Vendredi 2 mars 2007

SONDAGES PREELECTORAUX :

                   POUR EN FINIR  AVEC LE MESUSAGE !

Jean Paul Moatti
Professeur d’Université
Membre du Conseil National de Campagne de Marie George Buffet



La « valse des sondages » qui ponctue cette campagne présidentielle préoccupe un nombre croissant de citoyens, à commencer par celles et ceux qui se réclament de la gauche antilibérale et qui craignent, à juste titre, de se voir déposséder d’un véritable débat politique. La multiplication des sondages préélectoraux menace t’elle notre vie démocratique ?

Pour y voir plus clair, il faut distinguer deux aspects : d’une part, les sondages, comme technique statistique utilisée couramment pour faire des enquêtes qui peuvent porter sur les élections mais qui peuvent s’appliquer à n’importe quel autre sujet, d’autre part, les interprétations et l’utilisation qui est faite, dans la campagne, de cette application spécifique des sondages qu’est une enquête pré-électorale d’intentions de vote.
Ne pas confondre affirmation et estimation.
Le sondage est d’abord une technique statistique « neutre » qui consiste à sélectionner un échantillon limité, de l’ordre d’un millier dans les enquêtes pré-électorales, extrait d’une population beaucoup plus large, en l’occurrence les 43 Millions de personnes inscrites sur les listes électorales, de façon à extrapoler à partir des réponses de ce groupe limité des résultats correspondant à l’ensemble de la population. Sous un certain nombre de conditions techniques rigoureuses (que l’échantillon ait été sélectionné « au hasard », que les caractéristiques des personnes ayant refusé de répondre ne diffèrent pas, pour une raison ou une autre, de celles qui ont accepté de le faire, etc.), il est effectivement possible de déduire d’un sondage des estimations fiables. Pour y veiller, une loi française de 1977 impose de publier pour tout sondage une fiche technique indiquant la date de réalisation de l’enquête ainsi que la taille et la structure de l’échantillon de la population interrogée.
Mais, là où le bât blesse dans la façon dont les media rapportent quotidiennement les sondages, c’est qu’il s’agit non pas de résultats absolus mais bien d’une estimation qui présente inévitablement une plus ou moins grande marge d’erreur statistique ; cette marge d’erreur sera d’autant plus grande que la taille de l’échantillon interrogé est faible et que le pourcentage observé, par exemple les intentions de vote pour tel candidat, se rapproche de 50%.
Prenons un exemple. Le sondage du jour rapporte que Ségolène Royale passerait devant Sarkozy au premier tour, et les lecteurs ou les téléspectateurs de comprendre que c’est « vrai » puisque les 29% crédités pour la première sont supérieurs aux 28% attribués au second. En fait, ce n’est pas du tout cela que le sondage a estimé. C’est plutôt que, pour un échantillon interrogé de mille personnes, et pour une chance de se tromper statistiquement acceptable, les intentions de vote pour les deux candidats sont comprises entre 26% et 32% pour l’un et 25% et 31% pour l’autre. C’est-à-dire que ce que nous dit vraiment le sondage c’est qu’on ne peut absolument pas trancher pour savoir qui en réalité devance l’autre. Le même sondage de 1000 personnes qui affirme que X gagnerait contre Y avec 52% contre 48% au second tour n’apporte en réalité aucune information sur qui est vraiment majoritaire dans les intentions de vote puisque le « battu » pourrait tout aussi bien être le « gagnant » à 51% contre 49%. Quant aux candidats qui ont des intentions de vote entre 2 et 8%, une enquête auprès de 1000 personnes ne permet absolument pas de les « départager » quant aux intentions réelles dans la population, d’autant que les « biais » éventuellement liés à ce que certains types de personnes ont refusé en amont de répondre à l’enquête sont, dans ce cas, augmentés. Une façon d’éviter pour partie les interprétations abusives qui font le quotidien des medias, et d’éduquer les citoyens à se faire leur propre appréciation, serait de contraindre les sondeurs à présenter leurs résultats, pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des estimations de fourchettes d’intentions de vote. Pour autant, cette mesure de salubrité publique ne résoudrait pas les problèmes de fond que pose le mésusage actuel des sondages préélectoraux.
La « fabrique » de l’opinion.
Il y a plus de trente ans, dans un article des Temps Modernes intitulé avec provocation « l’opinion publique n’existe pas », le sociologue Pierre Bourdieu démontait les mécanismes à travers lesquels les sondeurs, souvent à leur propre insu, « fabriquaient » l’opinion à travers la sélection et la formulation des questions posées dans les enquêtes, et montrait comment ces mécanismes jouaient toujours dans le sens des valeurs de l’ordre établi et du point de vue des élites dominantes. Analysant la présidentielle de 1995, un autre sociologue, Philippe Champagne, écrivait que des sondages préélectoraux, surtout ceux qui interviennent comme aujourd’hui à distance de l’élection réelle, « sont peu fiables du fait qu’ils ne recueillent pas des opinions mobilisées, mais des déclarations en grande partie suscitées par l’enquête elle-même. Ils saisissent des intentions de vote souvent fictives, potentielles et non encore cristallisées. Ils ne peuvent, de ce fait, que pousser une large fraction de l’électorat ainsi consulté à donner, lorsqu’il en donne, des réponses provisoires, souvent sans lendemain parce que sans conséquences ».
Ces critiques sont d’autant plus justifiées qu’il est impossible de fixer le moment, variable selon les élections, à partir duquel un sondage préélectoral devient plus fiable et permet de faire des prévisions raisonnables. De plus, dans ces sondages « préélectoraux », le taux d’indécis, généralement très élevé en début de campagne électorale (environ 50 % actuellement) est une information plus importante que la répartition des voix de ceux qui ont apparemment choisi leur candidat. Présenter, comme le font les sondeurs, les résultats de ces enquêtes comme s’il s’agissait de votes effectifs, c’est entretenir (volontairement ?) une double erreur. D’une part, ce mode de présentation des résultats implique une hypothèse hautement fantaisiste, à savoir que les indécis se répartiront dans les mêmes proportions que ceux qui se sont déjà exprimés fermement. D’autre part, ce mode de calcul fausse la présentation de la situation politique en surévaluant les intentions de vote déclarées. Dire que tel candidat est à 17 % d’intentions de vote, c’est donner une représentation inexacte de la réalité, le véritables score n’étant en fait (avec une moitié d’indécis) que de 8,5%.
Pour empêcher que le comportement « stratégique » des sondeurs et des medias qui les répercutent, comme des candidats qui cherchent à bâtir leur succès sur le jeu sondagier, ne vienne confisquer le débat électoral, il n’ y a pas d’autre voie, pour la gauche antilibérale, que de chercher à imposer par la mobilisation à la base, et par le recours à d’autres medias moins contrôlés (comme Internet), de vrais thèmes de discussion et de confrontation des projets. Elle avait su le faire, avec succès, pour la campagne contre le non à la Constitution européenne en dépit de l’hostilité persistante de la grande majorité des medias.
Il serait néanmoins naïf de penser que la dispersion actuelle des intentions de vote de la gauche antilibérale entre trois candidats ne pose pas problème puisqu’au final le total cumulé des votes pour Marie George Buffet, José Bové et Olivier Besancenot tournerait autour de 6% à 12%, c’est-à-dire un poids comparable à celui des antilibéraux en Italie ou en Allemagne. En permettant aux media de « fabriquer » l’opinion que les candidats antilibéraux ne peuvent pas être pris au sérieux (et conséquemment ne méritent guère de temps d’antenne et d’espace éditorial) du fait des intentions de vote limitées attribuées à chacun d’entre eux, cette dispersion facilite la disqualification du débat sur l’alternative économique, sociale et politique que le non européen et les luttes de ces dernières années avaient permis de cristalliser avec force dans notre pays. Disons le franchement : il y a là un déni démocratique bien plus grave sur le fond, et bien plus dommageable pour la gauche antilibérale, que celui qui serait lié au fait que tel ou tel ne rassemble pas les 500 signatures nécessaires à l’officialisation d’une candidature de plus.

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Vendredi 2 mars 2007

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Vendredi 2 mars 2007

 BAYROU, LE LENINE DU XXI° SIECLE?

                    ou:  SI LE RIDICULE TUAIT, LES CROQUE-MORT TRAVAILLERAIENT JOUR ET NUIT

 "S'il réussit, il restera comme le premier révolutionnaire du XXI° si'ècle"

        (CH.Barbier, directeur de la rédaction de l'Express.

     SOIGNE TA GAUCHE : La chevauchée du lymphatique
Genika, membre du Conseil de Campagne de Marie-George Buffet nous offre pendant les élections un billet hebdomadaire : "Soigne ta gauche". En voici le N° 4.


François Bayrou obéit à une idéologie de la conciliation à n’importe quel prix.
C’est un promoteur, depuis quelque temps opiniâtre, de la pondération. Il se croit original, il n’est qu’une énième version de l’équivoque et de l’incertitude dans le paysage politique. Il plaît probablement à un certain pourcentage d’électeurs parce qu’il récuse le conflit au nom d’une pacification des esprits. Rien, selon lui, ne doit aboutir à l’affrontement.
Il ne conçoit pas qu’il existe des intérêts antagonistes et que le semblant de programme qu’il propose succombe aux contradictions et appelle la résignation du plus grand nombre.
Pour lui, il existe toujours un moyen de s’entendre, un arrangement en perspective. Il est un partisan du pour et du contre. Le "bon sens" l’anime. On connaît la chanson : il faut prendre le "bon" des uns et des autres et rejeter le "mauvais", procéder à un mélange des vertus. Le "bon sens" a bon dos.
C’est, le plus souvent, l’intelligence invoquée par ceux que les complexités rebutent. En gros, François Bayrou ménage la chèvre et le chou. Il cherche à persuader la première de ne pas trop bouffer le second, comme si d’être bouffé, ne serait-ce qu’un peu, ne constituait pas un dommage. Homme d’un juste milieu, il souhaite que les veaux promis à l’abattoir aient le droit de négocier une prime de risque avec leurs égorgeurs et que les uns et les autres mettent en commun leurs compétences respectives au nom de l’équilibre. C’est un modéré, c’est-à-dire, pour reprendre la réplique d’Anatole France « qu’il est modérément contre ». Ne rien changer tout en soutenant le contraire est son credo.
Il se refuse à formuler une mesure sociale conséquente pour n’avoir pas, dit-il, à se trahir. Il confond, ainsi, les promesses prodiguées à tort et à travers avec l’énoncé de mesures indispensables à améliorer un quotidien. Il s’inquiète de la pléthore des fonctionnaires locaux et projette d’installer des préfets ou leurs sous-fifres dans chaque quartier. Lui qui accuse ses concurrents de complaisance s’abandonne à une débauche de prudences qui mine d’emblée la moindre tentative de changement vrai.
C’est en quelque sorte un démagogue par faiblesse qui argumente ses carences en les sublimant. Il est beau, sincère, scrupuleux, et par-dessus tout, il s’insurge contre « le système ».
Johnny Hallyday aussi dont la rébellion sombre aujourd’hui dans l’épicerie et des accommodements regrettables.
                                         Genica Baczynski

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Vendredi 2 mars 2007

                CHOMAGE ET CROISSANCE

  Selon le Bureau International du Travail (qui dépend de l'Organisation Internationale du Travail, structure de l'ONU), il y avait dans le monde en 2006 plus de 195 millions de chômeurs. Et pour ceux qui ont du travail, c'est pas beaucoup plus brillant : 1,37 milliard de "travailleurs extrêmement pauvres" selon la même source(http://www.ilo.org/public/french/bureau/inf/pr/2007/2.htm ). De plus, le Bureau International du Travail estimait en 2004 que "chaque année plus de 2 millions de personnes trouvent la mort au travail"(http://www.ilo.org/public/french/bureau/inf/features/04/wdshw.htm ).


La hausse de la croissance (+ 5,2% en 2006) non seulement ne réduit pas le chômage - alors que c'est ce qu'on nous repète constamment-, mais même n'empêche pas cette nouvelle hausse du chômage (qui porte la hausse à 30,8 millions de chômeurs en plus sur 10 ans).

Quelles solutions ? Pour le patronat et le droite, la solution est simple : toujours pire. Pour Laurence Parisot, présidente du Medef, il faut "supprimer le concept de durée légale du travail" (déclaration du 25 janvier 2007), donc revenir à la situation du début du 19e siècle... Belle modernité : revenir deux siècles en arrière !
Le 24 janvier, Sarkozy avait déclaré devant les patrons de la CGPME : "Si je suis élu, je mettrai en place un contrat unique qui s'inspirera du CNE". Le CNE/CPE pour tous ! Ce serait à la fois un véritable recul de civilisation (la précarité pour tous), et un déni de démocratie, puisque le peuple a déjà rejeté ce système par le mouvement social massif de février à avril 2006.

Baisser les garanties des salariés, ça n'est bon ni pour le chômage ni - évidemment - pour les salariés. Sous la campagne électorale boueuse qui se déroule actuellement, l'UMP et le Medef préparent un recul pour tous, sur la base de principes au service exclusif des intérêts financiers, qui sont en contradiction totale avec la situation réelle des salariés dans le monde.

       NE VOUS LAISSEZ PAS FAIRE ! VOTEZ MARIE-GEORGE !!!

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Vendredi 2 mars 2007

  Gauche : attention au vrai-faux vote utile 
 

En appelant à voter « utile » au premier tour en concentrant tous les votes de gauche sur Ségolène Royal, François Hollande joue contre son camp. Avec un total inférieur à 40% à moins de 60 jours du scrutin, toutes candidatures confondues, la gauche n’est vraiment pas en bonne position.


Comme après le 21 avril 2002, François Hollande se trompe de diagnostic, et donc de solution. Le problème n’est pas dans la multiplication des candidatures à gauche, mais dans la démobilisation d’une bonne partie de son électorat, notamment dans les milieux populaires. S’imaginer qu’il suffirait de concentrer tous les votes sur une seule candidature nous mène droit dans le mur.
Ce qui peut mobiliser le peuple de gauche, c’est un vrai débat à gauche sur les problèmes de fond, et sur les solutions. C’est à ça que devrait servir le premier tour. En dégageant les choix les plus rassembleurs, en donnant une véritable feuille de route populaire à la gauche, cela permettrait à son électorat de se reconnaître dans son programme au second, et de l’emporter. Le vrai vote utile, au premier tour, c’est donc de voter pour ses idées, pas pour des petits calculs d’apothicaire.

                                       Marie-George Buffet,
                    Candidate à de la gauche populaire et antilibérale

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