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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 15:07
REMUE-MENINGES:Pourquoi le socialisme de l'avenir ne sera ni pluraliste ni libertaire
 
Pourquoi le socialisme de l'avenir ne sera ni pluraliste ni libertaire

12 Juillet 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #GQ, #Théorie immédiate, #Russie, #Europe de l'Est, #Chine, #Corée, #Cuba, #Viet-Nam

Station Komskomolskaya, Moscou : rien n'est trop beau pour la classe ouvrière

Station Komskomolskaya, Moscou : rien n'est trop beau pour la classe ouvrière

Tous ceux qui espèrent que l’humanité va poursuivre sa route vers le progrès et s’orienter vers le socialisme sont interpelés par l’échec des pays socialistes au XXème siècle qui a laissé le monde dans une profonde dépression, morale et psychique.

Souvent on s’en tire par une pirouette : ces pays, ces régimes n’auraient pas été vraiment socialistes. D’autres pensent qu’il faut abandonner la perspective du socialisme pour sauter à pied joints dans le communisme. Je ne discuterai pas ces points de vue, qui ne sont pas sérieux.

Donc les pays socialistes étaient vraiment socialistes, et ils ont disparus, sauf deux : République Populaire Démocratique Corée et Cuba qui manifestent une incontestable résilience, mais dont l’avenir est toujours menacé. La Chine, le Viet-Nam, et le Laos, peut être aussi le Bélarus sont revenus à l’économie de marché, et ont réintroduit le capitalisme, mais sans lui laisser les clés du pouvoir politique. Plusieurs pays latino-américains et africains ont une politique sociale de redistribution avancée qui fait penser au socialisme, qui provoque l’ire de la bourgeoisie mondiale, mais qui ne s’attaque pas assez directement à la propriété privée de moyens de production pour qu'on puisse les y rattacher. Et aujourd’hui, plus important encore, que les grands moyens de production, les médias de masse. D'où leurs difficultés présentes.

Mais globalement il nous reste en tenant compte de ces expériences présentes et passées (dont certaines étaient en fait assez réussies pour produire le bonheur le plus répandu, si on en croit les regrets formulés à cet égard en Europe de l’Est et en ex URSS) à proposer un schéma du socialisme de l’avenir (2.0, ou XXI, peu importe le slogan), qui ne se fracasse pas sur les mêmes écueils.

Toute la question est de savoir si le socialisme à succombé davantage à ses contradictions internes ou à la pression extérieure. Selon le cas le diagnostic est tout à fait différent. Si le socialisme a succombé à ses défaillances internes, il faut les localiser et prévoir une organisation politique nouvelle capable de les neutraliser ou de les inverser en faveur du processus.

La principale contradiction interne du socialisme a été la production d’un groupe social spécifique, distinct des reliquats de la bourgeoisie antérieure à la révolution, et intéressé au retour au capitalisme, groupe qui proliférait dans l’intelligentsia et dans la bureaucratie (qui sont les deux faces, coté jardin, coté cours, de la même réalité sociologique) et qui était essentiellement composé de cadres espérant égaler le niveau de vie et le statut social de leurs homologues en pays capitalistes. Il y avait certainement dans le monde socialiste de première génération un défaut dans le système de formation, de désignation et de rotation des cadres, que les autorités tentaient par accès de corriger par une répression souvent aveugle, disproportionnée ou erratique. L'idéologie spécifique de ce groupe avait triomphé en URSS dès les années 1970 comme le montre bien la production culturelle, dissidente ou officielle.

Si le socialisme a été victime des pressions extérieures, il faut réfléchir à la nature de ces pressions et imaginer des défenses d'un nouveau genre, tenant compte de l'évolution de la stratégie. Il est indéniable que les puissances impérialistes ont mené une politique de fond pour son éradication, et qu'il a été continuellement sur la défensive.

Lorsque les facteurs internes et externes se sont unifiés, la partie était jouée.

Mais avant tout il ne faut pas faire fausse route. Qu’on l’appelle ainsi ou autrement, hégémonie par exemple, le socialisme est le système économique et social géré par la dictature du prolétariat. Le point crucial est donc dans la conscience prolétarienne. Si la classe ouvrière ( au sens large) ne sent plus cet État comme le sien, c’est perdu.

Ce qui a caractérisé l’image finalement négative du socialisme, c’est l’idée qu’il s’agissait de dictatures de parti unique, interdisant l’expression des opinions d’opposition, et défendues par un appareil policier, n’hésitant pas à soumettre la société à une surveillance de masse et à recourir à la dénonciation. Dans ces conditions l’idée la plus répandue pour dépasser la contradiction du socialisme a été de proposer le fameux « socialisme à visage humain » suivant le slogan de Dubcek, leader du soi-disant Printemps de Prague de 1968. Un socialisme pluraliste, sans répression, sans surveillance, libertaire à l’instar de mai 68 (ou tout simplement de l’Angleterre des swinging sixties). Marx Engels Lénine et John Lennon.

Je pense que cette voie est erronée comme l’ont montré la Hongrie en 1956 où contrairement à la légende gauchiste la libéralisation ouvrit en grand la brèche pour les lynchages fascistes, et le Chili en 1973 où le respect des règles de la démocratie formelle désarma le peuple ; un socialisme sans police, sans surveillance des activités contrerévolutionnaires, et qui se remet en jeu de lui-même candidement dans l’alternance électorale n’a pas d’avenir, tant que les métropoles principales du capitalisme ne sont pas tombées. N’oublions pas que le choix du socialisme est à long terme, qu’il n’est pas réversible sans massacre social, et que son rythme de maturation centenaire n’est pas celui des vagues de l’opinion.

Il faut prendre conscience de ce fait têtu: dans un pays socialiste, où il n’y a pas de forces économiques séparées qui revendiquent le pouvoir sur l’ensemble de la société, il ne peut pas y avoir de parti d'opposition au sens historique du terme : le parti d’opposition, celui des « dissidents », s’appuie uniquement sur l’extérieur : l'émigration, l'impérialisme, la CIA ou aujourd'hui les "ONG" de Soros, et quelque soit son influence il ne "représente " littéralement rien d'autre que ceux qui le financent.

Le socialisme devra se défendre tant qu’existera l’Empire des multinationales, et c’est la culture de la conscience qui permettra que le parti unique du prolétariat et l’action des services de sécurité soient approuvés et soutenus par le peuple et non ressentis comme une chape de plomb ; dans les deux cas où le socialisme a subsisté, en Corée et à Cuba, ce soutien populaire provient du caractère évident, immédiat et existentiel de la menace impérialiste sur le pays tout entier. A Cuba les CDR n’ont pas suscité de rejet équivalent à d’autres institutions de contrôle social, dans d'autres pays; sans doute parce ce quadrillage s’enracine dans une volonté populaire et publique de défendre la population contre les agressions impérialistes, et non dans le souci d’un socialisme dynamique mais minoritaire de tenir en respect un peuple indifférent ou hostile en grande partie, comme dans l’Allemagne post-nazie.

A quoi sert le pluralisme politique actuel ? Il n’est en aucun cas producteur de conscience ou de quelconque qualité de "gouvernance". On frémit à l’idée de ce que ferait la Chine gouvernée par des politiciens comparables aux politiciens européens ou américains. Mais d’une part il permet de recruter des dirigeants politiques en canalisant la compétition des ambitieux, et les ambitieux existent et sont nécessaires partout, d’autre part il permet de repérer les opposants, de les isoler ou de les acheter, dans un monde où les médias efficaces sont contrôlés par la bourgeoisie.

La question est de savoir si nous sommes gouvernés par la puissance brute du capital qui achète ses séides, ou si nous sommes gouvernés par la conscience collective à laquelle nous participons ; si nous sommes des esclaves ou non. Mais s'il pouvait échapper à la séduction impérialiste, un certain jeu de pluralisme politique en pays socialiste pourrait servir à dénoncer le parti renaissant du retour au capitalisme qui grandit comme un parasite à l’intérieur du parti révolutionnaire, sans avoir à en venir à l’exterminer, avec beaucoup de bavures, comme en URSS en 1936 (la trahison des cadres soviétiques en 1991 permet de comprendre a posteriori sinon la méthode au moins la logique des épurations du parti dans le contexte de la menace hitlérienne).

Sous le socialisme l’individu est sans doute frustré de bien des désirs matériels immédiats mais il est en réalité beaucoup plus libre que sous l’influence de la marchandise, car sa personnalité n’est pas rongée de l’intérieur par la réification marchande, elle n’est pas le jouet des calculs constants du marketing pour le faire courir après les miroirs aux alouettes élaborés par les multinationales. Mais il ne le sait pas, ou plutôt la plupart des intellectuels par inertie idéologique bourgeoise ont utilisé cette liberté pour une rêverie réactionnaire qui les a fait tomber tout crus dans les filets de l’impérialisme. L’image du socialisme comme bagne spirituel est sortie de la féconde imagination littéraire de l’intelligentsia bourgeoise opprimée dans ses rêves de grandeur par le prolétariat, et ces pays étaient loin d’être un bagne pour les travailleurs. Mais les intellectuels organiques de la bourgeoisie ont su façonner l’histoire à leur manière, et rendre le type de liberté dont on jouit sous le capitalisme (celle d’acheter des marchandises avariées si on a de l’argent) la seule imaginable.

L’individu bourgeois est élevé dans l’illusion messianique de son destin exceptionnel. Il estime que sa liberté est en tout ce qui facilite cette illusion, et il se rebelle si on l’empêche de la poursuivre. Les classes populaires ne sont pas composées de ce type d’individu projeté hors de soi dans un rôle et pour lequel le bien n’a de sens que s’il est un bien de gloire et d’ostentation. Le socialisme permet le vrai développement de l’individualité de tous, et des prolétaires avant tout, dont le désir sous-jacent au bourrage de crâne marketing n’est pas d’écraser les autres prolétaires mais de participer à la grande coopération créatrice. C’est par la discussion collective, éclairée par le parti qu'il a lui même créé que le prolétariat accède petit à petit à la conscience sociale, qui est supérieure à la conscience romanesque à la Madame Bovary qui occupe la tête des étudiants et des cadres bourgeois.

Le prolétariat dans la Bible est voué éternellement à couper le bois et à porter l’eau. Jusqu’à la Révolution il reste l’humble instrument de l’ambition et du confort des classes cultivées. Seul le socialisme permet au coupeur de bois et au porteur d’eau qui a tout créé de l’humanité de vivre humainement. Les expériences socialistes ne peuvent être jugées qu'à l'aune de la totalité du temps historique.

Dans un premier temps cette libération se produit au détriment de la production car le prolétariat affranchi a tendance à se partager la plus-value, ou à cesser de la produire. Mais après l’étape d’adaptation, la classe exploitée deviendra comme le pensait Marx la nouvelle force productive inépuisable et gratuite, car il décidera lui-même de l’emploi de la plus-value pour le bien commun de l’humanité. Le stakhanoviste qui est la figure de l’histoire révolutionnaire la moins comprise et la plus haïe du gauchiste petit-bourgeois préfigure pourtant cette mutation du prolétariat en classe créative.

Mais il doit en chemin se défaire des mythes existentiels et du roman parasitaire de la bourgeoisie et des classes moyennes (esclaves qui se croient libres, exploités qui se prennent pour des bourgeois). Il faut simplement lui donner le temps de son auto éducation pour se passer des exploiteurs, et c’est son parti qui peut lui donner ce temps critique.

GQ, 22 septembre 2015

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 13:05
 
Hors série Georges Séguy
 
Croisière 100 ans révolution octobre
 
Les migrants sont une richesse pour l’Europe
Jean-Jacques Régibier
Vendredi, 30 Juin, 2017
Humanite.fr
Selon le rapport, les migrants ont participé à hauteur de 70% à l’augmentation de la main d’œuvre en Europe au cours des 10 dernières années. Photo : Jean-Jacques Régibier
Selon le rapport, les migrants ont participé à hauteur de 70% à l’augmentation de la main d’œuvre en Europe au cours des 10 dernières années. Photo : Jean-Jacques Régibier

Un rapport du Conseil de l’Europe contredit toutes les idées reçues selon lesquelles les migrants menaceraient l’emploi et les régimes de sécurité sociale des pays où ils s’installent. Chiffres et exemples à l’appui, il démontre au contraire que les migrants contribuent de façon décisive à la richesse économique et culturelle des pays qui les accueillent.

Ce rapport exhaustif sur l’impact effectif des migrations en Europe, intervient après plusieurs autres rapports et résolutions votés depuis trois ans par l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui regroupe les députés de 47 pays européens, dont la Turquie et la Russie. Après plusieurs autres études allant dans le même sens, ce rapport s’inscrit en faux contre tous les discours xénophobes hostiles aux migrants ou contre les gouvernements qui refusent de favoriser l’installation des immigrés. Pour aborder la questions des migrations de manière constructive, il en appelle à un renversement complet des manières de voir, en appelant les Etats à régulariser les migrants  parce qu’ils représentent une chance pour l’Europe, aussi bien d’un point de vue économique que culturel. Pour les auteurs de cette étude, l’absence de politiques migratoires coordonnées au niveau européen est la cause directe de la montée des peurs irrationnelles de rejet des migrants au sein de la population européenne.

L’Europe défaillante

Pour Andrea Rigoni, le rapporteur libéral italien sur les migrations, la différence - relayée par les médias et des responsables politiques - entre réfugiés politiques et migrants économiques, n’est pas pertinente, c’est globalement qu’il faut traiter la question. Il n’y a pas de « bons » et de « mauvais » migrants, les migrations sont un fait contemporain, c’est la conséquence normale de l’évolution de nos sociétés, et au demeurant, le phénomène a toujours existé. La différence, c’est que l’Europe qui a été pendant des siècles une terre d’émigration - envoyant ses populations s’installer dans le monde entier - est désormais devenue un continent d’immigration. L’Europe attire, le phénomène est devenu particulièrement visible depuis le début des années 2010, et de l’avis de la plupart des membres de l’assemblée parlementaire, face à cette situation, « les pays européens n’ont pas été à la hauteur. »

Certes, parmi les causes des migrations, il y a des événements exceptionnels, comme les guerres et les crises en Syrie, en Irak ou en Libye, mais les migrations sont aussi la conséquence de la mondialisation du marché du travail et « du désir de chacun de trouver un meilleur emploi et de meilleures conditions de vie, » explique le rapport, qui rappelle également que le changement climatique aura aussi une influence sur les migrations. Aujourd’hui, les migrants représentent presque un milliard de personnes dans le monde, et parmi les 10 pays qui accueillent le plus de migrants, 5 sont européens ( Allemagne, Russie, France, Espagne et Italie. ) Si « crise » il y a, elle n’est pas du côté des migrations, mais du côté des institutions européennes qui démontrent leur incapacité à prendre cette question à bras le corps, et sur la résistance de certains Etats membres qui refusent d’assumer leurs responsabilités. L’ancienne ministre de l’Intérieure grecque chargée des migrations, , explique d’ailleurs que cette « crise » n’est pas conjoncturelle, et qu’elle va durer. La ministre relève au passage le « manque de courage de l’Europe, » en rappelant par exemple que sur les 66 000 réfugiés arrivés en Grèce que les pays européens s’étaient engagés à accueillir, seuls, pour l’instant, moins de 15 000 l’ont été.

Le rapport en profite également pour rappeler ce qu’on a trop tendance à oublier : beaucoup de pays européens ont également une part importante de leur population à l’étranger (autour de 20% par exemple pour le Portugal ou l’Irlande, par exemple.)

«  Énorme avantage »

Au cours des 10 dernières années, les migrants ont participé à hauteur de 70% à l’augmentation de la main d’œuvre en Europe. C’est vrai dans les secteurs comme la construction, l’hôtellerie, la restauration, l’informatique, l’agriculture et les services financiers où la pénurie de main-d’œuvre est en partie comblée par les migrants. Au Luxembourg par exemple, la construction, l’hôtellerie et la restauration dépendent totalement des travailleurs migrants. Mais Andrea Rigoni explique que les migrants ont aussi représenté 15% des primo-entrées sur la marché du travail dans des secteurs tel que la science, la technologie ou l’ingénierie. Parmi les pays européens, c’est le Royaume-Uni, avec le Luxembourg, qui attire le plus grand nombre de migrants de l’enseignement supérieur travaillant principalement dans le secteur de la finance, de la technologie et des médias.

« En général », analyse le rapport, « les migrants ont plutôt tendance à compléter la main-d’œuvre qu’à la remplacer, » même s’il existe des cas limités ( Sud de la Turquie par exemple ), où l’arrivée de réfugiés venant  de Syrie, chassés par la guerre, a crée une concurrence tendue sur le marché du travail local.

Andrea Rigoni cite une étude récente de l’OCDE ( Organisation de la coopération et du développement économique ) qui montre que « les migrants contribuent plus aux impôts et aux cotisations sociales qu’ils ne reçoivent de prestations individuelles. » Ainsi au Luxembourg et en Suisse, les migrants fournissent un bénéfice net estimé à 2% du PIB.

L’autre incidence positive des migrations concerne la démographie. En raison de la tendance au vieillissement de la population européenne et de la baisse des taux de fécondité, note dans un autre rapport la secrétaire d’Etat norvégienne Kristin Johnsen, « la réduction de la main-d’œuvre en Europe aura de fortes répercussions économiques, car un nombre plus restreint de personnes contribuera à financer les retraites, la consommation diminuera et la protection sociale sera limitée. » Elle en appelle à « des politiques migratoires volontaires pour améliorer la situation démographique en Europe. » On sait par exemple que l’Allemagne a besoin de 500 000 arrivées par an. En 2015, l’augmentation de la population allemande n’a été due qu’à celle issue de l’immigration qui représente aujourd’hui 21% de la population totale du pays.

Enfin, le rapport insiste sur les atouts qu’apportent les migrants aux cultures des sociétés européennes. Il prend comme exemple des pays tels que la Suisse et le Luxembourg, où les migrants représentent respectivement 26% et 47% de la population, et où « la diversité culturelle s’inscrit désormais dans la vie quotidienne. » Les migrations ont une grande incidence sur le sport en Europe, explique Andrea Rigoni qui note aussi l’importance des migrants « dans les tendances de l’art, de la mode et de la cuisine en Europe, au bénéfice de la diversité, » et conclut que dans une perspective à long terme, les migrations auront «  une incidence positive sur la société européenne, qui devient ainsi plus tolérante, plus diverse et plus ouverte d’esprit. » Il parle même « d’énorme avantage. »

On pourra noter - certains députés l’ont fait – le côté « utilitaire » pour les sociétés européennes de ce regard sur l’immigration. Mais il est clair  que le rapport - ainsi que d‘autres études complémentaires présentés toute la journée de mercredi devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe – est une réaction face aux discours xénophobes et hostile aux migrants tels qu’ils se sont développés dans de nombreux pays européens, spécialement depuis 2 ans. Il marque, dans l’espace institutionnel européen, le début d’une contre-offensive face à « la montée significative des mouvements populistes anti-migrants, inspirés par certains partis de droite, » dit explicitement Andrea Rigoni qui en appelle à un changement complet de regard sur l’immigration. Dans un autre rapport, l’ancienne ministre socialiste des Affaires sociales, Susanna Huovinen, explique qu’il vaut mieux aujourd’hui, à la place du mot « intégration » (des migrants) parler d’inclusion sociale de tous, inclusion sociale qui « doit mettre chaque personne à contribution – et pas seulement les migrants-, chacun devant apprendre à vivre dans une communauté multilingue, multiculturelle et pluri-religieuse. »

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 13:03
Les migrants sont une richesse pour l’Europe
Jean-Jacques Régibier
Vendredi, 30 Juin, 2017
Humanite.fr
Selon le rapport, les migrants ont participé à hauteur de 70% à l’augmentation de la main d’œuvre en Europe au cours des 10 dernières années. Photo : Jean-Jacques Régibier
Selon le rapport, les migrants ont participé à hauteur de 70% à l’augmentation de la main d’œuvre en Europe au cours des 10 dernières années. Photo : Jean-Jacques Régibier

Un rapport du Conseil de l’Europe contredit toutes les idées reçues selon lesquelles les migrants menaceraient l’emploi et les régimes de sécurité sociale des pays où ils s’installent. Chiffres et exemples à l’appui, il démontre au contraire que les migrants contribuent de façon décisive à la richesse économique et culturelle des pays qui les accueillent.

Ce rapport exhaustif sur l’impact effectif des migrations en Europe, intervient après plusieurs autres rapports et résolutions votés depuis trois ans par l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui regroupe les députés de 47 pays européens, dont la Turquie et la Russie. Après plusieurs autres études allant dans le même sens, ce rapport s’inscrit en faux contre tous les discours xénophobes hostiles aux migrants ou contre les gouvernements qui refusent de favoriser l’installation des immigrés. Pour aborder la questions des migrations de manière constructive, il en appelle à un renversement complet des manières de voir, en appelant les Etats à régulariser les migrants  parce qu’ils représentent une chance pour l’Europe, aussi bien d’un point de vue économique que culturel. Pour les auteurs de cette étude, l’absence de politiques migratoires coordonnées au niveau européen est la cause directe de la montée des peurs irrationnelles de rejet des migrants au sein de la population européenne.

L’Europe défaillante

Pour Andrea Rigoni, le rapporteur libéral italien sur les migrations, la différence - relayée par les médias et des responsables politiques - entre réfugiés politiques et migrants économiques, n’est pas pertinente, c’est globalement qu’il faut traiter la question. Il n’y a pas de « bons » et de « mauvais » migrants, les migrations sont un fait contemporain, c’est la conséquence normale de l’évolution de nos sociétés, et au demeurant, le phénomène a toujours existé. La différence, c’est que l’Europe qui a été pendant des siècles une terre d’émigration - envoyant ses populations s’installer dans le monde entier - est désormais devenue un continent d’immigration. L’Europe attire, le phénomène est devenu particulièrement visible depuis le début des années 2010, et de l’avis de la plupart des membres de l’assemblée parlementaire, face à cette situation, « les pays européens n’ont pas été à la hauteur. »

Certes, parmi les causes des migrations, il y a des événements exceptionnels, comme les guerres et les crises en Syrie, en Irak ou en Libye, mais les migrations sont aussi la conséquence de la mondialisation du marché du travail et « du désir de chacun de trouver un meilleur emploi et de meilleures conditions de vie, » explique le rapport, qui rappelle également que le changement climatique aura aussi une influence sur les migrations. Aujourd’hui, les migrants représentent presque un milliard de personnes dans le monde, et parmi les 10 pays qui accueillent le plus de migrants, 5 sont européens ( Allemagne, Russie, France, Espagne et Italie. ) Si « crise » il y a, elle n’est pas du côté des migrations, mais du côté des institutions européennes qui démontrent leur incapacité à prendre cette question à bras le corps, et sur la résistance de certains Etats membres qui refusent d’assumer leurs responsabilités. L’ancienne ministre de l’Intérieure grecque chargée des migrations, , explique d’ailleurs que cette « crise » n’est pas conjoncturelle, et qu’elle va durer. La ministre relève au passage le « manque de courage de l’Europe, » en rappelant par exemple que sur les 66 000 réfugiés arrivés en Grèce que les pays européens s’étaient engagés à accueillir, seuls, pour l’instant, moins de 15 000 l’ont été.

Le rapport en profite également pour rappeler ce qu’on a trop tendance à oublier : beaucoup de pays européens ont également une part importante de leur population à l’étranger (autour de 20% par exemple pour le Portugal ou l’Irlande, par exemple.)

«  Énorme avantage »

Au cours des 10 dernières années, les migrants ont participé à hauteur de 70% à l’augmentation de la main d’œuvre en Europe. C’est vrai dans les secteurs comme la construction, l’hôtellerie, la restauration, l’informatique, l’agriculture et les services financiers où la pénurie de main-d’œuvre est en partie comblée par les migrants. Au Luxembourg par exemple, la construction, l’hôtellerie et la restauration dépendent totalement des travailleurs migrants. Mais Andrea Rigoni explique que les migrants ont aussi représenté 15% des primo-entrées sur la marché du travail dans des secteurs tel que la science, la technologie ou l’ingénierie. Parmi les pays européens, c’est le Royaume-Uni, avec le Luxembourg, qui attire le plus grand nombre de migrants de l’enseignement supérieur travaillant principalement dans le secteur de la finance, de la technologie et des médias.

« En général », analyse le rapport, « les migrants ont plutôt tendance à compléter la main-d’œuvre qu’à la remplacer, » même s’il existe des cas limités ( Sud de la Turquie par exemple ), où l’arrivée de réfugiés venant  de Syrie, chassés par la guerre, a crée une concurrence tendue sur le marché du travail local.

Andrea Rigoni cite une étude récente de l’OCDE ( Organisation de la coopération et du développement économique ) qui montre que « les migrants contribuent plus aux impôts et aux cotisations sociales qu’ils ne reçoivent de prestations individuelles. » Ainsi au Luxembourg et en Suisse, les migrants fournissent un bénéfice net estimé à 2% du PIB.

L’autre incidence positive des migrations concerne la démographie. En raison de la tendance au vieillissement de la population européenne et de la baisse des taux de fécondité, note dans un autre rapport la secrétaire d’Etat norvégienne Kristin Johnsen, « la réduction de la main-d’œuvre en Europe aura de fortes répercussions économiques, car un nombre plus restreint de personnes contribuera à financer les retraites, la consommation diminuera et la protection sociale sera limitée. » Elle en appelle à « des politiques migratoires volontaires pour améliorer la situation démographique en Europe. » On sait par exemple que l’Allemagne a besoin de 500 000 arrivées par an. En 2015, l’augmentation de la population allemande n’a été due qu’à celle issue de l’immigration qui représente aujourd’hui 21% de la population totale du pays.

Enfin, le rapport insiste sur les atouts qu’apportent les migrants aux cultures des sociétés européennes. Il prend comme exemple des pays tels que la Suisse et le Luxembourg, où les migrants représentent respectivement 26% et 47% de la population, et où « la diversité culturelle s’inscrit désormais dans la vie quotidienne. » Les migrations ont une grande incidence sur le sport en Europe, explique Andrea Rigoni qui note aussi l’importance des migrants « dans les tendances de l’art, de la mode et de la cuisine en Europe, au bénéfice de la diversité, » et conclut que dans une perspective à long terme, les migrations auront «  une incidence positive sur la société européenne, qui devient ainsi plus tolérante, plus diverse et plus ouverte d’esprit. » Il parle même « d’énorme avantage. »

On pourra noter - certains députés l’ont fait – le côté « utilitaire » pour les sociétés européennes de ce regard sur l’immigration. Mais il est clair  que le rapport - ainsi que d‘autres études complémentaires présentés toute la journée de mercredi devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe – est une réaction face aux discours xénophobes et hostile aux migrants tels qu’ils se sont développés dans de nombreux pays européens, spécialement depuis 2 ans. Il marque, dans l’espace institutionnel européen, le début d’une contre-offensive face à « la montée significative des mouvements populistes anti-migrants, inspirés par certains partis de droite, » dit explicitement Andrea Rigoni qui en appelle à un changement complet de regard sur l’immigration. Dans un autre rapport, l’ancienne ministre socialiste des Affaires sociales, Susanna Huovinen, explique qu’il vaut mieux aujourd’hui, à la place du mot « intégration » (des migrants) parler d’inclusion sociale de tous, inclusion sociale qui « doit mettre chaque personne à contribution – et pas seulement les migrants-, chacun devant apprendre à vivre dans une communauté multilingue, multiculturelle et pluri-religieuse. »

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 12:57

 

 

Publié par El Diablo

PALESTINE : Khalida JARRAR, membre du Conseil législatif palestinien, de nouveau arrêtée !

Les forces d'occupation israéliennes ont arrêté Khalida Jarrar, membre du Conseil législatif palestinien, et Khitam Saafin, présidente de l'Union des comités de femmes palestiniennes. Elles ont été emmenées dans un lieu non divulgué, avec 9 autres personnes dans un raid à l'aube.

Khalida Jarrar, dirigeante de la société civile, est membre du Conseil législatif palestinien depuis 2006. Elle est la présidente de la Commission des prisonniers au Conseil législatif palestinien et vice-présidente du conseil d'administration d'Addameer (organisation de soutien aux Prisonniers Palestiniens).

 

[…]

LIEN VERS LA SUITE DE L’ARTICLE CI-DESSOUS :

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 10:29

Images intégrées 1

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 15:37

Oui à une loi d’orientation et de programmation pour l’accueil des migrants (Pierre Laurent)

Face à la situation révoltante faite aux migrants dans la capitale et ailleurs sur le territoire national, la Maire de Paris vient de proposer qu’une loi d’orientation et de programmation pour l’accueil des migrants humanitaires et pour une politique nationale d’intégration soit adoptée. Je me félicite de l’initiative d’Anne Hidalgo avec le soutien des élus communistes parisiens. Comme tous les parlementaires communistes, je ne peux qu’approuver cette démarche et ferai tout pour qu’elle aboutisse concrètement. Comme sénateur de Paris, je proposerai dans les jours qui viennent au Sénat de s’en saisir.

 

Notre pays peut accueillir dignement les migrants qui souvent au péril de leur vie, sont arrivés, sur notre territoire. Mais il faut qu’il s’en donne les moyens ! Cela passe par la création d’autre centres humanitaires de premier accueil à l’image de celui de la Porte de la Chapelle, disposés sur le territoire national, sur la route des migrations.

 

Les atermoiements gouvernementaux n’ont que trop duré. Plus que des réponses urgentes, des réponses pérennes doivent être apportées. L’arrivée de nouveaux migrants, qu’ils soient victimes des guerres, du sous-développement ou du réchauffement climatique, n’est pas prète de s’éteindre selon nombre de prévisionnistes. Il nous faut donc organiser en conséquence la solidarité avec des personnes qui sont d’abord et avant tout des victimes.

 

Pierre Laurent, sénateur de Paris, secrétaire national du PCF

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 15:17
 

Pour relever les défis du plan climat, nous avons besoin de toutes les énergies

 

Après avoir présenté ses objectifs du plan climat la semaine dernière, Nicolas Hulot se dit prêt à fermer un certain nombre de réacteurs nucléaires « peut être jusqu’à 17 » afin de respecter les objectifs de la loi de transition énergétique qui vise entre autre à ramener à 50 % la part de l’atome dans la production d’électricité à l’horizon 2025.

Est-il vraiment possible de répondre aux objectifs d'une France décarbonée en 2050, la fin des véhicules diesel et essence en 2040, l'éradication de la précarité énergétique dans les 10 ans, le fort développement de l'économie circulaire et du trafic ferré des passagers et des marchandises, si on se prive, dans les huit prochaines années, d'une énergie disponible et décarbonée ? Qui peut assurer que nous serons en capacité avec les seules énergies renouvelables de compenser, au même coût, dans la même quantité, de façon non aléatoire donc pilotable à tout moment, l'énergie électrique aujourd'hui produite par le nucléaire ? Il faut avant de prendre toute décision irréversible répondre à ces questions au moment où le plan climat envisage un recours plus important à l'électricité.

 

Les français attendent des actes concrets pour réindustrialiser le pays et faire reculer le chômage. La fermeture de 17 réacteurs serait, sur les plans industriels et sociaux, une catastrophe économique, plombant une filière d’excellence mondialement reconnue, gâchant les investissements actuels pour sa relance, fragilisant sa sûreté. Vingt mille emplois directs et cent mille indirects sont concernés, des territoires entiers et des bassins d’entreprises et d’emplois seraient rayés de la carte. Cela n'est pas envisageable !

 

 

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 15:00
REMUE-MENINGES:Réflexions sur le prolétariat comme classe de la conscience
Réflexions sur le prolétariat comme classe de la conscience

11 Juillet 2017 , Rédigé par Réveil Communiste Publié dans #Théorie immédiate, #GQ, #Réseaux communistes, #classe ouvrière

Réflexions sur le prolétariat comme classe de la conscience

Renault, 38

Note du 17 novembre 2015 : Il va de soi que la conscience est l'opposé du terrorisme, et pourtant elle terrorise les puissants. Et c'est pour cette raison qu'ils arment le terrorisme.

Le terme « prolétariat » est sorti de l’usage courant, et c’est bien dommage. Il a une grande précision conceptuelle : repris au vocabulaire fiscal de la république romaine, où il ne désignait que les citoyens romains libres mais trop pauvres pour contribuer autrement à la République qu’en lui offrant leur progéniture pour le service militaire, il a signifié dès le début du XIXème siècle le travailleur libre mais exploité, donc le « libre-esclave », cette contradiction dont le développement aboutira au dépassement révolutionnaire du capitalisme (si le capitalisme ne détruit pas l’humanité avant).

Ce qui caractérise socialement le prolétariat depuis le début de son existence consciente, aussi bien dans la conscience de soi que dans celle de son antagoniste que sont les sciences sociales bourgeoises, prise de conscience qui remonte à la première moitié du XIXème siècle (1848 ou même 1789), c’est non la misère ou la pauvreté absolue, mais d’abord le fait d’être sorti de cette pauvreté absolue avec le progrès industriel et technique, et ensuite de pouvoir y replonger n’importe quand ; et d’autre part l’accroissement vertigineux des inégalités et des vices qu’elles provoquent, et donc aussi des formes de désir inassouvi de consommer par imitation et de la frustration croissante qui vont avec la consommation de masse croissante.

Déjà 1789 est du point de vue populaire – rousseauiste - une révolution « pour préserver des acquis » !

Donc non la misère mais d’une part le reliquat de précarité impossible à réduire dans un système basé sur l'exploitation, et la pauvreté relative croissante que ce système suppose et produit. La pauvreté sans doute, mais avec le remède qui paraît à la porté de la main. La pauvreté ne devient un scandale que quand elle n’est plus nécessaire. La pauvreté est produite par la richesse des autres, non pas comme un simple défaut de partage, mais comme image tentatrice de la vraie vie impossible (où "tout est permis, et rien n’est possible", selon la formule forte de Michel Clouscard).

Marx, dans sa définition de la valeur de la force de travail a soin de préciser que cette valeur est conditionnée par l’état de développement social général. Un empereur romain ne buvait pas de café et Napoléon n’avait pas de téléphone portable, il n’empêche que la valeur du café et d’un téléphone portable font partie du nécessaire qui définit aujourd’hui la valeur minimale de la force de travail du plus humble travailleur.

Les prolos modernes (et postmodernes) ne sont pas les pauvres absolument pauvres, les « exclus » qui obtenaient autrefois la sollicitude bavarde et mesurée des prêtres saint-sulpiciens et obtiennent aujourd'hui celle des quadras bronzés postmodernes des ONG, mais les travailleurs plus ou moins pauvres qui sont exploités (qui travaillent ou qui cherchent du travail) qui ont conscience qu’il est possible avec le progrès technique et scientifique de pouvoir sortir de la pauvreté.

C’est donc la classe de la conscience.

L’identification du prolétariat à la classe ouvrière provient de ce que c’est la naissance de cette classe précise et fortement identifiée qui permet au prolétariat de se reconnaître et d’agir concrètement dans l’espace de la ville et de l’usine : ce qui caractérise l’ouvrier, c’est son intelligence dialectique et son adaptabilité, car il a été éduqué par le capital, et aussi par la conscience de l’exploitation. Intelligence, conscience et exploitation sont liés, car la conscience surgit de la confrontation avec la résistance de l’altérité matérielle. L’intelligence réelle n’a que peu de chose à voir avec la maitrise des discours comme on le croit aujourd’hui partout, à commencer par l’école.

La formule terminale du Manifeste, « L’ouvrier n’a rien d’autre à perdre que ses chaines » doit être comprise ainsi : il ne va que gagner à la révolution ; il est dépositaire de la véritable force de production. Cela ne signifie pas qu’il ne possède rien. L’ouvrier en question n’est pas un pauper. Il ne faut pas entendre la formule littéralement, car il commence justement à avoir des choses à perdre, et pas simplement sa vie.

Dans le Capital, Marx développe la dialectique de la paupérisation et de la réglementation du travail, et les premiers succès de la lutte pour la journée de travail qui en proviennent.

La controverse sur le niveau de vie lancée par Hayek en 1944, qui consistait à tenter d’invalider le Capital en voulant prouver que celui des ouvriers ne cessait de monter pendant la période classique de la révolution industrielle (1780 à 1850) manque son but dès le principe… (voir Hayek et Hobsbawm) car peu importe la quantité de thé importée pour la consommation populaire anglaise, le travail sera finalement payé à sa valeur, c'est-à-dire avec les valeurs d’usages nécessaires à sa reproduction générale. Et sa valeur pouvait comporter une grande et croissante quantité de thé. Aujourd’hui elle comporte une automobile, son carburant, un pavillon, un excessif crédit téléphonique pour toute la famille. Et l’exploitation est toujours là.

La paupérisation des ouvriers au moment des crises est un accident de parcours qui brise la lente progression du « niveau de vie » (expression d’économiste paternaliste sujette à caution ; disons, du thé, des maisons et des portables qui participent à la valeur de la force de travail), et c’est cet accident même qui est un des éléments de la situation révolutionnaire ; mais quand la crise devient permanente, le maintien en position stagnante de la consommation ouvrière depuis quarante ans par le chômage et la déflation (au prix ultime de la croissance) a précisément pour but d’écarter la situation révolutionnaire.

Il est probable que la bourgeoisie a auto-limité sa propre richesse en se convertissant à la déflation ; d’où sa rage de prédation (privatisation des services publics, destruction du droit du travail) et l’émergence d’une superclasse financière et culturelle, parasitaire et impérialiste qui est riche de contradictions nouvelles.

Il y a longtemps que l’on sait que le capitalisme n’est pas nécessaire pour gérer le capital et produire la plus-value sociale indispensable. Le travailleur exploité est à l’origine de tout. Mais s’il est dépositaire de la vraie force de production, il l’utilise de manière aliénée : pour produire des biens qui serviront à la guerre, à la destruction du milieu, ou à la consommation de la bourgeoise ; cette contradiction est originaire dans le prolétariat. C’est vrai maintenant, mais ce fut toujours le cas, et particulièrement vrai pour les ouvriers révolutionnaires de Londres, de Paris et de Lyon au moment de l’épiphanie du socialisme de la première moitié du XIXème siècle. Ils travaillaient à produire des biens spécifiques pour la consommation bourgeoise, et en cas de victoire après avoir éliminé de la scène économique les consommateurs privilégiés ils auraient eu l'obligation d'inventer d'autres produits. Les ouvriers révolutionnaires de ce temps là souvent étaient des artisans qualifiés, carrossiers, doreurs, ébénistes, typographes … et pas des plus jeunes. Dès la répression sanglante à Paris en juin 1848, la bourgeoisie instrumentalise les jeunes, y compris les jeunes ouvriers, contre les prolétaires conscients.

La base de fer du PCF de 1920 à 1975 environ était formée des ouvriers qualifiés de Belleville et des autres quartiers ouvriers en France, et ils étaient organisés à partir du local de section, avec pignon sur rue, ils travaillaient dans des ateliers éclatés, des arrière-boutiques, des usines de 50 personnes …

La grande unité de production, surtout lorsqu’elle devint l’objet de l’ingénierie sociale tayloriste et fordiste, n’était pas du tout spontanément le milieu de l’auto-organisation ouvrière; le syndicat de lutte des classes y pénétra après de longues années d’effort, par la force de la conscience et du sacrifice. Mais la Fiat à Turin, en 1919 ou Renault à Boulogne-Billancourt en 1968 s’avérèrent finalement des forteresses ouvrières.

L’ouvrier actuel est plus instruit que son prédécesseur du XIXème siècle, mais bien plus éloigné de la transformation de la matière et donc plus influençable par la culture scolaire et médiatique, les idées dominantes qui sont les idées de la classe dominante. Et l’évolution technologique de l’économie a rendu sans doute impossible le rêve de l’autogestion, du gouvernement à partir de l’usine. La classe ouvrière reste une composante du prolétariat, mais dispersée et délocalisée elle n'est plus sa partie hégémonique. L'aménagement du territoire en France est la mise en œuvre de ce plan séculaire de dispersion du prolétariat par la destruction du faubourg révolutionnaire et de ses avatars.

Il est avéré aussi que la culture ouvrière spontanée, au delà d’un certain point de cristallisation se retourne contre la conscience prolétarienne. La culture ouvrière est particulièrement forte en Grande Bretagne et en Allemagne, la culture populaire est forte et créative aux États-Unis précisément dans ces pays où la conscience prolétarienne s’est implantée faiblement, a toujours été minoritaire, ou a été éradiquée. Marx pensait que l’action revendicatrice ouvrière devait engager l’ouvrier dans la voie de la révolution, forcément dans une échelle de temps limitée (une génération), et non engranger des conquêtes sociales qui lui paraissaient contredire les lois de paupérisation immanentes au capitalisme.

Mais ce n’est pas son savoir-faire, son langage et sa culture proprement ouvriers qui sont à la base de son potentiel révolutionnaire. Les prolétaires sont caractérisés par la psychologie de la perte de l’illusion, ils sont l’anti « homo economicus », l'homme fictionnel a-historique présupposé par les économistes et qui est censé être mu par un intérêt rationnel bien compris; car ce type de calcul leur paraît immédiatement un marché de dupes. Dans la destruction créatrice de la marche en avant capitaliste, ils se trouvent toujours du coté des ruines. Ils se retrouvent alors dotés sans l’avoir cherchée de la vraie conscience dans une société de classe. Par contre, la fausse conscience n’est rien d’autre que la psychologie individualiste et vaine de l’idéalisme qui valide et qui couvre la distinction entre travailleurs intellectuels et manuels. Elle est intériorisée en bas âge avec l'apprentissage du rôle de consommateur passif, structurellement incapable de comprendre le caractère social de la richesse et de sa production.

Aujourd’hui la contradiction entre mode de production et forces productives s’accuse ( on en voit un reflet dans la sourde lutte entre les monopoles du net et des logiciels libres qui devrait mettre en crise le principe même de propriété intellectuelle, essentiel à la bourgeoisie) mais la conscience prolétarienne semble effacée (y compris dans l'ex Tiers Monde, sous une dérivation développementiste et nationaliste, en Chine par exemple).

La tâche principale serait dans ces conditions et si cette esquisse d’analyse est juste, de travailler au retour de la conscience, qui n’est pas à confondre avec la fierté ouvrière, mais plutôt à trouver du coté du sentiment de la puissance illimitée du travail sous sa forme socialisée. Toute forme de négation ou de marginalisation de celui-ci serait donc malgré les bonnes intentions de ses partisans, tout à fait ruineuse pour la classe prolétarienne. Si les travailleurs n’ont même plus leur travail, que leur reste-t-il ?

Un dernier point : une des bases théoriques du refus de l’écologisme est l’anti-malthusianisme de Marx : c’est la croissance même du capitalisme, débridée et déchainée qui doit produire à long terme (deux, ou trois générations) le passage au socialisme, et non les efforts pour en limiter et mesurer l’effet. Cela ne signifie pas que les limites physiques de la croissance n’existent pas ; mais pour pouvoir gérer ces limites il faut accéder au socialisme. Le capitalisme meurt sans la croissance ; le socialisme comme organisation de l’économie par les prolétaires peut choisir la croissance, ou la refuser. Il peut orienter la technologie. Il peut modifier, par la conscience, toute la production. En fait, la conscience collective des travailleurs peut tout ce qui est possible, et peut être plus. Mais elle n'apparait à elle même et au monde que dans la conscience de soi incarnée par le parti communiste au pouvoir.

Par contre la bourgeoisie n'a pas de conscience, ou plutôt elle n'a que la conscience réactive et horrifiée de sa fin, qu'elle interprète comme la fin de l'humanité elle même : la conscience de la bourgeoisie est l'anticommunisme, et l'anticommunisme actif et déterminé n'est autre que la réaction fasciste.

GQ, 8 novembre 2015

 

 

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 07:09
; Les retraités Français faut les saigner ….ils sont le plus riches d Europe !....
 
Gerard MOUGENOT
France
 

9 juil. 2017 — La feuille de route de Mr Macron ,c est le rapport de la cour des comptes sur la sécurité sociale de 2012…qui préconisait la hausse de la CSG de 0.9% ! Hollande n a pas oser ,lui a fait mieux 1.7 % Le niveau de vie moyen des retraités serait, selon l’INSEE, ainsi devenu depuis quelques années légèrement supérieur à celui des actifs et supérieur de 15 % à celui de l’ensemble des nonretraités. Prochaine étape Comme déjà préconisé par la Cour des comptes, supprimer progressivement les dépenses fiscales et niches sociales suivantes : - l’abattement de 10 % sur les pensions de retraites, en matière d’impôt sur le revenu (gain d’une suppression : 2,7 Md€) ; les retraités Français faut les saigner ….ils sont le plus riches d Europe d apres Source : OCDE !....http://www.capital.fr/votre-retraite/systeme-de-retraite-nos-seniors-sont-parmi-les-mieux-lotis-en-europe-1135512

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9 juillet 2017 7 09 /07 /juillet /2017 15:16
Rétablissement du jour de carence dans la fonction publique : Une mesure purement idéologique

 

Rétablissement du jour de carence dans la fonction publique : Une mesure purement idéologique

 

Rétablissement du jour de carence dans la fonction publique: Une mesure purement idéologique 

En marge des états généraux des comptes de la Nation, le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, a annoncé le rétablissement du jour de carence dans la fonction publique.

Après le gel du point d’indice pour les agents de la fonction publique et la volonté de supprimer 120 00 postes en 5 ans, cette décision est une nouvelle fois guidée par un seul objectif : s'attaquer aux fonctionnaires et, à travers eux, aux missions de service public pour l'égalité. 

Quand le gouvernement justifie cette décision par un retour à l’égalité entre les salarié-e-s du privé et du public, il ment.  En réalité la grande majorité des salarié-e-s du secteur privé n’est pas assujettie au jour de carence en vertu de différentes  prise  en charge  par  les  employeurs.

Inefficace pour lutter contre l’absentéisme, cette mesure est purement idéologique. 

Plutôt que de stigmatiser chaque salarié en arrêt maladie, insinuant qu’il s’agit d’un fraudeur, Gérald Darmanin devrait s’interroger sur les raisons de la souffrance au travail.

Si le gouvernement souhaite réduire les arrêts maladie, il faut s’attaquer frontalement aux causes qui les génèrent. À savoir la dégradation généralisée des conditions de travail et la souffrance occasionnée par les politiques d’austérité.

L’argent existe pour financer une toute autre politique. Chaque année, 80 milliards s’évaporent dans les paradis fiscaux, utilisons cet argent pour renforcer le rôle préventif de la médecine du travail et développer des mesures destinées à améliorer les conditions de travail des fonctionnaires.

Le gouvernement doit entendre les revendications des fonctionnaires qui sont porteuses d'intérêt général.

Pour le Parti communiste français, il ne doit y avoir aucun jour de carence. Ni dans le privé, ni dans le public. 

Nous appelons à participer massivement à la journée de mobilisation prévue le 12 septembre.
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