1)NOUVELLES D’ORIENT/ BLOG DU MONDE DIPLOMATIQUE
Nicolas Sarkozy, une vision américaine de l’Orient
par Alain Gresh
Le collaborateur de Bethléem
Le roman colonial a une longue histoire, en France comme au Royaume-Uni. Sa production et ses thèmes sont divers. Quand il s’agit du
monde arabe, il s’agissait souvent de faire découvrir, sous la fascination de l’Orient, le caractère fondamentalement différent – et hostile – des « indigènes », leur duplicité, leur
propension à la violence. De nos jours, une telle approche n’est plus possible, en tout cas pas directement. Un procédé littéraire permet désormais de développer les mêmes stéréotypes, en se
gardant de toute accusation de racisme : que le narrateur soit lui-même un « Oriental », ce qui lui permet de défendre les pires stéréotypes. Le livre que Matt Rees, qui a couvert
les territoires palestiniens pour le quotidien britannique Times, a publié récemment, est un exemple du genre. Le Collaborateur de Bethléem est un livre policier dont le héros est un Palestinien,
Omar Youssef, un professeur qui se transforme en enquêteur. Ce qui permet de donner une vision caricaturale de la société palestinienne, dont l’unique problème viendrait des groupes armés et de
ceux qui ne se résignent pas à l’occupation. Les révoltés de 1936, « ceux que l’on qualifie de héros arabes n’étaient que des brigands. Ils pillaient la nourriture des villageois et
abattaient ceux qui résistaient, mais personne ne pouvait s’en prendre à eux parce qu’on les décrivait comme des braves qui résistaient aux sionistes et à l’armée » britannique. Quant aux
combattants de l’OLP des années 1970, ils sont réduits à des gens qui suivaient leurs chefs, « assassinant des rivaux, tuant les innocents qui se mettaient en travers » de leur chemin.
L’occupation israélienne n’est évoquée qu’en vague arrière-plan, qui donne un prétexte aux groupes armés de commettre leurs exactions. S’il est vrai que la société palestinienne connaît de graves
problèmes et des tensions internes, s’il est vrai que le sort des femmes pose problème, encore faut-il reconnaître que quarante années d’occupation ont été l’élément fondamental – même s’il n’est
pas le seul – de ce délitement. En somme, le roman de Matt Rees relève de la propagande pure et simple. Et on nous annonce la suite des enquêtes d’Omar Youssef, cette fois-ci transporté à
Gaza.
Nicolas Sarkozy, une vision américaine de l’Orient
A l’occasion de la conférence des ambassadeurs, Nicolas Sarkozy a prononcé son premier grand discours de politique étrangère en tant que président de la République.
Pour Nicolas Sarkozy, nous faisons face à trois défis :
« - Premier défi, sans doute l’un des plus importants : comment prévenir une confrontation entre l’islam et l’Occident. Ce
n’est pas la peine d’employer la langue de bois : cette confrontation est voulue par les groupes extrémistes tels qu’Al Qaeda qui rêvent d’instaurer, de l’Indonésie au Nigeria, un khalifat
rejetant toute ouverture, toute modernité, toute idée même de diversité. Si ces forces devaient atteindre leur sinistre objectif, nul doute que le XXIe siècle serait pire encore que le précédent,
pourtant marqué par un affrontement sans merci entre les idéologies. »
Le deuxième défi étant d’intégrer au nouvel ordre mondial les géants comme la Chine, l’Inde et le Brésil ; le troisième est de
faire face aux risques majeurs (réchauffement, pandémies, etc.).
Deux remarques sur le premier défi : d’abord, le risque d’une confrontation entre l’islam et l’Occident, risque tout à fait réel,
serait, selon Sarkozy, de la seule responsabilité des groupes extrémistes musulmans ; rien n’est dit de la responsabilité américaine dans cet engrenage, notamment le rôle que jouent la
guerre en Irak, le soutien inconditionnel de Washington à la stratégie israélienne, etc. Ensuite, Nicolas Sarkozy agite cet épouvantail du khalifat, comme si c’était une menace réelle, un
« sinistre objectif » que les groupes radicaux pourraient atteindre. C’est typiquement le langage de l’administration Bush qui dit, en substance : « Ils » nous haïssent
non pas à cause de ce que « nous » faisons, mais parce que « nous » représentons la liberté !
Ces propos sont dans la droite ligne des discours de Sarkozy durant la campagne présidentielle, avec, peut-être, moins de nuances.
Et, poursuit Nicolas Sarkozy, « prévenir une confrontation entre l’islam et l’Occident, c’est aussi encourager, aider, dans chaque
pays musulman les forces de modération et de modernité à faire prévaloir un islam ouvert, un islam tolérant, acceptant la diversité comme un enrichissement. Dans ce domaine, il n’est pas de
recette miracle, unique. Mais l’évolution de pays comme le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Jordanie, l’Indonésie témoigne, malgré des différences importantes, de l’existence d’un mouvement des
sociétés, encouragé par les gouvernements. Je souhaite que notre coopération renforce les programmes tournés vers l’ouverture et le dialogue des sociétés, en lien, pourquoi pas, avec les
représentants de l’islam de France ».
Ainsi, la Tunisie serait un exemple ? ou encore l’Algérie ? Le soutien à des régimes dictatoriaux ou autoritaires serait-il un
rempart contre les groupes radicaux ? Toute l’histoire récente du Maghreb et du Proche-Orient montre le contraire : le soutien occidental à des pouvoirs qui barrent la route à toute
évolution pacifique vers plus de démocratie alimente les discours extrémistes.
Sur le conflit israélo-palestinien, Nicolas Sarkozy est dans la droite ligne de ses discours de campagne : appui verbal à une solution fondée sur la création d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat d’Israël ; insensibilité au drame palestinien ; sympathie affirmée
pour Israël.
« Tout a été dit, beaucoup a été tenté à propos du conflit israélo-palestinen. Le paradoxe de la situation est que nous savons
quelle sera sa solution, deux Etats – et en ce qui me concerne, je voudrais ajouter : deux Etats-Nations – vivant côte à côte dans la paix et la sécurité à l’intérieur de frontières sûres et
reconnues. Nous connaissons le contenu détaillé de cette solution à travers les paramètres Clinton et le legs de Taba. Nous avions une idée du chemin à parcourir : la feuille de route, qu’il
faut certainement revisiter. Nous connaissons enfin les parrains de la paix : les membres du Quartet, désormais représentés par une personnalité de premier plan : Tony Blair, et les
pays arabes modérés. Alors que l’on sait tout cela, chacun a le sentiment désespérant que la paix ne progresse pas. On sait ce que l’on doit faire, on sait qui doit le faire, et pourtant cela
stagne. »
« Pire, on a parfois le sentiment que la paix recule dans les esprits et dans les cœurs. J’ai la réputation d’être l’ami d’Israël
et c’est vrai. Je ne transigerai jamais sur la sécurité d’Israël. Mais tous les dirigeants des pays arabes, à commencer par le président Mahmoud Abbas, qui sont venus nombreux à Paris depuis mon
élection, connaissent mes sentiments d’amitié et de respect envers leurs peuples. Que cette amitié m’autorise à dire aux dirigeants israéliens et palestiniens que la France est déterminée à
prendre ou à soutenir toute initiative utile, mais que la France a une conviction : la paix se négociera d’abord entre Israéliens et Palestiniens. »
« Dans l’immédiat, nos efforts, ceux du Quartet et des pays arabes modérés, doivent aller à la reconstruction de l’Autorité
palestinienne, sous l’autorité de son président. Mais il est tout aussi indispensable de relancer sans délai une authentique dynamique de paix conduisant à la création d’un Etat palestinien. Que
les parties et la communauté internationale se dérobent à nouveau à cette ambition, et la création d’un "Hamastan" dans la bande de Gaza risque d’apparaître rétrospectivement comme la première
étape de la prise de contrôle de tous les territoires palestiniens par les islamistes radicaux. »
Un mot est absent de cette évocation, celui d’occupation. Nicolas Sarkozy oublie de dire que la question fondamentale est celle de
l’occupation de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est ; il oublie aussi la politique de colonisation ; enfin il accorde la priorité à la reconstruction de l’Autorité
palestinienne, comme si les insuffisances de celle-ci étaient la cause de l’impasse actuelle.
Sur l’Irak, Nicolas Sarkozy confirme que la France a eu raison de s’opposer à la guerre de 2003 et affirme qu’une solution nécessite
« que soit défini un horizon clair concernant le retrait des troupes étrangères. Car c’est la décision attendue sur ce sujet qui contraindra tous les acteurs à mesurer leurs responsabilités
et à s’organiser en conséquence. C’est alors, et alors seulement, que la communauté internationale, à commencer par les pays de la région, pourra agir le plus utilement ».
Un des points les plus inquiétants du discours concerne l’Iran. Il faut toutefois dire qu’il se situe dans la ligne des infléchissements de la politique française sur la question depuis
2004. Mais Nicolas Sarkozy va plus loin :
« La France maintient avec ses dirigeants [de l’Iran] un dialogue sans complaisance, qui s’est avéré utile en plusieurs occasions.
La France a pris l’initiative, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, d’une négociation où l’Europe joue un rôle central, rejointe par les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Les paramètres en sont
connus ; je n’y reviens pas, sinon pour réaffirmer qu’un Iran doté de l’arme nucléaire est pour moi inacceptable, et souligner l’entière détermination de la France dans la démarche actuelle
alliant sanctions croissantes mais aussi ouverture si l’Iran fait le choix de respecter ses obligations. Cette démarche est la seule qui puisse nous permettre d’échapper à une alternative
catastrophique : la bombe iranienne ou le bombardement de l’Iran. Cette quatrième crise est sans doute la plus grave qui pèse aujourd’hui sur l’ordre international. »
Si les mots ont un sens, Nicolas Sarkozy semble prêt à suivre les Etats-Unis dans une aventure en Iran. L’Iran doté de l’arme nucléaire
est inacceptable, comme l’Irak doté d’armes de destruction massive était inacceptable. Mais qui déterminera que l’Iran est doté de l’arme nucléaire ? Rappelons que tous les ans depuis vingt
ans, Washington annonce que Téhéran aura la
bombe dans deux ans. Et que fera la France quand Washington affirmera agir préventivement (les dirigeants américains ont toujours dit qu’ils agiraient
avant que l’Iran puisse disposer de l’arme nucléaire) ? S’il faut éviter la prolifération nucléaire, il faut aussi éviter une nouvelle explosion dans la région qui, non seulement risque
d’amener l’Iran à accélérer son programme nucléaire, mais contribuera à l’extension du chaos dans toute la région.
2) AL OUFOK, site du Mouvement Démocratique arabe, dédié à l'Intifada
Les élections législatives marocaines
15,5 millions d’électeurs
15,5 millions de Marocains sont inscrits sur les listes électorales, dont 48 % de femmes. 52,8 % de ces électeurs potentiels sont
analphabètes. La moitié sont inactifs ou chômeurs.
325 sièges à pourvoir
325 sièges sont à pourvoir à la Chambre des représentants : 295 députés à élire dans 95 circonscriptions et 30 députées dans une
liste nationale séparée, pour assurer un quota de représentation aux femmes. Treize membres de l’actuel gouvernement se présentent à ces élections législatives.
33 partis politiques
3100 observateurs sont mobilisés pour contrôler le bon déroulement du scrutin. Pour la première fois, une cinquantaine sont étrangers.
L’achat des voix par de nombreux candidats avait été dénoncé par les organisations des droits de l’homme, ainsi que par la presse lors du précedent scrutin de 2002.
Trente-trois formations politiques participent au scrutin, contre 26 en 2002. Mais seuls l’Istiqlal (nationaliste et conservateur) et l’Union socialiste des forces populaires (USFP,
sociale-démocrate) couvrent les 95 circonscriptions. Favori, le Parti de la justice et du développement (PJD, islamo-conservateur) est présent dans 94 circonscriptions.
Renforcer la démocratie ?
Dans son discours annuel, le 30 juillet, le roi Mohammed VI a déclaré qu’il espérait que ces élections législatives renforcent la
démocratie et qu’il s’opposerait à quiconque en questionnerait la validité. Pour avoir, quelques jours plus tard, critiqué ce discours du roi, dans un éditorial, Ahmed Benchemsi, directeur du
magazine arabophone Nichane et de l’hebdomadaire francophone Tel Quel, passe actuellement en procès pour "manquement au respect dû au roi". Les deux journaux ont été saisis.
Un mode de scrutin qui favorise l’émiettement
L’élection se fait à la proportionnelle à un tour. Ce mode de scrutin, ainsi que le découpage électoral et la multiplicité des
formations en lice, favorisent l’émiettement des voix. Cela devrait empêcher tout parti d’obtenir la majorité en siège à la Chambre des représentants, obligeant le vainqueur à composer avec
d’autres partis pour constituer un gouvernement.
Les enjeux
C’est le deuxième scrutin législatif depuis l’accession au trône de Mohammed VI, en 1999.
Pour la première fois, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) devraient arriver en tête. Leur score et le taux de participation constituent les enjeux principaux d’un
scrutin qui laisse la population largement indifférente. Les autorités marocaines craignent que le taux d’abstention dépasse 50 %, ce qui serait interprété comme un désaveu à l’égard du pouvoir
et achèverait de discréditer les partis politiques.
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Pour relancer le tourisme, Rabat se donne des airs de Côte d’Azur
C’est le plus gros chantier du Maroc. D’ici à 2010, Rabat devrait avoir perdu son image de belle endormie, de cité administrative un
brin ennuyeuse. Perdra-t-elle son âme au passage ? Les Rabati purs et durs le redoutent. Avec ses larges avenues, ses espaces verts, ses quartiers résidentiels, ses ministères et ses
chancelleries, Rabat est au Maroc ce que Washington est aux Etats-Unis : une ville paisible et familiale, où il fait bon vivre, surtout si l’on est fonctionnaire ou diplomate. Les jeunes,
eux, lui préfèrent Casablanca, son bruit, ses embouteillages, ses bars et son animation.
Si Rabat a été priée de sortir de sa torpeur dans l’espoir d’attirer un million de touristes par an, contre 500 000 actuellement, c’est
parce que "Sa Majesté l’a souhaité", vous dit-on de tous côtés. Et comme toujours au Maroc, lorsque le roi marque son intérêt pour un projet, les choses vont vite. En un an et demi, l’estuaire du
Bouregreg, ce bras de mer qui sépare Rabat (1,8 million d’habitants) de sa ville jumelle, Salé (900 000 habitants), a été totalement aménagé.
On a "civilisé" les deux rives, construit des berges et commencé à donner à la capitale marocaine un petit air de Côte d’Azur. Des
tonnes de sable ont été draguées pour rendre le chenal à nouveau navigable. Des habitations, un bidonville et une décharge ont été rasés. Trois millions de mètres cubes de déchets et de gravats
ont été évacués. Un nouveau pont va être construit sur l’estuaire. Sous la colline des Oudayas, il est prévu un tunnel de plus d’un kilomètre de long, pour fluidifier la
circulation.
Et surtout, un tramway - le premier du Maroc indépendant - verra le jour d’ici trois ans. Il reliera Rabat à Salé et desservira vingt
kilomètres. C’est sans doute le changement le plus attendu par les habitants des deux agglomérations, 650 000 personnes faisant chaque jour, péniblement, la navette d’un côté à l’autre de
l’estuaire.
Sur la rive droite (côté Salé), une marina flambant neuve attend d’ores et déjà des bateaux de plaisance. Un quart des 350 anneaux
seraient déjà réservés par des Espagnols, des Italiens et des Moyen-Orientaux. Sur la rive gauche (côté Rabat), une immense esplanade et une "promenade des Anglais" d’un kilomètre et demi, bordée
de lampadaires et de palmiers, ont été aménagées. Rabat-Salé va devenir "un lieu de prédilection de la plaisance et du nautisme", annonce l’agence d’aménagement de la vallée du Bouregreg, qui
gère ces travaux. "Il faut réhabiliter l’identité maritime de Rabat. La capitale doit cesser de tourner le dos à son fleuve et à la mer", insiste Lemghari Essakl, le directeur général de cette
Agence, rappelant que Rabat était, au début du XXe siècle, le premier port du Maroc, et que Salé était autrefois "une cité corsaire".
L’eau est donc au coeur de ce gigantesque projet qui a une conséquence immédiate : faire exploser les prix du foncier et de
l’immobilier dans tout le secteur. Et ce n’est pas fini. D’ici 2017, un lac et une île artificiels vont naître dans l’estuaire et bien d’autres choses encore : des jardins suspendus, des
quartiers résidentiels de grand luxe, des hôtels de standing, des restaurants sur pilotis, des commerces, un palais des congrès, une cité des arts et métiers... Côté Atlantique, la corniche de
Rabat devrait connaître, elle aussi, des bouleversements comparables, mais le projet n’a pas encore été rendu public.
La capitale du Maroc va-t-elle se transformer en nouveau Dubaï ? Même s’ils reconnaissent que Rabat avait besoin "d’un sérieux coup
de neuf", beaucoup s’en inquiètent, d’autant que ce sont des entreprises du Golfe qui assureront l’exploitation de ces nouveaux espaces - en partenariat avec la Caisse marocaine des dépôts et de
gestion. "L’écologie et la valorisation de notre patrimoine culturel font partie intégrante du projet", réplique Lemghari Essakl, en parcourant le site archéologique de Chellah qu’il rêve de
faire sortir de son état d’abandon.
Du haut du célèbre Café maure de la kasbah des Oudayas, on voit les enfants se baigner sur la petite plage de Bergama. En face, de
l’autre côté du fleuve, on distingue la plage de Salé et ses parasols colorés. Une plage populaire où les femmes entrent dans l’eau toutes habillées. L’ensemble est d’une sérénité incomparable.
Mais voilà que, sur l’estuaire, passent soudain en pétaradant deux jet-skis...
***
Une pluie de pétrodollars venue du Golfe stimule l’immobilier et le tourisme marocains
Leurs émissaires défilent en rangs serrés à Rabat, Tanger ou Marrakech. L’immobilier et le tourisme ont leurs préférences. Pas une
semaine ne passe sans qu’on apprenne le lancement d’un nouveau projet, le plus souvent mirobolant : les pays du Golfe investissent massivement au Maroc. En tête du peloton : les Emirats
arabes unis, suivis par l’Arabie saoudite puis, presque à égalité, par le Qatar, le Koweït et Bahreïn. Les chiffres annoncés donnent le tournis. Ils sont parfois surévalués, mais le phénomène est
réel : une pluie de pétrodollars s’abat aujourd’hui sur le royaume chérifien.
Cette manne inespérée, le Maroc la doit principalement aux conséquences du 11-Septembre 2001. Depuis les attentats contre New York et
Washington, les pétromonarchies ont les plus grandes difficultés à placer leur argent dans les pays occidentaux. Or, avec la hausse continue des cours du pétrole, elles ont des sommes colossales
à investir. Résultat : les pays du Golfe se tournent désormais vers des pays "frères", dont le Maroc fait partie. Le roi Mohammed VI entretient d’excellents rapports avec ses homologues
princiers du Moyen-Orient.
Pour la seule année 2007, les investissements directs étrangers (IDE) au Maroc devraient s’élever à quelque 3 milliards de dollars
(contre 500 millions de dollars par an au milieu des années 1990). Les deux tiers de ce montant sont originaires de l’Union européenne, le dernier tiers des pays du Golfe. Les Européens (Français
et Espagnols en tête) restent donc les premiers investisseurs étrangers au Maroc, mais peut-être plus pour longtemps. "Les investissements arabes sont à la hausse de façon continue. En 2008, je
prévois que l’Europe et les pays du Golfe seront à égalité", déclare Hassan Bernoussi, directeur des investissements au ministère marocain des affaires économiques et générales.
Ce sont des entreprises émiraties qui raflent, à l’heure actuelle, les plus gros projets, la plupart du temps en partenariat avec la
Caisse marocaine de dépôt et de gestion (CDG). Le géant immobilier Emaar vient de donner le coup d’envoi d’une importante station touristique non loin de Tanger, baptisée Tinja. Une véritable
petite ville, avec 2 500 maisons de grand luxe, des clubs de sport, des hôtels, des magasins... Au total, il y en a pour plus de 1 milliard de dollars d’investissement. C’est ce même groupe Emaar
qui va s’atteler, début 2008, à réaménager la corniche de Rabat (12 milliards de dollars, sur sept ans), construire une station de ski à Oukaïmeden, dans le Haut-Atlas, et mener trois autres
projets touristiques, notamment du côté de Marrakech.
C’est une autre société émiratie, la Dubaï Holding, qui a obtenu (toujours en partenariat avec la CDG) l’exploitation et le
développement de l’estuaire du Bouregreg, entre Rabat et Salé. Et c’est encore Dubaï qui va exploiter la future zone franche du nouveau port de Tanger.
La capitale régionale du Nord fait l’objet de bien des convoitises. Qatari Diar s’apprête à donner, tout près de Tanger, le premier coup
de pioche d’un complexe ultraluxueux, s’étalant en front de mer, sur 2,5 kilomètres, le long de l’océan Atlantique. Pour faire mieux que Tinja, la réalisation de son rival émirati, le groupe
qatari projette de construire un golf de 18 trous, un centre équestre, un centre de conférences ("le plus grand d’Afrique", annonce-t-il), et une "vraie-fausse" casbah où l’on fabriquera et
présentera l’artisanat marocain. Parmi ses autres projets, l’aménagement du port d’Asilah, sur la côte atlantique, et de l’immobilier de standing à Marrakech et à Agadir. Coeur de cible : la
riche bourgeoisie marocaine, autant que les retraités espagnols, français et britanniques fortunés.
Aux critiques qui font remarquer que ces fabuleux contrats sont conclus hors appels d’offres et publication - en infraction avec le code
des marchés publics du royaume - les responsables marocains répondent qu’ils veulent gagner du temps et qu’ils ont retenu "des références internationales incontestables". La ruée actuelle sur le
Maroc, font-ils valoir, est une "aubaine" qu’il ne faut pas laisser passer. "L’objectif du Maroc est d’atteindre les 10 millions de touristes en 2010 (contre 6 millions en 2005). Nous devons donc
augmenter rapidement notre capacité d’accueil", souligne Hassan Bernoussi, avant d’ajouter : "Grâce aux investisseurs du Golfe, nous sommes en passe de réussir notre pari."
Florence Beaugé - Le monde du 7 septembre 2007
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Les socialistes abordent les législatives avec optimiste
L’Union socialiste des forces populaires (USFP), un des principaux partis du Maroc, assure ne pas être usé par neuf ans de pouvoir et
espère même améliorer son score lors des législatives du 7 septembre.
"Notre bilan est positif et nous espérons améliorer nettement notre score aux législatives de 2002" où l’USFP s’était classée en tête
avec 50 députés, a déclaré à l’AFP Mohamed El Yazghi, son Premier secrétaire.
"Si nous obtenons la confiance des électeurs, nous étudierons avec nos deux alliés, l’Istiqlal (nationaliste) et le Parti du progrès et
du socialisme, (PPS, ex-communiste) le type d’alliance possible pour participer au gouvernement", a ajouté M. El-Yazghi.
Le système de scrutin marocain, à la proportionnelle au plus fort reste dans 95 circonscriptions, favorise l’éparpillement des partis
qui doivent nécessairement s’allier pour former un gouvernement majoritaire.
Pour le politologue marocain Mohamed Tozi, "l’USFP risque de subir l’usure du pouvoir faute d’un renouvellement de ses cadres et de ses
militants". "En outre, il est concurrencé par les islamistes du Parti de la Justice et du développement (PJD) sur sa clientèle traditionnelle : la classe moyenne urbaine", ajoute-t-il. Deux
enquêtes d’opinion non officielles réalisées en juillet et en août avaient placé le PJD loin devant les deux grands partis traditionnels l’USFP et l’Istiqlal, les deux principaux partis de
l’actuelle coalition gouvernementale.
Issu d’un parti de gauche fondé par le célèbre opposant Mehdi Ben Barka, disparu à Paris en 1965, l’USFP est né en 1975.
Social-démocrate, il fut le principal parti d’opposition à Hassan II jusqu’à ce que ce dernier fasse appel à son chef Abderrahme Youssoufi en 1998 pour former le premier gouvernement d’alternance
après des décennies de pouvoir autoritaire.
"Nous avons accompli des réalisations profondes, réelles et structurelles dans divers domaines", a souligné M. El Yazghi, citant
notamment le code de la famille, le code du travail, la privatisation, l’habitat, la sécurité sociale, l’emploi, l’électrification dans le monde rural, les investissements étrangers et le
tourisme. "Le taux de croissance moyen de l’économie depuis 2003 a été de 5% par an et le taux de chômage a chuté en 2007 à 9%", a-t-il ajouté.
Mais le patron du Parti libéral marocain (PLM), Mohamed Ziane, considéré comme l’un des farouches adversaires de l’USFP, affirme que le
"décollage économique promis par ce parti n’a pas été réalisé". Dénonçant la politique de privatisation menée par le gouvernement, M. Ziane estime que : "quand on vend pour manger on
s’appauvrit, et le Maroc est très pauvre, car il a tout vendu".
Mohamed Darif, politologue marocain, critique l’USFP pour avoir présenté en 1998 un programme gouvernemental ambitieux sans prendre en
compte les "contraintes financières et politiques" pour le réaliser. Selon lui, l’USFP une fois au gouvernement, a inversé ses priorités. "Dans l’opposition, il affirmait qu’aucune réforme
socio-économique ne pouvait se faire sans une réforme politique (révision de la Constitution, statut du parlement). C’est l’inverse qu’il pratique depuis qu’il est au pouvoir".
Candidate de l’USFP à Rabat, Latifa Jbabdi, ancienne prisonnière politique sous le règne de Hassan II, estime que le pays devait marquer
une pause dans les réformes politiques car il sortait déjà en 1996 d’une "révision de la Constitution qui avait élargi les prérogatives du Premier ministre". "De toute façon, notre programme
électoral prévoit bien ces réformes ", a-t-elle conclu.