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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 15:17

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Né à San Gavino di Carbini (corse du sud) le
1 septembre 1899, Jean Nicoli appartient à une famille de modestes commerçants.

Après avoir fréquenté l'école primaire dans son village et le cours complémentaire de Levie, il passe en 1916 le brevet élémentaire et est admis l'année suivante à l'Ecole normale d'Ajaccio où il passera deux années.

Mobilisé au 7e Génie à Avignon, il peut cependant passer son brevet supérieur et réintégrer, dès 1920, l'Ecole normale.
L'année suivante, il obtient son premier poste d'instituteur à Sorio, puis à Sainte- Lucie de Porto Vecchio entre 1922 et 1923.

En 1923, il part pour le Sénégal, où il restera jusqu'en 1935.

Il enseigne à Bamako, où il devient directeur d'école.Tout. au long de cette période, il s'intéresse de près aux problèmes psychologiques et pédagogiques.

Il laisse de nombreuses notes à ce sujet et publie même, quelques années plus tard, un livre, "l'Ecole et la Nation", qui définit la méthode pédagogique que l'on doit, selon lui, adapter aux conditions socio-culturelles des enfants de couleur.

Au cours de l'été 1935, il revient en Corse, mais il n'y reste que quelques mois, car il est nommé à Paris.
C'est alors qu'il adhère au parti socialiste.
En 1936, il est de retour dans son île natale, où il va exercer le poste de directeur d'école à Propriano, puis à Olmeto.
Journaliste occasionnel, il publie de nombreux articles sur la nécessité de réorganiser l'enseignement et s'insurge contre les prétentions territoriales du régime fasciste. Il écrit à ce propos dans un quotidien insulaire: « Italien est un mot magique qui réveille toutes les énergies, qui soude toutes les parties, qui unit toutes les haines... »

Lorsque la guerre éclate, en septembre 1939, Jean Nicoli est mobilisé dans le Génie, puis on l'envoie à Rodez, où il est démobilisé à partir du mois de juin 1940.
Revenu à Casalabriva, il se livre à des actions de propagande antipétainiste : il sillonne le Sartenais et prend des contacts avec ceux qui, comme lui, veulent poursuivre la lutte et résister à l'occupant. Dès cette époque, il parvient à regrouper un certain nombre de patriotes et c'est à son neveu, Don Jacques Martinetti, qu'il confie la responsabilité des partisans de San Gavino.

Trois jours après l'arrivée des troupes italiennes en Corse, Jean Nicoli est contacté par Nonce Benielli, l'un des dirigeants du Front National, et il entre dans la clandestinité.
Quelques semaines plus tard, il accompagne Arthur Giovoni à Marseille, et c'est à cette époque qu'il adhère au parti communiste.

En février 1943, il fait partie du groupe qui accueille le sous-marin Casabianca dans la baie d'Avone. Jean Nicoli et André Giusti partent ce jour-là avec une camionnette à double fond et parviennent à livrer aux partisans de Sainte-Marie-Siche et Petreto- Bicchisano un important stock d'armes.

A la mort du cheminot Louis Frediani, abattu par une sentinelle italienne, c'est lui qui, accompagné de Joseph Pancrazi, a la délicate mission d'annoncer la nouvelle à la veuve, et de lui remettre, au nom de la résistance corse, un secours financier. Le lendemain, il fait partie du cortège de deux mille personnes qui accompagne la dépouille mortelle de Frediani jusqu'à sa dernière demeure.

Au début du mois de juin, il accueille une nouvelle fois le Casabianca, dans la propriété de Dominique Poli, à Solenzara. Le 18 juin, au lendemain de la fusillade de la Brasserie Nouvelle à Ajaccio, Nicoli vient se recueillir sur la dépouille de André Giusti, et rend une ultime visite à Jules Mondoloni, qui succombera quelque temps plus tard de ses blessures.

Neuf jours après, le 27 juin 1943, à la suite d'une série de trahisons, Jean Nicoli est arrêté par les agents de l'OVRA, dans la demeure de Jacques Bonafedi (rue solferino à ajaccio), chez lequel il étudie, en compagnie de Jérôme Santarelli, la carte de la région des Agriates où le Casabianca doit livrer des armes, dans les tout premiers jours de juillet. L'ultime tentative qu'effectue Pascal Nicolai pour les prévenir sera vaine. Seuls quelques documents d'importance peuvent être sauvés. Les trois hommes sont transférés à la caserne Battesti d'Ajaccio où ils resteront deux mois avant d'être conduits à Bastia par camion.

Leur procès s'ouvre le 28 août 1943. Condamné à mort, Jean Nicoli refuse d'être fusillé dans le dos (comme le précisait sa condamnation) il dit à ses bourreaux :"Vous n'avez pas le courage de me regarder dans les yeux… Vous êtes des lâches !", il est alors sauvagement frappé à coups de crosse, et décapité à coups de poignard.

Jean Nicoli a écrit à ses enfants le 30 août, vers trois heures du matin, juste avant que ses « bourreaux » (les Chemises noires), ne viennent le chercher pour l'assassiner sauvagement. Francette, sa fille a pieusement conservé cette lettre griffonnée à la hâte sur l'emballage d'un paquet de « bleues » (des cigarettes).

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« A mes enfants, Tout à l'heure je partirai. Si vous saviez comme je suis calme, presque heureux de mourir pour la Corse et pour le parti. Ne pleurez-pas, souriez-moi. Soyez fier de votre papa. Il sait que vous pouvez l'être, la tète de Maure et la fleur rouge, c'est le seul deuil que je vous demande. Au seuil de la tombe, je vous dis que la seule idée qui, sur notre pauvre terre, me semble belle, c'est l'idée communiste.

Je meurs pour notre Corse et pour mon Parti ».

 

Un an plus tard, quand sa dépouille sera transfèré à San Gavino, sa tête était à ses pieds.


Le sixième anniversaire de la mort de Jean Nicoli,
devant le monument qui lui est dédié, à l'entrée du village de San Gavino di Carbini.

 

Conçu comme un Voceru, déploration traditionnelle venue du tréfonds de l'âme corse, ce chant évoque de manière émouvante les derniers instants du martyr de la Résistance, :
« Vous porterez pour tout deuil un œillet rouge et la tête de Maure; je meurs pour notre Corse et pour mon parti. »

0 cum'è tù cunniscie

Le bellezze di lu core

Prima di piglià le vie

Chi ti purtonu da more

Quandu chi le negre spie

Lentonu lu so furore

A cità n'era durmente

è le case insunnulite

Quandu à quellu muru arrente

S'apriinu le to ferite

L'anima turnô dulente

è le lacrime salite.

Quale sà cum'ellu fece

Lu boia quella matina

à imponeli la so legge

Cù la so manu assassina

Ma à tè n'ùn pobbe regge

For di metteti in ruvina.

 

 

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