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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 15:33

Si Versailles m’était conté

Vendredi, 30 Juin, 2017

L'Humanité

 

 

 

L'édito de Patrick Apel-Muller.

« Chef du parti, maître du gouvernement, ordonnateur de l’Assemblée, chef des services secrets… le président entend pousser la logique de la Ve République jusqu’à un absolutisme présidentiel. »

 

Emmanuel Macron a donc décidé de convoquer le Congrès à Versailles, lundi, pour faire connaître à sa noblesse, à son clergé et au tiers état sa vision de la France. S’il ramène ainsi le discours de son premier ministre, le lendemain, à un exercice d’exégèse ou pire à un égrenage de calendrier, il confirme surtout qu’il entend réduire le rôle du Parlement au rang d’auditeur, voire de spectateur, alors que sa réforme majeure, la destruction du Code du travail, serait imposée par ordonnances. Déjà, en choisissant François Goullet de Rugy pour le perchoir, il s’est assuré la totale dépendance du personnage, discrédité par son parjure à l’issue de la primaire socialiste, suspect de convictions variables et dépourvu d’un réseau solide au sein d’En marche !. Le président de l’Assemblée ne tient que par un fil tenu par l’Élysée. Chef du parti, maître du gouvernement, ordonnateur de l’Assemblée, chef des services secrets… le président entend pousser la logique de la Ve République jusqu’à un absolutisme présidentiel.

 

En fait, ce n’est pas tant au Roi-Soleil que veut s’identifier l’hôte du palais présidentiel qu’aux astres du CAC 40 et il rêve de diriger la France comme une entreprise : réunion des élus d’En marche ! en forme de « team building », désignation en Richard Ferrand d’un chef du personnel des députés de sa majorité absolue, prise en main de tous les postes du bureau de l’Assemblée sans place aucune à l’opposition, réduction du premier ministre à la fonction de directeur général… S’il est bien un lieu où la démocratie n’a pu pénétrer, c’est l’entreprise ; si elle devenait le modèle auquel plier la République, la démocratie en serait chassée. Déjà Angela Merkel, qui inspire tant Emmanuel Macron, avait voulu mettre des bornes à la souveraineté populaire en prônant la « Marktkonforme Demokratie », la démocratie conforme aux intérêts du marché. En s’appuyant sur un certain goût français pour le chef, le nouveau président espère y parvenir.

Patrick Apel-Muller

 

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Published by BANDERA ROSSA
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