Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /2009 15:27

Dominique Bucchini au Conseil énergétique
                             31 10 2009

                                                                     

 La croisade contre la réalisation des moyens de base pour la production d'électricité nécessaire à la satisfaction des besoins de la population et des entreprises insulaires vient de franchir une nouvelle étape. Les prises de positions récentes et défavorables à la construction de la centrale thermique de Lucciana appellent à une véritable confrontation technique et politique. Ce débat intéresse tous les usagers du service public au delà même des communes directement concernées. Il ne peut être déconnecté de la crise énergétique de 2005 résultant d'une accumulation de décisions aux effets pervers et inéluctables parmi lesquels l'absence déterminante d'investissements majeurs ces 15 dernières années.

  • L'abandon des projets de centrale à Folleli puis à Serra di Fiumorbu en 1998, à la demande expresse de Madame Voynet, est à inscrire sur ce registre. Les arguments, développés à l'époque pour contester la réalisation de ce moyen de production moderne, ressemblaient à s'y méprendre à ceux que nous entendons aujourd'hui... Sauf qu'il était déjà question d'une centrale au gaz.

En 2001, conformément à ses compétences, la CTC a délibéré et adopté un plan énergétique à moyen terme dont la particularité était de sous-estimer la croissance de la consommation afin de déboucher sans encombre sur la fermeture en 2008 2010 des deux centrales thermiques du Vazzio et de Lucciana en fin de vie. La conséquence logique et technique de ce plan à moyen terme, que les élus communistes avec la CGT ont combattu seuls, était l'interconnexion qui aurait rendu la Corse totalement dépendante d'une production extérieure tout autant polluante sinon plus. Le plan énergétique adopté en novembre 2005, six mois après la crise de février mars, ne pouvait reposer sur les mêmes choix, il devait forcément corriger l'estimation de croissance et engager le renouvellement des moyens thermiques en production de base selon les procédés les plus récents de réduction des rejets polluants. Toutefois, le renforcement de l'interconnexion avec la Sardaigne, en deux étapes pour atteindre les 100 MW, anticipait, en quelque sorte, l'accumulation prévisible de retards. Le groupe communiste républicain et citoyen s'était opposé à ce "cheval de Troie". Ainsi les interconnexions SARCO SACOI peuvent devenir dans l'urgence la solution intermédiaire alors que la première pierre du GALSI tarde à être posée.

  • Le fameux trépied, Thermique - Interconnexion - Energies renouvelables, est donc en cause comme la programmation pluriannuelle des investissements et en définitive la délibération de l'Assemblée de Corse. Fort justement celle-ci prévoyait, dans l'attente du GALSI, une motorisation bicombustible fioul puis gaz. Cette solution offrait l'avantage de pouvoir attendre, sans risque de pénurie, que l'Italie et l'Algérie concrétisent leur projet et qu'en s'y associant la France permette à la Corse d'en bénéficier.

A l'évidence nous nous en éloignons et le non respect du calendrier et de la programmation augmente le risque d'une nouvelle rupture énergétique. Le retard pris dans la réalisation de la centrale d'Ajaccio est véritablement problématique. Le même scénario pour Luciana serait catastrophique. Il s'agit de données parfaitement vérifiables tout autant que les incidents répétitifs qui exposent les personnels et rendent la production de base incertaine. Les arguments selon lesquels la Corse subirait une pollution grave en raison de l'exploitation des centrales paraissent à bien des égards discutables mêmes si les inquiétudes des résidants proches des centrales sont légitimes. Il faut être précis sur la nature des pollutions comme pour l'émission des gaz à effet de serre et les pathologies qui en découlent. Un avion, un bateau, une voie de circulation saturée polluent... alors que la Corse plus largement est exposée aux pollutions venues d'ailleurs. Le nuage de Tchernobyl l'a démontré. Les investissements trop tardifs sur la centrale du Vazzio afin de réduire les rejets polluants suscitent la colère mais user de cet état de fait pour ignorer les progrès technologiques conduit à une impasse dont la seule sortie sera, en l'absence du GALSI, le câble. Dans ce cas la Corse serait en apparence épargnée par la pollution due aux centrales thermiques, la Sardaigne non. Alors que toute activité humaine a un impact environnemental, il faut réellement faire preuve de responsabilité et débattre des enjeux environnementaux dans toutes leurs dimensions. L'exemple actuel du traitement des ordures ménagères est de ce point de vue instructif. La Corse doit être en mesure d'assumer elle-même les conditions de son développement et pour cela de produire suffisamment d'électricité pour garantir la satisfaction de ses besoins propres. Il est également question d'augmenter la part des énergies renouvelables établie à 100 MW dans le plan énergétique pour ne pas déstabiliser le réseau. La réalité du réseau insulaire non interconnecté impose, en effet, des contraintes techniques. Celle-ci en est une, l'ignorer serait une erreur grave. Pour l'usager, un interrupteur sans électricité est une exception, la fourniture en toute circonstance est donc une constante que les ENR ne peuvent dans l'immédiat satisfaire à grande échelle.

  • Ces énergies, dont on vante les mérites à juste titre, ne sont pas sans inconvénient puisqu'elles sont, à ce stade des capacités technologiques, aléatoires pour de nombreuses années encore. Leur fiabilité envisagée sur le long terme, voire le très long terme, ne peut correspondre à l'urgence de la situation en Corse.

Quatre ans pratiquement jour pour jour après la délibération de l'Assemblée de Corse les seules réalisations abouties sont l'interconnexion SARCO, les fermes éoliennes et photovoltaïques. Ce constat nous a amené il y a trois semaines a demandé la réunion en urgence du Conseil énergétique au moment où le Préfet de Région décidait de suspendre la consultation concernant la localisation de la centrale du grand Ajaccio. Dans le même temps il semblait vouloir relancer le projet de centrale GPL qui correspond ni au plan énergétique ni à la PPI en raison de son coût, des contraintes de sécurité à respecter en mer et à terre, des normes requises pour le stockage souterrain du gaz. L'Etat doit clarifier sa position, soit il se désengage et ce qu'il y a de plus probable c'est une nouvelle crise énergétique à court terme, soit il assume les impératifs qui découlent de son repositionnement et il en supporte la charge financière afin de garantir aux 300 000 habitants de l'île la fourniture d'électricité. Il doit également préciser sa vison de l'avenir et de fait, son action concernant le GALSI, pour passer de l'accompagnement attentiste à l'impulsion déterminante et participative afin qu'il se concrétise. La France n'est pas dépourvue d'influence à travers l'Union de la Méditerranée et la Communauté Européenne pour agir en ce sens de manière efficace, nous le savons, mais cela dépend d'une forte volonté politique dont on a du mal à cerner la réalité à cet instant.

 

Par BANDERA ROSSA - Publié dans : pcfcapcorse - Communauté : Un PCF de lutte des classes !
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