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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 09:48

  l’Huma                  Une logique de malfaiteurs                    

Ce n’est pas d’histoire dont Nicolas sarkozy se pique, c’est de propagande et même d’un certain décervelage qui s’accommode mal de la rigueur des faits.

Par Patrick Apel-Muller

                                                                                               
Le fatras dans lequel les idéologues sarkozystes essaient de noyer l’histoire de notre pays n’a pas égaré l’opinion. 69 % des personnes interrogées dans notre sondage IFOP sont en désaccord avec la suppression de la discipline en terminale S. 22 % seulement soutiennent la décision que veut imposer le gouvernement, moins que les 30 % d’inconditionnels qui soutiennent habituellement le président. Ce projet donne la mesure de la réforme des lycées concoctée par Luc Chatel ; elle en devient l’incarnation.

Quelques scientifiques ont cru opportun dans un texte publié par Libération d’opposer les sciences à l’histoire, comme si l’honnête homme du XXIe siècle n’avait pas besoin de mêler culture scientifique et humanités, pour assumer sa responsabilité de citoyen face à des enjeux de plus en plus complexes. Alors que la filière S fonctionne hélas comme un filtre sélectif (qui attire donc la moitié des élèves), elle formerait des décideurs dont la science ferait bon marché de la conscience. Comment comprendre l’économie sans l’histoire et la géographie, qui étudie les milieux naturels et humains ? « L’histoire est la véritable histoire naturelle des hommes », résumait Marx.

Certains s’étonnent que ce même président qui souhaitait la lecture de la lettre de Guy Môquet dans les classes décide l’élimination de la discipline du programme de terminale. Mais ce n’est pas d’histoire dont Nicolas Sarkozy se pique, c’est de propagande et même d’un certain décervelage qui s’accommode mal de la rigueur des faits. Le sacrifice du jeune résistant communiste devrait être invoqué mais sans ses motivations ni son contexte. Sous quel autre régime d’ailleurs aurait-on envisagé de réunir les ministres européens à Vichy pour réprimer l’immigration ?

L’UMP préférait biffer les sinistres précédents quand elle lance son débat sur « l’identité nationale ». La réactivation des réflexes racistes et l’exaltation de l’œuvre « civilisatrice » de la colonisation supporte mal qu’on en dépeigne la trace sanglante. Le musée de l’Histoire nationale que veut ouvrir Nicolas Sarkozy vise lui aussi à construire une représentation réactionnaire et figée de la nation. Et ses tentatives d’enrôler Jaurès sous sa bannière idéologique exigent, bien entendu, d’expurger les mémoires du souvenir du combattant au côté des mineurs de Carmaux, du tribun dénonçant l’antisémitisme qui bannissait Dreyfus de la nation, du militant qui mêlait la république au socialisme et au communisme.

Ce gouvernement, dont un ministre décrit les saillies racistes qui fleurissent dans ses assemblées de préfecture comme un caractère national, préférerait anesthésier les consciences pour les livrer au feuilleton des communicants de l’Élysée. « L’histoire est la science du malheur des hommes », notait l’écrivain Raymond Queneau. Effacer la trace serait effacer le fait ; une logique de malfaiteur est à l’œuvre au plus haut niveau de l’État

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