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3 février 2011 4 03 /02 /février /2011 14:15

Pierre Barbancey a été détenu pendant deux heures dans une caserne cette nuit, avant d'être placé en résidence surveillée. Relâché ce matin, il raconte

Egypte: l'envoyé spécial de L'Humanité arrêté
"Vers 22 heures, mercredi soir, j'ai voulu retourner sur la place Tahrir avec d'autres journalistes français (Thomas Cantaloube de Mediapart, Vincent Lafargue, photographe indépendant, Sarah Mabrouk, JRI indépendante). Peu avant d'y arriver, nous avons été arrêtés par des miliciens pro-Moubarak. Ils cherchaient clairement à nous empêcher d'accéder à la place où ils ont affronté toute la journée les opposants au régime. Il faut dire que la télévision officielle ne montre que des images des manifestations. Tout ce qui va à l'encontre de la version officielle, c'est-à-dire ce que montrent les médias étrangers, est combattu.

Ces miliciens nous ont livrés à l'armée, qui nous a emmenés dans une caserne proche du centre de la ville. Ils nous ont retenus là pendant deux heures. Nous avons été bien traîtés, en tous cas mieux que les Egyptiens qui s'y trouvaient, dont certains étaient roués de coups de poing et de matraque.

Au bout de ces deux heures, ils nous ont emmenés dans un hôtel où nous avons été assignés. A 7 heures ce matin, j'ai pu regagner mon hôtel. Ca n'a pas été sans mal puisque d'autres miliciens, certains armés de sabre, voulaient nous livrer à nouveau aux militaires. Cette nuit, il était difficile de dire qui étaient vraiment ces miliciens. Mais dans la journée de mercredi, certains portaient des armes à feu et faisaient penser à des policiers en civil.

Il est compliqué de savoir ce qui se passe hors du Caire. Je sais que des barrages empêchent les gens de venir au Caire. Je sais aussi que la situation est très tendue à Alexandrie et à Suez.

Réaction de Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 14:18

                                          MARE NOSTRUM-copie-1

   

           Rencontre des partis de la gauche libanaise   

                                                  par  Marie Debs


A l’appel du Parti Communiste libanais, s’est tenue une « Rencontre des partis de la gauche libanaise » afin d’étudier les derniers développements de la situation libanaise et les soulèvements populaires de libération vécus dans le monde arabe. A la suite de cette réunion, les partis ont publié le communiqué suivant :

- « La Rencontre des partis de la gauche libanaise » considère que le Liban traverse, aujourd’hui, une période très critique qui met en danger sa stabilité intérieure et son existence même. Ce danger est dû à l’interférence des crises intérieures graves avec l’ingérence étasunienne dans ses affaires, tant directement que par le travers du « Tribunal spécial pour le Liban » (TSL) utilisé dans le but de mener notre pays à une nouvelle guerre civile facilitant une nouvelle agression israélienne contre notre peuple.

- Dans ce contexte, la « Rencontre des partis de la gauche libanaise » affirme que les problèmes et les dangers auxquels le Liban est soumis viennent de son régime politique, basé sur le confessionnalisme, mais aussi du comportement et des actions de la classe politique au pouvoir qui œuvre continuellement à diviser les Libanais à travers les conflits religieux et confessionnels qui aident ses différentes composantes à se partager le gâteau du pouvoir ou à mettre au point des compromis interconfessionnels loin des intérêts des masses et de la patrie.

- Elle met en garde contre le glissement du Liban vers des tensions internes ou une guerre civile, dues à la mobilisation religieuse et confessionnelle qui sévit, ce qui constituerait un grand service rendu au projet étasunien-sioniste. C’est pourquoi fortifier notre pays face à un tel projet, protéger la paix civile et trouver des solutions aux crises constantes ne peuvent se faire par le renouvellement des compromis confessionnelles, quelle que soit la confession dominante, mais à travers un changement complet caractérisé par la suppression du régime confessionnel et son remplacement par un régime démocratique et laïc qui garantirait en même temps l’égalité entre les Libanais et la justice sociale.

- « La rencontre des partis de la gauche libanaise » voit que l’Intifada héroïque du peuple tunisien contre un des symboles des dictatures oppressant les peuples arabes a constitué la flamme qui a illuminé le monde arabe et inspiré le soulèvement du peuple égyptien contre le régime d’allégeance à l’impérialisme, créé par l’Accord de Camp David. Elle voit aussi dans les soulèvements des autres peuples arabes une tentative de redessiner la nouvelle carte de la région, opposée à celle du projet du Nouveau Moyen Orient et de ses outils dans la région, à savoir les régimes de l’oppression qui ont donné une couverture au projet impérialiste sioniste et qui lui ont facilité la tâche à travers les politiques de répression, d’injustice, de séquestration et de corruption.

- « La Rencontre des partis de la gauche libanaise », tout en affirmant son soutien aux Intifadas des peuples arabes de Tunisie, d’Egypte, de Jordanie et d’Algérie, ainsi qu’à tous les soulèvements futurs contre les régimes oppressifs, met en garde contre les dangers de complots visant à mettre fin à ces soulèvements que peuvent perpétrer les hommes de ces régimes mais aussi les forces extérieures, en premier lieu l’impérialisme étasunien et son bras militaire représenté par l’OTAN. C’est pourquoi il appelle les forces de la gauche et du progrès dans le monde arabe à appuyer et à sauvegarder cette Intifada afin de la mener vers la réalisation de la libération réelle de toutes les formes d’exploitation, de misère et d’oppression.

« La Rencontre » a décidé de mener une campagne internationale et des activités locales en solidarité avec l’Intifada. Elle a aussi décidé de garder ses réunions ouvertes afin de mettre au point un programme libanais de lutte sur les plans politique, économique et social.

Beyrouth, le 30/ 1/ 2011

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 14:09

                                                                   MARE NOSTRUM-copie-1

  

jpg espanapobresLa faillite du « modèle espagnol » social-libéral: 9 millions d'Espagnols sous le seuil de pauvreté, avec comme seule alternative la misère ou l'exil

 

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



La crise capitaliste de 2009-2010 a contribué à faire éclater la bulle économique mais aussi médiatique autour du « modèle espagnol » comme cela a été de même pour les autres modèles: « Irlandais », « Britannique » etc.



La fin des illusions autour des bienfaits de la casse de l'industrie naissante et de la privatisation précoce des services publics pour prendre le pari d'une croissance économique dans des secteurs n'offrant pas de réel développement pour le pays (tourisme, immobilier, finance).



Avec comme conséquences sociales, pour le Capital, des droits: des licenciement facilités, une main d'œuvre précarisée, des cadeaux fiscaux sans celle renouvelés;pour le Travail: des devoirs, avec des droits sociaux a minima, la peur du lendemain sans emplois stables, une fiscalité des plus injustes etc.



La tristement célèbre théorie du « trickle-down » (ruissellement) devait permettre aux Espagnols de s'enrichir en récoltant les miettes tombant de la table des riches. Trente ans de libéralisme après, dont plus de seize ans portés par la gauche socialiste de Gonzalez et Zapatero, le désastre est patent.



Nous savions que plus de 20% de la population active espagnole était au chômage, approchant la barre symbolique des 5 millions de chômeurs.



11% de pauvres en plus en deux ans, 9 millions d'espagnols sous le seuil de pauvreté



Une nouvelle étude de la fondation FOESSA-Caritas révèle un chiffre encore plus dramatique: plus d'un espagnol sur cinq, soit près de 9 millions de personnes résidant dans la péninsule se situent sous le seuil de pauvreté.



Si la situation était déjà préoccupante avant la crise, la période 2007-2009 a vu le nombre de résidents espagnols en situation de pauvreté grimper de 11%, soit 1 million de personnes en plus sous le seuil de pauvreté.



Les auteurs de l'enquête ont également pu constater une progression du phénomène des « pauvres honteux ». Cas particulier de travailleurs qui bénéficiaient auparavant d'un revenu décent et qui, avec la crise, ont soit perdu leur emploi soit une partie importante de leurs revenus et vivent désormais dans une situation de pauvreté.



Au drame social se superpose un drame psychologique, puisque ces « nouveaux pauvres », n'acceptant pas cette condition, la cachent tant à l'entourage qu'à eux-mêmes. Ce qui rend par ailleurs difficiles les enquêtes sur la pauvreté en Espagne, notamment pour ce qui est de la pauvreté « relative » qui suppose aussi la prise en compte de la pauvreté ressentie et des privations de biens et de services que doit avouer la personne interrogée.



La jeunesse espagnole sacrifiée: la misère ou l'exil



La situation est encore plus catastrophique pour la jeunesse espagnole: si 40% des jeunes (moins de 25 ans) espagnols sont au chômage, en outre 40% des pauvres en Espagne sont jeunes. Parmi ces jeunes en situation de pauvreté, six sur dix sont en situation de pauvreté extrême.



Face à l'impasse proposée aux jeunes sur le marché du travail en Espagne: la précarité avec des bas salaires ou le chômage et la misère,les jeunes ne voient qu'une seule issue indiquée dans ce rapport: « émigrer à l'étranger ».



Les immigrés, de la constitution d'une main d'oeuvre sur-exploitée au bouc-émissaire idéal



Autre secteur de la société frappé de plein fouet par la crise, les travailleurs immigrés, sur-représentés dans les statistiques de la pauvreté.



Souvent présentée comme un modèle pour sa gestion de la question de l'immigration, la politique du PSOE et de son secrétaire actuel José Luis Zapatero a en réalité constitué une gigantesque main d'œuvre sur-exploitée taillable et corvéable à merci pour le capital espagnol.



En période de crise, les immigrés sont devenus les bouc-émissaires idéaux. Ils sont victimes de menaces et d'agressions croissantes, ainsi que d'un ressentiment massif de la part de la population Espagnole.



A titre d'exemple, fin 2010, 60% des Andalous jugent l'immigration comme une chose négative pour la région contre 44% l'année précédente.



Au moment où les immigrés d'Espagne auraient besoin d'un geste politique courageux, et non de démagogie, de la part du gouvernement, ce dernier les lâche pour des raisons électoralistes. Comme le remarquent les responsables de l'enquête, pour eux comme pour les jeunes, la seule perspective offerte est l'exil, ou plus exactement le retour au pays, encouragé par le gouvernement.



Pourquoi les Espagnols ne se révoltent pas? La vacuité de la thèse culturaliste, et l'explication politique: le piège de la démarche Izquierda Unida



Les responsables de l'enquête terminent leur travail sur une question de bon sens: pourquoi les Espagnols, au vu de leur situation, ne se révoltent pas?



Ces derniers proposent un syllogisme tombant sous le « bon sens »: les Espagnols sont des Latins et puisque les Latins sont culturellement résignés et soumis, donc les Espagnols sont résignés et soumis.



Cette explication « culturaliste » tombe d'elle-même si on compare simplement la situation à celle en Grèce ou au Portugal où des Latins, ou au sens large des Méditerranéens avec les Grecs, sont à l'avant-garde du mouvement des luttes en Europe.



Quelle est la différence fondamentale entre la Grèce, le Portugal d'un côté et l'Espagne de l'autre?Elle est politique.



D'un côté, deux pays où les Partis communistes n'ont pas abandonné leur raison d'être, et continuent à jouer un rôle moteur dans la lutte de classe. De l'autre côté, un Parti communiste qui a fait le choix du renoncement à jouer son rôle dans la lutte de classe, qui a préféré effacer son identité et ses positions et les diluer dans une « Gauche unie » qui a privé la classe ouvrière espagnole de son outil indispensable pour faire triompher ses luttes.



Car si aujourd'hui l'Espagne est un pays sans avenir, si le « social-libéralisme » zapateriste – autrefois pris comme modèle non seulement par les socialistes français et européens, mais également par des liquidateurs du mouvement communiste comme l'Italien Vendola ou l'Espagnol Llamazares – a mené ce pays au bord de l'abîme, les liquidateurs communistes espagnols ont aussi une lourde responsabilité.



En faisant le choix d'Izquierda Unida, ils ont non seulement privé le mouvement des luttes de toute perspective révolutionnaire mais ils ont également apporté une caution de gauche à la politique libérale la plus favorable aux intérêts du capital qui soit.



Ce sont ceux qui devraient aujourd'hui alimenter la classe ouvrière espagnole, mais aussi la jeunesse et les travailleurs immigrés qui ne voient de perspective que dans l'exil, de perspectives d'espoir et de luttes.



Au lieu de cela, ils ont contribué à cette pédagogie politique« du renoncement et de la soumission ».

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 14:03

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« Rififi à Beyrouth » Le Liban au coeur de la tourmente arabe Robert BIBEAU

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1. Le modèle libanais


Par l’analyse concrète d’une situation concrète, politique, économique ou militaire, l’observateur cherche à connaître les protagonistes, les forces, les faiblesses et les objectifs stratégiques de l’acteur dominant, mais il est indispensable qu’il se préoccupe également de bien connaître les forces, les faiblesses et les objectifs stratégiques de l’autre camp, ce qui fait défaut le plus souvent.

Les États-Unis d’Amérique ne sont pas aussi puissants qu’il n’y paraît et il n’est pas exact de prétendre que l’empire déclinant, son agressif petit satellite israélien, leurs alliés saoudien et égyptien décident seuls du sort des peuples arabes. Ce qui survient présentement en Tunisie, en Égypte et au Liban en sont des démonstrations évidentes.

Depuis des années un tout petit peuple, encadré par un ensemble d’organisations patriotiques déterminées, muni d’une conscience politique anti-impérialiste et anti-sioniste bien aiguisée tient tête à cette « Sainte-alliance ». Bien avant la « Révolution du Jasmin » (1), le « Mal-vivre algérien », le « Printemps égyptien » et les autres soulèvements arabes pour le pain, le travail, la liberté et la dignité, le peuple libanais avait amorcé sa libération. C’est la raison pour laquelle ce petit pays fait l’objet d’autant « d’attention » de la part du satellite sioniste américain et que ce dernier peut compter sur le soutien en sous-main des dictatures arabes du Levantin. Le « mauvais exemple » vient parfois des plus petits.

Le Liban est pratiquement le seul pays arabe dont une partie substantielle du territoire national est libérée et administrée par les partisans et dont le gouvernement national officiel ne parvient pas à reprendre le contrôle, ni même à désarmer la résistance. Contrôle du territoire et milice populaire sont les conditions essentielles du succès d’une Révolution du jasmin, d’une Révolution du Mal-vivre, d’une Révolution égyptienne ou de toute autre révolution populaire. Le pouvoir est au bout du fusil, disait un personnage dont j’ai oublié le nom, mais dont Hassan Nasrallah applique les préceptes sans en être un adepte. Les zones libérées et armées par la résistance, la conscience politique et une organisation patriotique déterminée sont les secrets du modèle libanais.

Nous pouvons d’ores et déjà constater que les Étatsuniens et les sionistes israéliens ont renoncé à balkaniser–irakiser (2) le Liban pour en faire un amalgame de petites principautés scindés sur une base religieuse ou confessionnelle. La défaite israélienne de l’an 2000, qui s’est soldée par le retrait humiliant de ses troupes, puis l’assaut meurtrier de 2006 contre le Sud-Liban où la soi-disant 4e armée la plus puissante a été honteusement battue par la résistance libanaise, ont mis fin à cette chimère de balkanisation du Liban. Il n’est pas requis de ressortir ce vieil épouvantail que la résistance a contré définitivement, même si le clan Hariri tente de faire ressurgir ce fantôme du placard où Sharon, en son temps, a bien dû l’y remiser après la désintégration de son Armée du Sud- Liban.

2. Le satellite israélien et le front libanais

Présentement, les sionistes en sont à consolider leur force intérieure par la judaïsation toujours plus poussée du territoire conquis et occupé depuis 1948. Ils poursuivent le nettoyage ethnique de Jérusalem (Al Quds), que les collabos de l’Autorité de Ramallah auraient souhaité abandonner définitivement aux sionistes selon des révélations récentes relayées par la chaîne El Jazzera (3). Se poursuit également le verrouillage du ghetto de Gaza que l’armée israélienne a abandonné au Hamas et où un génocide est en cours dans l’indifférence totale de la soi-disant « communauté internationale ».

Enfin, dernier élément des activités anti-palestiniennes de l’État pour les « juifs » seulement, le nettoyage ethnique contre le peuple palestinien de Cisjordanie force le regroupement des habitants dans quelques villes emmurées qui seront bientôt rétrocédées en gestion exclusive aux gardes-chiourmes – aux « kapos » palestiniens rassemblée sous l’Autorité de Ramallah – qui recevront pour leur peine des centaines de millions de dollars de l’Union européenne. Ce sera l’État palestinien bantoustan que plusieurs pays à travers le monde s’empressent de reconnaître symboliquement au grand plaisir du chef des « kapos », Mahmoud Abbas, et de son ami Avigdor Lieberman, qui prépare en sous-main un accord intérimaire pour la rétrocession de ces bagnes à gestion privilégiée par l’Autorité sans autorité ni légitimité.

Il est vrai que les sionistes préparent une nouvelle agression contre le Liban, mais ils ne sont pas pressés de s’y lancer. Avec le soulèvement populaire égyptien à sa frontière ouest, les marches de protestations en Jordanie à sa frontière est, le renversement de son allié Hariri à sa frontière nord, les sionistes en ont plein les mains et s’inquiètent de leur avenir. Ils doivent d’abord consolider leurs positions intérieures. De toute façon ce nouvel assaut contre le Liban s’inscrira en complément à l’attaque que les Américains préparent contre l’Iran ; mais le temps n’est pas encore venu pour cette guerre contre l’Iran visant à rétablir l’hégémonie du dollar en coupant la moitié des approvisionnements mondiaux en hydrocarbures. Tel que nous l’avons déjà expliqué dans un document précédent, les Américains doivent d’abord compléter leur retrait d’Irak pour ne pas être coincés par les milices pro-iraniennes qui vont s’y déchaîner dès que l’attaque aura débuté. Les Américains doivent également faire avancer leur réalignement en Afghanistan et forcer des négociations avec les Talibans dit « modérés » de façon que leur armée ne se trouve pas prise en souricière entre la résistance afghane, la résistance pakistanaise et les troupes iraniennes (4).

C’est dan ce contexte qu’il faut situer les tribulations qui ont cours présentement à Beyrouth. Depuis quelques années les Américains ont imaginé créer le Tribunal Spécial sur le Liban (TSL) qui devait enquêter pour identifier et sévir contre ceux qui ont assassiné le Premier ministre Rafic Hariri en février 2005 (5). Depuis lors, tout un rififi entoure les travaux de ce tribunal international spécial constitué sous le chapitre VII de la Charte de l’ONU afin de permettre aux États-Unis et à la France de s’en servir comme cheval de Troie pour s’ingérer dans les affaires intérieures du Liban.

Cette commission, avec le concours d’agents politiques et parfois même d’agents secrets de l’OTAN, sous étiquette onusienne, était payée et soutenue par l’ex-gouvernement Hariri pour semer la discorde entre les groupes politiques et les communautés religieuses au Liban et tenter de coincer la principale organisation de la résistance, l’isoler des ses alliés et préparer les conditions pour éventuellement l’écraser et ramener le peuple libanais dans le giron américano-sioniste. Mais cette machination n’a pas fonctionné « par la faute » d’un homme politique qui dirige les destinées du Hezbollah. L’enquêteur Bellemare de la TSL s’apprête à déposer son rapport et ses actes d’accusation mais il lui faudra ensuite arraisonner les faux accusés et c’est là que le bât blesse : comment poursuivre sa mascarade s’il ne peut même pas aller quérir au Liban les faux accusés après avoir élargit les faux témoins ?

3. La déchéance de Saad Hariri et du Courant du Futur

Examinons maintenant les récents événements qui ont précipité la chute du gouvernement d’unité nationale que dirigeait Saad Hariri. Depuis quelques années, s’appuyant sur les accords de compromis de Taëf (1989 - Arabie Saoudite), qui ont officialisé la répartition des pouvoirs de l’État du Liban sur une base religieuse et confessionnelle, la coterie de Saad Hariri, d’obédience sunnite, faisait la pluie et le beau temps au pays du Cèdre, même si la communauté sunnite ne représente que 23 % de la population totale du pays. Pour sa part la communauté chiite regroupe 37% de la population, les chrétiens et les druzes formant le 40 % restant (4 millions d’habitants au total et 300 000 réfugiés surtout palestiniens d’obédience sunnite) (6).

Disposant d’un blanc-seing de la part de ses alliés américains et israéliens, le jeune homme politiquement inexpérimenté se croyait invulnérable et se permettait même de manigancer des faux témoignages pour incriminer le Hezbollah dans l’assassinat de son père en plus d’insulter sans vergogne ses alliés saoudiens comme l’ont révélé des vidéos rendues publiques récemment (7).

Le Courant du Futur, protégé par les Américains et les Israéliens, ne percevait pas que le Liban changeait sous leurs yeux. Les clivages confessionnels et religieux s’estompaient peu à peu alors que montaient en force les segmentations sociales entre pauvres, travailleurs, petite-bourgeoisie et grande-bourgeoisie parasitaire, comptant quelques milliardaires comme les familles Hariri et Mikati (actuel premier ministre sunnite). Ce qui devait arriver arriva : le cabinet Hariri fut renversé la semaine où l’ex-premier ministre était en visite à Washington pour prendre des ordres sur la conduite à tenir sur le Tribunal spécial pour le Liban et pour soutenir les préparatifs de guerre israélienne dans la région (8).

Comme le souligne le journaliste Abdel Bari Atwan : « La carte politique actuelle du Liban diffère du tout au tout de celle des années 1970, au moment où la guerre civile a éclaté. Il y avait alors deux camps opposés, un camp islamiste « progressiste » soutenu par la Résistance palestinienne et regroupant les sunnites, les chiites et les druzes, et un camp purement chrétien, avec l’existence de quelques poches, très limitées, « neutres » ou « opposées à la guerre ». Aujourd’hui, rien de tel : nous avons des sunnites avec Hariri et des sunnites contre Hariri, nous avons un courant chrétien maronite puissant allié au camp de la Résistance, sous la direction du général Michel Aoun, regroupant M. Suleïman Franjiéh et d’autres personnalités, de même que nous avons des chiites réunis sous la bannière du Courant du 14 mars, opposé au Hezbollah et au courant Amal que dirige M. Nabîh Berri, qui est le président de l’Assemblée nationale libanaise. » (9).

Le Liban de 2011 n’est plus le Liban de 1970 si bien que les alliances déjà formées se déforment et se reforment non pas sur une base confessionnelle mais sur la base des intérêts régionaux, des intérêts économiques et des intérêts de classe, comme Wallid Joumblat, Najib Mikati et d’autres l’ont démontré.

Il ne semble pas que le clan Hariri, même avec l’appui étatsunien et israélien, parviendra à provoquer une guerre civile au Liban. Les milices de Samir Geagea et les Phalanges d’Amine Gemayel ne sont pas en mesure de tenir tête aux soldats du Hezbollah comme il a été démontré il y a quelques années quand le ministre libanais des communications avait tenté de porter atteinte au réseau de communication de l’organisation. Il a suffi d’une semaine aux partisans de Hassan Nasrallah pour contrer cette opération de sabotage. Seule une intervention inopinée des troupes d’invasion israélienne pourrait modifier ce rapport de force interne au Liban, mais Israël a été pris de court tout comme les Américains par le renversement du cabinet de Saad Hariri.

Pour gagner tu temps, jusqu’à cette intervention à venir, il ne reste que deux options pour le Camp du Futur de Hariri le démis ; a) ou bien il négocie sa participation au nouveau gouvernement d’unité nationale dirigé par Mikati, aspirant ainsi participer à la curée des fonds publics et internationaux, comptant espionner le gouvernement d’unité nationale de l’intérieur et espérant aider aux préparatifs de la prochaine invasion israélienne qui les remettra en selle, subodore-t-il ; b) soit, il refuse toute participation au gouvernement d’unité nationale ; reste en retrait et collabore de l’extérieur du gouvernement à la préparation de l’invasion israélienne à venir. Cette voie a l’avantage de permettre à la soi-disant « communauté internationale » de mener ses activités de boycott, de sabotage de l’économie libanaise et d’isolement du gouvernement libanais légitime, mais cette option présente aussi l’inconvénient d’isoler le Courant du Futur de la société libanaise.

4. La conjoncture régionale

La question libanaise, tout comme la stratégie américaine au Liban, doivent être analysées dans le contexte encore plus large du soulèvement des populations arabes contre les régimes autoritaires, corrompus et dictatoriaux qui les accablent, que ce soit au Maghreb, en Égypte ou au Machrek - c’est d’ailleurs sur ce constat que les sionistes ont constamment cherché à tabler, en se qualifiant eux-mêmes de « seule démocratie de la région ».

Le discours d’Obama, mardi sur l’État de l’union, a traité sommairement de politique internationale ; il a rapidement fait le point sur l’Irak et l’Afghanistan ; et redit sa confiance dans le processus diplomatique pour ce qui a trait à l’Iran, indice que l’attaque anti-iranienne n’est pas imminente ; il a salué l’indépendance du Sud-Soudan ; il n’a pas mentionné le conflit Palestine/Israël ; mais il a salué la démarche du peuple tunisien. Il a synthétisé le tout de la façon suivante : « Ce qui doit nous distinguer par rapport aux autres, ce n’est pas que le "power", c’est "le purpose behind" qui se résume à appuyer les "democratic aspirations of all the peoples. ». Il semble que les Américains ont réalisé le coût énorme de cette enchaînement de guerres, coûts monétaire et humain qu’ils peuvent de moins en moins justifier et supporter ; ils ont aussi réalisé que plusieurs régimes et dictateurs ne font pas le travail attendu et qu’au contraire ils provoquent des rébellions de plus en plus nombreuses, le courant Obama a l’intelligence de se présenter comme le " bon gars" en feignant d’appuyer la démarche des peuples - ce qui ne veut pas dire qu’ils le fera au détriment des intérêts des États-Unis, mais justement dans le but de mieux les protéger.

L’examen concret de la situation concrète au Liban et dans la région démontre que les forces populaires ont pris l’offensive et que les forces de la première puissance impérialiste mondiale déclinante et de ses alliés sont présentement sur la défensive, rien n’est pourtant joué ni à Beyrouth, ni au Caire, ni à Tunis. Mis à part le Liban, partout ailleurs, la faiblesse des organisations patriotiques et révolutionnaires sera probablement le chaînon manquant pour reproduire le modèle libanais.

Robert Bibeau

(1) « Le Printemps de Tunis ». Robert Bibeau. 24.1.2011. http://www.oulala.net/Portail/spip....

(2) « Message du Parti communiste libanais. ». 21.01.2011. http://www.aloufok.net/spip.php?art...

(3) « L’Autorité palestinienne dans de beaux draps ». 25.01.2011. http://www.elwatan.com/internationa... et http://www.almanar.com.lb/NewsSite/...

(4) « La guerre contre l’Iran aura-t-elle lieue ? ». Robert Bibeau. 14.01.2011. http://bellaciao.org/fr/spip.php?ar...

(5) « Rafic Hariri ». http://fr.wikipedia.org/wiki/Rafiq_...

(6) « Le Liban ». http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/asie/...

(7) « Hariri : un document audio révèle la fabrication des faux témoignages ». http://www.voltairenet.org/article1... et « Marquer contre leur but – contre leur camp. » http://tempsreel.nouvelobs.com/actu...

(8) « L’opposition ne nommera pas Saad Hariri ». Hassan Nasrallah. 16.01.2011. http://www.almanar.com.lb/NewsSite/...

(9) « Le Liban au bord de la guerre. ». Abdel Bari Atwan. 20.01.2011 http://www.ism-france.org/news/arti...

(10) « Déconstruire le chaos pour construire à nouveau » http://www.almanar.com.lb/NewsSite/... « Nouveau premier ministre au Liban. » http://mai68.org/spip/spip.php?arti...

URL de cet article 12652
http://www.legrandsoir.info/RIFIFI-A-BEYROUTH-LE-LIBAN-AU-COEUR-DE-LA-TOURMENTE-ARABE.html
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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 13:54

Le PCF-Front de gauche choisit Robert Hue comme candidat aux sénatoriales sur la liste du PS : significatif !

                                                       par: vivelepcf.over-blog.fr

 

1-foot-can2002-hue-aubry_45.jpgLa fédération du PCF du Val d’Oise est l’une de celles qui s’engagent le plus fortement dans le Front du Gauche derrière la direction nationale.

C’est aussi un département où la cohérence de cette stratégie est la plus éclairante.

 

Pour les sénatoriales de 2011, pour la première depuis la création du département, le PCF ne présentera pas de liste, bien que le parti n’ait pas perdu en nombre d’élus depuis les dernières élections, où il avait obtenu un élu. Il n’y aura pas non plus de liste « Front de gauche ».

Non, le choix est fait de présenter un candidat directement sur la liste du PS.

 

Et pas n’importe lequel ! Robert Hue !

Hue n’est plus membre du PCF. Il l’était encore lorsqu’il a été imposé (déjà) en 2004. Depuis, avec son MUP (« Mouvement unitaire progressiste »), il a déjà fait le choix de se ranger derrière le PS dès le 1er tour aux régionales de 2010 en Ile-de-France.

 

Hue considère que le PCF a fait son temps, c’est son droit. Mais il ne dédaigne pas de profiter encore un peu du Parti.

 

Maintenant, il est le candidat du Front de gauche derrière le PS. Finalement, tout cela est bien logique. Hue se situe dans la continuité du rôle de précurseur de la mutation-liquidation du PCF qu’il a joué comme secrétaire national ; sur ce plan seulement, avec une longueur d’avance. 

 

Côté démocratie interne au PCF, on notera que, pour l’instant, la direction nationale négocie, déjà, avec le PS sans que le CN en ait discuté, que les adhérents du Val d’Oise n’ont pas non plus été consultés. 

 

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 13:42

                                Tunisie, Égypte, Maroc Ces « dictatures amies »

                                par Ignacio Ramonet

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http://www.medelu.org/spip.php?article713

                        

http://www.medelu.org/spip.php?article713

 

Une dictature, la Tunisie ? L’Egypte, une dictature ? En voyant les médias se gargariser maintenant du mot "dictature" appliqué à la Tunisie de Ben Ali et à l’Egypte de Moubarak, les Français ont dû se demander s’ils avaient bien entendu ou bien lu. Ces mêmes médias et ces mêmes journalistes n’avaient-ils pas, durant des décennies, martelé que ces deux "pays amis" étaient des "Etats modérés" ? Le vilain mot de "dictature", dans le monde arabo-musulman, n’était-il pas exclusivement réservé (après la destruction de l’ "effroyable tyrannie" de Saddam Hussein en Irak) au seul régime iranien ? Comment ? Il y avait donc d’autres dictatures dans cette région ? Et nos médias, dans notre exemplaire démocratie, nous l’auraient-ils caché ?

Voilà, en tout cas, un premier dessillement que nous devons au peuple révolté de Tunis. Sa prodigieuse victoire a libéré les Européens de la "rhétorique d’hypocrisie et de dissimulation" en vigueur dans nos chancelleries et nos médias. Contraints de mettre bas les masques, ceux-ci font semblant de découvrir ce que nous savions depuis longtemps [1], que les "dictatures amies" ne sont que cela : des régimes d’oppression. En la matière, les médias n’ont fait que suivre la "ligne officielle" : fermer les yeux ou regarder ailleurs confirmant l’idée que la presse n’est libre qu’envers les faibles et les gens isolés. Nicolas Sarkozy n’a-t-il pas eu l’aplomb d’affirmer, à propos du système mafieux du clan Ben Ali-Trabelsi, qu’en Tunisie, "il y avait une désespérance, une souffrance, un sentiment d’étouffement dont, il nous faut le reconnaître, nous n’avions pas pris la juste mesure" ?

"Nous n’avions pas pris la juste mesure..." En 23 ans... Malgré la présence sur place de services diplomatiques plus prolifiques que ceux de n’importe quel autre pays du monde... Malgré la collaboration dans tous les domaines de la sécurité (police, gendarmerie, renseignement...). Malgré les séjours réguliers de hauts responsables politiques et médiatiques qui y ont établi, de façon décomplexée, leur lieu de villégiature [2]... Malgré la présence en France de dirigeants exilés de l’opposition tunisienne maintenus à l’écart, comme des pestiférés, par les autorités françaises et quasiment interdits d’accès, pendant des décennies, aux grands médias... Ruine de la démocratie.

En vérité, ces régimes autoritaires ont été (et continuent d’être) complaisamment protégés par les démocraties européennes au mépris de leurs propres valeurs et au prétexte qu’ils constituaient des remparts contre l’islamisme radical [3]. Le même argument cynique utilisé, à l’époque de la guerre froide, par l’Occident pour soutenir des dictatures militaires en Europe (Espagne, Portugal, Grèce, Turquie) et en Amérique latine, en prétendant empêcher ainsi l’arrivée du communisme au pouvoir.

Quelle formidable leçon donnent les sociétés arabes révoltées à ceux qui, en Europe, ne les décrivaient qu’en termes manichéens : soit des masses dociles soumises à des satrapes orientaux corrompus, soit des foules hystériques possédées par le fanatisme religieux. Or voilà qu’elles surgissent soudain, sur les écrans de nos ordinateurs ou de nos téléviseurs (cf. l’admirable travail d’Al-Jazeera), préoccupées de progrès social, aucunement obsédées par la question religieuse, assoiffées de liberté, excédées par la corruption, détestant les inégalités et réclamant la démocratie pour tous, sans exclusives.

Loin des caricatures binaires, ces peuples ne constituent nullement une sorte d’ "exception arabe" mais apparaissent semblables, dans leurs aspirations politiques, au reste des sociétés urbaines modernes éclairées. Le tiers des Tunisiens et presqu’un quart des Egyptiens naviguent régulièrement sur Internet. Comme l’affirme Moulay Hicham El Alaoui : "Les nouveaux mouvements ne sont plus marqués par les anciens antagonismes comme l’anti-impérialisme, l’anti-colonialisme ou l’anti-sécularisme. Les manifestations de Tunis et du Caire ont été dépourvues de tout symbolisme religieux. C’est une rupture générationnelle qui réfute la thèse de l’exceptionnalisme arabe. De plus, ce sont les nouvelles technologies de communication de l’Internet qui animent ces mouvements. Ceux-ci proposent une nouvelle version de la société civile où le refus de l’autoritarisme va de pair avec le rejet de la corruption [4]."

Grâce notamment aux réseaux sociaux numériques, les sociétés, aussi bien en Tunisie qu’en Egypte, se sont mobilisées à très grande vitesse et ont pu bousculer les pouvoirs en un temps record. Avant même que les mouvements aient eu l’occasion de "mûrir" et de favoriser l’émergence en leur sein de dirigeants nouveaux. C’est une des rares fois où, sans leader, sans organisation dirigeante et sans programme, la simple dynamique de l’exaspération des masses a suffi à faire triompher une révolution.

C’est un instant fragile, et des puissances travaillent sans doute déjà, notamment en Égypte, à faire en sorte que "tout change pour que rien ne change", selon le vieil adage du Guépard. Ces peuples qui conquièrent leurs libertés doivent garder à l’esprit l’avertissement de Balzac : "On tuera la presse comme on tue un peuple, en lui donnant la liberté [5]." Les "démocraties de surveillance" sont infiniment plus habiles à domestiquer, en toute légitimité, un peuple que les anciennes dictatures. Mais cela ne justifie en rien le maintien de celles-ci. Ni ne doit ternir l’ardeur de mettre à bas une tyrannie.

L’effondrement de la dictature tunisienne a été si rapide que les autres peuples maghrébins et arabes en ont conclu que ces autocraties - parmi les plus anciennes du monde - étaient en réalité profondément vermoulues, et n’étaient donc que des "tigres en papier". La démonstration s’est encore vérifiée en Egypte.

D’où cette impressionnante levée des peuples arabes qui fait inévitablement penser à la grande floraison des révolutions à travers l’Europe de 1848, en Jordanie, au Yémen, en Algérie, en Syrie, en Arabie Saoudite, au Soudan et au Maroc.

Dans ce dernier pays, une monarchie absolue où le résultat des "élections" (toujours truquées) reste déterminé par le souverain qui désigne selon son bon vouloir les ministres dits « de souveraineté », quelques dizaines de familles proches du trône continuent d’accaparer les principales richesses [6]. Les câbles diffusés par WikiLeaks ont révélé que la corruption y atteignait des niveaux d’indécence faramineux, plus élevés que dans la Tunisie de Ben Ali, et que les réseaux mafieux conduisaient toujours au Palais. Un pays où la pratique de la torture est généralisée et le bâillonnement de la presse constant.

Pourtant, comme la Tunisie de Ben Ali, cette "dictature amie" bénéficie d’une très grande indulgence, dans nos médias et chez la plupart de nos responsables politiques [7]. Ceux-ci minimisent les signes qui montrent le début d’une "contagion" de la révolte. Déjà quatre personnes s’y sont immolées par le feu. Des manifestations de solidarité avec les révoltés de Tunisie et d’Egypte ont eu lieu à Tanger, à Fez et à Rabat [8]. Saisies de crainte, les autorités ont préventivement décidé de subventionner les denrées de première nécessité pour éviter des "révoltes du pain". D’importants contingents de troupes auraient été retirées du Sahara Occidental et acheminées à la hâte vers Rabat et Casablanca. Le roi Mohammed VI et quelques collaborateurs se seraient spécialement déplacés en France, le week-end du 29 janvier, pour consulter des experts en matière de maintien de l’ordre du ministère français de l’Intérieur [9].

Même si les autorités démentent ces deux dernières informations, il est clair que la société marocaine suit avec exaltation les événements de Tunisie et d’Egypte. Prête à rejoindre l’élan de ferveur révolutionnaire pour briser enfin le carcan féodal. Et à demander des comptes à tous ceux qui, en Europe, pendant des décennies, furent les complices des "dictatures amies".

                                                              


 Notes

[1]  Lire, par exemple, Jacqueline Boucher, "La société tunisienne privée de parole", et Ignacio Ramonet, "Main de fer en Tunisie", Le Monde diplomatique, respectivement février 1996 et juillet 1996.

[2]  Alors que Mohammed Bouazizi s’était immolé par le feu dès le 17 décembre 2010, que l’insurrection gagnait l’ensemble du pays et que des dizaines de Tunisiens révoltés continuaient de tomber sous les balles de la répression bénaliste, le maire de Paris, Bertrand Delanoé, et la ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, trouvaient parfaitement normal d’aller fêter allégrement le réveillon en Tunisie.

[3]  En même temps, et sans apparemment mesurer la contradiction, Washington et ses alliés européens soutiennent le régime théocratique et tyrannique de l’Arabie Saoudite, principal foyer officiel de l’islamisme le plus obscurantiste et le plus expansionniste.

[4]  http://www.medelu.org/spip.php ?article710

[5]  Honoré de Balzac, Monographie de la presse parisienne, Paris, 1843.

[6]  Lire Ignacio Ramonet, "La poudrière Maroc", Mémoire des luttes, septembre 2008.
http://www.medelu.org/spip.php ?article111

[7]  De Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, en passant par Dominique Strauss-Kahn qui possède un "ryad" à Marrakech, des dirigeants politiques français n’ont eu aucun scrupule à séjourner dans cette "dictature amie" durant les récentes vacances de fin d’année.

[8]  El País, 30 janvier 2011
http://www.elpais.com/../Manifestaciones/Tanger/Rabat

[9]  Lire País, 30 janvier 2011 http://www.elpais.com/..Mohamed/VI/va/vacaciones..
et Pierre Haski, "Le discret voyage du roi du Maroc dans son château de l’Oise", Rue89, 29 janvier 2011.
http://www.rue89.com/..le-roi-du-maroc-en-voyage-discret...188096

      

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 13:39

Bécassine à Ramallah

Jacques-Marie Bourget

 

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OPINION :


Gaza arrive à s’informer et la prestation de notre ministre proposant l’aide de nos CRS à Ben Ali a vraiment convaincu les gazaouis que cette femme était leur amie.


Qu’ils sont polis nos gentils journalistes de l’actualité internationale nourris au lait du Quai d’Orsay, où l’herbe est si verte.

Pour expliquer que, tel un Bush, MAM a été visée par des jets de godasses lors de son passage à Ramallah, il ont dit et écrit que cette colère cordonnière (la plus infamante dans le monde arabe), était le résultat d’un mauvais traitement de texte… Certains médias israéliens ayant mis dans la bouche purpurine de notre merveilleuse ministre des paroles en réalité tenues par le père du soldat Chalit, un franco-israélien retenu prisonnier par le Hamas depuis quatre ans. En injustes représailles, ces imbéciles de Palestiniens, qui ne savent ni lire ni écrire, ont donc lancé des tongs vers MAM qui a bien failli gâter son écharpe. Un précédent. En février 2000 le bon Lionel s’en va critiquer le Hezbollah devant des étudiants palestiniens : il s’enfuit sous les pierres. Comme quoi la misère socialiste peut toucher une immense gaulliste aussi que la Bécassine de Saint-Jean-de-Luz.

En réalité ceux qui ont manifesté contre MAM avaient bien plus en tête ce qu’il y a, justement, dans la tête de MAM… C’est-à-dire les idées les plus défavorables au sort des Arabes en général, à celui des Palestiniens en particulier. Même privée de tout, Gaza arrive à s’informer et la prestation de notre ministre proposant l’aide de nos CRS à Ben Ali a vraiment convaincu les gazaouis que cette femme était leur amie. Déjà que tout ce petit monde a un vieux contentieux avec cette étrangère aux affaires. Présent parmi les lanceurs de savates, Nabil Horthy, un habitué du Centre culturel français, n’a pas été poussé-là par le poids des mots, celui d’une traduction mal faite : « Depuis un an nous savons que madame Alliot-Marie a demandé à tous les juges de France de condamner tous ceux qui appellent au boycott des produits israéliens. Nous savons aussi qu’elle se passionne pour le cas Chalit alors qu’elle se moque du sort de Salah Hamouri, franco-palestinien lui aussi, emprisonné à tort par Israël…Croyez-vous que nous puissions la recevoir en amie ? ».

Heureusement que MAM a oublié de proposer l’aide de ses CRS à l’armée israélienne, là, ce n’aurait plus été des tongs, mais ces godillots qu’elle aime tant. En politique étrangère, est-il raisonnable de, laisser MAM y faire ?

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 13:24

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268En Égypte, les communistes participent aussi aux manifestations contre la dictature de Moubarak et s'engagent au renversement de ce régime corrompu et policier

 

Communiqué de l'Union des jeunes démocrates (organisation de jeunesse du PC Égyptien) pris sur le site des camarades de L'Ernesto (Parti de la refondation communiste – Italie)



Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/



L'Union des jeunes démocrates (organisation de jeunesse du Parti communiste égyptien) participe aux manifestations contre la politique du président Moubarak.



Ont manifesté des centaines de forces nationales et démocratiques ainsi que les dirigeants de notre parti dans le quartier Abadin au Caire et dans d'autres postes de la capitale.



Nous avons été présents à diverses manifestations de Port Saïd à Alexandrie contre la politique de Moubarak qui a désormais passé la barre des quatre-vingt ans et qui entend rendre la république héréditaire en nommant comme successeur son fils Jamal Moubarak.



Notre parti réaffirme avec force son opposition au vu de la situation générale du pays.



La corruption et l'oppression ainsi que l'état de subordination sont les véritables maux de notre société.



C'est pour ces raisons que la seule solution est le renversement de ce régime et de ses partisans pour redonner au peuple sa souveraineté.



Nous exigeons un changement radical qui permette le rétablissement de l'État démocratique, des droits et de la liberté.



Ce régime policier permet depuis plus de trente ans, sous prétexte de l'état d'urgence, à une petite fraction du pays (les riches et les voleurs) d'exploiter la majorité des ouvriers et des petits paysans.



Nous ne voulons plus jouer le jeu d'un régime politique magouilleur. Notre parti ne participera plus aux élections législatives.



Renforcer les manifestations dans la rue, tel est notre objectif, notre parti brandit les drapeaux rouges du parti communiste pour réaffirmer notre position de refus de ce système.

 

 

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                                                             (photos perso._u cursinu rossu)

 

                                                                   

                                                                

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 13:13

Mohamed Hassan : « Les causes de la révolution tunisienne dépassent largement Ben Ali et son parti. »

la-Movilizac6528-48d18.gifLes Tunisiens ont fait tomber le dictateur Ben Ali. Aujourd’hui, ils continuent à lutter contre ses hommes à la tête du gouvernement de transition. Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan nous explique les enjeux de la révolution tunisienne et ses causes profondes : comment le nationalisme libéral prôné par Bourguiba a soumis la Tunisie aux intérêts occidentaux, plongeant le peuple dans la précarité ; comment un Etat répressif s’est mis en place pour maintenir ce système ; pourquoi les dictatures du monde arabe sont amenées à tomber ; et comment l’islamisme est devenu le préservatif de l’impérialisme.

 

 

En décembre 2010, des révoltes éclatent en Tunisie. Un mois plus tard, le président Ben Ali fuit le pays après vingt-trois ans de règne. Quelles sont les causes de cette révolution ? Et pourquoi ce mouvement populaire est-il parvenu à faire tomber le dictateur là où d’autres tentatives ont échoué ?

 

Pour qu’il y ait une révolution, il faut que la population refuse de vivre comme avant et que la classe dirigeante ne soit plus en mesure de gouverner comme avant. Le 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, un jeune vendeur de fruits et légumes, s’est immolé par désespoir après que des policiers lui aient confisqué sa marchandise et que les autorités locales l’aient empêcher de travailler. Les conditions étaient réunies pour qu’une révolution éclate en Tunisie, et le suicide de Bouazizi a été l’élément déclencheur.

 

En effet, les Tunisiens ne voulaient plus vivre comme avant : ils n’acceptaient plus la corruption, la répression policière, le manque de libertés, le chômage, etc. Par ailleurs, la classe dirigeante ne pouvait plus gouverner comme avant. La corruption sous Ben Ali avait pris une ampleur phénoménale alors que la majorité de la population devait affronter la précarité. Pour maintenir cette situation, la répression policière devait se faire plus forte mais elle avait atteint ses limites. L’élite au pouvoir était complètement déconnectée du peuple pour qui il n’y avait aucun interlocuteur. Par conséquent, lorsque les révoltes populaires ont éclaté,  la classe dirigeante n’avait d’autre choix que de réprimer dans la violence. Mais face à la détermination du peuple, la répression a atteint sa limite. C’est d’ailleurs une des clés de la réussite de la révolution populaire tunisienne : elle est parvenue à toucher tous les segments de la société, y compris des membres de l’armée et de la police qui ont sympathisé avec les manifestants. L’appareil répressif ne pouvait donc plus fonctionner comme avant lui non plus. Si une révolte survient mais qu’elle n’est pas capable de combiner les différents segments de la société, elle ne pourra pas déboucher sur une véritable révolution.

 

 

Même après le départ de Ben Ali, les protestations continuent. La situation que les Tunisiens refusent n’est donc pas le fruit d’un seul homme ?

 

Aux pancartes « Ben Ali dégage » ont succédé les pancartes « RCD dégage ». Les Tunisiens s’en prennent au parti politique du président car ils craignent de voir un de ses hommes prendre le pouvoir. Mais en réalité, les causes profondes qui ont mené les Tunisiens à se révolter dépassent largement Ben Ali et le RCD. Il ne suffit donc pas de virer le président pour que le peuple gagne sa liberté et améliore ses conditions d’existence.

 

La corruption, le chômage, les inégalités sociales… Ce sont les effets de la domination impérialiste de l’Occident sur la Tunisie. Car la Tunisie, après son indépendance, est devenue un projet des Etats-Unis.

 

 

Qu’entendez-vous par impérialisme ?

 

L’impérialisme est le processus par lequel les puissances capitalistes dominent politiquement et économiquement des pays étrangers. Les multinationales occidentales pillent les ressources des pays d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie. Elles y trouvent des débouchés pour les capitaux qu’elles accumulent et y exploitent des mains-d’œuvre bon marché. Je dis que les multinationales pillent car elles n’achètent pas les ressources à leur juste valeur et les populations locales ne profitent pas de ces richesses. Et ce pillage ne serait pas possible si dans ces pays exploités, il n’y avait pas des dirigeants pour défendre les intérêts des multinationales. Ces dirigeants s’enrichissent au passage. Ils constituent ce qu’on appelle la bourgeoisie compradore. Ils n’ont pas de vision politique pour leur propre pays, ne produisent pas de richesses et ne développent pas de véritable économie. Mais ils s’enrichissent personnellement en commerçant les ressources de leur pays avec les multinationales. Evidemment, le peuple est la grande victime dans tout ça !

 

Lorsque vous êtes un nationaliste anti-impérialiste par contre, vous cherchez à vous développer par vous-même. Vous nationalisez les secteurs-clés de votre économie plutôt que d’en laisser la gestion à des sociétés étrangères. Vous créez ainsi une économie nationale dans le pays et vous lui permettez de croître sur base de l’indépendance. C’est ce que j’appelle une révolution nationale démocratique : nationale car indépendante des puissances impérialistes, démocratique car contre le féodalisme et les éléments réactionnaires du pays.

 

 

Pourtant, Bourguiba, le premier président tunisien, était considéré comme un socialiste. Et sous son règne, l’Etat jouait un rôle très important dans l’économie.

 

Le parti politique de Bourguiba n’avait de socialiste que le nom. Si l’Etat jouait un rôle important, ce n’était qu’au profit d’une élite seulement. C’est ce qu’on appelle le capitalisme d’Etat. De plus, Bourguiba a systématiquement éliminé tous les éléments progressistes et anti-impérialistes au sein de son parti. De telle sorte que ce parti est devenu le parti d’un seul homme, complètement soumis à l’impérialisme US.

 

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Habib Bourguiba, grand acteur de la lutte pour l'indépendance, a été président de la Tunisie de 1957 à 1987

 

En quoi la Tunisie était-elle importante pour les Etats-Unis ?

 

Pour bien comprendre l’importance de ce pays dans la stratégie US, nous devons analyser le contexte politique du monde arabe dans les années 50 et 60. En 1952, des officiers renversent la monarchie du roi Farouk en Egypte et proclament la république. Avec Nasser à sa tête, l’Egypte devient la base du nationalisme arabe avec des idées révolutionnaires inspirées du socialisme. Comme en témoigne la nationalisation du canal de Suez, l’arrivée de Nasser au pouvoir est un coup dur pour l’Occident car la politique du président égyptien est en contradiction totale avec les visées hégémoniques des puissances occidentales au Proche et au Moyen-Orient. Pire encore : les idées anti-impérialistes de Nasser font des émules dans la région. Au Yémen par exemple, où en 1962, une révolution divise le pays, le Sud devenant un bastion du mouvement révolutionnaire arabe. La même année, l’indépendance de l’Algérie envoie un signal fort à l’Afrique et au Tiers-Monde, mettant les puissances impérialistes en alerte. Notons également en Lybie le coup d’Etat de Kadhafi en 1969. Le colonel prend le pouvoir et nationalise d’importants secteurs de l’économie, au grand dam de l’Occident. Dix ans plus tard, la révolution islamique en Iran fait tomber le shah, l’un des plus importants piliers de la stratégie US au Moyen-Orient.

 

Bref, à cette époque, un mouvement anti-impérialiste très fort défie les intérêts stratégiques des Etats-Unis dans le monde arabe. Heureusement pour Washington, tous les pays de la région ne suivent pas la voie de Nasser. C’est le cas de la Tunisie. En 1957, un an après l’indépendance tunisienne, Bourguiba est l’un des premiers dirigeants arabes à écrire dans la prestigieuse revue US, Foreign Affairs. Le titre de l’article ? Le nationalisme, meilleur antidote du communisme. Pour les Etats-Unis qui veulent contrer l’influence de Nasser, c’est du pain béni ! Bourguiba écrit dans son article : « En ce qui la concerne, la Tunisie a choisi sans équivoque de faire sa voie dans le monde libre de l’Occident ». Nous sommes en pleine guerre froide. Les Soviétiques soutiennent Nasser dont l’influence prend de l’ampleur dans la région. Et les Etats-Unis ont besoin d’agents pro-impérialistes comme Bourguiba pour ne pas perdre le contrôle stratégique du monde arabe.

 

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Nasser annonce la nationalisation du Canal de Suez en 1956

 

Peut-on être à la fois nationaliste et pro-impérialiste ?

 

Bourguiba était un nationaliste libéral avec des idées anti-communistes qui l’ont conduit à rejoindre le camp impérialiste de l’Occident. En fait, je considère Bourguiba comme le George Padmor arabe. Padmor était un leader panafricain originaire des Caraïbes. En 1956, il a écrit un livre intitulé Panafricanisme ou communisme : le combat à venir en Afrique. Tout comme Bourguiba, il nourrissait des idées anti-communistes et même s’il se déclarait nationaliste, sa vision politique était largement inféodée aux intérêts des puissances impérialistes. Le nationalisme servait en fait de couverture, leur politique étant loin d’être indépendante. Padmor a eu une grande influence sur le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, l’un des instigateurs de l’Union Africaine. Ses idées pro-impérialistes ont ainsi pu se répandre sur tout le continent avec le résultat que l’on voit aujourd’hui : on fête un peu partout des cinquantenaires d’indépendance en Afrique mais beaucoup d’Africains savent qu’ils ne sont jamais devenus indépendants. Le président Nkrumah lui-même regretta plus tard d’avoir suivi les conseils de Padmor.

 

En Tunisie aussi, la soumission aux intérêts impérialistes s’est vite fait ressentir et il s’est avéré que le nationalisme prôné par Bourguiba n’était qu’une façade. Dans les années 70 par exemple, le président a fait passer toute une série de mesures censées attirer les investisseurs étrangers : exonération de l’impôt sur les bénéfices des sociétés pendant dix ans, exonération de tous droits et taxes pendant vingt ans, exonération de l’impôt sur le revenu des valeurs immobilières, etc. La Tunisie est ainsi devenue un vaste atelier des multinationales occidentales, ces dernières rapatriant les bénéfices réalisés. 

 

 

La Tunisie n’a-t-elle pas tout de même connu certains progrès appréciables sous Bourguiba ?

 

Oui, il y a eu des avancées positives : éducation, condition des femmes, etc. D’abord parce que la Tunisie comptait des acteurs progressistes dans son élite, mais ils ont vite été écartés. Ensuite, parce que la Tunisie devait être parée de sa plus belle robe. En effet, ce pays jouait un rôle majeur dans la stratégie des Etats-Unis pour contrer l’influence du communisme dans le monde arabe. Mais qu’aviez-vous de l’autre côté ? Des mouvements révolutionnaires progressistes qui avaient fait tomber des monarchies arriérées et qui bénéficiaient du soutien populaire. Vous ne pouviez pas contrer ce mouvement en prônant un système féodal. L’Arabie Saoudite y est parvenue car elle pouvait utiliser l’argent de son pétrole pour ça. Mais la Tunisie, ne pouvant compter sur de telles ressources, devait donner une certaine image progressiste. Dans la lutte contre le communisme, elle était censée représenter la réussite d’un pays du Tiers-Monde ayant choisi la voie du nationalisme libéral.

 

Mais l’envers du décor était moins flatteur. Comme je l’ai dit, Bourguiba a systématiquement éliminé les éléments progressistes qui ne suivaient pas ses pas. Les éléments anti-impérialistes qui voulaient une Tunisie indépendante tant sur le plan économique que politique, ceux qui voulaient affirmer leur propre position dans le Tiers-Monde et sur le conflit israélo-palestinien, tous ont été combattus. La Tunisie a en fait été utilisée comme un laboratoire des puissances impérialistes. Et ce qui était censé représenter la réussite du nationalisme libéral est devenu une dictature.

 

 

Lorsque Ben Ali succède à Bourguiba en 1987, poursuit-il sur la même voie ?

 

Tout à fait. On peut même dire que la soumission aux intérêts occidentaux s’est accentuée. Ben Ali était un pur agent de l’impérialisme US. En 1980, en tant qu’ambassadeur en Pologne, il a même servi de relais entre la CIA et Lech Walesa, le dirigeant syndicaliste qui luttait contre l’Union Soviétique.

 

En 1987, lorsque Ben Ali prit la présidence de la Tunisie, le pays était très endetté par la crise capitaliste de 1973. De plus, à cette époque, les idées de Milton Friedman et des ses Chicago Boys étaient très en vogue. Ces économistes ultralibéraux pensaient que le marché est une entité capable de s’autoréguler et que l’Etat ne doit surtout pas s’immiscer dans l’économie. L’élite technique tunisienne provenant en grande partie des écoles US était très influencée par les théories de Friedman. Ben Ali abandonna donc le capitalisme d’Etat en vigueur au début de l’ère Bourguiba. Sous la supervision du FMI et de la Banque mondiale, il entama un programme de privatisations beaucoup plus massif que ce que son prédécesseur avait déjà amorcé dans les années 70.

 

 

Quels furent les effets de cette nouvelle politique économique ?

 

Tout d’abord, la privatisation de l’économie tunisienne a permis à Ben Ali et sa belle-famille, les Trabelsi, de s’enrichir personnellement. La corruption a atteint un niveau très élevé et la Tunisie est devenue un pays totalement soumis à l’impérialisme, dirigé par une bourgeoisie compradore. Evidemment, Ben Ali et son clan ne disposaient pas de beaucoup de matières premières à brader aux multinationales occidentales. Mais ils ont profité du système d’éducation mis en place sous Bourguiba pour développer une économie de services. En effet, la main-d’œuvre tunisienne est très diplômée et bon marché à la fois. Elle attire donc les investisseurs étrangers.

 

Le tourisme s’est également fort développé au point de devenir le pilier de l’économie tunisienne. On voit là le manque de vision politique de l’élite. En effet, aucun pays ne peut développer son économie sur base du tourisme s’il n’a pas d’abord développé une base économique nationale. L’industrie du tourisme consomme énormément mais rapporte très peu au peuple tunisien. Imaginez plutôt : pendant que des touristes occidentaux consomment des hectolitres d’eau pour se prélasser dans des piscines, des jacuzzis ou des terrains de golf, les pauvres paysans dans le sud du pays affrontent l’assèchement des sols.

 

Mais il n’y a pas que les paysans qui ont souffert de cette politique. Globalement, les conditions sociales du peuple tunisien se sont détériorées pendant que l’entourage du président a amassé une fortune colossale. Tout le monde savait que le régime était corrompu. Alors, pour maintenir ce système, le régime devait empêcher toute contestation. La répression est devenue encore plus brutale sou Ben Ali : la simple critique ou même le désir de modernité et d’ouverture n’étaient plus autorisés. Une telle situation ne pouvait mener qu’à la révolte populaire. De plus, en voulant monopoliser pour son clan les richesses du pays, Ben Ali s’est également attiré les foudres d’une partie de la bourgeoise traditionnelle tunisienne.

 

 

Vous dites que la répression politique était très forte. Y a-t-il quand-même aujourd’hui, des forces d’opposition capables de guider la révolution populaire maintenant que Ben Ali est tombé ?

 

Les véritables partis d’opposition étaient bannis sous Ben Ali. Cependant, certains ont continué à exister en sous-terrain. Par exemple, le premier parti communiste tunisien ne pouvait pas vivre au grand jour et s’organiser comme n’importe quel parti politique en démocratie. Mais il a continué à fonctionner en secret à travers des associations de la société civile (professeurs, fermiers, médecins, prisonniers…). Le PTPD a ainsi pu se constituer une base sociale et a tiré une solide expérience de cette période. C’est exceptionnel dans le monde arabe.

 

Je pense que deux défis majeurs attendent maintenant les partis d’opposition. Tout d’abord, il leur faut sortir de l’ombre et se faire connaître du grand public en Tunisie. Ensuite, ils doivent organiser un front de résistance à l’impérialisme. En effet, les puissances impérialistes cherchent à maintenir le système Ben Ali sans Ben Ali. On le voit maintenant avec le gouvernement d’union nationale que les Tunisiens rejettent, ce qui est très positif. Mais les puissances impérialistes ne vont pas s’arrêter là. Elles vont certainement chercher à imposer une commission électorale internationale pour appuyer les candidats qui défendront aux mieux leurs intérêts. Il est donc nécessaire de résister à l’ingérence en créant un front uni pour construire une véritable démocratie.

 

 

Les partis d’opposition sont-ils capables de surmonter leurs divergences pour créer un tel front ?

 

Je sais que certaines formations politiques étaient réticentes à l’idée de s’associer au mouvement islamo-nationaliste Ennahda. Ce mouvement est apparu dans les années 80. Il prônait une ligne anti-impérialiste et de fait, a subi la répression politique. Pourquoi ne pas associer Ennahda dans un front de résistance à l’ingérence des puissances étrangères ? La Tunisie est un pays musulman. Il est donc normal qu’une force politique émerge avec une tendance islamo-nationaliste. Vous ne pouvez pas empêcher cela.

 

Mais chacun de ces mouvements doit pouvoir être étudié séparément, avec ses propres spécificités. C’est ce qu’ont fait les communistes du PTPD. Ils ont étudié scientifiquement les conditions objectives qui s’appliquent à la Tunisie. Leur conclusion est que les communistes et les islamo-nationalistes ont été victimes de la répression politique et que, même si leurs programmes divergent, ils partagent une base commune : ils veulent la fin de la dictature et l’indépendance de la Tunisie. Les communistes ont donc proposé une alliance avec les islamo-nationalistes il y a déjà bien longtemps. Bien sûr, le PTPD ne veut pas faire de la Tunisie un Etat islamique. Son programme politique diffère de celui d’Ennahda. Mais c’est le peuple tunisien qui devra juger démocratiquement de ces différences. Les élections doivent être un concours ouvert à tous. Voilà la vraie démocratie.

 

 

Justement, les partis d’opposition se sont rassemblés dans le front du 14 janvier pour lutter contre le gouvernement intérimaire de Mohamed Ghannouchi, un homme de main de l’ancien président Ben Ali. Un signe encourageant ?

 

Tout à fait, la Tunisie est sur la bonne voie : tous les partis d’opposition bannis jusqu’ici ont créé un front uni pour empêcher que le système de Ben Ali se maintienne sans Ben Ali. Soulignons également le rôle joué par la base du syndicat UGTT. La tête de ce syndicat autorisé sous Ben Ali était corrompue et collaborait avec l’Etat-policier. Mais depuis, la base du syndicat a fait pression sur ses dirigeants et les membres de l’UGTT qui faisaient partie du gouvernement de transition ont démissionné. Même s’il reste beaucoup à faire, la démocratie gagne les institutions tunisiennes sous la pression du peuple.

 

Les puissances occidentales s’opposent à cela. Elles veulent imposer en Tunisie une démocratie de basse intensité où seuls les « bons » candidats auraient le droit de se présenter aux élections. Si vous regardez le type de démocratie que les Etats-Unis apprécient, vous tomberez sur l’Ethiopie. Le gouvernement US a fourni 983 millions de dollars à ce pays de la Corne de l’Afrique pour l’année 2010.  Cette même année, le premier ministre Meles Zenawi, en poste depuis 16 ans, a été réélu avec 99,5 pour cent des voix ! C’est encore mieux que Ben Ali ! La réalité est là : derrière leurs beaux discours de soutien au peuple tunisien, les puissances occidentales continuent de soutenir activement beaucoup d’autres Ben Ali dans le monde.

 

 

Les Etats-Unis ne pourraient-ils pas soutenir d’autres candidats pro-impérialistes mais qui, aux yeux des Tunisiens, ne seraient pas associés à l’ère Ben Ali ?

 

Ce serait difficile. Il y a bien une partie de la bourgeoisie compradore qui était lésinée par le système corrompu de Ben Ali. Mais cette élite n’est pas assez forte pour contrôler le mouvement populaire et n’a pas assez d’ancrage dans l’establishment pour s’imposer.

 

Les Etats-Unis avaient aussi pensé à une autre stratégie : il y a quelques mois, alors que Ben Ali était encore au pouvoir, l’ambassadeur US a rendu visite à un leader communiste en prison. Officiellement, une simple visite d’observation dans le cadre du respect des droits de l’homme. Officieusement, les Etats-Unis anticipaient le départ de Ben Ali et voulaient tâter le terrain. Leur objectif était de monter les communistes contre les islamo-nationalistes, diviser la résistance à l’impérialisme pour mieux l’affaiblir. Mais les communistes tunisiens ne sont pas tombés dans le panneau. Ils connaissent très bien cette stratégie mise au point par Henry Kissinger dans les années 80 au Moyen-Orient. Ils ont publié une très bonne étude sur le sujet et savent qu’ils ne doivent pas recevoir des ordres de l’extérieur ni adhérer à des idéologies fabriquées par des puissances étrangères.

 

 

Pourquoi les Etats-Unis ont-ils abandonné Ben Ali ? Avait-il été trop loin dans l’enrichissement personnel ? D’après un câble Wikileaks, l’ambassadeur US était très critique envers le système quasi-mafieux du président tunisien, la corruption organisée faisant obstacle aux investissements des entreprises étrangères.

 

Ce n’est pas le problème. Les Etats-Unis ne s’inquiètent pas de la corruption. Au contraire, c’est un élément-clé du système de domination US sur les pays du Sud. En réalité, Washington était conscient de la situation interne en Tunisie et savait que Ben Ali ne serait plus en mesure de gouverner. Les Occidentaux doivent maintenant s’assurer que le remplaçant de Ben Ali continuera à défendre leurs intérêts. L’enjeu est de taille. La crise capitaliste cause de sérieux problèmes en Occident. A côté de cela, la Chine monte en puissance et accorde aujourd’hui plus de prêts que la Banque Mondiale et les puissances impérialistes réunis. Elle veut même racheter une partie importante de la dette de la zone euro d’une part parce qu’elle a des intérêts économiques avec les pays européens, d’autre part pour diviser les puissances impérialistes, l’Union Européenne étant historiquement associée aux Etats-Unis.

 

Dans pareil contexte, le mouvement populaire tunisien, sous l’égide d’un leadership révolutionnaire, pourrait instituer un gouvernement indépendant et profiter de cette situation d’un monde multipolaire. Les puissances impérialistes craignent que les pays qui étaient traditionnellement sous sa domination deviennent économiquement indépendants en se tournant aussi vers la Chine. La Tunisie pourrait construire des relations avec le géant asiatique en développant ses ports commerciaux. Et cela remettrait sérieusement en cause le concept de dialogue méditerranéen, cette extension de l’Otan aux pays de la méditerranée qui n’est pas un dialogue mais un pur instrument de domination occidentale.

 

 

Un autre pays qui semble redouter la démocratie en Tunisie et dans la région : Israël. Le vice-premier ministre Silvan Shalom déclarait peu après la chute de Ben Ali que le développement de la démocratie dans les pays arabes menacerait la sécurité d’Israël. Ce pays, souvent qualifié de seule démocratie du Moyen-Orient, aurait-il peur de la concurrence ?

 

Sous une façade démocratique, Israël est un Etat fasciste, un Etat d’apartheid. Dans la région, il ne peut donc s’allier qu’avec des Etats dictatoriaux répressifs, dirigés par des bourgeoisies compradore qui affaiblissent le corps de la nation arabe. Actuellement, ces Etats arabes sont des pays riches habités par des gens pauvres. Mais si un gouvernement démocratique, dans le sens complet du terme, émerge, il renforcera économiquement la nation arabe dans son ensemble. Et ce développement économique mènera à une alliance des pays arabes contre l’Etat raciste qui opprime les Palestiniens. Israël redoute cela évidemment.

 

De plus, il y a un très fort décalage entre les positions officielles des dictatures arabes et le sentiment populaire à propos du conflit israélo-palestinien. Depuis que le président égyptien Sadate s’est rendu en Israël en 1977, la position de l’Egypte est : « nous voulons la paix ». Mais il s’agit d’une position imposée par la force à la population. Et l’actuel gouvernement égyptien ne se contente pas de maintenir des relations pacifiques avec Tel-Aviv. Il participe activement à l’étranglement de Gaza, alors que la majorité des Egyptiens est solidaire des Palestiniens.

 

C’est pareil pour l’alignement des dictatures arabes sur la politique de Washington. La Tunisie, l’Arabie Saoudite ou l’Egypte sont des alliés des Etats-Unis alors que les populations de ces pays sont anti-impérialistes. J’étais en Egypte lorsque Mountazer al-Zaïdi, le journaliste irakien, a lancé ses chaussures sur Georges W. Bush. La population égyptienne l’a célébré comme un héros. J’entendais des pères vouloir marier leur fille avec le journaliste. Et pourtant, le président égyptien Hosni Moubarak est l’un des plus fidèles alliés de Washington.

 

 

Pensez-vous que la révolution tunisienne, par un effet domino, pourrait entraîner la chute d’autres dictatures dans le monde arabe ?

 

70% de la population des pays arabes a moins de trente ans et ne connait que le chômage, la répression policière et la corruption. Mais tous ces jeunes veulent vivre. Et pour vivre, ils ont besoin de changement. C’est la réalité de chaque pays. Il n’y a donc même pas besoin d’un effet domino, les conditions objectives sont réunies pour que d’autres révolutions éclatent.

 

 

Les populations ne veulent plus vivre comme avant. Mais de leur côté, les classes dirigeantes sont-elles incapables de gouverner comme avant ?

 

Evidemment. Et on le voit en Egypte actuellement. Il y a des policiers partout dans ce pays. Mais il est impossible de tout contrôler. Un Etat-policier a ses limites et ceux du monde arabe les ont atteintes.

De plus, l’information joue un rôle très important aujourd’hui. Les Tunisiens, les Egyptiens et les peuples du Tiers-Monde sont mieux informés grâce à Al-Jazeera d’un part ainsi qu’Internet et ses réseaux sociaux d’autre part. L’évolution des technologies de l’information a augmenté le niveau d’éducation et de conscience des gens. Le peuple n’est plus une masse de paysans illettrés. Vous avez beaucoup de jeunes très malins, avec un certains sens pratique, capables de contourner la censure et de mobiliser sur Internet.

 

 

Y a-t-il dans ces pays des forces d’opposition capables de guider des révolutions populaires ?

 

Pourquoi la répression serait-elle si importante si ces dictateurs n’étaient pas en danger ? Pourquoi cette bourgeoisie compradore, tellement cupide, dépenserait-elle autant d’argent dans l’appareil répressif si elle ne craignait pas d’être renversée ? S’il n’y avait pas d’opposition, tout cela ne serait pas nécessaire.

 

 

Du côté des observateurs occidentaux, beaucoup craignent que la chute de ces régimes arabes favorise la montée de l’islamisme. Comme le résume si finement Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express, « mieux vaut Ben Ali que les barbus ». Ces craintes sur la montrée de l’islamisme sont-elles fondées ?

 

L’islamisme est devenu le préservatif de l’impérialisme. Les puissances occidentales justifient leur stratégie de domination dans le monde-arabo musulman sous couvert de lutter contre l’islamisme. On trouve des islamistes partout aujourd’hui. Bientôt, on trouvera même des traces d’Al-Quaïda sur Mars si ça s’avère utile pour les impérialistes !

 

En réalité, l’Occident a toujours eu besoin de s’inventer un ennemi pour justifier ses visées hégémoniques et ses incroyables dépenses militaires (financées par les contribuables). Après la chute de l’Union soviétique et la disparition de l’ennemi communiste, c’est l’islamisme et Al-Quaïda qui ont joué les rôles des vilains méchants.

 

Mais l’Occident n’a aucun problème avec l’islamisme. Il s’accommode très bien de ce courant dans des pays comme l’Arabie Saoudite. Il a d’ailleurs lui-même favorisé la montée de mouvements islamistes pour contrer le nationalisme arabe à une époque. Le véritable problème pour l’Occident, c’est l’anti-impérialisme. C’est pourquoi il tente de discréditer n’importe quel mouvement populaire dans le monde arabe qui soit opposé à ses intérêts en y apposant le label « islamiste ».

 

Enfin, il ne faut pas être très malin pour penser que les dictatures arabes constituent des remparts contre la montée du fanatisme religieux. Au contraire, ces régimes répressifs ont conduit une partie de la population à se radicaliser. Qui pourrait se permettre de dire que tel ou tel peuple n’a pas droit à la démocratie ? Dans un pays réellement démocratique, différentes forces politiques peuvent émerger. Mais la bourgeoisie compradore au pouvoir dans les dictatures arabes ne peut pas convaincre la population. Elle ne peut même pas l’affronter de face. Pour défendre les intérêts impérialistes, vous devez donc empêcher d’autres forces politiques d’émerger car elles seront susceptibles de convaincre le peuple face à une élite corrompue. L’Occident a toujours cherché à maintenir les dictatures qui servaient ses intérêts en agitant l’épouvantail de l’islamisme. Mais les peuples arabes ont besoin de démocratie. Ils réclament cela aujourd’hui et personne ne peut aller contre ces revendications.  

 

 

Source:www.michelcollon.info

 

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Mohamed Hassan* est un spécialiste de la géopolitique et du monde arabe. Né à Addis Abeba (Ethiopie), il a participé aux mouvements d’étudiants dans la cadre de la révolution socialiste de 1974 dans son pays. Il a étudié les sciences politiques en Egypte avant de se spécialiser dans l’administration publique à Bruxelles. Diplomate pour son pays d’origine dans les années 90, il a travaillé à Washington, Pékin et Bruxelles. Co-auteur de L’Irak sous l’occupation (EPO, 2003), il a aussi participé à des ouvrages sur le nationalisme arabe et les mouvements islamiques, et sur le nationalisme flamand. C’est un des meilleurs connaisseurs contemporains du monde arabe et musulman.

Déjà paru dans notre série "Comprendre le monde musulman"

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 12:47

                                                                           MARE NOSTRUM-copie-1

 

             CADTM: Bulletin électronique n°70 - Lundi 31 janvier 2011

                                                      Extraits

 

Hypocrisie impérialiste

Après des décennies de silence et de coopération militaire et commerciale, les grands dirigeants de ce monde, présents au Forum économique mondial de Davos ou à Washington, ont appelé soudainement à respecter les droits humains fondamentaux. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a appelé les dirigeants égyptiens à éviter de nouvelles violences et à respecter les libertés de rassemblement et d’information en Egypte, tandis que la secrétaire d’État Hillary Clinton, après avoir clamé la stabilité du régime, s’inquiète trois jours plus tard de la tournure des événements : "Nous sommes très inquiets au sujet des événements en Egypte. Les droits fondamentaux doivent être respectés, la violence endiguée, et la liberté de communication rétablie." dit-elle |5| . De belles phrases que les égyptiennes et égyptiens auraient sans doute apprécié entendre plus tôt, alors que le peuple était réprimé, les médias aux ordres ou bâillonnés, et l’opposition incarcérée depuis 30 ans par le régime autoritaire et dictatorial de Moubarak. Le Président de la commission des affaires étrangères du Sénat américain, John Kerry, a quant à lui, osé appeler les Egyptiens à des manifestations "pacifiques", évoquant les précédents non violents de Gandhi et Martin Luther King tout en omettant de mentionner que l’armée égyptienne, financée par des subventions étatsuniennes (1,3 milliard de dollars en 2010), maintient depuis trois décennies l’oligarchie au pouvoir par la répression. Rappelons par ailleurs que les États-Unis soutiennent la dictature en place et envoient chaque années 2,2 milliards de dollars d’« aide » économique.

Sous certains aspects, les États-Unis ont bien plus à craindre d’une déstabilisation en Egypte qu’en Tunisie. En plus d’être un fidèle allié, l’Egypte est un pilier important de l’ordre établi arabe et est le garant de la stabilité régionale vis-à-vis d’Israël. Le vice-président étatsunien Joseph Biden ne pense pas que le leader égyptien doive démissionner et déclare : « Moubarak a été notre allié pour normaliser les relations avec Israël, je ne le qualifierais pas de dictateur |6| » . Toutes ces déclarations cachent mal la volonté de protéger les intérêts économiques et stratégiques dans la région. En réaction aux événements, la Bourse de New York creusait ses pertes, tandis que les prix du pétrole bondissaient…

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