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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 18:26

                                                       departementales-

 

cap-corse la carte

 

 

                             Place au Peuple

17 Février 2015

            Lettre aux électrices et électeurs du Canton du Cap Corse

Madame, Monsieur,

Le Conseil général est un maillon essentiel de la solidarité et de l’action sociale, c’est aussi la collectivité en charge des transports scolaires, du logement social, de l’environnement et du réseau routier. Son intervention contribue à l’aménagement du territoire et au développement local. Voila pourquoi nous voulons d’une part qu’il continue à exister et d’autre part qu’il réponde d’autant mieux aux besoins de la population que la crise aggrave toutes les difficultés notamment le chômage et la pauvreté.


Cela doit, à nos yeux, être le fondement d’une politique de gauche. Sa priorité serait d’améliorer la vie des plus démunis. Mais un tel engagement suppose de rompre avec l’austérité aujourd’hui appliquée à tous les étages sous l’impulsion du gouvernement Hollande Valls. Le Conseil général de Haute Corse sera privé de 5 millions d’euros de dotation en deux ans.


L’austérité ne fait qu’accumuler les problèmes.


Il faut changer de cap et combattre les logiques financières. C’est le sens premier de notre candidature reconstruire l’espoir à gauche en même temps que l’alternative à la politique libérale du gouvernement Hollande Valls et opposer un rempart au retour d’une droite influencée par l’extrême droite.

Cela nous amène au deuxième axe de notre projet : la démocratie.


De plus en plus, les citoyens ont le sentiment que tout se fait sans eux dans l’opacité sans pouvoir intervenir. Nous proposons de renforcer la démocratie et la transparence au Conseil général et de la faire vivre dans le nouveau canton du Cap Corse de San Martino à Ersa. Beaucoup d’entre vous nous interpellent sur la création d’une collectivité unique en Corse.


Les trois Conseiller généraux sortants candidats à leur propre succession ont validé ce projet avant de se rétracter timidement. L’actuel président du Conseil Général propose même d’organiser les funérailles du département avec la bénédiction de Paul Giacobbi et Pierre Chaubon. C’est méprisant pour le peuple qu’ils ne veulent pas consulter et chaque électrice et électeur du Cap Corse.

Tant et si bien que ce projet de collectivité unique est relayé par le gouvernement qui entend l’inscrire dans la loi NOTRe par amendement avant d’en définir par ordonnance les compétences, le cadre budgétaire, le transfert des personnels et la fiscalité. Apparaitrait alors la fusion des intercommunalités pour en réduire le nombre de moitié.


Ce n’est pas une question « technique » comme dit Gilles Simeoni mais bien une question politique dont la dimension démocratique ne peut être banalisée au point de renoncer à une consultation des Corses par référendum. Cette collectivité unique, si elle devait voir le jour, serait un formidable retour en arrière contre la décentralisation. Tout le pouvoir local serait concentré entre quelques mains sinon une paire de mains.


Ce projet est celui du pouvoir unique.


Il ravit le ministre de l’intérieur et le premier Ministre parce qu’il répond par anticipation à la réforme de grande ampleur engagée dans le pays pour déstructurer l’architecture administrative et institutionnelle de la République. L’objectif c’est moins d’élus, moins d’agents territoriaux, moins de dotations, moins de services publics mais plus de pression fiscale sur les ménages. La règle d’or voulue par l’Europe de la finance se décline ainsi dans l’austérité après la capitulation de François Hollande face à Angela Merkel.


Dans ce contexte politique, notre candidature est celle de la clarté, de la diversité, de la dignité, de la jeunesse dressée contre la finance et la société low cost qu’elle veut imposer aux travailleurs. Ouvertement de gauche, notre candidature est trempée aux valeurs progressistes et républicaines. C’est d’autant plus nécessaire que le paysage politique, en pleine mutation sous couvert d’alliances improbables, montre les prémices d’une recomposition pour conquérir le pouvoir régional à n’importe quel prix.


Le 22 mars avec le bulletin de vote PCF Front de gauche vous pourrez dire :

• NON à l’austérité du gouvernement

• NON au pouvoir unique en Corse

• OUI au référendum

• OUI a une politique de gauche

                       Inseme femu a piazza a u populu

Michel STEFANI (Titulaire) Conseiller à l’Assemblée de Corse

Thierry MONDOLONI (Remplaçant) Syndicaliste marin de la SNCM

Julie BOCCHECIAMPE (Titulaire) Militante associative commerçante

Nicole BERTRAND (Remplaçante) Mutualiste


Candidats du PCF et du Front de gauche dans le canton du Cap Corse

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 14:07

 

                                                                    MARE NOSTRUM-copie-1

 

 

Poursuivi pour actes de torture, Abdellatif Hammouchi décoré par Paris

Bien que poursuivi par la justice française à la suite de plusieurs plaintes pour actes de torture, le chef du contre-espionnage marocain, Abdellatif Hammouchi, sera tout de même décoré de la Légion d'honneur. Une récompense annoncée par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve lors de sa visite à Rabat samedi - visite hautement symbolique qui avait pour ambition de mettre un point final à la brouille entre les deux pays.
À l'origine de la crise diplomatique entre les deux pays : trois plaintes déposées à Paris en février 2014 contre le patron du contre-espionnage marocain pour "torture" et "complicité de torture". Des policiers s'étaient alors rendus à la résidence de l'ambassadeur du Maroc près de Paris pour notifier à Abdellatif Hammouchi une demande d'audition de la justice française. Furieux, le Maroc avait alors récusé les accusations et suspendu sa coopération judiciaire avec Paris. De son côté, le Quai d'Orsay avait tenté de temporiser en promettant que "la lumière serait faite".
Faisant fi de l'enquête judiciaire en cours, le locataire de la Place Beauvau n'a évidemment pas tari d'éloges sur Abdellatif Hammouchi pour justifier la décoration et marquer la réconciliation entre les deux pays. Bernard Cazeneuve a témoigné toute son estime à l'homme et a loué "un partenaire-clé" dans le domaine du renseignement.
Si l'affront semble aujourd'hui avoir été lavé, la lumière n'est pas faite pour autant. Les ONG de défense des droits de l'homme qui soutiennent les plaignants marocains ont été choquées de l'annonce. "Nous nous étonnons que la France puisse décorer une personne visée par plusieurs plaintes pour torture et faisant l'objet d'enquêtes judiciaires en France", a indiqué la chargée du programme Maghreb à Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat), Hélène Legeay. Préoccupée par le contenu du nouvel accord de coopération judiciaire entre Rabat et Paris signé le 31 janvier, elle imagine que certaines concessions ont pu être accordées à Rabat. "Il semble que cette décoration soit l'une des contreparties de la reprise de la coopération, un geste destiné à laver le soi-disant affront de la justice française qui a osé faire son travail en convoquant monsieur Hammouchi le 20 février 2014", poursuit Hélène Legeay.
Le jour même de l'annonce de Bernard Cazeneuve, le président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et avocat des plaignants, Patrick Baudouin, dénonce lui un "véritable scandale, une honte pour la France [...] qui perd son âme". Pour lui, c'est "avilissant d'avoir cédé dans le cadre d'un deal passé avec les autorités marocaines pour permettre un rétablissement de la coopération militaire et sécuritaire".

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 14:01

 

 

                                                                   MARE NOSTRUM-copie-1

 

 

     Comment l'"État islamique" s'est installé aux portes de l'Europe


"Aujourd'hui, nous sommes au sud de Rome, sur la terre musulmane de la Libye." Couteau à la main, le djihadiste assène son message de haine à la caméra. Derrière lui, une vingtaine d'hommes en combinaison orange, alignés sur une plage les mains menottées, viennent d'être décapités sans pitié. Ces vingt Égyptiens coptes (de confession chrétienne), enlevés le mois dernier en Libye, sont les dernières victimes en date de l'organisation État islamique (EI). Et leurs bourreaux de signer, par cette vidéo atroce, le coup le plus retentissant de l'EI en dehors des frontières de leur califat autoproclamé en Irak et en Syrie.
La création d'une branche de l'EI en Libye date du 31 octobre dernier, date à laquelle la milice du Conseil consultatif de la jeunesse islamique a prêté allégeance à Abou Bakr al-Baghadi, "calife" de l'organisation djihadiste. "Le groupe a été créé début 2014, après le retour au pays de djihadistes libyens qui avaient combattu en Syrie, pour étendre le califat", explique Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes au cabinet NGC Consulting. "Il répondait ainsi aux consignes de l'EI, qui a appelé les musulmans européens et africains à émigrer en Libye, un territoire plus proche de chez eux" que l'Irak ou la Syrie.
Depuis la proclamation de son "califat" en juillet dernier, Abou Bakr al-Baghdadi a reconnu cinq autres branches de l'EI : en Égypte (dans le Sinaï), en Libye, en Algérie, au Yémen et en Arabie saoudite. Mais c'est en Libye que l'organisation contrôle de véritables territoires, à travers trois régions, notamment les villes de Syrte, située à 500 kilomètres à l'est de Tripoli, et de Derna, à 1 300 kilomètres à l'est de la capitale. "En tant qu'ancien fief de Kadhafi, Syrte a été laminée après la révolution de 2011", rappelle Patrick Haimzadeh*, ancien diplomate en Libye. "Sociologiquement, la ville n'a pas bénéficié de l'émergence des brigades révolutionnaires. L'absence étatique est encore plus criante que dans les autres régions de Libye." Un vide gouvernemental qui a fait le jeu de l'organisation État islamique.
La donne est différente dans la ville de Derna, qui était déjà un bastion djihadiste connu sous l'ancien président libyen. "La révolution de 2011 a accentué le retour de djihadistes en Libye", poursuit Patrick Haimzadeh. "Et le relief très enclavé - avec nombre de grottes - de la ville leur fournit un terrain idéal pour s'y implanter." D'après les témoins sur place, l'organisation État islamique y a progressivement appliqué la charia - la loi coranique - grâce à la mise en place de tribunaux islamiques, mais aussi à une police islamique circulant dans la ville en pick-up.
En août, le groupe a exécuté dans un stade un homme accusé de meurtre. Le 11 novembre, ce sont trois jeunes militants politiques qui ont été décapités. "La majorité des Libyens sont pour l'application de la charia", rappelle l'ancien diplomate Patrick Haimzadeh. "Mais ils rejettent catégoriquement l'EI et ses pratiques sauvages." Si le noyau dur du groupe est libyen, beaucoup de combattants étrangers sont venus s'y greffer : des islamistes égyptiens qui ont fui la répression implacable du nouveau président al-Sissi, mais aussi de jeunes Africains désoeuvrés.
Dans leur vidéo de propagande, les djihadistes libyens de l'EI convertissent à l'islam de jeunes Africains chrétiens. "Ils trouvent chez ces adolescents perdus, coincés entre l'Europe et leur pays d'origine, une main-d'oeuvre très bon marché", souligne Patrick Haimzadeh. Et des recrues dociles pour alimenter les rangs du Jihad. À en croire le général américain David Rodriguez, responsable du commandement militaire américain en Afrique, l'EI disposerait désormais de camps d'entraînement dans l'est de la Libye. Des zones à "une heure de vol seulement" de l'Europe, qui pourraient bientôt "servir de base arrière à des attentats" sur le vieux continent, s'alarme l'ambassadeur libyen aux Émirats arabes unis, Aref Ali Nayed. "Pour l'heure, estime toutefois le spécialiste Romain Caillet, l'objectif premier de l'EI en Libye est d'étendre son territoire, pour prendre le contrôle des puits de pétrole", en nombre dans l'est libyen.
Le fulgurant essor de l'EI en Libye s'explique en partie par l'anarchie qui règne dans le pays. Depuis l'été dernier, la Libye possède tout simplement deux gouvernements concurrents ! Le premier, le seul reconnu par la communauté internationale, est dominé par les libéraux. Il a été désigné par la Chambre des représentants, assemblée issue des élections du 25 juin 2014. Mais son autorité est décriée par le Congrès général national, l'ancien Parlement libyen, où les islamistes demeurent majoritaires. Ainsi, en août 2014, ces derniers ont désigné leur propre exécutif.
Chaque gouvernement possède ses forces militaires. Le pouvoir "officiel" repose sur les forces du général Haftar. Depuis mai 2014, cet ancien militaire de Kadhafi est engagé dans une vaste opération, baptisée Dignité, visant à reconquérir l'est du pays aux milices islamistes. Forgeant sa légitimité sur la lutte contre le terrorisme, ce haut gradé de 71 ans s'appuie notamment sur d'anciens éléments de l'armée de Muammar Kadhafi, ainsi que les brigades prolibérales de Zintan (sud-ouest de Tripoli). Et bénéficie du soutien des aviations égyptienne et émiratie, qui ont mené en 2014 plusieurs raids secrets contre les forces islamistes.
Surfant au contraire sur la légitimité révolutionnaire, les milices islamistes se sont réunies au sein de la coalition Fajr Libya (Aube de la Libye). Cette force, qui repose notamment sur les puissantes milices de Misrata (est de Tripoli), s'est emparée en août dernier de la capitale où elle a installé son propre gouvernement et réhabilité l'ancien Parlement. Contrôlant désormais les plus grandes villes du pays (Tripoli, Benghazi, Misrata), ces islamistes sont pointés du doigt pour leurs liens flous avec la puissante milice djihadiste Ansar Asharia, liée à al-Qaida. Cela ne les empêche pourtant pas d'être également attaqués par l'EI. "Aux yeux des djihadistes, tous ceux qui ne sont pas pour le califat sont des apostats", indique Patrick Haimzadeh. Et l'ancien diplomate de regretter que "les deux camps - celui du général Haftar comme les islamistes de Fajr Libya - aient fait passer leur lutte politique avant leur combat contre l'EI", relativement épargné au cours de l'année écoulée.
C'est seule que l'Égypte s'est fait justice lundi, en menant des raids aériens contre les positions de l'EI en Libye. Mais pour Le Caire, seule une "intervention ferme" de la communauté internationale pourra enrayer la progression des djihadistes en Libye. Pays européen le plus proche de la Libye et cultivant avec elle des liens tant historiques qu'économiques, l'Italie s'est dite prête à mobiliser 5 000 militaires dans le cadre d'une coalition internationale. Une initiative que beaucoup considèrent comme extrêmement risquée. "C'est justement ce que cherchent les djihadistes de l'EI qui souhaitent revêtir le costume d'héritiers de la résistance au colonialisme", pointe le spécialiste Romain Caillet.
De son côté, l'ancien diplomate Patrick Haimzadeh estime qu'une intervention étrangère en Libye ne ferait qu'ajouter au chaos en vigueur depuis la chute de Muammar Kadhafi. "Ce n'est pas 5 000 soldats qu'il faudrait mais un million, car il y a aujourd'hui en Libye près de 300 000 hommes armés", affirme-t-il. "La seule voie de sortie de crise est celle de la reconstruction de l'État libyen, avec l'intégration des chefs de milice suite à un accord politique." Le scénario d'un Irak bis aux portes de l'Europe n'a jamais semblé aussi réel.

(16-02-2015 - Armin Arefi)

(*) Patrick Haimzadeh, auteur de Au coeur de la Libye de Kadhafi (éditions JC Lattès).

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 10:32

 

                                                                   cerveau animé

 

  source:

                                                                 ujfp--1-.jpg

 

 
 

Israël contre les Juifs
jeudi 19 février 2015 par Pierre Stambul

C’est un refrain bien établi. Vous critiquez Israël et le sionisme ? Vous êtes antisémite ! Un Juif français veut pouvoir « vivre son judaïsme » ? On l’invite à faire son « alyah » et à apporter sa pierre à la colonisation de la Palestine.
On essaie de nous marteler que l’histoire des Juifs s’est achevée et qu’Israël en est l’aboutissement. Israël fonctionne comme un effaceur de l’histoire, de la mémoire, des langues, des traditions et des identités juives. La politique israélienne n’est pas seulement criminelle contre le peuple palestinien. Elle se prétend l’héritière de l’histoire juive alors qu’elle la travestit et la trahit. Elle met sciemment en danger les Juifs, où qu’ils se trouvent. Et elle les transforme en robots sommés de justifier l’injustifiable

Retour sur un passé récent
L’histoire des Juifs français n’a strictement rien à voir avec Israël. Régulièrement spoliés, massacrés ou expulsés par différents rois très chrétiens, les Juifs ont acquis la citoyenneté française avec l’Abbé Grégoire pendant la Révolution. Ces deux derniers siècles ont été marqués par une quête de la citoyenneté et de l’égalité des droits. L’affaire Dreyfus a révélé que, si une partie de la société française était antisémite, une autre partie, finalement majoritaire, considérait que l’acquittement et la réhabilitation de Dreyfus étaient l’objectif de tous ceux qui étaient épris de liberté et refusaient le racisme. L’histoire des Juifs français a été marquée par leur participation importante à la résistance contre le nazisme et le régime de Vichy, puis par l’engagement de nombre d’entre eux dans des luttes progressistes et/ou anticoloniales. Les intellectuels juifs de cette époque s’appelaient Raymond Aubrac, Marc Bloch, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet, Stéphane Hessel. C’était une époque où beaucoup de Juifs pensaient que leur propre émancipation passait par celle de tou-te-s. C’était une époque où le racisme, le fascisme et la haine de l’autre étaient considérés comme des abjections à combattre. Les enfants juifs allaient à l’école publique, jamais il ne leur serait venu à l’idée de se séparer des autres dans des écoles confessionnelles.
On s’efforce aujourd’hui en Israël d’effacer l’histoire des Juifs dans les différents pays où ils ont vécu. Si les Juifs ont longtemps été considérés par les antisémites en Europe comme des parias inassimilables et s’ils ont été persécutés parce qu’ils constituaient un obstacle aux nationalismes fous qui rêvaient de sociétés ethniquement pures, ils n’ont jamais recherché la séparation mais au contraire l’insertion à l’intérieur des sociétés dans lesquels ils vivaient.

Une assignation à la désertion
On fait un saut de quelques années. En tête d’une gigantesque manifestation parisienne censée dénoncer le terrorisme, on trouve trois criminels de guerre, Nétanyahou, Lieberman et Bennet qui viennent de s’illustrer dans le massacre de plus de 2000 Palestinien-ne-s (essentiellement des civil-e-s) à Gaza pendant l’été 2014. Profitant de l’émotion causée par l’attentat antisémite de la Porte de Vincennes, Nétanyahou est autorisé (par le gouvernement français) à déclarer aux Juifs français qu’ils sont en insécurité en France et qu’ils doivent partir dans leur « vrai » pays, Israël.
En fait, le sionisme n’a jamais combattu l’antisémitisme. Il s’en est toujours nourri avec en permanence un seul et unique but : faire immigrer le maximum de Juifs en Israël. Du coup, Nétanyahou n’hésite pas à mettre en danger les Juifs français. Il en fait des étrangers dans leur propre pays, des « touristes » qui n’ont pas compris que leur « patrie » est là-bas. Les Juifs sont sommés d’être des « traîtres » (à la seule et unique cause, celle du Grand Israël de la mer au Jourdain) ou des complices. La France a toujours été un échec pour Israël : à peine 80000 Juifs sont partis depuis 1948 et une moitié est revenue. Alors la propagande se fait assourdissante. Pourtant, s’il y a bien un pays où les Juifs sont en insécurité, c’est Israël et il sera ainsi tant que la destruction de la Palestine se poursuivra.
À « l’alyah » (la montée) des vivants vers Israël, s’ajoute à présent celle des morts. Les autorités israéliennes incitent vivement les Juifs français à faire enterrer leurs proches en Israël. Ainsi les victimes de la tuerie de la porte de Vincennes ont été inhumées au cimetière de Givat Shaul. Ce « quartier » de Jérusalem, c’est l’ancien Deir Yassine, le village martyr de la guerre de 1948 où les milices de l’Irgoun dirigées par Menachem Begin ont massacré toute la population avant que le village ne soit, comme tant d’autres, rayé de la carte. Quel symbole !

Israël à l’avant-garde de l’islamophobie
Les Juifs ont vécu pendant des centaines d’années dans le monde musulman. Ils ont même été accueillis par l’empire ottoman après leur expulsion d’Espagne en 1492. Aujourd’hui, Israël participe à la diabolisation des Arabes et des musulmans en se comportant en élève modèle du « choc des civilisations ». Le racisme anti-arabe et l’islamophobie s’expriment ouvertement, des politiciens en ont fait leur fond de commerce et les passages à l’acte sont fréquents. Les crimes de masse comme à Gaza ou la multiplication des propos racistes (Pour le rabbin Rosen, les Palestiniens sont des Amalécites et la Torah autorise qu’on les tue ainsi que leurs femmes, leurs enfants, leurs troupeaux) laisseront des traces. Comment imaginer que ce qui est infligé aux Palestiniens sera sans conséquences ?
En Israël, des propagandistes rivalisent pour expliquer que les Juifs ont vécu l’enfer dans le monde musulman, masquant le fait que l’antisémitisme a été avant tout une invention européenne et chrétienne. Les Juifs orientaux subissent en Israël des discriminations sociales et un mépris raciste. Ils ont souvent été humiliés et discriminés à leur arrivée. Ils sont coupés de leurs racines et poussés à renier leur identité. L’expulsion des Palestiniens de 1948 est présentée comme un « échange de population » alors que le sionisme est le principal responsable, et de la Nakba, et du départ des Juifs orientaux de leurs pays.

Qu’y a-t-il de juif en Israël ?
Les sionistes ont théorisé l’idée que les Juifs et les non-Juifs ne peuvent pas vivre ensemble. C’est totalement contraire à tout ce qui s’est passé pendant des centaines d’années. Cela va à l’encontre de l’aspiration des Juifs à sortir des ghettos, des mellahs et des juderias pour devenir des citoyens normaux.
Les Juifs religieux qui émigrent en Israël y rencontreront rarement la religion telle qu’elle a été pratiquée pendant des siècles. Le courant national-religieux s’est imposé. Ce courant intégriste a totalement révisé la religion. Le « peuple élu », ça n’a jamais voulu dire qu’il a plus de droit que les autres mais au contraire qu’il a plus de devoirs. Parmi les préceptes, il y a « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » et « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». « L’an prochain à Jérusalem », ça n’a jamais voulu dire qu’il faut réaliser le nettoyage ethnique en cours, mais « vivement que le Messie vienne ». L’hébreu a toujours été une langue religieuse interdite à l’usage profane. La religion juive est une religion de « l’exil ». L’installation sur cette terre (d’Israël/Palestine) avant l’arrivée du Messie et a fortiori l’établissement d’un Etat juif étaient interdits. D’ailleurs les Juifs expulsés d’Espagne en 1492 ne sont pas allés à Jérusalem. Herzl a rencontré une hostilité quasi unanime des rabbins contre le projet sioniste dès qu’il a été question d’établir un État juif en Palestine.
Pour les Juifs laïques, les valeurs dominantes d’Israël sont à l’antithèse de ce que sont pour eux les valeurs du judaïsme. Où trouve-t-on dans la tradition juive le racisme, le chauvinisme, le militarisme, le négationnisme de l’existence et de la dignité de l’autre ? Qu’y a-t-il de commun entre ce qu’ont représenté les grands intellectuels juifs (Einstein, Freud, Arendt, Kafka, Benjamin …) et les criminels de guerre qui dirigent Israël ? Qu’est devenue en Israël la mémoire de celles et ceux qui ont lutté contre le fascisme et le colonialisme (Marek Edelman, Abraham Serfaty, Henri Curiel …) ? De quel héritage juif peuvent se prévaloir les colons et les militaires qui justifient à l’avance les violences et les crimes commis contre les Palestiniens ?
Comme l’écrit l’historien israélien Shlomo Sand à propos du livre de Yakov Rabkin Comprendre l’État d’Israël, « celui qui voit dans le sionisme une continuation du judaïsme ferait bien de lire ce livre. Mais celui qui croit que l’État d’Israël est un État juif est obligé de le lire ».
Certains Juifs pensent qu’après le génocide nazi, Israël est l’ultime refuge. Au nom de quoi les dirigeants israéliens peuvent-ils brandir partout l’antisémitisme et le souvenir du génocide ? Les sionistes n’ont joué qu’un rôle marginal dans la lutte contre l’antisémitisme et la résistance au nazisme. Certains dirigeants sionistes ont même eu un comportement honteux pendant la montée du fascisme (Ben Gourion avec les accords de Haavara, 1933) et à l’époque de l’extermination (le groupe Stern assassinant des soldats et des dignitaires britanniques). Comment ne pas comprendre que la mémoire du génocide signifie « que cela n’arrive plus jamais » et pas « que cela ne NOUS arrive plus jamais », ce qui correspond à une vision tribale de l’humanité totalement contraire à toutes les formes d’héritage juif.

Refuser l’assignation et la peur, refuser toutes les formes de racisme et de discrimination.
Il y a des confrontations qui ont du sens : les luttes contre l’oppression, la domination, le colonialisme, pour l’égalité des droits. On nous vend aujourd’hui une guerre qui n’est pas la nôtre : celle d’un monde dit « civilisé » contre le « terrorisme islamique ». Dans cette « guerre », les musulmans sont considérés comme des terroristes en puissance et sont sommés de « prouver » qu’ils ne sont pas des complices de Daesh.
Et les Juifs sont assignés à soutenir sans réserve une politique israélienne criminelle contre les Palestiniens et suicidaire pour les Juifs.
Cette fuite en avant criminelle tient par la peur. Ce syndrome assure le consensus à un point tel qu’un négociateur palestinien (le professeur Albert Aghazarian) a pu dire que les Israéliens ont peur de ne plus avoir peur. Cette peur irrationnelle a gagné beaucoup de Juifs français.
Dans le contexte du « choc des civilisations », prétexte des dominants pour ensanglanter le monde, il y a en France une montée générale de toutes les formes de racisme. Contrairement à l’image fabriquée par les principaux médias, le racisme frappe essentiellement tous les « dominés », toutes les victimes de l’apartheid social : Arabes, Noirs, Roms. Il prend une nouvelle tournure en se masquant derrière l’islamophobie. Comme il n’est plus politiquement correct de dire « sale arabe », on diabolise l’islam.
Il y a aussi une incontestable et détestable montée de l’antisémitisme. Mais les différentes formes de racisme ne sont pas traitées de la même façon.
Les dirigeants israéliens et en France le CRIF, participent activement à la stigmatisation des musulmans. Ils affirment contre toute évidence qu’il n’y a qu’un seul racisme à dénoncer (l’antisémitisme) et qu’on est à la veille d’une nouvelle « nuit de cristal ». Ils font apparaître les Juifs comme ceux que le pouvoir protège alors que l’idéologie sécuritaire, les déclarations des principaux dirigeants et le travail nauséabond de pseudo intellectuels, visent une seule population déclarée dangereuse.
Les stéréotypes antisémites se nourrissent aussi de la complicité du CRIF avec la politique israélienne et de la partialité évidente du pouvoir. À l’heure des confusions, l’indignation légitime contre les crimes israéliens fait monter l’antisémitisme et les quelques paumés attirés par la violence effroyable de Daesh commettent des attentats criminels contre les Juifs parce que Juifs.

La lutte contre le racisme ne peut pas être découpée. Choisir certaines « bonnes » victimes contre d’autres est à l’antithèse du combat antiraciste. La politique israélienne et la négation totale des droits du peuple palestinien ne protègent absolument pas les Juifs. Au contraire. Pour créer l’Israélien nouveau, il a fallu « tuer le Juif », celui qui pensait que son émancipation passait par celle de l’humanité. Comme le dit le militant israélien anticolonialiste Eitan Bronstein : « nous ne serons jamais libres tant que les Palestiniens ne le seront pas ». En refusant le tribalisme, les Juifs français réaffirmeront une histoire dont ils peuvent être fiers.
C’est tou-te-s ensemble qu’il faut combattre tous les racismes, toutes les stigmatisations, toutes les discriminations. C’est tou-te-s ensemble qu’il faut défendre le droit, en Palestine comme ici.

Pierre Stambul

 

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 10:05

 

                                                               cerveau animé

 

                                                         HUMA.fr

Guido Liguori : "À l’origine de la dissolution du PCI, un déficit de conscience théorique"
Entretien réalisé par 
Gaël De Santis
Vendredi, 29 Juin, 2012
L'Humanité
Guido Liguori : "À l’origine de la dissolution du PCI, un déficit de conscience théorique"

Guido Liguori, philosophe spécialiste d’Antonio Gramsci, est l’auteur de Qui a tué le Parti communiste italien ? Loin de s’attacher aux seuls débats de 1989, il s’efforce de dévoiler les racines intellectuelles et philosophiques de la décision de dissoudre le Parti communiste italien, le plus influent en Occident, pour créer le Parti démocrate de gauche.

Quelles sont les raisons principales 
de la dissolution du Parti communiste italien (PCI) ?

Guido Liguori. On trouve plusieurs ­raisons, mais il en existe une de fond. Le PCI était depuis longtemps devenu une fédération de partis, tenus ensemble par une histoire, une tradition. Mais ses composantes s’éloignaient de plus en plus l’une de l’autre. L’initiative du secrétaire du PCI, Achille ­Occhetto, de proposer un changement de nom du parti (le 12 novembre 1989 – NDLR) a redistribué les cartes. Il a pu compter sur deux courants au sein du groupe dirigeant. Le sien (le centre qui dirige le parti – NDLR) et la droite du parti, qu’on appelle les « miglioristes », dont vient l’actuel président de la République, Giorgio Napolitano, et qui était depuis longtemps ­favorable à la transformation du PCI en une force sociale-démocrate. Une autre partie du groupe dirigeant envisageait la transformation du PCI, mais pas en un parti social-démocrate et n’était donc pas d’accord avec les « miglioristes ». Mais ils se sentaient à l’étroit, jugeaient dépassés la tradition, l’idée, le nom de communiste.

Qui donc ?

Guido Liguori. Une partie de l’entourage d’Achille Occhetto qui vient de la gauche du parti. Il plonge ses racines dans « l’ingraïsme » (l’aile gauche mouvementiste du PCI qui se référait à Pietro Ingrao – NDLR) et qui était sous l’influence de l’idée d’une modernisation de la société et de la lutte défendue à l’époque par le quotidien la Repubblica. Si le changement a été permis, c’est par l’initiative d’Achille ­Occhetto, inattendue pour le groupe dirigeant. Si la base a suivi, c’est que l’état d’esprit est : « Si le secrétaire fait quelque chose, c’est qu’il sait pourquoi, c’est pour tromper l’ennemi, même si je ne le comprends pas moi-même. » Si la veille de la proposition, on avait demandé l’avis des militants, 90 % auraient refusé une telle perspective.

Dans votre essai, vous citez plusieurs personnes pour qui, dans la pratique, le PCI n’était plus communiste. Quel est votre avis ?

Guido Liguori. C’était un parti communiste. Pour être plus précis, pour beaucoup de composantes, c’était encore un parti communiste. Nombreux sont ceux qui n’auraient jamais eu l’idée de changer le nom du PCI si Achille Occhetto n’en avait fait la proposition. Parmi ceux-là, Massimo D’Alema (qui deviendra chef de gouvernement entre 1998 et 2000 – NDLR). Ce dernier était l’un des plus intelligents défenseurs de l’héritage de Palmiro Togliatti (l’ancien secrétaire du PCI entre 1938 et 1964 – NDLR). Au cours de l’été 1989, il était encore de ceux qui polémiquaient contre ceux qui proposaient, déjà alors, de changer le nom du parti. Mais en novembre, il change d’avis. Pourquoi ? Parce que c’est le secrétaire qui a fait la proposition. Dans un entretien, il résume bien la mentalité communiste. Il estime que, pour guider un ­autobus déjà en marche, il faut monter dedans et essayer d’en fixer la direction. C’est naturellement une illusion.

Il est utile de rappeler qu’à l’époque Mikhaïl Gorbatchev dirigeait encore l’Union des ­Républiques socialistes soviétiques (URSS) et se disait « élève » du communiste italien. ­Personne ne pouvait alors imaginer que, deux ans plus tard, l’URSS n’existerait plus, ni ­envisager que la nouvelle force politique créée par le PCI s’éloignerait toujours davantage de celui-ci, voire de la gauche.

Vous indiquez que des secteurs toujours 
plus importants du PCI, et jusque dans 
les sommets du parti, ont fait leur culture politique différente de celle du communisme. Avec plus de 20 % des suffrages, le PCI occupait un espace politique plus important que ceux de ses homologues européens. 
Quand on est si grand, est-ce possible de se prémunir de l’influence sociale-démocrate ?

Guido Liguori. La culture politique du PCI ­provient d’Antonio Gramsci et Togliatti. Dès les années 1920 et 1930, le concept de révolution est redéfini. Il prend en compte la différence entre sociétés arriérées comme la Russie et sociétés capitalistes avancées et complexes, où la ­révolution a failli. En prison, Gramsci envisage la révolution comme un processus et non comme une prise du palais d’Hiver. Ce concept, repris par Togliatti à la fin du stalinisme dans les années 1950 et 1960, cherche à dépasser la division au sein du mouvement ouvrier entre réformistes et révolutionnaires. Togliatti propose des « réformes de structures », c’est-à-dire qu’avec des changements partiels, s’accumulent des forces et se déterminent des situations qui vont dans le sens du socialisme. C’est, selon moi, la raison pour laquelle le Parti communiste italien occupe dans la société italienne un espace aussi important. Il dépasse, en les maintenant ensemble, les traditions ­réformistes et révolutionnaires, mais pas dans un sens ­social-démocrate.

N’y a-t-il pas un risque, quand on maintient cette contradiction entre réformistes et révolutionnaires en son sein de faire entrer dans ses rangs des gens qui, autrement, seraient au PS ?

Guido Liguori. Le risque existe toujours. La ­question est : qui dirige le processus ? Quelle est la culture hégémonique au sein du parti ? Le jeu était beaucoup plus sûr tant qu’il y avait une référence obligée à l’alliance avec l’URSS. Car cette dernière permettait d’opérer n’importe quel jeu tactique de droite tout en maintenant une physionomie communiste. Telle était la façon de faire de Giorgio Amendola, de la droite du parti, qui était profondément ­philosoviétique et a même soutenu l’intervention en Afghanistan.

À partir des années 1970, de nouvelles demandes sont adressées aux partis de gauche. Le PCI en tient compte. Vous constatez qu’Occhetto donne une nouvelle définition de l’égalité en reprenant la théorie de John Rawls sur l’égalité des chances. Les droits sont mis en avant. Vous êtes très critique face à cette évolution, car elle ferait disparaître la lutte des classes. N’y avait-il pas le risque que le PCI reste à côté de ce qui se passe dans la société, s’il ne prenait en compte ces questions ? Le thème de la méritocratie mobilise beaucoup les jeunes Italiens qui ont fait des études aujourd’hui.

Guido Liguori. Pour moi qui suis gramscien, 
la bataille des idées est extrêmement importante. Dans une grande partie du groupe ­dirigeant communiste, mais aussi chez les ­intellectuels de référence, les idées de la tradition communiste ont toujours plus été relativisées en faveur de nouvelles traditions culturelles. Sur certaines questions, comme le féminisme, l’environnementalisme, cet ajustement était nécessaire. Mais dans d’autres, ­certaines idées ne sont intéressantes qu’articulées à la lutte de classes. Si elles se substituent à cette dernière, cela change la nature du parti et du groupe ­dirigeant. C’était le signe d’une culture ­politique diverse, qualifiée en Italie de libérale-socialiste.

Vous parlez des droits. D’un point de vue politique, il est juste d’intervenir sur cette question, de défendre la démocratie, les conditions minimales de vie des travailleurs. Mais le problème théorique est qu’il y a des droits différents. Il y a les droits qui relèvent des libertés, qui sont justes et doivent être préservés. Il y a les droits sociaux, qui relèvent de la social-démocratie classique : droit au travail, au logement, à la santé, etc. Et défendre ces derniers devient risqué quand est perdue la référence à la lutte de classes. Car quel est le fondement de ces droits ? Pour un catholique, il provient du fait que l’on est tous fils de Dieu. Qu’en est-il pour qui n’est pas catholique ? Les droits ne reposent sur aucun fondement, ils sont sujets aux rapports de forces sans lesquels ils n’ont aucun effet. En outre, qui est le sujet de ces droits dans de tels discours ? À la place de la lutte de classes succède un discours culturel et théorique sur l’individu.

Concernant l’égalité des chances, c’est une théorie libérale de gauche, mais très différente de la tradition socialiste. Car cette théorie dit que tout le monde a le droit de devenir manager, sans toutefois rien critiquer du fait que ce dernier peut gagner beaucoup plus que les autres. La théorie de l’égalité des chances envisage une société comme une piste de 100 mètres que tout le monde a le droit de parcourir en moins de dix secondes. Elle oublie que si certains obtiennent des positions, c’est au détriment des autres.

Vous faites allusion au fait que lorsque le secrétaire du PCI de 1972 à 1984, Enrico Berlinguer, a ouvert le parti à de nouvelles questions, avec un succès qui ne s’est pas démenti dans les urnes, il n’y a pas eu de réelle nouvelle définition de ce qu’est le nouveau communisme. Cela a été important pour la suite ?

Guido Liguori. En effet, il y a eu un déficit de conscience théorique. Cela a permis à la droite du parti d’utiliser certaines évolutions ­nécessaires de la période berlinguérienne pour renverser la ligne et l’identité du parti. Ce manque de prise en compte de la dimension théorique remonte à la période de Togliatti. Le primat a été donné à la politique. La théorie était implicite. Car ne pas l’expliciter accordait plus d’espace au jeu tactique.

Certains maux de la République italienne d’aujourd’hui, à savoir des « partis légers », l’exécutif fort qui remplace la participation de masse, ne viennent pas que de Silvio Berlusconi. Comment ces idées ont-elles fait leur chemin, jusque dans le PCI ?

Guido Liguori. On a observé une reddition des dirigeants communistes au processus d’américanisation de la politique dans les années 1980, sous l’influence des télévisions berlusconiennes, qui a conduit à une personnalisation de la politique, à une plus forte délégation, et à une politique de l’image. Cela correspondait à une évolution de la société. Il fallait à l’époque voir si cette évolution devait être combattue, ou s’il fallait au contraire l’utiliser. Or Achille Occhetto et ses proches étaient convaincus de leur rôle : s’adapter aux processus de modernisation de la politique et de la société. Le mot clé d’Occhetto dans son opération de changement de nom a été « nouveau ». Son idéologie a été nommée : « novisme ».

D’où vient le renoncement du PCI à imposer une hégémonie culturelle dans le pays ?

Guido Liguori. Il date d’après la mort d’Enrico Berlinguer en 1984. Dans les années 1970, on observe l’entrée dans le PCI de nombreux cadres qui viennent des générations qui ont fait 1968 et ont participé au mouvement étudiant. Cela a changé le parti. Car 68 semblait demander le communisme, en réalité, il réclamait la modernité, dont l’Italie avait fort besoin. C’était juste, mais c’était une pensée individualiste très lointaine de la tradition et des idéaux communistes. Cela a créé les préconditions pour les changements des années 1980. Le personnel politique qui arrive après 1968 est surtout attentif au processus de modernisation. Tant que Berlinguer était là, le mélange avec la culture communiste a réussi. Mais ensuite, quand le PCI a connu ses défaites électorales, il y a eu un changement d’avis et ont crû, dans le parti, les cultures non communistes. Et ce d’autant plus que la culture libérale-socialiste, avec ses appareils hégémoniques (ses fondations, ses journaux comme la Repubblica), ses liens internationaux, a engagé une critique méthodique de tous les piliers de la culture communiste, gramscienne et léniniste dans les années 1970.

Outre les partis communistes, que reste-t-il de l’histoire et de l’influence du PCI en Italie ?

Guido Liguori. Il existe cette idée de réunir tous les cercles « Enrico Berlinguer » d’Italie, qui sont des associations culturelles et parapolitiques, souvent gérées par des militants inscrits à aucun parti. Il y a cette tentative de faire naître une association pour la défense de l’histoire du PCI. Et l’an dernier, une très grande exposition, « Avanti popolo », consacrée à l’histoire du PCI, a enregistré un formidable succès. Dans la société italienne, il existe encore des milliers de militants qui, après la fin du PCI, ne se sont inscrits nulle part. C’est le cas de la majorité des anciens adhérents du PCI. Ils auraient envie d’être agrégés dans une force de gauche. L’idée d’un communisme démocratique est encore vivante dans la société italienne.

Qui a tué le PC italien ? Dans Qui a tué le Parti communiste italien ?, Guido Liguori décrit les dernières années du plus grand PC d’Occident, en prenant le parti de l’examen de ses évolutions idéologiques et théoriques. Dans ce portrait, on découvre les travers de l’Italie depuis les années 1980, comme la personnalisation de la vie politique. On constate le poids de l’idéologie « moderne » de « gouvernance » jusque dans le PCI : un exécutif aux pouvoirs renforcés 
par rapport au Parlement prend le pas sur la démocratie et son corollaire, la participation populaire. Cette 
vision empoisonne la réforme institutionnelle depuis 1990. L’ouvrage pose d’autres questions. Comment 
le communisme peut-il – et c’est nécessaire ! – intégrer des thématiques nouvelles, sans y perdre son âme : égalité des chances, exigence de droits. On regrettera la préface, qui se livre à des parallèles hasardeux entre les évolutions du PCI et du PCF. On appréciera les derniers chapitres qui détaillent les débats et les difficultés de ceux qui tentent de sauver le communisme dans la Péninsule. Qui a tué le Parti communiste italien ? Guido Liguori, traduit 
de l’italien par Anthony Crezegut, Aymeric Monville, Éditions Delga, 2011, 13,20 euros.

 

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17 février 2015 2 17 /02 /février /2015 09:51

 

                                                                   cerveau animé

                                                                            HUMA.fr

Pierre Tartakowsky : "Arrêtons de distinguer la France, d’un côté, et les juifs, de l’autre !"
Entretien réalisé par Alexandre Fache
Lundi, 16 Février, 2015
Photo : Frédérick Florin/AFP
Environ 300 stèles du cimetière juif de Sarre-Union, dans le Bas-Rhin, ont été profanées dans la nuit de dimanche à lundi.
Photo : Frédérick Florin/AFP
S’il condamne fortement la profanation du cimetière juif de Sarre-Union (Bas-Rhin) et la montée de l’antisémitisme en France, le président de Ligue des droits de l’Homme, Pierre Tartakowsky, met en garde contre les discours qui ont tendance à « communautariser » les Français de confession juive.

Comment réagissez-vous à la profanation du cimetière juif de Sarre-Union (Bas-Rhin) ?

Pierre Tartakowsky. La corrélation entre ces événements et ceux de Copenhague est d’abord extrêmement sinistre. C’est pourquoi la LDH a réagi aux deux faits, en appelant à combattre l’antisémitisme. Cette profanation, c’est une façon de dénier aux Français juifs la possibilité d’avoir une histoire propre et de pouvoir reposer en paix, une fois décédés. S’en prendre aux sépultures, c’est très rare dans l’histoire moderne française. Il s’agit d’une transgression très forte symboliquement. Le fait qu’elle ait été aussi systématique (300 tombes saccagées), et qu’elle se produise dans une terre qui a particulièrement souffert de l’antisémitisme nazi, confère à l’acte une dimension spéciale. Certes, à l’heure où nous parlons, on ne connait pas encore l’auteur des faits: peut-être un groupe néo-nazi ou identitaire ? Peut-être de jeunes crétins que la transgression faisait frémir… ? Dans le climat politique actuel, ce geste est de toute façon désastreux. Comme le sont certains discours, marqués par la volonté de distinguer la France (d’un côté) des Juifs (de l’autre). Je pense notamment à la Une d’un récent hors-série de l’Express sur « Les Juifs de France ». Il y a dans cette distinction quelque chose d’inacceptable, aussi inacceptable que le discours de Benjamin Netanyahu qui affirme : « vous les juifs qui êtes en France, partez, ou restez, mais à vos risques et périls ». Même la réaction de Manuel Valls me semble discutable. Dire « la France à besoin de vous » ou « la France est blessée, comme vous, et la France ne veut pas votre départ », c’est pavé de bonnes intentions, certes. Mais quelque part, c’est aussi inscrire cette distinction, cette différence entre la France et les juifs. Je ne pense pas qu’il faille poser le problème comme ça. La France ne veut le départ d’aucun de ses citoyens, voila tout. Et il faut dire encore plus frontalement à Benjamin Netanyahu : « un pays étranger n’a pas à inviter publiquement les citoyens français à quitter leur pays ».

 

La montée de l’antisémitisme est toutefois bien réelle en France. On parle d’un doublement des actes antisémites entre 2013 et 2014…

Pierre Tartakowsky. Oui. Et cette accélération des actes antisémites est en train de réveiller des inconscients français auxquels il faut être attentif. On se souvient de la triste déclaration de Raymond Barre, en 1980, après l’attentat de le rue Copernic, distinguant, dans les victimes, les juifs de trois «personnes innocentes», sous-entendues non-juives… Certes, on n’en est pas là aujourd’hui. Mais il faut être très vigilant sur les expressions employées. D’autant que cette montée de l’antisémitisme se corrèle, comme souvent, à une montée de l’islamophobie qui a rarement été aussi répandue.

 

François Hollande, qui se rendra mardi dans le Bas-Rhin, appelle la communauté nationale au « sursaut ». Comment selon vous lutter contre ces phénomènes et en particulier contre l’antisémitisme ?

Pierre Tartakowsky. C’est très bien que le président de la République se déplace dans le Bas-Rhin. Je partage aussi son appel à un sursaut national. A condition d’être très clair sur le contenu de ce sursaut. Un sursaut républicain qui vise à faire vivre la liberté, la fraternité, l’égalité, la laïcité telle que nous l’entendons, c’est-à-dire une laïcité qui ne soit pas punitive, c’est très bien. Maintenant, on sent bien que derrière ces grandes déclarations, le gouvernement est dans le court terme et ne sait pas trop quoi faire. Le plan de lutte antiraciste va sans doute être relancé, mais nous n’en sommes qu’aux balbutiements. Surtout, le problème ne date pas d’hier, et il est de plus multi-factoriel. L’éducation - des collèges à l’université - est à l’évidence un des terrains sur lesquels on doit organiser des débats sur le vivre ensemble en France. Mais cela demande un cap clairement assumé, sans ambigüités. Et beaucoup de discussions. Or, ce qui semble primer, y compris à l’éducation nationale, c’est plutôt la répression et la stigmatisation. Nous avions prévenu qu’en sortant ‘l’apologie du terrorisme’ du droit de la presse pour le faire entrer dans le code pénal, on courait au devant de catastrophes. Et bien, les catastrophes sont là. Des gamins sont traînés devant les commissariats pour des propos qui ne sont souvent que des propos transgressifs d’adolescents. Le terrorisme, comme l’antisémitisme, ne disparaîtront pas du jour au lendemain. Il faut donc s’inscrire dans le temps long et ne pas se contenter d’un « sursaut » mais de politiques, de moyens, de volontés. Cela passe par des affichages clairs vis-à-vis de l’opinion publique française dans sa, et même, ses diversités. Si on avait combattu sans lever le pied le racisme et l’antisémitisme ces 15 dernières années, on n’en serait pas là. Si on avait accordé le droit de vote aux résidents non européens aux élections locales, si on avait vraiment lutté contre les effroyables discriminations qui existent sur le marché de l’emploi, on n’en serait pas là non plus. Et on serait plus à l’aise pour appeler à un sursaut républicain. Même si, encore un fois, celui-ci est nécessaire. Car le terrorisme n’est pas un fantasme.

Cinq mineurs ont été placés en garde à vue après la profanation du cimetière juif à Sarre-Union. Un jeune homme s'est présenté à la brigade de gendarmerie lui-même, ce lundi matin, et a reconnu la profanation du cimetière juif de Sarre-Union, selon le procureur de la République de Saverne. Il a dénoncé ses complices. Au total, cinq mineurs, âgés de 15 et demi à 17 ans et demi, ont été placés en garde à vue. Ils sont tous originaires de la région.

 

 

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 15:56

 

 

                                        La caricature et les catholiques....

 

 

 

 

             
                                Date d'enregistrement : 23/10/1986
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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 14:34

 

                                                                      MARE NOSTRUM-copie-1

 

 

 

 

Israël : Hannen Zoabi, députée palestinienne à la Knesset, habitant à Nazareth, empêchée de se présenter aux élections législatives par la Commission électorale israélienne !

Israël : Hannen Zoabi, députée palestinienne à la Knesset, habitant à Nazareth, empêchée de se présenter aux élections législatives par la Commission électorale israélienne !

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 14:24

 

 

  Clio                                                                                                  

Clio,la muse de l'Histoire

 

 

                                                                                                             source: Pascal BavencovePascal Bavencove

 

Un maire noir de Paris en 1879, effaçé des archives et de l'Histoire

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Severiano de Hérédia, Le maire "noir" de Paris

Un Caribéen noir, Severiano de Heredia, a été ministre des Travaux publics et président du conseil de Paris sous la 3e République. Ce mulâtre cubain, cousin des deux poètes José-Maria de Heredia, a été dénigré de son vivant et effacé des mémoires dès son trépas. Un cas emblématique proposé par les éditions Les Indes savantes, collection Boutique de l'histoire.
Paul Strade, professeur émérite de l'université de Paris VIII, a présenté vendredi dernier à l'Assemblée Nationale son livre, « Sévériano de Hérédia : ce mulâtre cubain que Paris fit maire et la République ministre », préfacé par la 1re députée noire de la capitale, Georges Pau-Langevin.

 

 

 



L'auteur a épluché les archives de la police de Paris, de la Bibliothèque nationale, du Grand orient de France, ainsi que les archives cubaines afin de rétablir l'histoire. « En France, seul l'archiviste du Grand orient de France avait remarqué son nom clinquant et son rang éminent au sein de la hiérarchie maçonnique. Mais il ne s'avait pas qu'il était noir. » Severiano de Hérédia a été élu conseiller municipal du quartier des Ternes en 1873, puis président du conseil de Paris en 1879 et député de la Seine en 1881. Il devient en 1887 le premier ministre noir des Travaux publics. Un ministère de plein pouvoir dans le gouvernement Rouvier. « Severiano de Hérédia était un grand réformiste social et laïc », résume l'auteur.

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Et pourtant, il reste méconnu pour ne pas dire inconnu. Son nom ne figure pas sur la liste des personnalités enterrées au cimetière parisien des Batignolles où il repose, ni dans les dictionnaires et encyclopédies populaires actuelles. Aucune trace de son nom dans le Paris d'aujourd'hui ou ailleurs en France. Il n'a d'ailleurs jamais été décoré de la légion d'Honneur alors même qu'il est le créateur des bibliothèques municipales à Paris et, à la suite de Victor Hugo et Jules Ferry, président de l'association Philotechnique. Ce grand républicain classé au cimetière des oubliettes fait partie de ces Noirs qui ont fait la France.

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Né à la Havane, le 8 novembre 1836, de deux mulâtres libres, il a été élevé par son parrain, un riche planteur qui disait de lui : « Je l'aime comme un fils pour l'avoir élevé. » Il débarque à Paris en 1845, où il mourra le 9 février 1901 d'une commotion cérébrale. C'est lui qui géra avec succès les très grands froids de l'hiver 1879-1880 sur la capitale. « C'est un exemple à méditer », s'est émue George Pau-Langevin qui a offert un exemplaire de l'ouvrage à Bertrand Delanoë, son lointain successeur. Ce dernier ignorait jusqu'alors qu'un Noir avait occupé son fauteuil avant lui.

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L'ambassadeur de la République de Cuba à Paris, Orlando Requeijo Gual, a été surpris que personne, particulièrement aux archives, ne connaissent l'existence de Séveriano de Heredia. « Ce n'est pas possible », lui a-t-on répondu. « C'est pourtant le tournant de l'histoire, s'exclame le diplomate. C'est d'une actualité incroyable ! Il est peut être le premier ministre non blanc en Europe ! Ce livre est un monument surtout pour penser, pour réfléchir. »

Aujourd'hui, la question des raisons de cet oubli se pose. Pourquoi ce qui a été possible durant ces années-là ne l'est plus aujourd'hui ? Il est l'homme oublié à cause de la couleur de sa peau ? Et alors qu'il a été porté par la 3eRépublique, il est parti sans les honneurs réservés à ses meilleurs citoyens. C'est une profanation de l'identité nationale. » Navrant destin pour Heredia qui devrait faire partie du récit national.

Alfred Jocksan (agence de presse GHM)
3 questions à Paul Strade, auteur

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« L'ambassadeur d'Haïti était son ami » 

Quel est l'objet de votre livre ?

J'ai voulu montrer, c'est un travail d'historien, que notre Sévériano de Hérédia était véritablement un homme supérieur, indépendamment de toute autre considération.

En quoi cet homme est-il emblématique ?

Dès que j'ai mis le nez dans la documentation le concernant, je me suis aperçu de la modernité de sa pensée et surtout de son insertion possible dans les débats actuels. Mais je pense que les mentalités françaises n'ont pas évolué aussi vite que le monde et, par conséquent, il reste encore des relents enfouis, et parfois malheureusement exprimés, d'une pensée colonialiste .

Comment se fait-il qu'il ne figure pas sur la liste des personnalités du cimetière des Batignolles ?

C'est extrêmement surprenant et il faut continuer les recherches. Une chose est certaine, il a eu des obsèques magnifiques avec cinq orateurs donc un futur président de la République, le président du Sénat et chose tout à fait extraordinaire, le corps diplomatique étranger était représenté par Haïti. C'est la seule fois où Haïti a représenté le corps diplomatique mondial.

L'ambassadeur d'Haïti était un ami de Severiano, c'est-à-dire qu'on avait perçu au moment de sa mort sa dimension africaine. La presse a rendu compte de ces obsèques très solennelles comme un fait divers. Son étoile avait pali, il n'était plus rien. Il avait été quelque chose, et là, il y avait eu la conquête de l'Afrique... Tout Français doit se pencher sur son histoire en examinant les recoins qui peuvent être honteux ou simplement incompris.
Propos recueillis par Alfred Jocksan

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16 février 2015 1 16 /02 /février /2015 13:52

 

                                                                        cerveau animé

 

source:LE MONDE DIPLOMATIQUE

Attentats de Paris, l’onde de choc

Un antisémitisme virulent mais marginal
par Dominique Vidal, février 2015

L’assassinat de quatre otages par Amedy Coulibaly à la supérette kasher de la porte de Vincennes a sidéré de nombreux juifs de France. Après l’enlèvement et la mise à mort d’Ilan Halimi par M. Youssouf Fofana en 2006, puis le massacre perpétré par Mohamed Merah à l’école Ozar-Hatorah de Toulouse en 2012, nombre d’entre eux y ont vu l’expression d’une vague d’antisémitisme qui déferlerait sur notre pays.

Difficile de ne pas laisser l’émotion l’emporter sur la raison. Ce qui est moins compréhensible, c’est que beaucoup d’analystes font une confusion dans les indices qu’ils utilisent. Il convient en effet, pour mieux cerner le phénomène, de distinguer opinions antisémites et actes antisémites.

S’agissant des premières, rien n’indique qu’elles aient significativement progressé. Toutes les enquêtes sérieuses — et d’abord celle réalisée chaque année par la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) pour son rapport sur le racisme et l’antisémitisme — dépeignent un phénomène marginal, contrairement au racisme anti-Roms et à l’« islamophobie (1) », en train d’exploser. Dans leur dernier rapport, les auteurs concluent : « Les Français juifs sont de loin la minorité la plus acceptée aujourd’hui en France. Si l’indice d’acceptation des juifs a baissé de 6 points depuis 2009, où il atteignait un niveau record de 85 sur 100, il reste de très loin supérieur à celui de tous les autres groupes, 6 points au-dessus de celui des Noirs, 21 au-dessus des Maghrébins et 28 au-dessus des musulmans (2). »

Le sentiment anti-juifs se répartit bien sûr inégalement dans la population française. Ainsi la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) a-t-elle publié en novembre dernier une enquête (3) selon laquelle les musulmans sont plus enclins que d’autres à l’antisémitisme. Mais l’échantillon de sondés ne comprenait que… 575 personnes (4). Et le fait de juger de l’opinion de ces dernières en fonction de six « préjugés »« Les juifs utilisent aujourd’hui dans leur propre intérêt leur statut de victimes du génocide nazi pendant la seconde guerre mondiale » ; « Les juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance » ; « Les juifs ont trop de pouvoir dans le domaine des médias » ; « Les juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique » ; « Il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale » ; « Les juifs sont responsables de la crise économique actuelle » — apparaissait discutable.

Si l’antisémitisme comme courant de pensée reste donc peu répandu, le développement des actes antisémites (5) constitue, lui, une réalité indéniable depuis le début du siècle. Les statistiques du ministère de l’intérieur en situent la première poussée en 2002. Cette année-là, les violences racistes ont été multipliées par quatre et, en leur sein, les violences antisémites par six. Depuis, les unes et les autres ont connu des hauts et des bas, mais elles ne sont jamais retombées au niveau des années 1990. Et les trois dernières années ont marqué un pic. Le Service de protection de la communauté juive (SPCJ) a enregistré, durant les sept premiers mois de 2014, une progression de 91 % par rapport à 2013 : 527 actes, contre 276 (6).

Comme la chronologie l’indique, les poussées de violence correspondent — entre autres — aux périodes les plus meurtrières du conflit israélo-palestinien. A l’instar des images de la seconde Intifada, celles de l’agression contre la bande de Gaza, en juillet-août 2014, ont confronté des millions de téléspectateurs aux crimes commis par les soldats israéliens. Rien à voir, dira-t-on à juste titre, avec les juifs de France. Sauf que les prises de position du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), défendant bec et ongles la politique de Tel-Aviv, alimentent l’amalgame entre juifs et Israéliens. Pis : l’alignement, dans un premier temps, du président François Hollande sur le premier ministre Benyamin Netanyahou a accrédité la thèse d’un « lobby » assez puissant pour infléchir l’orientation de la France.

Le Proche-Orient ne représente évidemment pas le seul facteur incitant à s’en prendre aux juifs. Il faudrait évoquer notamment le rôle d’un Dieudonné et d’un Alain Soral, qui véhiculent un antisémitisme d’autant plus virulent qu’il se drape dans le manteau de la « persécution » dont ils seraient victimes. Cette posture contribue à gommer leur collusion avec l’extrême droite.

Que le ressenti d’une partie de la population, en l’occurrence certains juifs de France, ne reflète pas la réalité ne l’empêche pas de peser sur celle-ci. A preuve le triplement, en quelques années, du nombre d’immigrants français en Israël. Longtemps limité à quelque 1 500 personnes par an, il a atteint 7 000 en 2014, soit plus de 1 % du nombre estimé de juifs en France — et les dirigeants israéliens affirment en attendre 10 000 cette année. Comme avant lui Ariel Sharon, M. Netanyahou n’a pas hésité à exhorter ses « frères » à quitter la France pour rejoindre Israël, allant jusqu’à comparer leur situation à celle des juifs d’Espagne à la veille de l’expulsion de 1492 (7).

Si l’émotion et la peur incitent effectivement certains au départ, cette aliya montée » en hébreu) est profondément paradoxale : ceux qui y participent abandonnent le pays qui, le premier dans l’histoire, a émancipé les juifs afin de s’installer dans celui où le danger, pour eux, est le plus pressant…

Dominique Vidal

Journaliste, auteur de l’ouvrage Le Mal-Etre juif. Entre repli, assimilation et manipulations, Agone, coll. « Contre-Feux », Marseille, 2003.
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