Pourparlers en Égypte avec le Hamas et le
Jihad
dimanche 23 mars 2008.
Les autorités
égyptiennes ont organisé samedi des pourparlers avec des représentants du Hamas et du Djihad islamique venus de la bande de Gaza, en vue d’obtenir une trêve entre la Résistance et les forces
d’occupation, a-t-on appris de source autorisée.
Faouzi Barhoum, porte-parole du Hamas à Gaza, a précisé que Khaled al Batch, du Djihad islamique, et Djamal Abou Hachem, responsable du Hamas,
avaient participé à cette rencontre dans un bâtiment officiel égyptien au poste de contrôle de Rafah.
Ismaïl Haniyeh, qui dirige le gouvernement Hamas de la bande de Gaza, a déclaré que les deux hommes allaient prendre connaissance d’une
proposition de l’autorité d’occupation transmise par l’Égypte et que "la décision finale sera prise en accord avec les intérêts supérieurs du peuple palestinien".
L’Égypte tente, avec l’appui des États-Unis, de négocier la fin des hostilités entre l’armée d’occupation et les résistants de Gaza, qui ont
poursuivi leurs tirs de roquette.
Les Égyptiens avaient informé les Palestiniens de la tenue de consultations "entre plusieurs parties" et les factions de Gaza vont désormais
se réunir dans le petit territoire côtier palestinien, a ajouté Barhoum.
La délégation palestinienne a demandé la libération de 36 membres du Hamas incarcérés en Égypte après l’ouverture de la frontière par des
militants gazaouis en janvier, a-t-on appris de source égyptienne proche des pourparlers.
"Les Égyptiens ont promis de libérer les détenus dans un proche avenir. Le Hamas attend des actes et pas seulement des promesses. Nous sommes
très préoccupés par la détention prolongée et les tortures subies par les détenus", a déclaré Barhoum.
À Gaza, Ismaïl Haniyeh a jugé "anormale" la détention de Palestiniens en Égypte, "surtout si ce sont des combattants de la résistance". "Cette
situation n’est pas normale et doit être corrigée (...) par la libération immédiate des prisonniers", a-t-il dit.
Cette semaine, un haut responsable du Hamas, Saïd Seyam, a affirmé dans une interview que les prisonniers palestiniens en Égypte étaient
torturés et interrogés sur le sort de Gilad Shalit, capturé en juin 2006.
La source égyptienne a indiqué que Le Caire avait demandé des explications à la suite des propos de Seyam.
Les associations de défense des droits de l’homme affirment que la torture est systématique dans les prisons et les commissariats égyptiens.
Le gouvernement dit condamner ces pratiques et précise qu’il n’hésite pas à engager des poursuites judiciaires quand les faits sont avérés.
Liban : retour au calme après les affrontements dans un camp palestinien
Le calme était revenu samedi dans un camp palestinien du sud du Liban après de
violents combats entre des partisans du Fatah et un groupe islamiste qui ont remis en lumière la volatilité de la situation dans ces "îlots de non-droit" où la misère favorise
l’extrémisme.
Les affrontements ont opposé vendredi soir des membres du Fatah, le mouvement du
président palestinien Mahmoud Abbas, au groupuscule salafiste Jound al Cham, à Aïn Héloué, le plus grand des camps palestiniens du Liban avec 45.000 habitants, près de la ville de
Saïda.
Les combats, qui ont donné lieu à des tirs de roquettes et de bombes artisanales,
ont fait au moins quatre blessés, dont un du Fatah, en près de quatre heures, selon un haut responsable du Fatah, Mounir al-Makdah. Ils ont cessé dans la nuit après des négociations menées par
l’intermédiaire d’un autre groupe extrémiste.
Samedi matin, un correspondant de l’AFP a constaté que la trêve
tenait.
A l’intérieur du camp, le traffic était normal et les familles rentraient à Aïn
Héloué après s’être réfugiées dans des mosquées de Saïda.
Des militants du Fatah se sont massivement déployés, y compris dans la zone des
affrontements. Des dizaines d’échoppes portaient des traces de balles, tandis qu’au moins deux maisons ont brûlé.
M. Makdah avait déclaré dans la nuit qu’un cessez-le-feu était intervenu grace
à la médiation d’un groupe salafiste proche de Jound al Cham, Osbat al Ansar. Il a assuré samedi à l’AFP que "situation est sous contrôle".
Aucune information n’était disponible du côté du Jound al Cham concernant le nombre
de blessés ou tués. Selon un correspondant de l’AFP, des centaines de familles avaient quitté le camp pour fuir les affrontements.
Un responsable palestinien avait expliqué que les accrochages avaient été provoqués
par l’interpellation par le Fatah d’un membre de Jound al Cham.
Jound al Cham est un groupe sunnite constitué majoritairement de Libanais, mais
également de Palestiniens. Ses éléments ont été impliqués dans des combats sanglants entre l’armée et des islamistes en 1999, dans la région de Dinnieh, dans le nord du Liban. Les affrontements
avaient fait 45 morts.
Il n’a pas de hiérarchie claire et compterait une cinquantaine de militants
armés.
A la faveur de conditions de vie misérables, des groupes extrémistes accusés de
liens avec Al-Qaïda ou les services de renseignements syriens se sont installés ces dernières années dans des camps de réfugiés palestiniens du Liban, en particulier à Aïn Heloué, transformant
ces îlots qui échappent au controle des autorités libanaises en poudrières où des violences peuvent éclater à tout moment.
L’an dernier, des combats ont opposé pendant plus de trois mois l’armée libanaise au
mouvement islamiste du Fatah al-Islam dans le camp de Nahr al-Bared (nord), faisant plus de 400 morts, dont 168 soldats libanais.
M. Maqdah a assuré samedi à l’AFP qu’"il n’y aurait pas un deuxième Nahr
al-Bared" à Aïn Héloué.
Mais le fait que ces camps, créés depuis l’exil des Palestiniens à la suite de la
création d’Israël en 1948, échappent au contrôle de l’Etat libanais et de son armée, fait toujours craindre des affrontements semblables à ceux de vendredi, voire une répétition du scénario de
Nahr al-Bared.
A Nahr al-Bared, l’armée libanaise a pénétré pour la première fois dans un camp
palestinien, des zones contrôlées par des formations politico-militaires palestiniennes.
Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), qui a débuté par des affrontements entre l’armée et des militants
palestiniens qui voulaient utiliser le Liban comme plate-forme pour leurs opérations contre Israël, des voix se sont élevées pour appeler à désarmer les factions.