
Ici, quelques minutes avant l'explosion.
Benazir Bhutto, ancien premier ministre, dirigeait le Parti du peuple pakistanais (PPP):
Surnommée "Pinkie" quand elle était petite à cause de son teint rosé, est née en 1953 à Karachi, dans une famille de riches propriétaires terriens. Elle est la fille de Zulficar Ali Bhutto, premier homme à avoir été élu démocratiquement par le peuple en 1977 et est devenue une des principales figures de l'opposition pakistanaise.
Elle fait ses études à Harvard et Oxford, avant de revenir au Pakistan en 1977. Quelques semaines plus tard, les militaires prennent le pouvoir dans le pays. Son père est renversé par le général Zia ul-Haq et pendu en 1979.
Alors qu'elle n'a que 24 ans, Benazir est envoyée en prison avec toute sa famille. Elle reste en prison et en résidence surveillée jusqu'en 1984, quand Zia l'autorise à partir en Grande-Bretagne, où elle est devient le leader en exil du mouvement qu'avait créé son père, le Parti du peuple pakistanais (PPP).
En avril 1986, Benazir Bhutto décide de forcer son destin politique et rentre au pays où elle est accueillie triomphalement. La revanche sur les militaires qui ont tué son père viendra le 17 avril 1988, quand Zia meurt dans un mystérieux accident d'avion. Le PPP remporte les législatives le 2 décembre. Benazir Bhutto devient premier ministre : c'est la première femme à diriger un pays musulman. Cette nomination irrite profondément les milieux islamistes, toujours puissants au Pakistan.
En 1990, elle est destituée de son mandat pour corruption et abus de pouvoir. Benazir Bhutto considère ces accusations, qui concernent également son
époux Asif Alî Zadari, comme infondées et purement "politiques". Elle s'exile à Dubaï, puis à Londres, afin d'échapper aux poursuites de la justice pakistanaise. Nawaz Sharif devient premier
ministre.
En exil, mais loin d'être absente, elle ne cesse de prendre publiquement position contre le régime militaire au pouvoir et de critiquer ouvertement l'islamisation insidieuse de la société pakistanaise. Des tensions entre Nawaz Sharif et le président provoquent de nouvelles élections. Le PPP les remporte et Benazir Bhutto revient à la tête du gouvernement en 1993.
Cette fois-ci, Benazir Bhutto évite de se confronter à l'armée et aux services secrets. Elle adopte une politique de fermeté face à l'Inde, mais soutient les rebelles islamistes cachemiris et la venue au pouvoir des talibans en Afghanistan. En termes de politique intérieure, sa relance de l'économie est un fiasco. Et après trois ans aux commandes du gouvernement, elle est de nouveau destituée pour la mauvaise gestion.
En 1999, Mme Bhutto et son époux sont à nouveau tous les deux condamnés pour corruption. Bhutto conteste ce jugement et décide à nouveau de s'exiler. Elle dirige le PPP à distance depuis Londres et Dubaï. En 2002, elle a interdiction d'entrer sur le territoire pakistanais. De plus, le président Pervez Musharraf fait voter cette même année un amendement à la Constitution limitant à deux les mandats de premier ministre, ce qui interdit à Mme Bhutto tout retour au pouvoir.
En 2007, l'instabilité politique et le conflit avec les islamistes plonge le Pakistan dans un état de crise qui lui profite. Elle élabore une stratégie de retour politique. Pervez Musharraf, plus impopulaire que jamais, a besoin du soutien des Américains pour briguer un nouveau mandat. Washington impose une démocratisation du pays, que seule Benazir Bhutto peut accomplir. Elle est "la caution démocratique" de Musharraf.
Le 5 octobre 2007, Pervez Musharraf signe un décret d'amnistie qui marque l'abandon des poursuites à l'encontre de Mme Bhutto. M. Musharraf promet également d'abandonner ses fonctions militaires s'il est élu, et d'amender la Constitution pour que l'ancienne première ministre puisse exercer un troisième mandat - les conditions qu'impose Mme Bhutto pour un accord de partage de pouvoir. Elle a obtenu ce qu'elle souhaitait : elle revient le 18 octobre pour gouverner et, selon ses propres termes, "sauver la démocratie".
Après huit années d'exil et en dépit de menaces de mort proférées contre elle par nombre de groupes islamistes locaux, l'ancienne première ministre rentre en larmes, jeudi 18 octobre, dans son pays d'origine.
Une dizaine d'heures plus tard, dans la nuit du 18 au 19 octobre, alors que le Pakistan fête son retour, un attentat a été perpétré contre le poids lourd blindé dans lequel elle se trouvait, à Karachi. Mme Bhutto sort indemne de cet attentat-suicide, qui fait 139 morts et près de 400 blessés.
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