu’à il y a 4 ou 5 ans :« O Bà, tu le sais toi qui a fait ça, dis-le nous ! »Ils vont être surpris de ce que je vais vous dire. Je ne l’ai jamais dit à personne.Moi je sais."

 
 

Dominique Bucchini conseiller territorial communiste

L'auto-stoppeur plastiqueur.

La quarantaine d'élus encore présents en cette heure tardive, les journalistes tendent l'oreille, la suite d'un récit inattendu.Dominique Bucchini refait le dialogue qu'il a eu avec celui qu'il dit avoir identifié : son plastiqueur.

"J’ai l’habitude de prendre tout le monde en stop, qu’il soit noir, propre, sale ou arabe. Et un jour j’ai pris une personne qui me dit « comment ? vous me prenez moi ? »

« Pourquoi, j’aurais une raison de ne pas vous prendre ?…. » Il ne savait pas que je savais, aujourd’hui il va le savoir.

Je lui ai dit " tu sais, au lendemain du plasticage de ma maison, quand le procureur est venu je lui ai dit que je ne voulais pas parler, je ne l’ai même pas reçu… Quand Antenne 2 est venu me faire une interview, je leur ai parlé quinze secondes, je leur ai dit, « celui qui m’a plastiqué, s’il vient s’excuser, je l’excuse. » Mais nous n’avons pas eu de discussion."

Un an après je l’ai repris en stop. Il me dit " comment ? vous me prenez ? "

-"Je t’ai dit que je te prendrai toujours, tu as quelque chose à me dire?"

-"Non, je n’ai rien à dire"..

-"La troisième fois je te prendrai quand-même".

Et Dominique Bucchini revient au présent, il s'adresse à ses collègues."Alors, ne me demandez pas ni à moi ni à ma femme, qu’elle soit pinzuta ou ajaccienne, elle est bastiaise…. Elle pleure encore aujourd’hui, elle ne comprend pas. Je ne comprends pas moi non plus."

 
 

Dominique Bucchini conseiller territorial communiste

Le littoral de Sartène appartenait aux banques.

L'élu communiste, vient de rappeler à ses collègues le difficile statut qui est le sien de victime de la violence clandestine. Et il poursuit, expliquant ce qui a selon lui pu armer des bras, une question d'immobilier de foncier.

"Quand je suis devenu maire, j’étais jeune. J’ai demandé au fonctionnaire, devant le plan, de me dire à qui appartenait le littoral. Il me répond, « monsieur le maire vous venez d’arriver et vous me demandez ça ? ». Oui, je vous le demande et je vous donne 3 mois pour me donner la réponse.

J’ai constaté que les 33 km du littoral sartenais appartenaient à la BNP, au directeur de la banque de Rome, à une banque arabe, une banque suisse et à une banque canadienne.J’ai commencé à réfléchir et j’ai fait acheter 23 kilomètres de côte pour le Conservatoire du Littoral, je n’ai négocié qu’avec la banque suisse, pour dire, je vous laisse construire si vous me donnez la moitié de votre territoire. Sur 136 hectares, 75 pour la commune et on a signé. Je me suis pris un communiqué avec distribution de tracts en disant que je vendais la terre à l’encan, je n’ai jamais eu cette intention."

 
 

Dominique Bucchini conseiller territorial communiste

"Certaines nuits je ne dors pas".

Dominique Bucchini en vient à ce qui l'a conduit à faire ces confidences en public.Confidences qui il est vrai, comme il l'a dit plus haut, ne sont "pas le style de la maison". L'ancien président de l'Assemblée de Corse a rappelons-le été à l'origine de la commission violence de l'institution qu'il a présidé. Et on ne peut pas dire qu'il soit sorti à cette époque de son rôle, se montrant peu disert sur les travaux et les auditions faites la plupart à huis clos. Il en vient donc à expliquer le pourquoi de cette abstention. Et l'élu a peut-être raison, cette abstention n'est pas un non:"Je fais appel à l’être humain tel que nous sommes et à travers nos différences. Moi il ne faut pas me demander trop de choses d’un seul coup.

Pourquoi avoir été traité comme ça alors que j’ai lancé un certain nombre de propositions dans l’intérêt de la Corse et de son peuple et de sa langue, par le biais de la démocratie ? Je n’ai jamais fait de mal à personne, je n’ai jamais porté d’arme et je n’ai jamais tiré un coup de feu, même en l’air. Donc à un certain type d’argumentaire que je peux comprendre, lorsqu’on a vécu un certain nombre d’opérations de ce type-là, franchement, il faut qu’on se respecte, il faut aussi que vous compreniez la douleur d’autrui. La douleur d’autrui qui fait que, et je pense à des gens qui sont en prison et aux familles qui souffrent à juste titre et qui sont sûrement dans la précarité, ce n’est pas un refus de faire un effort, le refus se traduirait par un vote négatif. Le refus c’est faire une abstention, c’est aussi respecter tout le monde si on veut se respecter et comme dirait le chrétien, si on veut aimer son prochain comme soi-même et pourtant je ne suis pas chrétien."

 
 

Dominique Bucchini élu territorial communiste

Après ce long récit qui a surpris tout le monde, le vote portant sur la charte "pace, ritornu è libertà" est intervenu rapidement, pas de commentaire vraiment parmi les élus de la Corse, si ce n'est celui du président du Conseil Exécutif qui déclarera :" la réconciliation est en chemin, elle reste à poursuivre et à parfaire, parfois tous ces mauvais souvenirs remontent à la surface, la société corse a besoin d'espaces de dialogue , de verbalisation, d'analyses individuelles et collectives sur ce que nous avons vécu en Corse depuis trente ou quarante ans" admettra, un peu déçu du vote mais finalement pas surpris, Gilles Simeoni.

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Published by BANDERA ROSSA
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commentaires

Clerc 01/04/2017 19:32

Dominique une exception politique de droiture et de conviction. Un courage de la détermination il a fait beaucoup pour la Corse Je suis admiratif et je le remercie