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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 13:42

                                                                        SNCM NAVIRE

 

 

 

                   Sauvons la S.N.C.M. Communiqué de Gaby Charroux

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La SNCM vient d’être mise en redressement judiciaire par le tribunal de Commerce de Marseille.

C’est une décision lourde de conséquences pour le service public, pour l’emploi, pour le port de Marseille et la Corse.

Cette situation n’est pas le résultat d’une quelconque mauvaise gestion ou d’attitudes irresponsables des salariés et de leurs représentants.

C’est le fruit du gâchis de la privatisation décidée par le gouvernement U.M.P. de 2006 qui a vu des financiers s’engraisser sur le dos de la bête comme le démontre le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur la privatisation de la SNCM à laquelle j’ai participé.

C’est le fruit de la soumission de la France à la politique de la concurrence libre et non faussée qui permet à une compagnie low-cost qui ne respecte ni le droit social, ni la sécurité, ni l’environnement, d’attaquer devant l’Union Européenne des aides publiques destinées à assurer le service public de continuité territoriale.

C’est le fruit, enfin, des renoncements successifs du gouvernement sur le renouvellement de la flotte promis par François Hollande, sur le respect, en fait du plan industriel validé par les syndicats qui préservait l’avenir de la compagnie, du non respect de l’engagement à imposer le droit social du pavillon français de premier registre pour les activités de cabotage. Ce décret, écrit par le gouvernement qui aurait dû être publié depuis des mois est resté au fond d’un tiroir.

Alors, j’entends le gouvernement, VEOLIA qui enregistre des profits records, dire que de toute façon la SNCM est déficitaire chaque année depuis dix ans. Mais bien sur, quand on permet une concurrence déséquilibrée au mépris des salariés et des usagers on ne peut connaître d’autres résultats.

Aujourd’hui tout doit être fait pour sauver ce fleuron de notre façade méditerranéenne. Pas en allant sur les chemins de la liquidation, pas en allant sur les chemins d’un remède qui serait pire que le mal en remettant les clés de la compagnie à un repreneur qui viendrait, une fois de plus, réduire la voilure et s’engraisser.

Je rencontrerais Monsieur le Ministre des Transports et de la Mer ce jeudi 4 décembre 2014. Je lui réaffirmerai tout mon soutien à la compagnie et à ses salariés, l’énorme responsabilité que porte le gouvernement car quoiqu’on veuille bien en dire, l’État est l’actionnaire majoritaire de la SNCM. Par sa participation directe au capital à hauteur de 25 % et par la participation de la Caisse des Dépôts et Consignations au capital de TRANSDEV qui est, elle-même, partie prenante pour 66 % du capital de la SNCM.

Tout doit être mis en œuvre à la fois pour protéger la DSP de continuité territoriale, pour montrer à l’Europe que la France ne se laisse pas marcher sur les pieds et pour assurer la période transitoire du redressement et l’avenir de la compagnie. Je dis bien tout même s’il faut en passer par une nationalisation, éventuellement provisoire, pour reprendre la main et sauver les 4 000 emplois générés par la SNCM. Les députés du Front de gauche sont favorables à la nationalisation des transports et de l’énergie car on voit ce que cela donne quand on les remet dans les mains du privé.

A l’heure où Madame la Ministre de la Décentralisation essaie de justifier, bien maladroitement, une métropole marseillaise centralisatrice par le rayonnement de Marseille en Méditerranée, la situation dans laquelle le gouvernement à mis la SNCM enlève toute crédibilité à ses propos

Martigues, le 29 Novembre 2014

Gaby Charroux
Député des Bouches du Rhône
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 12:12

 

                                                                          MARE NOSTRUM-copie-1

 

 

Le Monde arabe:
Douleurs de l’enfantement ou nouveau revers ?

Discours pronocé à l'occasion du 90ème anniversaire du Parti Communiste Libanais
 30 Novembre, 2014

nassif-debsLe titre du débat comporte une problématique qui suscite, depuis quatre ans, des discussions et des combats idéologiques interminables, tant au sein des partis politiques arabes que parmi les intellectuels, de gauche notamment. Certains pensent que les événements survenus durant ces dernières années constituent des soulèvements et aussi des révolutions dont les points de départ (et les causes) ne sont autres que les régimes réactionnaires, inféodés au capitalisme mondial, et les dictatures instaurées dans les années cinquante du XXème siècle et qui ont suivi des politiques répressives, tantôt au nom du nationalisme arabe, tantôt au nom de la cause palestinienne. Par contre, d’autres analystes prêchent que les soulèvements n’ont rien de révolutionnaire, et qu’ils ont été commandités par « le diable » impérialiste qui tente, à la suite de l’explosion de sa crise structurelle, de mettre en exécution son nouveau plan pour la région arabe et moyen orientale et, en même temps, de couper l’herbe sous les pieds de ceux qui pensaient profiter de la situation de crise afin de procéder à des changements notoires.
Cette problématique fut aussi posée par le Parti Communiste libanais. Mais, elle acquiert plus d’importance aujourd’hui dans le cadre de la préparation des documents du XXIème congrès du Parti ; et, cela, pour deux raisons essentielles.

La première est que les vingt-quatre dernières années, qui ont suivi la chute des régimes socialistes, en Union Soviétique et dans les autres pays socialistes européens, furent marquées par une crise généralisée au sein de tous les partis communistes (et, même, de gauche). Cette crise s’est concrétisée, dans notre région surtout, par un repli sur soi du Mouvement de Libération Nationale Arabe ainsi que du projet que ce mouvement avait formulé concernant la lutte pour une libération nationale, politique et économique, et contre l’assujettissement à l’impérialisme que les régimes réactionnaires et bourgeois – l’oligarchie financière notamment – avaient mis au point depuis la fin de la première moitié du XXème siècle.. A cela s’est ajouté un désistement complet de la responsabilité de la lutte contre le sionisme et pour la cause palestinienne au moment où le projet dit du « moyen Orient » - sous toutes ses formes – était mis en avant et, avec lui, une distribution de rôles nouveaux, non seulement pour Israël, mais également pour certaines puissances régionales, la Turquie en premier lieu.

La seconde raison réside, quant à elle, dans ce que nous appelons, nous Communistes libanais, le lien entre les facteurs internes et externes environnants. En effet, et à la lumières de l’expérience vécue dans les années soixante-dix du siècle dernier, le changement démocratique au Liban est presque impossible si nous ne prenons pas en considération la situation environnante qui peut soit l’aider à se raffermir ou l’en empêcher (l’intervention syrienne et arabe, en général, en 1976-1977).

A partir de cette vision globale, nous allons nous arrêter sur les événements des quatre dernières années, à commencer par le 22 octobre 2010, c’est-à-dire deux mois avant le mouvement révolutionnaire en Tunisie, qui mit fin à la dictature de Ben Ali..

Ce jour-là, eut lieu, sous l’instigation du PCL, la première rencontre d’une vingtaine de partis appartenant à la gauche arabe. Le thème de cette rencontre était la nécessité de se regrouper dans un « Forum de la gauche arabe » dans le but de mettre au point une réponse commune à trois impératifs : Comment organiser la lutte contre les politiques d’agression et d’occupation impérialiste - israélienne. Comment renforcer l’action de la gauche dans les rangs de la classe ouvrière, des paysans et des masses populaires. Afin de mettre en marche le programme du développement et du changement social Comment œuvrer pour l’établissement des libertés, de la démocratie et de l’égalité.

Le résultat de cette première rencontre fut la mise au point d’un programme politique et socio-économique pour le changement dans les pays arabes, avec un grand titre, celui de l’instauration d’Etats patriotiques et démocratiques dans le but du socialisme et afin d’en finir avec les régimes dépendants, inféodés à l’impérialisme. Il fut convenu, durant cette réunion, d’élargir le cercle à tous les partis de la gauche arabe, les appelant à coordonner leurs efforts et leurs luttes et de s’ouvrir aux autres forces démocratiques afin de mettre au point un programme de coopération qui répondrait aux aspirations des peuples arabes dans la libération nationale et l’unité face à l’ennemi impérialiste – sioniste.

Il est vrai que le premier « Forum de la gauche arabe » n’avait pas prévu tout ce qui allait se passer quelques mois plus tard ; cependant, il faut convenir que nous avions vu clair dans le fait que la crise dans les pays arabes, née des politiques néolibérales suivies par les régimes à la solde du capitalisme dans notre région, ne pouvait être résolue en dehors du changement de ces régimes, c’est-à-dire sans des révolutions sociales qui poursuivraient, en même temps, deux grands objectifs, patriotique et de classe. Voilà pourquoi nous ne fûmes pas très surpris par les révolutions qui ont eu lieu successivement en Tunisie et en Egypte, parce que ces deux grands changements étaient l’aboutissement logique des décennies de répression, de sous-développement et d’inféodation à l’impérialisme dans la majorité des pays arabes… Sans oublier que ces changements radicaux étaient aussi l’aboutissement des milliers de mouvements sociaux de tous genres (grèves, manifestations, insubordination civile) que les peuples de ces deux pays avaient organisés durant les vingt dernières années.

Sur cette base, le deuxième « Forum de la gauche arabe », réuni exceptionnellement en février 2011, avait pour but de penser à la sauvegarde des révolutions survenues en Tunisie et en Egypte, tenant compte (en plus de notre expérience libanaise en 1976-1977) du fait que les forces de la contre-révolution ne tarderaient pas à agir avec le soutien des puissances impérialistes et des régimes réactionnaires arabes afin de récupérer, d’une part, les positions perdues et de recourir à des actions préventives dans d’autres pays arabes, d’autre part. De plus, durant cette réunion, nous avons insisté sur la nécessité de mettre au point une stratégie pouvant faire face à de possibles recours à l’arme religieuse ou confessionnelle ou ethnique, ou aux trois en même temps qui avaient déjà bouleversé le climat politique arabe, tant au Liban qu’au Soudan ou en Egypte et dont nous voyons, aujourd’hui, les méfaits en Syrie, en Irak et au Liban sous la forme de groupuscules terroristes (Etat Islamique en Irak et en Syrie – DAESH… et autres).

Et, là, il nous faut nous arrêter quelque peu sur deux projets très dangereux et très liés qui ont fait surface dernièrement.

Le premier est celui des forces terroristes nouvelles mais qui nous rappellent de très près l’organisation d’AL Qaeda, vu qu’elles se mettent sous la bannière de la religion.
Le second est le nouveau projet étasunien qui se base sur une nouvelle coalition mélangeant l’Union européenne, l’OTAN et les régimes réactionnaires arabes (l’Arabie saoudite notamment) et moyen orientaux qui sont connus pour avoir, pendant de longues années, nourri le terrorisme et les divisions confessionnelles et ethniques sous toutes leurs formes.

En effet, le projet initial étasunien occupe à nouveau l’avant-scène de la région, après les coups durs qu’il avait encaissés en Irak et en Afghanistan. Il tire profit des conflits nouveaux, sunnites-chiites (Irak, Liban) ou sunnites-alaouites (Syrie), ou encore entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ou entre les sunnites eux-mêmes (Egypte, Libye, Afghanistan), afin de récupérer une partie du terrain perdu ; mais le plus dangereux réside dans le fait que certaines forces politiques anti impérialistes misent aujourd’hui sur l’intervention armée de la nouvelle coalition, pensant réellement que cette coalition tente réellement d’éradiquer le terrorisme, tandis que nous savons que c’est l’impérialisme qui avait nourri les groupes terroristes, leur procurant – à travers le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie et, même, Israël – toute l’aide militaire et financière dont ils avaient besoin. D’ailleurs, il ne faut pas oublier que c’est la Turquie qui fut la plaque tournante du terrorisme depuis le début de la crise syrienne et que ce pays, gouverné par les « Frères musulmans », a beaucoup aidé la contre-révolution en Egypte et en Tunisie et qu’il tente de changer la carte de la Syrie et d’autres pays de la région arabe.

Pendant tout ce temps, Israël profite des guerres religieuses arabes et régionales afin de faire avancer son projet dit « Etat des Juifs dans le monde ». Projet qui vise à liquider la cause palestinienne, mais aussi à donner un nouveau souffle au projet initial du sionisme, à savoir la création d’un Etat allant du Nil à l’Euphrate (Le Grand Israël) et dont les nouveaux instigateurs profitent du besoin qu’a le capitalisme en crise des services israéliens afin de continuer à régner sur les richesses de la région.

Et, là, je voudrais attirer l’attention sur la propagande qui se fait autour du désintéressement récent des Etats-Unis quant au pétrole et au gaz arabes, remplacés par le gaz de schiste et autres sources d’énergie… Cette propagande tente de faire oublier aux peuples de la région arabe les visées stratégiques de l’impérialisme étasunien, qui ne consistent pas seulement à accaparer les sources d’énergie de la région afin de pourvoir aux besoins des Etats-Unis, mais aussi afin de consolider son leadership branlant du fait des coups durs reçus en Amérique latine et, même, en Europe (sans oublier le rôle futur de la Chine). Parce que la domination de la région arabe, tant en Orient qu’au nord de l’Afrique, aide à imposer la volonté de Washington vis-à-vis de la Chine et de l’Europe occidentale, toutes deux ayant besoin du pétrole arabe et moyen oriental. De plus, il ne faut pas oublier que le Maghreb arabe a un rôle essentiel dans le projet de mainmise impérialiste étasunien sur l’Afrique très importante dans les guerres futures que Washington prépare (aidé par Tel Aviv) sous les deux slogans des guerres de l’eau et de la nourriture.

C’est pourquoi nous pensons que le programme de lutte défini par le quatrième « Forum de la gauche arabe », tenu à l’orée de la seconde Révolution égyptienne (30 juin 2013), qui fit tomber le gouvernement des « Frères musulmans », peut constituer un projet de lutte pour cette étapes transitoire qui doit prendre en considération l’union entre la lutte pour la libération sociale (contre les forces, notamment les forces politiques islamistes, opposées aux mouvements révolutionnaires) et la lutte de libération de l’impérialisme. En effet, et à partir de cette union entre les impératifs de la libération nationales et ceux du changement social, à partir de l’opposition aux projets politiques, socio-économiques et idéologiques de l’impérialisme (dans le but de mettre fin à la dépendance, et à l’inféodation aux puissances impérialistes, et de suivre une politique de développement et de progrès), nous pouvons dire que l’étape actuelle conduit vers une autre plus importante, celle de « la révolution nationale démocratique » qui vise à mettre fin au régime de l’oligarchie financière et à instaurer à sa place un Etat patriotique démocratique résistant à l’occupation de notre sol et de nos richesses mais aussi – et c’est, là, le plus important – aux projets de domination impérialiste. Etape que les masses populaires arabes ont définie dans les mots d’ordre qu’elles ont brandis et que nous pouvons résumer comme suit : Liberté – démocratie – Dignité humaine – Progrès social.

Ce programme de lutte ne peut se faire sans un outil important : un Front de Résistance Patriotique arabe dont la tâche première est de combattre les projets impérialistes et terroristes, complémentaires, afin de faire naître l’ère du changement.

UNESCO - Beyrouth, lundi 26 octobre 2014

D. Marie NASSIF-DEBS

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 14:41

                                                                   cerveau animé

 

 

 

source:Recherches internationales
La diplomatie française ou le Molletisme en action.
Michel ROGALSKI

Il est vrai qu’une diplomatie ne peut s’inverser en quelques semaines tant il y va de la continuité de l’État et des engagements souscrits. Mais à mi-parcours d’un mandat présidentiel, la marque nouvelle a pu et dû s’imprimer et le sillon se tracer, être compris et pris en compte par la communauté internationale attentive aux nouveaux signaux d’un pays qui reste encore l’une des principales puissances de la planète et dont la diplomatie a rarement été isolée. Un pays dont les atouts, façonnés par l’histoire, ne sont pas mince. Ancien empire colonial sur lequel le soleil ne se couchait jamais, partie prenante du côté des vainqueurs de deux conflits mondiaux, détenteur de l’arme nucléaire et donc assurée de la pérennité de son siège permanent au Conseil de sécurité, dotée d’une langue largement partagée dans le monde, et enfin grande puissance maritime par l’étendue de ses côtes, la France est un pays qui compte encore sur la scène mondiale même si elle ne fait plus jeu égal avec l’Allemagne en Europe, continent lui même en déclin relatif.

La diplomatie française a une histoire dont les sinuosités ont ciselé autant de phases et de repères marquants. Elle doit faire face à un ensemble de grands dossiers qui structurent le monde et dans lesquels elle est impliquée et qui constituent autant d’occasions d’imprimer sa marque. Il est d’usage de l’évaluer à l’aune de ces grands traits en prenant la mesure des inflexions réalisées.

Pour nous en tenir au cadre de la V° République, la présidence actuelle fait suite à celles de De Gaulle, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Les trois premières ont connu la guerre froide, pas les trois dernières. À l’inverse, seules les trois dernières ont connu les contraintes de la mondialisation et de sa forme accusée, l’intégration européenne. De Gaulle sortit la France de son Empire colonial pour l’insérer dans l’Europe et esquissa une prise de distance d’avec l’atlantisme marqué par une soumission aux états-Unis. La parole fut audacieuse – discours de Phnom Penh et du Québec – et les décisions fermes – fermeture des bases de l’Otan et sortie de son dispositif militaire intégré. Malgré sa volonté Giscard ne put revenir sur l’essentiel de ces orientations sauf à rompre avec les gaullistes, ce que le rapport de forces ne lui permit pas. Il est d’usage de considérer qu’en matière de politique étrangère la continuité fut forte entre Mitterrand et Chirac au point qu’on put parler d’une diplomatie gaullo-mitterrandienne, souvent ramenée, cohabitation oblige, au consensuel Hubert Védrine. Toute autre fut la phase incarnée par Sarkozy qui, au delà de son agitation centrée sur l’événement, marqua un retour vers un atlantisme décomplexé et un goût prononcé pour les expéditions guerrières inspiré par un droit-de-l’hommisme douteux et générateur de chaos. En fait, son atlantisme consistait à faire retour dans le giron du monde occidental, alors même que la guerre froide était terminée.

C’est dans un tel contexte que François Hollande, avec ses prérogatives de chef d’État, prend en charge la diplomatie française. Allait-il renouer avec le consensus gaullo-mitterrandien du rapport aux États-Unis– alliés, mais pas soumis –, continuer le nouveau sillon tracé par le prédécesseur ou imprimer sa marque esquissée par les points programmatiques de sa campagne et attendue par ses électeurs ? Aucune inflexion marquante ne fut prise. Par défaut le pire fut donc choisi ! Oubliées les quelques vagues promesses de campagne ou de postures adoptées lorsqu’il était dans l’opposition. Car sur l’essentiel l’inflexion sarkozyste fut préservée et délibérément assumée au point même d’aller demander non sans malice à Hubert Védrine de rédiger un Rapport expliquant que tous comptes faits il y avait plus d’avantages à continuer à rester dans le commandement militaire de l’Otan, inflexion adoptée par Nicolas Sarkozy, qu’à revenir à la posture traditionnelle de la France. Exit donc la position développée par François Hollande, alors parlementaire de l’opposition, et qui déclarait à l’Assemblée nationale lors d’une motion de censure débattue en 2008 : « Ce retour vers l’Otan n’est pas simplement contraire aux intérêts de la France et même de l’Europe, il est aussi contradictoire avec la stabilité du monde. Car la décision du Président de la République intervient au moment où l’Otan change d’identité. » Au lieu de tout cela, il faut évidemment sortir de l’Otan qui depuis la fin de la guerre froide n’a plus de raisons d’être sinon de permettre aux états-Unis d’exercer leur emprise sur ses membres et les pousser en situation de servitude volontaire. Il convient également d’exiger la dissolution de l’Otan devenue anachronique et d’en tirer toutes les conséquences en matière de désarmement et de lutte contre la prolifération nucléaire.

Sur l’Europe, le cap fut par ailleurs très vite tranché. Les velléités, un temps envisagé, de renégocier le Traité « Merkozy » se transformèrent en codicille sur la croissance mais sans portée obligatoire. Ligotée, la France ne put donc prendre la tête d’une coalition anti-austéritaire et dut au contraire très vite sous diktat de Bruxelles s’appliquer les pires mesures régressives. L’ambition de campagne proclamée de peser sur les modalités de la construction européenne s’est évanouie et la France se retrouve sans voix originale pour peser en Europe, alors que sa nécessité est d’une urgence criante. Au moment du scandale LuxLeaks qui révèle les faveurs fiscales accordées depuis des années par le Luxemburg à des centaines de firmes multinationales leur permettant de spolier leur État d’origine, Pierre Moscovici vole au secours de Jean-Claude Juncker responsable de la dérive fiscalo-maffieuse de son pays dont le coût est évalué à 1000 milliards d’euros par an. Michel Sapin aurait là beau jeu de faire valoir les rentrées fiscales perdues par la France à cause du paradis fiscal luxembourgeois. Et en alléguant combien ces pertes fiscales ont contribué à la montée de l’endettement aujourd’hui reproché, la France pourrait solidariser avec elle bon bon nombre de pays européens également touchés et soumis à des politiques régressives et des hausses d’impôts.

Mais pour prendre une telle posture, encore aurait-il fallu donner corps aux propos de campagne laissant croire que « mon adversaire c’est la finance ». Pourtant les occasions furent nombreuses de le réaffirmer. Passons sur les visites à Londres du Président Hollande puis de son Premier ministre pour rassurer les financiers de la City, puis les patrons. La vraie lutte contre la finance commençait en France même pour réguler le secteur bancaire. Les engagements de campagnes avaient été prometteurs. Une nouvelle loi devait séparer les activités bancaires de dépôt de la clientèle des activités de marchés où la banque engageait de façon risquée ses propres capitaux. Mais dans ce domaine la timidité a été de mise. Seuls à peine 1 ou 2 % des activités des grands groupes français sur les marchés de capitaux se trouveront concernés par la « loi de séparation et de régulation bancaire » adoptée en juillet 2013. C’est une séparation qui ne coupe pas dans le vif et laisse à la finance tout loisir de continuer, avec l’argent du public, ses pratiques. Dans la même lignée, la France agit dans le cadre européen pour limiter le champ d’action de la « taxe Tobin » sur les transactions financières.

L’attitude du gouvernement français à propos de l’amende infligée par les autorités américaines au groupe BNP-Paribas a été révélatrice. Surtout ne pas parler du fond – du rôle du dollar et de la souveraineté nationale – ou de la leçon – le politique peut contraindre la finance - mais marchander et plaider l’indulgence ou le risque systémique afin d’atténuer la peine pour la rendre « raisonnable », tel fut le propos confus de nos dirigeants partagé en cela par les principaux commentateurs et faiseurs d’opinion. Seul positionnement possible pour tous ceux rassemblés à l’unisson autour du respect de la finance et de l’allégeance aux États-Unis. La banque a payé – 9 milliards de dollars – et a dû s’acquitter de très lourdes peines annexes. En silence ! La profession qui ne manque pas de relais a fait profil bas. Car ce que tous ont voulu cacher c’est que la donne avait changé aux États-Unis depuis la crise de 2008. Les sanctions pleuvent en cascade sur les banques et institutions financières. L’administration est sans pitié et les pénalités se négocient. Les établissements financiers ayant joué un rôle central dans l’affaire des subprimes ont déjà dû débourser plus de 100 milliards de dollars de pénalités ou de dédommagements à leurs victimes. C’est le politique qui est aux commandes et aucune position établie aussi respectable soit-elle, financière ou industrielle, ne semble pouvoir résister à un État qui ne badine pas et qui entend que les règles édictées soient respectées. C’est bien ce message que nos dirigeants politiques, Medef et commentateurs associés ont surtout cherché à ne pas entendre. Car cela pourrait donner des idées. Imposer de quelques milliards nos établissements financiers pour quelques infractions vraisemblables et les faire ainsi abonder au budget de l’État qu’ils ont contribué à déstabiliser eut été une leçon raisonnable de ce qui se passe outre-Atlantique que l’on tient pour notre Mecque.

L’affaire de la NSA révélée par le courageux Edward Snowden a montré au monde entier que les états-Unis s’étaient lancés dans un vaste programme d’interception des communications téléphoniques et informatiques à l’échelle du monde sans aucun discernement entre pays amis ou ennemis. Toutes ces révélations dévoilent l’ampleur du processus coopératif qui a accompagné la mise en œuvre de ce vaste réseau de surveillance. Certes, il profitait essentiellement aux états-Unis, mais grâce à la complicité des dirigeants des pays qui se présentent aujourd’hui comme des victimes. L’attitude de la France ne fut pas glorieuse. Avec l’Italie, l’Espagne et le Portugal, elle interdit, sur injonction américaine, le survol de son territoire de l’avion du Président bolivien Moralès suspecté de transporter Edward Snowden. Bloqué en Autriche l’avion fut fouillé. France en tête, les gouvernements européens ne peuvent pas prétendre avoir été bernés, car tous leurs abandons ont été consentis. Dos au mur, il leur faut faire oublier qu’ils ont accepté que des millions de données personnelles concernant leurs citoyens aient été livrés aux états-Unis, en échange d’une réciprocité dérisoire. Circonstances aggravantes pour la France, quant on sait que cet espionnage se faisait en large partie à travers le contrôle de câbles sous-marins par lesquels transitaient toutes ces opération et que le fleuron industriel français qui les construisait – Alcatel – a été fusionné avec … la société américaine Lucent.

Dans ses rapports avec le monde en développement, à l’exception de la séquence sarkozyste, la France a toujours eu la volonté de sortir de son statut de pays occidental et d’adopter une attitude spécifique et indépendante et de miser sur une politique de coopération et de co-développement. Elle pouvait s’appuyer pour ce faire sur sa langue partagée, des amitiés solides dans son ex-empire et des positions remarquées et courageuses vis-à-vis des engagements américains aussi bien au Vietnam qu’en Irak. Ce capital diplomatique, dilapidé notamment par l’opération libyenne de Sarkozy, n’a pas été regagné par la diplomatie actuelle.

Qu’on en juge ! Trois premières années de mandat présidentiel, trois guerres : Mali, Centrafrique, coalition anti-Daech en Irak. Quatre avec la Syrie, si les États-Unis et la Grande-Bretagne n’avaient pas été plus sages que nous. Trois guerres décidées dans l’urgence et la précipitation, sans plan d’action à long terme, sans objectifs politiques précis voire atteignables par le seul engagement militaire. Tout annonce bourbiers, enlisements voire revirements de nos alliés. Le sens de ces engagements – la lutte contre l’islam radical parfois habillé de l’étiquette « terrorisme » - est brouillé par des actes qui l’ont encouragé – l’intervention en Libye - ou par un jeu d’alliances incohérent avec des États comme le Qatar, l’Arabie saoudite, voire la Turquie reposant plus sur des intérêts circonstanciels où les armes, le pétrole, la finance pèsent plus qu’un partage d’objectifs communs. Sur l’Iran, la Syrie et le conflit israélo-palestinien, à côté de la France Barack Obama fait figure de modéré et nous apparaissons comme ses neocons. Bref, dans notre engagement atlantiste et occidental, nous ne suivons pas, nous précédons et nous mettons de l’huile sur le feu. Nous avons tout fait pour faire capoter il y a un an les négociations des 5+1 avec l’Iran en rajoutant conditions supplémentaires là où un compromis avait déjà été trouvé et permettait de mettre en place une séquence équilibrée – arrêt de l’enrichissement de l’uranium contre baisse du niveau de l’embargo – permettant la poursuite des négociations dans un climat plus détendu. Sur Israël notre pression est insignifiante quand elle n’est pas encouragement ou compréhension publiquement affichée comme lors du conflit avec Gaza l’été dernier. Même sur le principe de la reconnaissance internationale de l’État palestinien, notre volonté de la lier au niveau des progrès de la négociation entre les deux parties nous fait apparaître à la remorque des déclarations de Madame Frederica Mogherini, nouvelle responsable de la diplomatie européenne.

Depuis quinze ans l’Amérique latine bouge. Un tournant à gauche y prend corps. Que Sarkozy l’ait ignoré était dans l’ordre des choses, mais que la diplomatie d’Hollande y soit moins attentive que celle de Chirac doit alerter. Il faut y voir le poids de l’Internationale socialiste. En effet partout ces changements se sont effectués contre des régimes militaires ou des équipes liées à l’IS dont la politique dans la région avait toujours été inféodée à la politique du grand voisin du nord. Ces équipes se sont retrouvées souvent marginalisées dans ces processus populaires et ont pour le moins perdu en influence dans le continent. Tout a été tenté pour déconsidérer et affaiblir ces tournants à gauche. De l’utilisation de Lula – ratée – contre Chávez à la désignation de ces régimes comme « populistes ». Cette politique française vis-à-vis de l’Amérique latine est aujourd’hui incompréhensible et déroute les forces qui là-bas sont dans une autre attente.

En matière de diplomatie, Guy Mollet est bien de retour.

MICHEL ROGALSKI
Directeur de la revue Recherches internationales

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 14:18

                                                                     cerveau animé

 

 

 

                             Recevoir ou  protéger les bourreaux des peuples:

                         Une vieillle habitude de la social-démocratie française

                                          (U  Cursinu Rossu)

 

 

Hollande, le Medef et Sissi : Qui se ressemble s’assemble ? (Vidéo)

 vidéo réalisée par Chris Den Hond :

CAPJPO-EuroPalestine

 

 

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 14:06
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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 13:34

 

                                                                  cerveau animé

 

 

                           Cuba, une île solidaire
jeudi 27 novembre 2014
par  Maïté PINERO                                       HUMA.fr


 

 

LE SOUTIEN MÉDICAL EN AIDE AUX PAYS D’ARIQUE ...

« Cuba est une île pauvre (...), à plus de 7 000 kilomètres des pays africains où Ebola se répand.

Cependant, en envoyant des centaines de médecins et d’infirmiers en première ligne, Cuba occupe le premier rôle des États qui luttent contre la propagation du virus.  » Cet hommage est paru le 19 octobre, dans le New York Times, une semaine avant le vote de l’ONU qui, pour la 
23e fois, a condamné (par 188 voix) l’embargo contre Cuba, isolant les États-Unis et Israël qui, lui, bloque Gaza.

Des signes multiples indiquent pourtant que l’administration Obama étudie comment infléchir sa politique. Les raisons : Cuba crée une économie mixte qui attire les investisseurs étrangers. Et, comme le prouve la déclaration commune des États latino-américains qui ont fait savoir que le sommet des Amériques (avril 2015, au Panama) n’aurait pas lieu sans Cuba, il n’y a pas d’Amérique sans Cuba.

Battu aux élections au Congrès, qui peut seul défaire les lois sur l’embargo, Obama va-t-il décider les réformes (retrait de Cuba de la liste des États terroristes, voyages et envoi d’argent facilités, investissements autorisés, rétablissement des relations diplomatiques) qui videraient ce dernier de son contenu ?

La question est posée. Le fait manifeste, éclatant, demeure.

L’embargo a échoué car Cuba a résisté. Au plus long, au plus rigoureux, au plus injuste des blocus qui visait à affamer son peuple après la chute de l’URSS. Aux campagnes de diffamation menées en Europe «  au nom des droits de l’homme  ».

Au même moment, incroyable affront et symbole du rapport de forces de l’époque, l’île voyait Guantanamo, occupé par l’empire, devenir centre de torture.

Aujourd’hui, Cuba fait la différence, seul pays à envoyer – au nom de l’État et des valeurs qu’il défend – ce dont les pays les plus touchés ont besoin, des médecins, au lieu d’organiser une expédition militaire (les États-Unis), de promettre de l’argent qui n’arrive pas (la France).

La directrice de l’OMS la cite en exemple. Toute la presse a découvert un scoop : la médecine solidaire de Cuba.

Avant l’envoi des missions contre Ebola, les Cubains travaillaient déjà en Sierra Leone 
et Guinée-Conakry. Comme 50 000 autres «  internationalistes  » qui soignent les plus pauvres dans 66 pays.

Le blocus de l’info se mesure à cette aune : il a fallu un virus et des milliers de morts pour que la vérité éclate. Les bonnes nouvelles sont rares, mais celle-ci continue à faire les unes internationales :

l’étoile solitaire du drapeau cubain est reconnue comme l’étoile solidaire.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 13:15

                                                                   cerveau animé

 

 

CGT-drapeau-affiche.jpg

La polémique ouverte à partir des travaux exécutés par la CGT au bénéfice de son secrétaire-général - et en particulier le montant exorbitant des sommes impliquées - est massivement utilisée pour porter des coups à la Centrale syndicale, à la veille de scrutins dans la Fonction publique, au CCAS, après les mauvais résultats enregistrés par la CGT à « ORANGE ».


Les médias insistent beaucoup moins sur les dépenses personnelles insensées de notre classe dirigeante, au profit exclusif de ses membres, alors que ceux-ci justifient la misère ouvrière par la fameuse « crise », qui frapperait notre pays. Faut-il mentionner le prix des agapes auxquelles ont participé Jean-Pierre Jouyet au fameux déjeuner pris en commun avec François Fillon (coût du repas plus de 600 euros par personne...!)


Mais, c'est vrai, les responsables syndicaux, ceux de la CGT, en particulier,  devraient être à l'abri de  tels débordements, par souci moral d'abord, par respect aussi des syndiqués qui règlent les cotisations, base de la trésorerie de la Confédération.


Cependant, les « dérapages », inexcusables dans une organisation ouvrière, ne sont-ils pas d'abord le résultat de l'abandon de principes fondamentaux, tels qu'ils étaient appliqués au sein de la CGT du temps de Benoît Frachon jusqu’à Henri Krasucki ?


De l'abandon dans ses statuts de « la collectivisation des moyens de production et d'échange », du temps de Louis Viannet, les propos tenus par Bernard Thibault, refusant l'idée d'une grève généralisée, disait-il,  lors d'un mouvement revendicatif massif en 2003, « qu'il n’était pas là pour paralyser la France »? Jusqu'à la démarche solitaire du même secrétaire général de la CGT à l'Elysée auprès de Nicolas Sarkozy, en novembre 2007, le premier jour du plus vaste mouvement unitaire cheminot depuis 1995, cassant de ce fait une grève prometteuse, et cette année, la désastreuse déclaration de Thierry Lepaon au « Nouvel Économiste », le 14 février 2014 :


« Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés – là encore, je regrette que les actionnaires fassent figures d’éternels absents – et ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté. Sur ce plan, il est évident que le pragmatisme syndical s’impose »…


Toutes ces prises de positions, jetant aux orties la lutte de classe, constituent les jalons de l'abandon des principes qui faisaient la force de la CGT, et expliquent l'amenuisement de la confiance de masse que la classe ouvrière portait, durant de longues décennies, à la Confédération et à ses dirigeants.


Et aujourd'hui, ceux-ci appliquent dans leur vie matérielle le même laxisme qui conduit aux faits déplorables qui alimentent la chronique du dénigrement de la CGT par les médias, de l'oligarchie, trop heureux de porter des coups à un confédération dont ils ont encore peur...


Car, n'en doutons-pas, la richesse et le rayonnement de la CGT  existent intactes au sein des organisations et des entreprises, grâce à ces innombrables militants, qui chaque jour, se battent dans des conditions souvent héroïques, toujours difficiles, contre les patrons, contre le capital, qui eux, n'ont pas abandonné la lutte de classe.


C'est que l'oligarchie avec ses fondés de pouvoir politiques et médiatiques, voudraient briser à travers la CGT. Faisons de telle sorte que celle-ci se redonne les moyens - et la direction - qui la propulse à nouveau au premier rang de la bataille de classe !

 

Jean LÉVY

Adhérent de la CGT depuis septembre 1944, il y a 70 ans...

Ancien Délégué Syndical National CGT au Crédit du Nord

Ancien membre du Bureau de la Fédération CGT des Employés (groupant alors Banques-Assurances-Sécurité Sociale- Commerce)

 

source : canempechepasNicolas

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 12:58

                                                                  cerveau animé

 

 

 

La construction médiatique des «djihadistes »

Un nouveau terme est entré dans le vocabulaire du français moyen ces derniers mois, celui de « djihadiste ». Quotidiennement, les grands médias abordent le sujet et diffusent des grilles explicatives qui forgent les opinions publiques, orientent les réactions, suscitent des prises de positions.

 
 

Au-delà de l’apparente diversité des points de vue se cache une unicité d’analyse. En dépit du vernis d’objectivité des articles et des reportages, quatre récurrences idéologiques sont repérables : l’essentialisation de l’islam, l’injonction à la justification adressée à tous les musulmans, la négation des causes internes aux pays occidentaux et la justification de la guerre. Ces quatre discours médiatiques diffusés sur fond de sensationnalisme ne sont pas anodins. Ils ont une fonction sociale et politique. Ils contribuent à produire une réalité sociale et politique lourde de conséquences.

SENSATIONALISME

Le ton dominant des discours médiatiques est au sensationnalisme. Nous serions devant un phénomène sensationnel, non seulement inédit mais également imprévisible. Des chiffres sont assénés et les progressions fulgurantes des départs vers la Syrie sont mises en exergue : « Jamais le nombre officiel de participants français au djihad n’a été aussi élevé. En juillet, le ministre de l’Intérieur évaluait à 800 le nombre de personnes engagées dans des opérations islamistes au Moyen-Orient.

Un chiffre qui avait déjà augmenté de 56% en quelques mois : ils étaient 500 en avril. Un an plus tôt, en mars 2013, ils étaient seulement 50 Français à avoir choisi le djihad. Une augmentation constante du nombre de combattants volontaires qui souligne les difficultés à endiguer le flux des départs vers l’Irak ou la Syrie (1). » Des titres angoissants font la couverture de nos hebdomadaires et de nos quotidiens ou la présentation de documentaires d’actualité : « Djihadisme-La France mal protégée(2) » pour l’Express, « l’Etat de la menace terroriste en France » pour I-télé (3), « Les Djihadistes s’entraînent dans les Ardennes Belges » pour L’Union l’Ardennais (4), etc. La fabrique de la peur fonctionne à plein régime avec ses deux conséquences logiques : le renoncement à l’explication rationnelle au profit de réactions émotionnelles d’une part et la production d’une demande de sécurité au prix même d’une atteinte aux libertés fondamentales d’autre part.

Au-delà des cibles actuelles, c’est la logique sécuritaire qui s’installe encore plus profondément dans notre société. Le mécanisme a été décrit de la manière suivante par Serge Quadrupanni : « L’antiterrorisme est la pointe avancée, l’avant-garde conceptuelle et pratique d’une politique de la peur qui tend à infiltrer tous les recoins de la société. Cette politique de production simultanée de peurs et de contrôles censés les juguler est condamnée à s’inventer sans cesse de nouveaux ennemis : après le terroriste, le jeune des quartiers populaires et le jeune tout court, l’enfant, l’internaute, le fou, l’immigré, l’étranger, le musulman, le rom (5)… ».

Prévenons la critique d’être dans une « théorie du complot (6) » qui apparaît désormais à chaque remise en cause des mécanismes de domination. Il n’y a nul besoin de croire en une quelconque « théorie du complot » pour constater l’existence de stratégies de la part des classes dominantes pour orienter l’opinion, pour masquer des réalités, pour imposer des choix en les présentant comme souhaitables et nécessaires. Essentialisation Le premier leitmotiv des discours médiatiques dominants que permet l’imposition du sensationnalisme est une construction essentialiste de l’Islam.

L’essentialisation est l’opération de pensée consistant à homogénéiser une réalité plurielle, à la dé-historiciser et à la présenter ainsi reconstruite comme l’explication invariante à l’ensemble des événements et/ou des comportements des personnes censées avoir un lien avec cette réalité. Depuis de nombreuses années, cette construction essentialiste de l’Islam est diffusée par de multiples canaux avec comme conséquence un développement de l’islamophobie : l’Islam ainsi reconstruit est censé ne pas connaître de séparation entre le religieux et le politique avec en conséquence logique une allergie des musulmans à l’égard de la démocratie.

Il serait basé sur une inégalité entre les sexes avec, comme résultat logique, un sexisme exacerbé des hommes musulmans et une soumission tout aussi prégnante des femmes musulmanes, il serait contradictoire avec la rationalité et produirait de ce fait une tendance plus forte à la fanatisation, etc. Une des conséquences du processus d’essentialisation est l’utilisation comme synonymes des termes « Islam » et « musulman ». Tous les comportements des musulmans peuvent de cette manière s’expliquer par cet Islam essentialisé. Le boxeur Mohammed Ali a répondu de manière lapidaire à ce type de raisonnement dans un échange célèbre avec un journaliste à propos des attentats du 11 septembre : « Comment vous sentez-vous à l’idée que vous partagez avec les suspects arrêtés par le FBI la même foi ?- Et vous, rétorqua-t-il, comment vous sentez-vous à l’idée qu’Hitler partageait la vôtre ? (7) »

Injonction

La division binaire porte une logique de suspicion. Dans le même temps où il est célébré, le « musulman modéré » est sommé de s’expliquer, de prendre la parole, de condamner les « radicaux ». Il est en quelque sorte responsable de tous les actes et propos qui sont tenus au nom de l’Islam par tous ceux qui sur la planète se revendiquent de cette religion. Ses silences sont diagnostiqués au mieux comme irresponsabilité et au pire comme complicité.

Le Figaro peut ainsi initier un sondage en ligne le 25 septembre dernier autour de la question éloquente suivante : « Les musulmans de France manifestent-ils suffisamment leur opposition à la menace terroriste ? ». La Libre Belgique peut titrer un de ses articles le 28 septembre : « Les musulmans doivent-ils se dissocier des djihadistes ? ».

La campagne « NotInMyName » (Pas en notre nom) fait non seulement la Une de tous les médias pendant plusieurs jours mais est reprise par le président Obama lui-même déclarant à l’assemblée générale des Nations Unies le 24 septembre : « Il temps pour le monde – et particulièrement pour les communautés musulmanes – de rejeter explicitement, énergiquement et systématiquement l’idéologie d’al Qaida et de l’Etat Islamique. »

Alors que l’accusation de « communautarisme » est devenue fréquente lorsque sont abordées des questions liées à l’Islam, il est ici demandé aux musulmans de s’exprimer comme collectivité. En acceptant de se prêter au jeu de la condamnation comme en refusant l’injonction de justification, le résultat est le même : la reproduction du stéréotype présentant les « musulmans » comme totalité homogène non parcourue de contradictions.

L’injonction de justification fonctionne selon la même logique que celle des « peines collectives » de l’époque coloniale. Jadis, des groupes entiers pouvaient être condamnés pour des faits qu’ils n’avaient pas commis, désormais des groupes entiers doivent se justifier pour des actes dont ils ne sont pas responsables. Car bien sûr « gare au silence » : il est immédiatement perçu comme synonyme de complicité. La logique n’est pas nouvelle et a été déployée de nombreuses fois dans le passé à propos de l’immigration et de ses enfants français.

Pour ne prendre qu’un exemple, rappelons les révoltes des quartiers populaires de novembre 2005. Une seule question était alors posée aux personnes issues de l’immigration invitées sur les plateaux : celle de la condamnation des révoltes. Mais nous pourrions citer également l’injonction (lorsque l’on est issu de l’immigration) de prouver que l’on est intégré, que l’on n’est pas homophobe, pas sexiste, pas antisémite, etc. La division binaire fréquente entre des musulmans « modérés » et des « musulmans radicaux » ne change rien de fondamental à l’essentialisation.

Le musulman modéré serait celui qui pratique l’Islam avec modération et le musulman radical celui qui pratique l’Islam sans modération. En définitive, cette division binaire essentialiste attribue au dit « radical » un brevet d’islamité car si l’Islam a besoin d’être modéré c’est qu’il porte donc en lui, dans son essence des tendances dangereuses. Comme le souligne Maurice Tarik Maschino : « le musulman modéré est une abstraction, un pseudo-concept ou un concept de guerre, dont la fonction est d’exciter dans l’imaginaire des lecteurs les stéréotypes habituels qui stigmatisent les musulmans (8). »

   

Négation

L’essentialisation et l’injonction de justification ont une fonction sociale et politique : celle de masquer les causes qui peuvent conduire des jeunes Français à se porter candidats pour partir en Syrie. Dans tous les processus sociaux, l’interrogation de la seule « offre » (ici l’offre de « djihadisme ») conduit à une réduction de la réalité. Le silence sur la « demande » est une négation des véritables causes du processus étudié.

L’enjeu est de taille car la prise en compte de la demande conduit à s’intéresser aux conditions matérielles d’existence de la partie de notre population issue de l’immigration postcoloniale. Or ces conditions révèlent une discrimination massive et systémique rendant pour de nombreux jeunes l’avenir impensable. Elles soulignent une précarité rendant la quotidienneté invivable. Elles mettent en exergue un rapport à la police rythmé de contrôles au faciès à forte régularité et producteur d’un sentiment diffus d’insécurité. Elles dévoilent une mise en suspicion permanente dans les médias avec pour ces dernières décennies une islamophobie en croissance exponentielle.

Ce sont tous ces facteurs qui peuvent se concentrer dans des trajectoires individuelles pour faire émerger une « demande », exactement comme des facteurs similaires peuvent conduire d’autres jeunes aux comportements suicidaires, à une demande de secte, à de la violence contre soi et contre les siens. L’explication médiatique en termes « d’auto-radicalisation » devenue courante ne rompt pas avec cette négation des causes de la demande. Les offreurs seraient devenus des experts de l’endoctrinement informatique et cela suffirait à expliquer le processus.

Ici aussi l’interrogation sur les facteurs qui rendent certains plus perméables à cette offre est évacuée. Le vernis psychologisant de nombreux reportages visent à couvrir d’un discours à prétention savante l’opération de négation des causes réelles. La justification L’essentialisation, l’injonction et la négation conduisent enfin à éluder tous les débats sur les réels buts de guerres. Les enjeux pétro-gaziers et géostratégiques disparaissent entièrement du débat pour ne laisser place qu’à l’urgence d’un consensus « anti-barbare ».

Il faut le dire, l’opération est pour l’instant une réussite : les interventions en Syrie, en Côte d’Ivoire et en Centre-Afrique ne suscitent pour l’instant pas de grandes réactions. En mettant l’ensemble des acteurs sociaux susceptibles de s’opposer à la guerre dans un climat de crainte et dans des explications essentialistes, c’est le mouvement anti-impérialiste et anti-guerre qui est détruit.

Ce climat et ces explications permettent de ne pas interroger les tactiques et stratégies concrètes : soutien à des groupes que l’on prétend combattre ensuite, présentation de monarchies obscurantistes (Arabie Saoudite, Qatar, etc.) comme des alliés, etc. La construction médiatique des djihadistes s’inscrit ainsi dans une stratégie guerrière. Peu importe que cela se réalise de manière consciente ou non par les acteurs des médias : le résultat est le même.

Notes :

1) Le Figaro.fr du 14 septembre 2014.

2) L’Express N° 3300 du 1-10-2014.

3) I-télé du 15 septembre 2014.

4) L’Union l’Ardennais du 3-10-2014.

5) Serge Quadrupanni, La politique de la peur, Seuil, Paris, 2011, p. 24.

6) Pour une critique approfondie de l’invention de la théorie du complot et son instrumentalisation (En particulier par Taguief et Boudon) contre toute critique du système de domination capitaliste, voir : L’invention de la théorie du complot ou les aveux de la sociologie libérale, in Terreur et Possession, enquête sur la police des populations à l’ère technologique, éditions de l’échappée, Paris, 2008.

7) Propos rapportés par Sylvain Cypel in Le Monde, le 6 octobre 2001

8) Maurice Tarik Maschino, Qu’est-ce qu’un musulman modéré ?, El Watan du 28 mars 2012.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 12:39

                                                                     MARE NOSTRUM-copie-1

 

                                                                                   TUNISIE DRAPEAU ANIME

Tunisie-carte

Article AC pour http://www.solidarite-internationale-pcf.fr/

 

 

 

Trois ans après la « révolution tunisienne » qui a pris de court tout le monde, tout rentre dans l’ordre. La bourgeoisie d’affaires locale, les investisseurs étrangers ont repris la main, confisqué la démocratie : un duel entre libéraux, garants de l’ordre établi attend les Tunisiens au second tour, sur fond de rivalités entre clans dirigeants, intérêts étrangers.

 

« C’est blanc bonnet et bonnet blanc ! »La phrase de Duclos semble correspondre bien au second tour des présidentielles tunisiennes. BCE, le vieux renard de l’ère Bourguiba/Ben Ali, ami de la France, prêt à faire l’ « Union nationale »  derrière son panache rouge et blanc face à Marzouki, le meilleur ami de la France et du Qatar, le laïc préféré des islamistes.

 

Pour beaucoup de Tunisiens, BCE (Beji Caid Essebsi) a représenté un moindre mal aux législatives face à Ennahdha, et encore aux présidentielles face à Moncef Marzouki, cadavre politique ressuscité par les islamistes, jouant la carte laïque contre les laïcs.

 

BCE, à la tête du mouvement « Nidaa Tounes » (Appel de la Tunisie) obtient 39,46 % des voix. Moncef Marzouki, actuel président, candidat du moribond Congrès pour la République (CPR), appuyé par les islamistes, le talonne avec 33,43 %.

 

La bonne surprise, attendue, est la 3 ème place de Hamma Hammami, avec 7,8 % des voix. Il était le candidat du « Front populaire », une formation de gauche radicale, regroupant forces marxistes, patriotiques de gauche, autour du Parti des travailleurs (ex-PCOT).

 

Deux autres candidats ont tiré leur épingle. Grâce à leur fortune, les affairistes Hechmi el Hamdi et Slim Riahi (« le Berlusconi italien » !) ont chacun récolté 5,5 % des voix. Jouant à fond la carte populiste, ils se distinguent aussi par leurs idées néo-libérales.

 


Une société fracturée, des clans dirigeants divisés


Interpréter ce scrutin, c’est d’abord constater une fracture profonde dans la société tunisienne, nette sur la carte du pays.

Le Sud, rural, plutôt religieux a voté massivement Marzouki. Il obtient 73 % à Gabès, 76 % à Tataouine, 78 % à Kebili, 80 % à Tozeur, il est aussi majoritaire à Sfax, Gafsa, Kairouan. La carte de Marzouki superpose exactement celle du parti islamiste Ennahdha (l'un en vert ci-contre, l'autre en bleu ci-dessous)

 

Le Nord, urbain, progressiste, sécularisé, a voté majoritairement BCE. Il est majoritaire à Sfax, El Kef, Beja, Sousse, obtient entre 41 et 52 % à Tunis et sa banlieue, et son meilleur score dans la ville historique de Bourguiba, Monastir (60 %). Tout un symbole.

 

Symbole de la personnalisation du scrutin, dans le Centre à Siliana comme à Sidi Bouzid, on a voté pour l’enfant du pays. Hammami arrive en tête à Siliana (32%), un des foyers révolutionnaires, Hamdi obtient un tiers de ses voix à Sidi Bouzid (58% !).

 

A l’étranger, c’est Marzouki, soutenu par les islamistes, qui vire en tête presque partout : en Allemagne (47 %), Italie (46 %), les pays arabes (46 %), France du nord (42 %). Seule la France du sud a voté plutôt pour le « laic » BCE.

 

Le candidat de la gauche radicale, Hamma Hamammi, obtient néanmoins parmi ses meilleurs scores en Allemagne et en France du nord (entre 10 et 12 %).

 

Fracture géographique, division sociale qu’on peut schématiser entre un camp « progressiste, moderniste, laïc, urbain » intégrant couches moyennes et prolétaires urbains derrière BCE et un camp « islamiste, traditionnaliste, rural » regroupant religieux, prolétariat rural et propriétaires fonciers, derrière Marzouki.

 

Fracture dans la société, divisions dans la classe dirigeante. Le camp « Nidaa Tounes » et celui d’ « Ennadha » – qui a apporté tout son poids derrière Marzouki, seul rival crédible à BCE – regroupent des milieux d’affaires aux allégeances diverses.

 

Le camp « Nidaa Tounes » a la cote. La moitié des têtes de listes était des hommes d’affaires aux législatives. Pour ne citer qu’elle, la 1 ère fortune du pays, la famille Elloumi, spécialisée dans l’industrie électrique, mais aussi présente dans la finance, l’agro-alimentaire.

 

Parmi les autres soutiens : la famille Driss, barons du tourisme ; Sellami, qui a fait fortune dans les télécoms ; Ridha Charfeddine, qui gère un groupe florissant s’étendant de la pharmaceutique à l’immobilier ; ou Anis Bouchamaoui, présent dans le ciment, le pétrole et désormais l’importation d’équipements industriels lourds.

 

Cela mériterait analyse approfondie, mais on repère un certain nombre de secteurs très dépendants des contrats d’Etat, des marchés publics et des marchés européens. C’est une des raisons expliquant le caractère plus « occidental », « régulateur » de Nidaa, ses relations avec ce type d’hommes et femmes d’affaires.

 

« Ennahdha » s’est targué aussi du ralliement des industriels de premier plan. Dont trois des plus grandes fortunes du pays : Mohammed Frikha (PDG de Telnet, et de la compagnie aérienne Syphax Airlines), Walid Loukil (groupe financier Loukil) et la deuxième fortune du pays : Abdelwahab Ben Ayed (PDG du groupe alimentaire Poulina).

 

Les industriels, financiers, affairistes derrière Ennahdha sont beaucoup plus liés aux contrats avec le Golfe et à la finance islamique, à la libéralisation des secteurs publics comme à l’exploitation de la terre. D’où le caractère apparemment composite du mouvement : à la fois très libéral, financier, mais aussi terrien et islamique.

 

Enfin, la fracture se repère entre les parrains des mouvements, bien que rien ne soit mécanique ni unilatéral. Le Qatar mise sur Ennadha qui mise sur Marzouki – qui d’agent de la France, s’est fait commis du Qatar pendant son mandat, multipliant les contrats, liant sa politique internationale à celle de l’émirat en Syrie, Libye.

 

Les investisseurs européens miseraient plutôt sur BCE, ancien ambassadeur en Europe, bien connu des chancelleries occidentales (notamment allemande), ami de la France, valeur sûre, moins compromise dans l’immédiat que Marzouki. Sans que la victoire de ce dernier ne les gêne dans leurs entreprises.

 

Quant à Riahi et Hamdi, les deux britannico-tunisiens, plutôt proches de la finance anglo-saxonne. Si Hamdi est directement lié à l’Arabie saoudite, Riahi a des allégeances multiples, obscures : Grande-Bretagne, France, Libye, Arabie saoudite.

 


Une unité idéologique de fond : un consensus néo-libéral !

 

Ces fractures ne doivent pas masquer la profonde unité du « bloc idéologique » sur fond de consensus libéralsur le plan économique, d’une « Union nationale » derrière le patronat, pour appliquer la politique du FMI, via un « gouvernement technocratique ».

 

Les législatives, comme les présidentielles, ont réaffirmé un consensus libéral à 90 %.

 

On retrouve toutes les variantes du libéralisme. Celui néo-libéral, pur et dur, de Riahi et Hamdi – masqué derrière une rhétorique démagogique – faisant l’apologie de l’entrepreneuriat, dirigeant sa colère contre l’Etat.

 

Celui islamico-libéral clair de Ennahdha qui pointe les « réformes structurelles » à réaliser, la « finance islamique » à développer, les entreprises à privatiser, l’Etat à dégraisser, plus circonspect sur les subventions, base de son électorat. Le meilleur élève du FMI.

 

Puis le social-libéralisme, ou mieux le libéralisme régulé, de Nidaa Tounes. Prêt aux « réformes structurelles » de libéralisation du secteur public, du marché du travail, mais dans une planification étatique assurant cadre régulateur, politique d’investissement publique.

 

Des promesses de justice sociale, de démocratie réelle et d’indépendance nationale exprimées en 2011, il ne reste presque plus rien dans ce champ politique.

 


L’alternative identifée dans Hammami et le Front populaire


 

Face au jeu idéologique de la classe dominante tunisienne, parvenue à imposer autant qu’à refléter le clivage réel « moderniste/traditionnaliste », les Tunisiens avaient peu d’alternatives.

 

Ils en ont trouvé une dans Hamma Hammami, qui gagne près de 8 % des voix, avec un score très homogène dans le pays. Outre le pic à Siliana, c’est au Kef qu’il réalise son meilleur score avec 11 % des voix. Il obtient également des bons scores à Sfax, Tunis, Beja.

 

La dynamique Hammami, « Front populaire » est complexe. Ce qui est sûr, c’est qu’il a incarné l’alternative au consensus dominant, l’esprit de la révolution de 2011.

 

Le pouvoir, les islamistes l’ont étiqueté depuis longtemps le « communiste », l’« athée ».Opportunisme ou pragmatisme, le PCOT (Parti communiste ouvrier tunisien, d’origine maoïste) avait abandonné il y a 2 ans l’étiquette communiste pour devenir « Parti des travailleurs ». Peine perdue, l’étiquette les suit toujours.

 

Le Parti des travailleurs a monté une alliance électorale hétérogène, le Front populaire, à l’unité idéologique fragile, avec d’autres formations marxistes, des nationalistes arabes. Il a flirté un temps, avant de s’en distinguer très nettement, avec certains courants islamistes.

 

Rejetant l’étiquette « communiste », cette étiquette lui colle à la peau. Elle lui fait perdre sans doute des voix dans certains milieux populaires religieux. Mais elle lui en fait gagner dans d’autres : le « communiste » est identifié comme le seul « révolutionnaire », résistant dans cette scène politique verrouillée par les gardiens de l’Ancien régime.

 


L’orage qui vient : ce que prépare le FMI pour la Tunisie


 

Il faudra une résistance populaire – quelle que soit le vainqueur au second tour – face au plan d’austérité qui s’annonce, retardé par l’instabilité politique depuis 3 ans.

 

La classe dominante tunisienne, comme les investisseurs étrangers, n’ont pas accepté les hausses de salaire, le développement de l’Etat tunisien, les grèves à répétition, bref un processus de démocratisation, d’irruption des masses dans la vie politique tunisienne.

 

Depuis trois ans, ils ne cessent de combiner avec des personnalités comme Hamadi Jebali (leader économique d’Ennadha), Moncef Marzouki. Ils ont trouvé aujourd’hui leur médiateur idoine avec BCE. Leur idéal : « union nationale » et « gouvernement technocratique ».

 

Une mascarade d’élection démocratique sanctionnant un consensus idéologique (« union nationale »), qui permet de déléguer la politique à des experts économiques issus des milieux de la banque, de la finance, de la haute administration, le « gouvernement technocratique ».

 

Derrière cette construction, la leader de l’UTICA, Widad Bouchamaoui – dont la famille richissime a misé à 50/50 % entre le camp Ennahdha et Nidaa Tounes, révélateur ! – a joué un rôle-clé de médiation, entre les partis, les blocs, aussi avec le syndicat UGTT.

 

L’orage qui vient, il viendra avec le plan du FMI, une « aide » de 1,75 milliard de $ en 2013, qui s’ajoute à celui équivalent de la Banque mondiale. Une troisième tranche a été versée en avril (220 millions) mais la moitié de la somme reste à pourvoir.

 

En échange, le FMI attend une série de réformes drastiques, sur lesquelles nous reviendrons dans un article ultérieur : 

 

-dégraissage de l’appareil d’Etat (suppressions de postes de fonctionnaires) ; modération salariale (gel ou baisse des salaires) ;

 

-libre-échange (pas de tarifs protectionnistes, fin des subventions) ;

 

-réforme fiscale (maintien des privilèges fiscaux pour les entreprises, choc de simplification) ;

 

-réforme des retraites (recul de l’âge de la retraite) ;

 

-restructuration des entreprises publiques (libéralisation/privatisation) ;

 

-suppression des rigidités du Code du travail (précarisation).

 

Pour la mise en œuvre de ces réformes, le FMI oscille entre optimisme et craintes.

 

Optimisme car « il y a un consensus entre toutes les parties prenantes (au pouvoir)pour le soutien au programme de réformes appuyé par le FMI » et car « la Tunisie, après 3 années d’incertitude qui ont suivi la Révolution, parachève sa transition politique ».

 

Le FMI rajoute, cette « transition » se traduit par un « accroissement du soutien des bailleurs de fonds ». Autrement dit, la transition vers le maintien de l’ordre établi, loin des promesses de la Révolution, rassure les investisseurs. Tu l’as dit !

 

Et pourtant, le FMI exprime ses craintes. Elle ne se rapproche que d’un seul aspect : « l’intensification des tensions sociales – grèves, manifestations – pourrait ralentir la production, retarder la mise en œuvre si cruciale des réformes ».

 

Ce qu’ils craignent, c’est le peuple, c’est la révolution de nouveau : le pouvoir de la rue, des manifestations, les grèves. Une alternative politique qui naîtrait de ces luttes, et non d’un système politique déjà verrouillé.

 

BCE devrait logiquement être élu président de la République dans quelques semaines. Les Tunisiens choisiront le moindre mal. Ennahdha comme Marzouki feront office de repoussoirs … avant peut-être d’être réintégrés dans les alliances post-éléctorales. Les Tunisiens ne pourront compter que sur eux-mêmes, le pouvoir de la rue.

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 16:01

  Clio

Clio,la muse de l'Histoire

 

                                                                            wilaya

 

 

 

 


Les combattants Européens d'Algérie dans l'ALN

1) - L'aspirant Henri Maillot (1928-1956), membre du Parti communiste algérien (PCA), il est appelé sous les drapeaux en octobre 1955, affecté 57e BTA, il déserte en 1956 avec un camion d'armes. Condamné à mort par contumace en mai 1956 par le tribunal militaire d'Alger. Le 5 juin 1956, le groupe de huit maquisards du « maquis rouge» que commande Henri Maillot est surpris par les troupes françaises près de Lamartine (aujourd'hui El Karimia) dans la région d'Orléansville (aujourd'hui Chlef).Pris vivant puis confié aux gendarmes mobiles. Après deux heures de tortures on lui dit de filer. Il part à reculons en criant « Vive le Parti communiste algérien ! » et s'écroule sous une rafale.

 2) - Maurice Laban (1914-1956) l'un des fondateur Parti communiste algérien (PCA), militant de la cause algérienne. Ancien des Brigades internationales lors de la guerre d'Espagne, il s'engage dans le maquis aux côtés des combattants algériens de l'ALN; Tué au combat.. 

3 ) - Raymonde Peschard (1927-1957), membre du Parti communiste algérien (PCA) et militante de la cause algérienne. Expulsée de Constantine en 1955. Interdit de séjour dans leConstantinois et l'Oranie. Recherché par l'armée française, elle passe dans  la clandestinité et elle s'engage dans l'ALN, elle trouve la mort le 26 novembre 1957 dans l'Est-Constantinois au cours d'un accrochage avec les combattants de l'ALN et les troupes de l'armée française... 

4 ) - Daniele Minne, membre du Parti communiste algérien (PCA), clandestine dès 1956, elle passe au maquis enKabylie.Poseuse de bombe à l'Otomatic pour le compte du FLN, et complice de l'attentat à la bombe contre le Milk Bar Elle est arreté en novembre 1957 à la suite d'un accrochage, jugé en 1957 et condamné à sept ans de prison. Libérée en 1962. À l'indépendance elle opte pour la nationalité algérienne.Amnistiée en 1962.

 

                                          et.....

Daniel Timsit, est un étudiant en médecine et militant du Parti communiste algérien, qui, en désaccord avec ce dernier rejoint clandestinement le FLN afin d'y constituer « une « branche européenne » regroupant des militants pieds-noirs, chrétiens et juifs ". Les membres du réseau Timsit prennent part à la mise en place de laboratoires d'explosif (élaboration de bombes à retardement) et à la lutte armée61. Timsit est incarcéré en 1956.

Pierre Ghenassia, jeune militant juif communiste qui s'engage dans le FLN à l'âge de 17 ans et mourut au combat.

 

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