Jeudi 3 mai 2007
 

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Faire barrage à Sarkozy en utilisant le bulletin Royal.
Se préparer à intensifier la riposte contre la politique au service du MEDEF d'où qu'elle viendra.

Aujourd’hui, la perspective politique est dans les luttes

Le gagnant de l’élection présidentielle est connu. C’est le MEDEF. Jouant du système électoral, les classes dominantes ont réussi à imposer un choix entre deux versions de la politique au service de la mondialisation capitaliste : l’ultralibéralisme hystérique de Sarkozy et le social-libéralisme de Royal. Avec Bayrou, les trois candidats arrivés en tête du 1er tour représentent le OUI à l’UE du capital pourtant rejetée à 55% par le peuple français le 29 mai 2005.

Pour le deuxième tour, conscients d’être enfermés dans ce système, mais sans hésiter, nous appelons à faire le choix du moindre mal : il faut faire barrage à Sarkozy. Il est le candidat de la continuité et de l’aggravation de la politique du gouvernement sortant, le candidat des patrons qui délocalisent, de la casse des droits sociaux, de la soumission à Bush, du recyclage des idées de Le Pen. Il doit avoir le moins de légitimité possible.

Pour autant, nous ne cultivons aucune illusion sur Mme Royal dont l’orientation sociale-libérale et la main tendue à l’UDF alimentent directement la « dérive générale à droite ».

Dans la période difficile qui vient, la perspective politique se trouve plus que jamais dans le mouvement populaire.

La force des rassemblements majoritaires contre la « constitution » de l’UE du capital, contre le CPE  existe toujours. La campagne n’a pas connu de trêve électorale des luttes. Les salariés d’Airbus, de Citroën Aulnay ont directement mis en cause la politique de délocalisation et de sabotage de l’industrie. Les postiers, les enseignants, les agents hospitaliers… combattent le démantèlement du service public et les privatisations.

Malgré le résultat des élections et la tentative de boucler la vie politique pour cinq ans, le rapport de forces existe dans le pays pour imposer d’autres choix que ceux de la mondialisation capitaliste. Comme en 1968 ou en 1995 les luttes peuvent et doivent les porter.

L’urgence sociale demeure avec la nécessité de l’augmentation des salaires, du SMIC à 1500 euros net, d’une politique sociale du logement.

De grandes batailles s’annoncent contre la feuille de route que le MEDEF fixe au prochain gouvernement : contre la poursuite du démantèlement de la sécurité sociale, des retraites avec la deuxième étape de la loi Fillon prévue en 2008, contre la remise en cause du droit du travail, du statut des salariés, contre la casse des services publics au nom des directives européennes de marchandisation, contre la tentative d’ici 2009 de réintroduction de la « constitution » européenne, par référendum avec Mme Royal, sans avec Sarkozy. Peut-être aussi contre la participation française à une nouvelle guerre américaine dans le monde sous l’égide de l’OTAN.

Pour toutes ces luttes, vous pouvez compter sur les militants communistes. Le monde du travail, le pays ont besoin d’un parti communiste fort.

Marie-George Buffet a obtenu un score inférieur à tous les résultats du PCF dans l’Histoire. Mais nous nous inscrivons en faux contre la théorie du déclin « inéluctable du PCF ».

A proprement parler, le 1,93% n’est pas le résultat du vote communiste mais celui de la « gauche populaire antilibérale » et d’une stratégie d’effacement du PCF. Comme beaucoup de communistes dans tout le pays, nous avons exprimé notre désaccord avec le choix de notre direction de gommer l’identité communiste. En faisant une priorité du rassemblement de « toute la gauche » dans les institutions, comme en opérant une conversion à la « renégociation » de la constitution de l’UE, l’orientation de la campagne a nourri le « vote utile ».

Elle n’a pas donné le relais politique que demandaient les luttes. C’est pourtant la raison d’être de notre Parti. Par son ancrage historique dans le monde du travail et les quartiers populaires, par sa théorie marxiste, le PCF est indispensable pour mener le combat anticapitaliste. Alors que les grandes manœuvres de recomposition politique ont débuté faisant entrevoir un rapprochement PS/centre droit vers un « parti démocrate » à l’américaine (ou à l’européenne) qui laisserait sur sa gauche un vague assemblage social-démocrate « antilibéral », l’existence et le renforcement du PCF n’est que plus important.

Renforcez le vote communiste ! Faites le choix de la lutte, adhérez au PCF !

par PCF Paris 14

 


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Mercredi 2 mai 2007

 

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Mercredi 2 mai 2007
 

Notre  site http://pcfcapcorse.overblog.com vient d'être accepté  par l’Annuaire Corse .

On peut donc aussi le voir à l'adresse suivante : http://curagiu.com/annuaire/nos-elus-p1-161.html
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Mardi 1 mai 2007
 

Prévention de la délinquance, façon Sarkozy

La discipline s’impose dès le berceau

 Enjeu majeur du débat politique français depuis 2002, la délinquance juvénile est l’otage de tous les discours. Ceux-ci sont en passe de se transformer radicalement, sous l’impulsion d’un nouveau courant de pensée. De rapports en expériences de terrain, les « comportementalistes » — au premier rang desquels le candidat à la présidence de la République Nicolas Sarkozy — envisagent les conduites à risques comme un problème de santé publique, décelable dès le plus jeune âge par l’application d’un certain nombre de critères. La réponse à la délinquance résiderait ainsi dans la détection précoce et individuelle des risques de déviance. Les causes de la violence ne seraient dès lors plus à rechercher du côté du système social, mais dans les faiblesses et limitations des enfants et de leur famille.

Par Hacène Belmessous, Journaliste et chercheur, auteur de Mixité sociale, une imposture. Retour sur un mythe français, Editions de l’Atalante, 2006.

Le Monde diplomatique de Mai 2007

  Au lendemain des émeutes urbaines de novembre 2005, les pouvoirs publics étaient attendus. La politique spectacle du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy avait en effet montré ses limites. Gagner la bataille de l’opinion en donnant à croire que le pays était devenu sûr alors même que ses prétendus bons résultats en matière de lutte contre l’insécurité étaient discutables n’avait pas suffi à changer la réalité.

 Après plusieurs mois dominés par des « discours d’échafaud (1) », le couperet est tombé. Les idéaux universalistes sont sacrifiés au profit de la vision libérale du territoire du ministre de l’intérieur. Après s’être mué en chef de guerre contre la délinquance, le président de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) a fait sien le principe de Jean Domat selon lequel « la police (est une) condition d’existence de l’urbanité (2) ». C’est-à-dire qu’elle ne doit plus seulement assurer la sécurité des citoyens mais aussi devenir le garant de l’harmonie sociale.

 Pour mener à bien son ambition « de bâtir une France plus juste et donc plus sûre (3) », M. Sarkozy s’est inspiré d’un modèle d’action qui a donné des résultats probants en matière de… santé et d’environnement : le principe de précaution. Apparue en Allemagne au cours des années 1970, cette notion, médiatisée au milieu des années 1990 avec l’affaire de la vache folle, décrit « un modèle préventif » qui « impose d’anticiper, de prendre les devants, d’aller au-devant du risque, de la menace avant qu’elle ne se réalise (4) ».

 Le raisonnement du président de l’UMP est simple : si les multiples crises sanitaires qui ont frappé la France (vache folle, grippe aviaire, etc.) ont été efficacement surmontées grâce à des mesures de soumission de l’environnement à des quarantaines, pourquoi ne pas reproduire cette stratégie en matière de délinquance des mineurs ? Ce faisant, il a repris à son compte une thèse anglo-saxonne exposée par deux sociologues canadiens : « On ne peut nier que la meilleure façon de prévenir la délinquance consiste à intervenir avant qu’elle ne commence, plutôt qu’après que des actes délictueux ont été commis. (…) L’idéal serait de commencer la prévention avant même la naissance de l’enfant (5). »

 Le ministre de l’intérieur français prend également modèle sur la politique de prévention de la délinquance du premier ministre britannique Anthony Blair — érigé en modèle par Mme Ségolène Royal —, le leader travailliste ayant récemment déclaré qu’il était possible de détecter les enfants à problèmes « avant la naissance » et souhaitant que les mères célibataires puissent être forcées d’accepter l’intervention de l’Etat avant que leurs enfants ne soient nés (6).

 C’est dans le département qu’il préside, les Hauts-de-Seine, que M. Sarkozy est en train d’expérimenter sa vision de la prévention de la délinquance. Le contrat local de sécurité qu’il a signé avec la ville de Villeneuve-la-Garenne comprend un dispositif de prévention à destination des enfants en école primaire, en partenariat avec l’Education nationale. Chargée de ce dispositif de détection précoce de la délinquance, l’association Mission possible (7) est soutenue par une multitude de bailleurs de fonds publics et privés (la Caisse des dépôts et consignations, la Banque Populaire, la Caisse d’épargne, le Crédit agricole, IBM, Adecco, etc.) et institutionnels (ministères de la famille, de la justice, de l’éducation nationale, de la cohésion sociale), la Caisse d’allocations familiales, la mairie de Paris, la mairie d’Argenteuil, etc.).

 Sa présidente, la magistrate Claude Beau, également vice-présidente au tribunal de grande instance de Paris, inscrit sa démarche dans une dynamique humaniste : réconcilier la jeunesse avec elle-même et la société. « Les enseignants nous orientent les familles dont les enfants sont en souffrance et rencontrent de multiples difficultés scolaires, explique-t-elle. Si les parents sont d’accord, nous signons avec eux une convention qui couvre l’année scolaire. Nous commençons alors un travail éducatif basé sur l’apprentissage par l’enfant des règles de la vie en société. A cette fin, nous travaillons sur tous les paramètres de son développement. »

 Cette nouvelle approche de la politique de prévention bouleverse la conception française de la délinquance des mineurs et son principe fondateur, l’ordonnance du 2 février 1945, qui stipule que l’enfance délinquante et l’enfance en danger s’apprécient dans un contexte social (8). En clair, on ne peut être vraiment responsable que si on bénéficie de droits sociaux. Or, en prônant une approche comportementaliste de la prévention de la délinquance, le politique rompt avec les préceptes de l’Etat providence tant cette vision idéologisée en exclut un aspect essentiel : ses causes.

 Les facteurs socio-économiques de la délinquance sont désormais minorés. Des émeutes urbaines de ce début de siècle a en effet émergé le fantasme d’une nouvelle classe dangereuse, les jeunes des cités : « Les mineurs de 1945 n’ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d’aujourd’hui », déclare sans choquer M. Sarkozy, lors du conseil des ministres du 28 juin 2006. Des jeunes sans foi ni loi et sûrs de leur impunité.

 Elue verte du Xe arrondissement de Paris, Mme Véronique Dubarry s’élève contre cette évolution. Elle juge du reste très sévèrement l’adhésion du Conseil de Paris à la doctrine comportementale de Mission possible : « La philosophie de cette association pose problème. En tout cas, elle devrait en poser à des gens de gauche. Pensez que le Conseil de Paris lui a attribué 33 000 euros de subvention pour l’année 2006. Cela n’est pas normal. Quand je vois qu’un club de prévention de mon arrondissement, à qui l’on a récemment refusé un soutien financier alors qu’il avait monté un projet dont les aspects sanitaires et sociaux étaient intéressants, “rame” comme ce n’est pas permis, je ne suis pas d’accord. »

 En attendant que le principe de précaution formate une nouvelle génération d’enfants sages, taiseux et soumis au monde des adultes, le ministre de l’intérieur veut discipliner les collégiens. Son département a signé avec l’inspection académique des Hauts-de-Seine et le directeur départemental de la sécurité publique (un fonctionnaire qu’il a nommé) un dispositif implantant un policier référent dans les collèges de Courbevoie, Antony et Clichy-la-Garenne, trois communes dirigées par des élus UMP. Le fonctionnaire de police a, entre autres missions, d’organiser, à la demande du chef d’établissement, des rappels au règlement, de tenir des permanences pour rencontrer les personnels et les élèves, de recevoir directement, et sur les lieux, d’éventuelles plaintes consécutives à des infractions commises à l’intérieur ou aux abords immédiats de l’établissement scolaire à l’encontre des personnels ou des élèves, etc.

 Longtemps réfractaire à l’idée de collaborer avec la police, l’Education nationale s’est, dans ce cas, facilement laissé convaincre par le ministre de l’intérieur. La pression des parents d’élèves et des syndicats d’enseignants, l’exhibition médiatique du moindre incident ont conduit une partie de la communauté éducative à partager cette croyance en la nécessité de s’associer à ces nouvelles formes d’encadrement des jeunes. « Excepté un professeur très syndiqué, les enseignants n’ont pas formulé de désaccord sur cette initiative, sachant que la personne nommée policier référent était auparavant l’officier de prévention du secteur, confie Mme Monique Thiolet, principale du collège Georges Seurat, un établissement tranquille de Courbevoie. Quant aux parents d’élèves, si les représentants de la FCPE [Fédération des conseils de parents d’élèves] ont répercuté l’opposition de principe de leur bureau national, cette démarche n’a suscité chez eux aucune réticence (9). »

 Après quelques mois d’expérimentation, « le bilan est positif » se réjouit M. Fabrice Corsault, le commissaire de Courbevoie, d’autant plus satisfait que les enseignants n’hésitent plus, selon lui, « à déposer plainte dans leur collège auprès du policier référent lorsqu’ils ont été insultés ou menacés par des élèves ». La démarche, en soi, n’a rien d’illégitime, mais pourquoi au sein de l’établissement plutôt que dans un commissariat ? Mieux, et c’est là un point important, les rappels au règlement aux élèves indisciplinés pourraient s’avérer des outils particulièrement efficaces de subordination : « Lorsqu’un jeune lui a été signalé par le principal d’un collège, la fonctionnaire de police le convoque, lui et ses parents, au commissariat en ce qui les concerne, pour leur rappeler les règles pénales et de citoyenneté de notre société. Elle en profite également pour leur repréciser le règlement du collège. »

 On le voit, des tabous ont sauté. D’évidence, les émeutes urbaines de novembre 2005 ont eu le même effet sur les gouvernants que les attentats du 11 septembre 2001, puis ceux de Madrid (2004) et Londres (2005). En temps de guerre contre la délinquance, l’inégalité est la même pour tous : chacun doit accepter l’idée qu’on « va pouvoir avoir une prise sur lui (10) ».

 Des expéditions punitives sont promises aux plus récalcitrants. Auteur en octobre 2005 d’un rapport au ministre de l’intérieur sur la prévention de la délinquance, le député-maire (UMP) de Villiers-sur-Marne, M. Jacques Alain Bénisti, souhaite « que la majorité pénale passe de 18 à 16 ans » et juge indispensable l’établissement de la comparution immédiate pour les jeunes. Quant au ministre délégué à l’aménagement du territoire, M. Christian Estrosi, un proche de M. Sarkozy, les propos maximalistes qu’il a tenus en mai 2006 lors d’un voyage en Israël présagent du pire : « Même si cela est parfois politiquement incorrect de le dire, 85 % des actes de délinquance commis par des moins de 18 ans proviennent de mineurs qui ne savent ni lire ni écrire, et tout cela aux frais des contribuables. » Ce regain de démagogie n’épargne pas toujours la gauche sous couvert de discours sur l’« ordre juste ». Ainsi, Mme Ségolène Royal propose-t-elle de placer les jeunes de plus de seize ans dans « des établissements à encadrement militaire pour apprendre un métier ou réaliser un projet humanitaire au premier acte de délinquance (11) ».

 Ce qui vient est d’autant plus inquiétant que, lorsqu’il s’agit des quartiers d’habitat social, la loi Solidarité et renouvellement urbains (SRU) (12), votée en 2000 par la majorité de gauche, n’est pas respectée par nombre d’élus locaux. Soixante-six communes ont été sanctionnées financièrement en Ile-de-France pour ne pas avoir construit suffisamment de logements sociaux au cours des trois dernières années. Parmi elles figurent, on le sait, Le Raincy (Seine-Saint-Denis), dont le maire, M. Eric Raoult, fut ministre délégué chargé de la Ville et de l’intégration entre mai 1995 et juin 1997, et Neuilly-sur-Seine, une ville longtemps dirigée par M. Sarkozy. Alors que cent communes ont été sanctionnées pour les mêmes raisons en Provence-Alpes-Côte d’Azur, le préfet local estime que ces pénalités n’auront « qu’un effet très limité sur les communes (13) ». Plutôt que de renverser les processus ségrégatifs qui minent ces quartiers, le pouvoir politique veut en faire des lieux policés.

 

NOTES

1) Nous empruntons cette expression à Michel Foucault, Surveiller et punir, Tel Gallimard, 1993.

(2) Jean Domat in Michel Foucault, Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France. 1977-1978, Hautes Etudes, Gallimard/Seuil, Paris, 2004.

(3) Intervention de M. Sarkozy à Douai, le 27 mars 2006.

(4) François Ewald, Christian Gollier, Nicolas de Sadeleer, Le principe de précaution, « Que sais-je ? », PUF, Paris, 2001.

(5) Robert A. Silverman et James H. Creechan, Traitement de la délinquance, Rapport n° 2 pour le ministère de la Justice, Document de travail, Département de sociologie, Université d’Alberta, 1995.

(6) Voir « Problem children targeted at birth » in The Independent, Londres, 1er septembre 2006.

(7) Cette association comprend des psychologues, des éducateurs spécialisés, des pédopsychiatres, des juristes et des enseignants.

(8) Lire Nedjma Bouakra, « Les mineurs, du soupçon à l’accusation », Le Monde diplomatique, avril 2007.

(9) Voir Hacène Belmessous, « L’école n’est plus un sanctuaire », Les idées en mouvement, Paris, août-septembre 2006

(10) Voir Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Cours au collège de France, 1978-1979, Hautes Etudes, Gallimard, Seuil, 2004

(11) Voir Le Monde.fr du 5 juin 2006

(12) L’article 55 de la loi SRU exige des communes déficitaires en logements sociaux qu’elles paient une amende annuelle de 152,45 euros par logement manquant pour atteindre la barre des 20% requis.

(13) Voir Urbapress, n°1491 du 18 janvier 2006, Paris

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Mardi 1 mai 2007

                   Istambul (Turquie)29 avril 2007.Manifestation pour la défense de la laïcité

                                        Laïcité

    Questions à M. Sarkozy  par Henri Pena-Ruiz, philosophe, écrivain, ancien membre de la commission Stasi, tribune parue dans Le Monde, édition du 15 février 2007

Monsieur le Ministre, la religion n'est pas un service public. Voici cinq questions devenues cruciales qui vous permettront, je l'espère, d'en convenir.


Les humanistes athées doivent-ils jouir des mêmes droits que les croyants ? Dans votre livre La République et les religions (Cerf, 2004) vous accordez un privilège à l'option religieuse. Selon vous, en dehors de celle-ci, il ne serait pas possible de donner à la conduite de l'existence les repères de sens dont elle a besoin. A vous lire, Sartre l'athée et Camus l'agnostique devaient donc être perdus devant les problèmes de la vie... Et Bertrand Russell, qui écrivit Pourquoi je ne suis pas chrétien (Pauvert, 1962), devait se trouver démuni devant les questions éthiques. Ne pensez-vous pas que celui qui ne croit pas au ciel puisse être blessé par votre préférence, aujourd'hui transposée en une politique discriminatoire ?

Quelle égalité s'agit-il de promouvoir ? Vous dites vouloir l'égalité des religions entre elles, et pour cela vous envisagez de construire sur fonds publics des lieux de culte, notamment pour permettre aux citoyens de confession musulmane de compenser leur déficit en la matière par rapport aux catholiques, qui jouissent d'un usufruit gratuit des églises construites avant 1905. Vous ne demandez pas le même financement pour des maisons de la libre-pensée ou des temples maçonniques. Etes-vous donc partisan de la discrimination entre les citoyens selon les options spirituelles dans lesquelles ils se reconnaissent ? L'égalité républicaine se réduirait-elle pour vous à l'égalité des divers croyants, à l'exclusion des humanistes athées ou agnostiques ?

Parler, en l'occurrence, de "toilettage" de la loi de séparation de 1905 est un euphémisme trompeur. Rétablir le financement public des cultes, c'est raturer un des deux articles de cette loi, inscrits sous la rubrique Principes : "La République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte". Avouez que renoncer à un principe sur deux, c'est plus que toiletter la loi. C'est l'abolir. Depuis le 1er janvier 1906, toute construction d'un nouveau lieu de culte est à la charge des seuls fidèles, quelle que soit la religion en jeu. Telle est la règle, et les entorses trop fréquentes qui la bafouent ne sauraient pas plus faire jurisprudence que le fait de griller les feux rouges n'appelle leur abolition.

Quelle priorité pour les pouvoirs publics ? Le rapport Machelon, qui a votre sympathie, utilise le concept de liberté de religion, pour permettre le glissement du "libre exercice des cultes", garanti par le premier article de la loi, à la nécessité supposée de financer les cultes. Joli jeu de mots et vrai tour de passe-passe, qui risque de tromper. En République, seul l'intérêt général, commun à tous, portant sur les biens et besoins de portée universelle, mérite financement public.

Or, la religion n'est pas un service public, comme l'instruction, la culture ou la santé. Elle n'engage en effet que les fidèles, c'est-à-dire une partie des citoyens seulement. La puissance publique, dont les fonds résultent des impôts payés par des athées autant que par des croyants, n'a donc pas à financer les cultes, pas plus qu'elle n'aurait à financer la diffusion de l'athéisme. En convenez-vous ? L'Etat, jugé trop pauvre pour assurer les finalités sociales des services publics qui concernent tous les citoyens, serait donc assez riche pour financer l'option religieuse, qui pourtant n'en concerne que certains. Révoltant paradoxe : briser la laïcité en même temps que les services publics. Et faire passer cette régression par le supplément d'âme d'un monde sans âme, alliant le baume communautariste et le privilège public des religions.

Quelle conception de la lutte contre le fanatisme ? Vous dites vouloir éviter les interventions étrangères, notamment les financements venus de pays peu respectueux des valeurs républicaines et démocratiques. Et vous affirmez qu'en payant, on pourra mieux contrôler. Fausse évidence. Car enfin, quel lien juridique y a-t-il entre le financement et un droit de regard sur les propos des responsables religieux dans les lieux de culte ? Il ne peut exister que par le rétablissement d'une démarche concordataire, c'est-à-dire anti-laïque. Napoléon avait fait le concordat de 1801 en assortissant le financement public des cultes d'allégeances obligées des autorités religieuses à son pouvoir. Soit un système assez humiliant pour les croyants, puisqu'en somme il les achète.

Dans une République laïque, il ne saurait y avoir d'allégeance assortie de privilège. Veut-on imposer une orthodoxie aux religions ? Qui ne voit le caractère infaisable, et irrecevable, d'une telle perspective ? Bref, il n'est pas nécessaire de payer pour contrôler. Seul vaut l'Etat de droit. Et ce qui importe n'est pas la nationalité d'un imam, mais son respect des lois républicaines. Ne nous trompons pas de combat. Ce n'est pas l'étranger comme tel qui pose problème à la République, mais celui qui entend s'affranchir de la loi commune pour lui substituer sa loi particulière, qu'elle soit religieuse ou coutumière.

Enfin, que reste-t-il de la laïcité si on rétablit un financement discriminatoire ? La République n'est pas une juxtaposition de communautés particulières. Il n'y a pas en France cinq millions de "musulmans", mais cinq millions de personnes issues de l'immigration maghrébine ou turque, très diverses dans leurs choix spirituels. Seule une petite minorité d'entre elles fréquente la mosquée, la majeure partie faisant de la religion une affaire privée, ou ne se référant à l'islam que par une sorte de solidarité imaginaire. Dès lors, la République doit-elle renoncer à la laïcité pour satisfaire cette minorité, ou concentrer les deniers publics sur la redistribution par les services publics, la gratuité des soins, le logement social ou la lutte contre l'échec scolaire, qui concernent tous les hommes, sans distinction de nationalité ou de choix spirituels ?

Il est évidemment essentiel de permettre aux croyants l'acquisition des terrains qu'ils financeront, et toute discrimination foncière doit être combattue. Le prétexte invoqué pour l'abolition de la loi de 1905 est l'aide à apporter aux citoyens de confession musulmane. Or la promotion du bien commun à tous, et non la prise en charge publique de la religion, est la meilleure réponse au problème soulevé. C'est aussi la seule légitime. Si l'on brouille la frontière pourtant nette entre le culturel et le cultuel, on parachève le démantèlement de la loi. Les mots ont un sens, et tout glissement visant à confondre ce qui est distinct est une malhonnêteté. Cela s'appelle du détournement des deniers publics.

Nulle polémique dans de telles interrogations, mais l'inquiétude vive d'un républicain qui n'est pas décidé à admettre de nouveaux empiétements programmés contre la laïcité, à contre-courant des grandes conquêtes de l'esprit de liberté. La conscience citoyenne ne peut que s'insurger.


par PCFSECTIONCAPCORSE publié dans : pcfcapcorse
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