Samedi 10 mai 2008

Bien que le 10 mai ait été choisi par J. Chirac, c'est le le 23 mai qui deviendrait "une journée commémorative" de l'abolition de l'esclavage

                                                                                                

                abolition de l'esclavage 1794

"la sourcedu capitalisme"
Par Jean-Paul Piérot
Trop longtemps le crime contre l’humanité fut marqué du sceau du secret. Des pages blanches dans le grand livre de la mémoire collective d’une nation frappée d’amnésie : ainsi peut-on résumer le peu de cas jusqu’alors accordé dans les livres d’histoire au trafic négrier, à l’asservissement de millions d’hommes et de femmes niés dans leur humanité, triés et vendus comme du bétail, déportés de leurs terres africaines, entassés à fond de cale avant d’échouer dans les plantations de canne à sucre dans les colonies françaises, espagnoles ou britanniques de la Caraïbe. Entre la fin du XVIe et la fin du XIXe siècle, quelque dix-huit millions d’Africains, au bas mot, ont été arrachés à leur pays, à leurs familles et traversèrent, enchaînés, l’océan, en direction du « Nouveau Monde » que s’étaient partagé les grandes puissances maritimes européennes. Mais combien d’autres furent tués sur place en voulant échapper aux chasses à l’homme ? Combien périrent au cours des traversées infernales dans les navires des trafiquants ?

Engagés au lendemain de la découverte de l’Amérique, en pleine période de la Renaissance en France, ni la traite des Noirs et ni l’esclavage n’étaient alors des survivances du passé, mais un système réinventé pour les besoins de l’accumulation primitive du capital. Bordeaux et Nantes en France, Bristol et Liverpool en Angleterre, qui figurent parmi les principaux ports d’où partaient les navires chargés de marchandises humaines et revenaient avec leurs cargaisons de sucre, doivent leur essor à cet abominable trafic. Pour assurer la richesse des colons, ils ont pillé l’Afrique, l’ont saignée de ses forces vives, transformé un continent « en une sorte de garenne commerciale pour chasse aux peaux noires », comme l’a dénoncé Karl Marx. L’exploitation de l’homme par l’homme dans les colonies implantées par les Européens a atteint un niveau d’intensité sans comparaison avec toutes les formes de servitude du passé, de la Grèce antique jusqu’aux serfs du Moyen Âge. C’est donc bien le colonialisme qui a mis en place cet esclavage quasi industriel, avec l’Afrique comme réserve de main-d’oeuvre gratuite et les îles caribéennes, vite condamnées à la monoculture sucrière.

En ce 160e anniversaire de l’abolition définitive de l’esclavage par la révolution de 1848, après une première décision d’émancipation par la Révolution française, peu après abrogée par Napoléon Bonaparte, comment ne pas être frappé par la résonance de la servitude coloniale avec le monde d’aujourd’hui ? L’état actuel de l’Afrique est pour une large part la conséquence de l’économie de prédation des puissances dominantes, en vies humaines et en matières premières. L’accumulation chez les uns a été obtenue au prix de la dépossession des autres. Les rapports de domination se sont poursuivis, certes sous des formes moins inhumaines, au-delà de l’abolition de l’esclavage, fruit du combat des esclaves eux-mêmes et des personnalités courageuses, de l’abbé Grégoire à Victor Schoelcher. Les guerres coloniales, au Vietnam et en Algérie, ont traduit, avec quelle violence ! la volonté des milieux dirigeants de maintenir les peuples, sinon sous le fouet du planteur, mais sous le joug des grandes puissances.

L’ombre portée de l’esclavage colonial c’est aussi le racisme et la xénophobie, le mépris imbécile à l’égard des Africains qui marquait le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar, en juillet 2007. Pour tenter de justifier le traitement imposé aux peuples asservis, les tenants du colonialisme n’ont eu de cesse de présenter les peuples colonisés comme des êtres inférieurs, « incapables de se projeter dans l’avenir » (Sarkozy), avec lesquels la République des droits de l’homme pouvait s’affranchir de ses propres principes. C’est ce qu’Aimé Césaire, le grand poète et militant de la négritude, appelait « la barbarie de l’Europe occidentale ». Césaire, dont l’héritage politique humaniste habitera toutes les manifestations organisées demain dans toute la France en hommage aux victimes de l’esclavage et aux combattants de l’émancipation.

Dans l’édition de l’Humanité du vendredi 9 mai 2008

par BANDERA ROSSA publié dans : pcfcapcorse communauté : Un PCF de lutte des classes !
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