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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 12:56

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robespierre

 

219 ans après sa mort, il suffit de prononcer le nom d’un homme pour effrayer encore la droite. Qui ? Robespierre. Les trois syllabes de ce nom sonnent toujours à l’oreille des thermidoriens du 21e siècle, comme sonneraient trois coups, frappés avant que le rideau se lève au théâtre, glaçant un public mondain attendant un spectacle terrifiant. Ro-bes-pierre ! Quand l’homme de droite en parle, dans sa bouche tordue, ce nom devient un juron.

 

 

 

La haine de Robespierre est le thermomètre de la sottise de la droite, variant selon les saisons. Quand la température politique monte, elle augmente.Jean-François Copé s’est spécialisé dans cette détestation, ainsi que celle de la Révolution qui, selon lui «  a fait beaucoup de mal et a fracturé la société, elle a désappris aux français le goût de l’effort ». Fin 2012, à des militants UMP, il a présenté ainsi la politique de François Hollande « Le matraquage fiscal qu'il impose au forceps (...) se double d'un processus de stigmatisation systématique des catégories de Français les unes après les autres. Vieille technique de gauche qui rappelle le Robespierre d'autrefois: on décapite d'abord, on discute après ». Consternant. On retrouve aussi ce« Robespierre bashing » dans des journaux. Quand l’onde de choc de « L'affaire Cahuzac » provoque une volonté de contrôle populaire des élus, le Point dénonce «les grands moralisateurs, les chantres de l’épuration, les nouveaux Robespierre, voire les néo-Khmers rouges». On pourrait ainsi multiplier les exemples, puisés ici ou là, dans des discours et articles.

 

 

Mais qu’elle est l’origine de cette haine ? Et quelle en est la fonction ?

 

L’objet de cet article n’est pas de démonter les nombreux mensonges des assassins de Robespierre, et de leurs héritiers, réussissant à le transformer aux yeux de l’opinion en un tyran sanguinaire, unique responsable de la Terreur. Sous le poids de cette propagande, il s’est sculpté une « légende noire » lui attribuant tous les moments sombres de la Révolution Française.

 

 

 

En réponse, il faut affirmer que jamais il n’y eut de dictature de Robespierre, ni même du Comité de Salut Public, qui était un « gouvernement révolutionnaire » collégial et révocable. Robespierre défendait l’idée d’un régime totalement parlementaire et en 1794, la Convention discutait et validait toutes les décisions importantes. Elle était libre à tout moment de changer la composition des comités. Quant à « la Terreur », terme ambiguë historiquement, elle ne peut être mise que sur son compte. Il s’agit d’un ensemble de mesures d’exceptions, votées à l’unanimité de la Convention, que Robespierre jugeait « inséparables de la vertu », et appliquées dans un moment particulièrement difficile. Sans elle, nul doute que le pays aurait été dépecé par les coalisés et occupé, et la République balayée.

 

 

Ce que reproche en réalité la droite de 2013 à Robespierre est qu’il fut un pionnier du partage des richesses. Dès 1789, il intervint à l’Assemblée en refusant tous les traitements sécuritaires des émeutes de la faim et appelant « à remonter à la source du mal, à découvrir pourquoi le peuple meurt de faim plutôt que l’égorger quand il s’attroupe ». En 1790, il défend « la propriété du peuple ». En 1792, il développe une critique de la liberté du commerce et affirme le droit à l’existence comme le premier des droits de l’homme. Pour lui« toute spéculation mercantile qui se fait au dépend de la vie de son semblable, n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide ». En 1793, il proclame : « les dangers intérieurs viennent des bourgeois, pour vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple ». En 1794 il affirme : « Quand l’intérêt des riches sera-t-il confondu avec celui du peuple ? Jamais ! ». C’est ce Robespierre là, « l’incorruptible » sensible à la question sociale, que déteste encore la droite. Pour elle, cette dimension de la Révolution française, si brûlante d’actualité, doit être effacée ou calomniée.

 

 

Mais, il est encore un autre enjeu récent pour la droite copéiste de salir Robespierre. Il vise le Front de gauche. Plusieurs fois, le président de l’UMP a placé un signe égal entre les hommages et références de Jean-Luc Mélenchon à Robespierre, et ceux que Jean-Marie Le Pen a rendu à Robert Brasillach, écrivain antisémite et collaborateur. Pour Jean-François Copé, Robespierre et Brasillach sont une seule et même chose, aussi détestable l’un que l’autre. Cette honteuse assimilation, comparant jacobin et nazi, lui permet par la suite de dire que finalement faire alliance avec le FN n’est pas plus condamnable que faire alliance avec le Front de Gauche. Ainsi, il dédiabolise le parti de Marine Le Pen et prépare l’avenir.

 

Derniers mots, le PS participe lui aussi à cette légende noire antirobespierriste, refusant par exemple qu’une rue porte son nom à Paris, ou utilisant aussi le nom de Robespierre comme une insulte. Peut-on lutter contre la droite en reprenant ses arguments ? Pas possible.

 

Mais, ceci est une autre histoire…

 

Alexis CORBIERE

 

Tribune publié par L'Humanité Dimanche

 

Source

 

 

Le site des Amis de Robespierre

 

           NDLR:

Consulter le toujours excellent ouvrage de notre camarade Jean MASSIN: Robespierrre

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