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CHANTS REVOLUTIONNAIRES

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 16:08

                                             


L’Egypte au bord de l’implosion sociale

                                                                                                              
par René Naba

Le plus grand et le plus peuplé pays du monde arabe avec 80 millions d’habitants, est au bord de l’implosion sociale avec 34 % d’Egyptiens vivant en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de    deux dollars par jour. Depuis le revirement proaméricain du président Anouar el Sadate, en 1978, et son traité de paix avec Israël, il y a trente ans, l’Egypte fonctionnait sur un mode binôme, par une répartition des tâches entre le pouvoir politique géré par la bureaucratie militaire, alors que la gestion culturelle de la sphère civile était confiée au zèle de l’organisation des Frères Musulmans, dont le prosélytisme s’est matérialisé par le rétablissement du crime d’apostasie.

 

                                                                                                                                                                                          le ra'is Moubarak


L’escadre de l’Otan dépêchée en renfort de l’Egypte pour lutter contre le trafic des armes au large de Gaza, de même que l’activisme diplomatique tardif déployé par le Caire avec l’hébergement des pourparlers inter palestiniens et la conférence des pays donateurs pour la reconstruction de l’enclave palestinienne détruite par Israël, ne modifieront en rien la cruauté du constat : Misr Oum ad Dounia, l’Egypte, Mère du Monde, l’Egypte, dont l’histoire s’est longtemps confondue avec l’épopée, n’est plus que l’ombre d’elle-même, un pays qui a intériorisé sa défaite, voué au rôle peu glorieux de sous traitant de la diplomatie américaine sur le plan régional, de factotum des impératifs de sécurité d’Israël, le ventre mou du Monde arabe, son grand corps malade.

Placé au centre géographique du Monde arabe, à l’articulation de sa rive asiatique et de sa rive africaine, abritant la plus forte concentration industrielle dans une zone allant du sud de la Méditerranée aux confins de l’Inde, contrôlant de surcroît, de manière exclusive, les deux principaux axes de communication du Monde arabe, le Nil vers le continent africain, le Canal de Suez vers le Golfe pétrolier, l’Egypte a longtemps été le fer de lance du combat nationaliste arabe. Plaque tournante de la diplomatie arabe, elle a assumé sans relâche le rôle du grand frère protecteur, le régulateur de ses turbulences, le parrain de ses arrangements, comme ce fut le cas de l’accord libano palestinien du Caire, le 3 Novembre 1969, qui mit fin à la première guerre civile libano palestinienne, ou de l’accord jordano-palestinien, le 27 septembre 1970, dans la foulée du Septembre Noir jordanien.

Mais l’artisan de la première nationalisation victorieuse du tiers monde, la nationalisation du Canal de Suez, en 1956, qui sonna le glas de la présence coloniale franco-britannique en terre arabe, la base arrière des principaux mouvements de Libération du Monde arabe, de l’Algérie au Sud Yémen, le destructeur de la ligne Bar Lev, en 1973, qui exorcisa le complexe d’infériorité militaire arabe vis à vis d’Israël, parait comme atteint d’éléphantiasis diplomatique, à en juger par son comportement honteusement frileux durant les deux dernières confrontations israélo-arabes, la guerre de destruction israélienne du Liban, en juin 2006, et la guerre de destruction israélienne de Gaza, deux ans plus tard, en décembre 2008.

Même dans le domaine privilégié de sa suprématie qui capta l’imaginaire et l’adhésion des foules pendant un demi siècle, le domaine culturel, sa supériorité parait battue en brèche.

Premier exportateur de vidéocassettes, de films et de téléfilms dans le Monde arabe, l’Egypte disposait d’un magistère culturel sans égal, s’articulant sur trois piliers : Le charisme de son chef, Nasser, sa brochette prestigieuse de vedettes de grand talent, Oum Kalsoum et Abdel Wahab, ses grands écrivains Taha Hussein, Naguib Mahfouz et le poète contestataire Cheikh Imam, Tahia Karioka et Nadia Gamal, sur le plan de l’industrie du divertissement et du spectacle, le tandem formé, enfin, sur le plan de la communication, par le journal Al-Ahram, le plus important quotidien arabe, et Radio le Caire, la doyenne des stations arabes.

Septième diffuseur international par l’importance de sa programmation radiophonique hebdomadaire, Radio le Caire émet en 32 langues couvrant un large spectre linguistique (Afar, Bambara, pachtoune, albanais). Il constituait un puissant vecteur de promotion des vues égyptiennes aux confins du quart monde. Mais son primat culturel pâtit désormais de la renaissance de Beyrouth, le point de fixation traumatique d’Israël, capitale culturelle frondeuse du Monde arabe, et de la fulgurante percée des chaînes transfrontières arabes, en particulier Al-Jazira, désormais indétrônable par son professionnalisme.

Son primat diplomatique, aussi, est remis en question par l’émergence des deux puissances musulmanes régionales non arabes, l’Iran et la Turquie, dans la suppléance de la défaillance diplomatique arabe, principalement de l’Egypte et surtout de l’Arabie saoudite, mutique pendant les trois semaines de la destruction israélienne de Gaza. De même que son primat militaire est relégué aux oubliettes par la relève rebelle des artisans victorieux de la nouvelle guerre asymétrique contre Israël, le chiite Hezbollah libanais et le sunnite Hamas palestinien, rendant obsolète la fausse querelle que tentent d’impulser l’Arabie Saoudite et l’Egypte entre les deux branches de l’Islam dans l’espace arabe.

Le plus grand et le plus peuplé pays du monde arabe avec 80 millions d’habitants, est au bord de l’implosion sociale avec 34 % d’Egyptiens vivant en dessous du seuil de pauvreté, avec moins de deux dollars par jour. Depuis le revirement proaméricain du président Anouar el Sadate, en 1978, et son traité de paix avec Israël, il y a trente ans, l’Egypte fonctionnait sur un mode binôme, par une répartition des tâches entre le pouvoir politique géré par la bureaucratie militaire, alors que la gestion culturelle de la sphère civile était confiée au zèle de l’organisation des Frères Musulmans, dont le prosélytisme s’est matérialisé par le rétablissement du crime d’apostasie. Sous la menace islamiste, l’Egypte navigue ainsi entre corruption, régression économique et répression, avec 1,3 million de flics employés par le ministère de l’Intérieur et plusieurs milliers de prisonniers politiques.

La passivité égyptienne devant le bain de sang israélien à Gaza, sa léthargie diplomatique face à l’activisme des pays latino-américains, le Venezuela et la Bolivie qui ont expulsé l’ambassadeur israélien à Caracas et La Paz, a suscité une levée de boucliers des Frères Musulmans conduisant la confrérie à cesser toute opposition à la Syrie, rendant caduque sa collaboration avec l’ancien vice-président syrien Abdel Halim Khaddam, le transfuge baasiste réfugié à Paris. Par un invraisemblable renversement d’alliance qui témoigne du strabisme stratégique de l’Egypte, c’est la Syrie, son ancien partenaire arabe dans la guerre d’indépendance, et non Israël, qui constitue désormais sa bête noire.

C’est Gaza, à bord de l’apoplexie, qui est maintenu sous blocus et non Israël, ravitaillé en énergie à des prix avantageux, défiants toute concurrence, sans doute pour galvaniser la machine de guerre israélienne contre un pays sous occupation et sous perfusion, la Palestine.

Indice de sa servitude à l’égard des Etats-Unis, la moindre initiative de l’Egypte est tributaire du contreseing américain, que cela soit dans le domaine de la technologie nucléaire obtenu, en 2005, après que l’Iran se soit engagé dans la course atomique et afin d’y faire contrepoint, ou que cela soit dans le domaine diplomatique. La dernière initiative franco-égyptienne sur Gaza n’échappe pas à la règle. Elle répond davantage au souci de MM. Hosni Moubarak et Nicolas Sarkozy de sauver du naufrage à sa première épreuve l’Union Pour la Méditerranée, dont ils assument la co-présidence, que de mettre un terme au bain de sang israélien.

L’Egypte bénéficie, il est vrai, d’une rente stratégique matérialisée par une aide américaine de trois milliards de dollars par an. Mais cette obole apparaît à bon nombre d’observateurs comme une sorte de denier de Judas, ne pouvant compenser aux yeux de l’opinion publique du tiers monde, le socle de la puissance diplomatique égyptienne, les effets dévastateurs de ce lymphatisme tant sur le plan du prestige international de l’Egypte qu’au plan de la sécurisation de l’espace national arabe.

L’Egypte est frappée du symptôme d’éléphantiasis, à l’image de son vieux Président (80 ans), un personnage au teint cireux, un personnage de cire, en voie de momification par près de trente ans d’un pouvoir autocratique schizophrénique, ultra répressif sur le plan interne, léthargique sur le plan international, cramponné à son siège dans l’attente d’une succession filiale.

Nasser a nationalisé le Canal de Suez et résisté à l’agression tripartite franco anglo-israélienne, en 1956. Vaincu en 1967, il a aussitôt déclenché une « guerre d’usure » de 18 mois le long du front de Suez, dans une démonstration de son refus de la résignation et de la capitulation, avant de mettre fin à la guerre civile jordano-palestinienne, la veille de sa mort en septembre 1970.

Sadate a récupéré le Sinaï mais marginalisé son pays par sa signature d’un traité de paix solitaire avec Israël. Moubarak, lui, la vache qui rit, selon le sobriquet qui lui colle à la peau depuis le début de son règne pour souligner son cynisme faussement niais, passera dans l’histoire pour avoir été le dirigeant égyptien sans la moindre action d’exploit à son actif, sinon de réintégrer son pays au sein Ligue arabe pour en faire une rente de situation à l’effet de cautionner toutes les interventions militaires américaines contre les pays arabes que cela soit lors de la première guerre du Golfe contre l’Irak, en 1990, ou encore treize ans plus tard, lors de l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

Le cessez le feu unilatéral israélien dans la bande de Gaza conclu à la suite d’un arrangement entre deux gouvernements moribonds, le revanchard israélien Ehud Olmert mal remis de défaite face au Hezbollah libanais, en 2006, et le pantin américain George Bush, a retenti comme un cinglant camouflet tant pour le nouveau président américain Barack Obama que pour le médiateur égyptien Hosni Moubarak que pour son alter ego français, Nicolas Sarkozy, le vibrionnant et inopérant co-président de l’Union pour la Méditerranée.

Le contournement de l’Egypte par ses deux partenaires du Traité de Paix de Camp David dans des arrangements de sécurité concernant l’enclave palestinienne qui lui est frontalière a cruellement mis à jour le rôle de servant -et non de partenaire- des états arabes au sein de la diplomatie occidentale, conduisant l’Egypte et l’Arabie saoudite à afficher une unité de façade avec leurs contestataires, principalement la Syrie, au sommet économique du Koweït, le 19 janvier, la veille de la prestation de serment du président Obama.

Que l’on ne s’y trompe donc pas : L’hébergement de la conférence des pays donateurs pour la reconstruction de Gaza, de même que l’escadre de l’Otan dépêchée en renfort de l’Egypte pour lutter contre le trafic des armes au large de l’enclave palestinienne sont principalement destinés à renflouer le président Hosni Moubarak, en plein naufrage diplomatique, de même que son compère palestinien discrédité Mahmoud Abbas. Ils visent en outre à maintenir un rôle européen même ténu au Moyen orient, dans la nouvelle configuration diplomatique de l’ère Obama.

L’avènement du premier président afro-américain de l’histoire frappe de relégation Nicolas Sarkozy d’autant plus inexorablement que le dernier chef de file européen du néo-conservatisme américain, le pivot européen de l’axe israélo américain, discrédité par une ostentation tapageuse et les rebuffades successives d’Israël, est affligé de surcroît de collaborateurs décriés pour leur flexibilité morale avec un chef de la diplomatie sous perfusion financière d’un satrape africain (1) et la compagne de cet ancien humanitariste, la risée universelle de l’opinion pour son maniement frénétique de la sulfateuse dans l’éradication du pluralisme politique au sein du dispositif audiovisuel extérieur français (2).

Le Pharaon d’Egypte est nu, dénudé par ses nouveaux alliés : le Primus inter pares (3) des Arabes est désormais « le passeur des plats » officiel de la diplomatie israélo américaine. Triste destin pour Le Caire, Al-Kahira, la victorieuse dans sa signification arabe, ravalée désormais au rang de chef de file de « l’axe de la modération arabe ». L’ancien chef de file du combat indépendantiste arabe, amorphe et atone, assume désormais sans vergogne le rôle de chef de file de l’axe de la soumission et de la corruption….l’axe de la résignation et de la capitulation…l’axe de la trahison des idéaux du sursaut nassérien.

                                                                     Notes

1- cf. à ce propos le site « Bakchich » :Bernard Kouchner, ministre des factures étrangères

(15 janvier 2009) - http://www.bakchich.info/article6462.html dans laquelle le site fait état d’un versement de 817.000 euro du président gabonais Omar Bongo à une société de consultants en rapport d’affaires avec le ministre de français des Affaires étrangères, à titre de rétribution d’une consultation sur le système de santé gabonais, et un article du même site, trois jours plus tard, Bernard Kouchner et Christine Ockrent sont devenus fous, mais personne ne les soigne pas », bakchich (18 janvier 2009), ainsi que Kouchner : du sac de riz au sac de blé » in Le Canard enchaîné du mercredi 21 janvier 2009 dans lequel le journal satirique relate comment le ministre français des Affaires étrangères « est passé en quelques années de Médecins sans frontières à Médecins sans scrupules », de même que le livre de Pierre Péan Le monde selon K » paru le 4 février 2009 aux Editions Fayard.

2- Depuis sa prise de fonction à la direction de l’audiovisuel extérieur, en 2007, Christine Ockrent a procédé, sous de prétextes fallacieux, au licenciement des journalistes réputés pour leur connaissance du Monde arabe, notamment le journaliste et écrivain Richard Labèvière, grand spécialiste de la zone et auteur d’un interview du président syrien Bachar al-Assad, ainsi que Wahib Abou Wassel, représentant syndical et unique journaliste palestinien de l’audiovisuel extérieur français.

3- Primus inter pares : le premier parmi ses pairs

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 09:56
                                               
   On nous répète sur tous les tons que l'OLP veut éradiquer l'Etat d'Israël.
On entend moins souvent  que  le parti d'extrème-droite israélien LIKOUD refuse l'existence de la Palestine. Deux poids, deux mesures...mais pourquoi donc?
         Maintenant lisez  le texte suivant.... 
                                                                                         
                                                                                            

                            
                                                                                                                     (u cursinu rossu)



La Charte du Likoud ne reconnaît pas le droit d’exister pour la Palestine

vendredi 6 février 2009, par Frank Barat

Dans quelques jours, le 10 février, Israël élira ses nouveaux dirigeants au cours d’élections législatives. Les trois principaux candidats sont Tzipi Livni du parti Kadima (le parti d’Ariel Sharon), Ehoud Barak du parti Travailliste et Benjamin Netanyahou du Likoud.
Avant la « guerre » de Gaza, il y avait deux chevaux dans la course : Livni contre Netanyahou, avec pour ce dernier des sondages lui donnant une bonne marge d’avance. La course est passée à trois chevaux grâce à la « guerre » de Gaza lancée par Livni et Barak. Barak a vu gonfler son score et il est à nouveau dans la course. Même s’il n’est pas élu, son parti obtiendra sensiblement plus de sièges qu’il ne l’escomptait il y a quelques mois.
Mais le favori a toujours été Benjamin Netanyahou et il reste, aux yeux de la majorité des journalistes israéliens (Gideon Lévy, de Haaretz) ou des militants (Jeff Halper de l’ICAHD), le plus que probable futur Premier ministre.
Le monde espère que cette élection sera aussi « régulière et démocratique » (comme l’ont dit Jimmy Carter et la plupart des observateurs internationaux) que les dernières élections palestiniennes qui ont eu lieu en 2006 et qui furent gagnées à une large majorité par le Hamas.
Nous savons ce qui s’est produite ensuite. Pour la faire courte, rappelons qu’Israël et la majorité de la communauté internationale ont refusé de reconnaître le Hamas comme un parti légitime et ont ensuite refusé de reconnaître le gouvernement d’unité nationale nouvellement formé (en mars 2007).
Abbas, dont le but a toujours été d’être reconnu par les Etats-Unis et Israël, a chassé le Hamas du gouvernement pour en former un nouveau avec pour Premier ministre Salam Fayyad, politicien et économiste made in USA. Une guerre préventive a été lancée par le Hamas contre le Fatah et les milices dirigées par Mohamed Dahlan et appuyées par Israël et les Etats-Unis, et le Hamas a « pris le contrôle » de la Bande de Gaza.
Même s’ils ont réagi par de l’étonnement et en condamnant fermement ce coup, les Etats-Unis et Israël avaient atteint un de leurs objectifs à long terme en Palestine. La stratégie du « diviser pour régner » (stratégie employée avec un grand succès par les Etats-Unis au cours de leur histoire) était de retour avec une Cisjordanie devenant le territoire de la respectable (comprenez : collaborante) Autorité Palestinienne et Gaza transformé en un Hamastan islamique et malfaisant.
S’en est suivi un blocus israélien – internationalement soutenu – de la Bande de Gaza et, encore une fois pour la faire courte, la « guerre » de Gaza a été lancée en décembre 2008 par Israël. Nous voilà aujourd’hui 1300 Palestiniens tués et 5000 blessés plus tard.
Mais pourquoi tout ceci a-t-il eu lieu ? Quelle a été la raison officielle donnée par Israël et la communauté internationale pour ne pas reconnaître le Hamas ?
La raison avancée était que le Hamas refusait de reconnaître Israël et qu’il avait une Charte appelant à la destruction de l’Etat juif.
Tout le monde (politiciens et dirigeants des groupes de médias) ont accepté cela sans poser quelques questions importantes. Quel Israël le Hamas devrait-il reconnaître ? Israël n’a pas encore déclaré quelles étaient ses frontières. Le Hamas devrait-il reconnaître l’Israël de 1948 ? L’Israël de 1967 ? L’Israël de 2009 avec son mur de l’apartheid, ses colonies (la construction y a augmenté de 60 pourcent en 2008, l’année du « Processus de Paix » d’Annapolis – selon un rapport de La Paix Maintenant), avec ses citoyens arabes de seconde classe et avec l’annexion de Jérusalem-Est ?
Tout observateur avisé aurait aussi pu faire objection en rappelant que le Hamas (par la voix de Haniyeh et de Meshal) a dit à plusieurs reprises qu’il était disposé à accepter Israël comme entité politique à l’intérieur des frontières de 1967. Il ne vous faut pas chercher beaucoup pour cela : cela a été énoncé, entre autres, dans le Guardian et le Washington Post, ce qui signifie qu’en acceptant une solution à deux Etats, le Hamas est maintenant aligné sur l’essentiel de la communauté internationale.
Une autre question n’a cessé de revenir. Il nous faudrait entendre que le problème réside dans la Charte du Hamas. Quoi que Meshal ou Haniyeh pussent être disposés à accepter, la Charte revenait les hanter en permanence.
Mais qu’en est-il de la Charte du Likoud ? Avec Netanyahou et son parti de droite prêts à accéder au pouvoir, il est juste de chercher à en savoir un peu plus à leur sujet.
Le chapitre « Paix et Sécurité » de la plateforme du Likoud, un document récent (1999), commence par déclarer : « La paix est un objectif premier de l’Etat d’Israël. Le Likoud renforcera les accords de paix existants avec les pays arabes et s’efforcera d’aboutir à des accords de paix avec tous les voisins d’Israël, dans le but d’arriver à une solution globale du conflit arabo-israélien ».
Mais alors, à propos des colonies, il poursuit ainsi : « Les communautés juives de Judée, Samarie et Gaza sont la réalisation des valeurs sionistes.
La colonisation du pays est l’expression claire du droit irréfutable du peuple juif sur la Terre d’Israël et constitue un atout important dans la défense des intérêts vitaux de l’Etat d’Israël. Le Likoud continuera de renforcer et de développer ces communautés et il empêchera leur déracinement ».
Voilà dès lors anéanti tout espoir d’une solution à deux Etats.

 A propos de l’autonomie palestinienne, le texte dit ceci : « Le gouvernement d’Israël rejette catégoriquement l’établissement d’un Etat arabe palestinien à l’ouest du Jourdain. Les Palestiniens peuvent mener leur vie librement dans le cadre d’une autonomie mais pas en tant qu’Etat indépendant et souverain. Ainsi par exemple, en matière d’affaires étrangères, de sécurité, d’immigration et d’écologie, leur activité sera limitée pour se conformer aux impératifs de l’existence d’Israël, de sa sécurité et de ses besoins nationaux ».
Anéanti cette fois tout espoir de voir un Etat palestinien souverain. Sur Jérusalem : « Jérusalem est la capitale éternelle et unifiée de l’Etat d’Israël et seulement d’Israël. Le gouvernement rejettera catégoriquement les propositions palestiniens de division de Jérusalem, y compris le plan de partage de la ville qui a été présenté au Parlement israélien par les factions arabes et soutenu par de nombreux membres du parti Travailliste et du Meretz ».
Voilà qui anéantit toute chance de futures négociations de paix puisque Jérusalem-Est comme capitale d’un futur Etat palestinien est une question non négociable pour n’importe quel Palestinien.
Nous avons par conséquent établi que la Charte du Likoud ne reconnaissait pas la Palestine et n’acceptera pas un Etat palestinien souverain. La toute prochaine non reconnaissance du Likoud par la communauté internationale et la mise en place d’un blocus contre Israël ne devrait dès lors pas apparaître comme une surprise pour les Israéliens.

Frank Barat
The Comment Factory, 30 janvier 2009

( Traduction de l’anglais : Michel Ghys )

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 09:46

                                                            
Communiqué commun des partis et organisations de gauche réunis à Paris le 3 février

Par : Bureau de presse
Mis en ligne : 4 février

Les partis et organisations de gauche réunies mardi 3 février à Paris se félicitent de l’ampleur du succès de la mobilisation sociale du 29 janvier.

L’importance des grèves et des manifestations qui ont marqué cette journée témoigne d’un rejet massif des choix politiques du gouvernement Sarkozy-Fillon, marque une colère légitime face aux vagues actuelles de licenciements et de suppressions d’emplois, dans le privé comme dans le public, confirme l’exigence d’un « bouclier social » à l’opposé du « bouclier fiscal » pour les plus riches, et de mesures en faveur de l’emploi et des salaires à l’opposé des choix du gouvernement qui distribue sans contrepartie des milliards aux banques et aux grandes groupes.

Le message de la journée du 29 janvier est clair. Ce n’est pas au monde du travail, à la population de payer la crise. Contrairement à ce que vient d’affirmer le Premier ministre, la journée du 29 janvier porte clairement la demande d’un changement de cap, notamment sur les questions des salaires, de l’emploi, des services publics. Nicolas Sarkozy et le gouvernement ne peuvent se dérober à ces exigences et ignorer les grands axes avancés dans la plate-forme syndicale unitaire.

Plus largement, un très grand débat public est nécessaire dans le pays sur les mesures alternatives aux choix politiques actuels qui permettront de s’attaquer réellement et efficacement aux racines de cette crise et d’imposer une autre répartition des richesses et un autre type de développement. Les organisations réunies apportent leur soutien aux mobilisations qui se développent ces jours ci dans l’éducation, dans l’enseignement supérieur et la recherche où le gouvernement doit revenir sur la loi Pécresse et ses décrets d’application, dans les hôpitaux et la santé, où l’inscription à l’ordre du jour du Parlement le 10 février prochain du projet de loi Bachelot doit être annulée. Parce que ces textes représentent des attaques inacceptables contre les services publics, elles appellent à prendre et à soutenir dans les jours qui viennent les initiatives nécessaires pour les combattre. Elles s’alarment dans ce contexte des atteintes répétées aux libertés publiques et syndicales, qui en cherchant à intimider les mouvements de contestation, conduisent à une inquiétante dérive autoritaire du pouvoir qu’elles ne peuvent accepter. Enfin, elles tiennent à apporter leur soutien à l’imposant mouvement social qui mobilise depuis plusieurs semaines la Guadeloupe, et demandent au gouvernement d’engager au plus vite de réelles négociations sur les revendications exprimées, notamment sur la question du pouvoir d’achat. Les organisations réunies ont convenu de se revoir après l’intervention télévisée présidentielle du 5 février et la réunion des organisations syndicales prévue le 9 février pour décider de la suite de leur démarche commune en appui du mouvement social.

Signataires : Les Alternatifs, la Coordination nationale des collectifs unitaires (CNCU), Lutte Ouvrière, le MRC, le NPA, le PCF, le PCOF, le Parti de gauche, le PS, Alternative Démocratie Socialisme (ADS), Alter-Ekolo

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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 09:39

Sur la prestation radio-télévisée de Nicolas Sarkozy.

                                   JP PIEROT  in "l’HUMANITE"
                      
                                                                      

 

La seule annonce précise que Nicolas Sarkozy ait formulée est la suppression de la taxe professionnelle à partir de 2010. Un nouveau cadeau est ainsi offert au patronat, qui vient d’ajouter à tous les allègements déjà consentis depuis mai 2007. Les entreprises se verront donc exemptées de leurs contributions aux infrastructures et plus généralement à l’activité sociale des communes dans lesquelles elles sont installées. Le manque à gagner pour les collectivités locales va mettre les élus dans une situation de plus en plus intenable, contraints de renoncer à des investissements d’intérêt général ou d’en faire payer le prix à la population. Huit milliards d’euros, selon le chiffre mentionné par le Président de la République vont être ainsi transférés des comptes publics aux caisses privées, pour ne pas encourager les sociétés à délocaliser. Pas question donc de prendre la moindre mesure qui puisse être ressentie comme une contrainte par les grands patrons « On ne peut imposer les mêmes règles à tout le monde » a lâché Nicolas Sarkozy.
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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 14:02


Nicolas Sarkozy s’est exprimé hier dans le cadre d’une émission spéciale « Face à la crise ».



                                                                                                       


Les français se sont mobilisés en masse le 29 janvier dernier pour leurs salaires, leurs emplois et les services publics. Le Président se devait d’être au rendez-vous de ces attentes. A n’en pas douter, c’est une très forte déception domine ce soir toutes celles et ceux qui ont écouté le Président de la République, et qui fera grandir la mobilisation sociale dans les jours à venir.

La seule mesure concrète annoncée face à la crise est la suppression de la taxe professionnelle, c’est à dire un nouveau cadeau aux entreprises. On croit rêver !

Toutes les forces de gauches, tous les syndicats et l’immense majorité des français estiment que ce n’est pas au monde du travail, à la population, de payer la crise. Ce n’est visiblement pas l’opinion du Président de la République qui promet tous les sacrifices à l’immense majorité des français.

Nicolas Sarkozy a troqué ses habits d’hyperprésident contre ceux de simple commentateur. Dans une émission intitulée « face à la crise », le seul qualificatif de la prestation présidentielle qui vient à l’esprit, c’est minable.

Le Président a déclaré qu’il avait le sens du ridicule... Tant mieux, il l’a été ce soir.

Parti communiste français

Paris, le 5 février 2009.

                                                                   
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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 13:38
                                                                                                    


      


  
Le programme électoral de l’extrème-droite israélienne

 
« Expulsons les Palestiniens de Quarante Huit vers le Venezuela. »


Le parti de l'Union de droite nationale, le plus puissant des partis de droite chez les colons juifs en Cisjordanie, prévoit de lancer un projet pour déporter les arabes vers le Venezuela

Dans la même lignée, la deuxième tête de liste du parti ISRAEL BEYTENOU déclare :
«Ce n'est point une propagande électorale, mais une position de principe. Le public juif en Israël pense sérieusement au projet et veut trouver un vrai parti courageux n’ayant pas peur d'être raciste.»

Site :  Liban résistance

 

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 13:28

                                                                    


Alger à la veille de la tourmente

mardi 3 février 2009, par Benjamin Stora                                 

   Il y a cinquante ans, "Alger la blanche", simple chef-lieu d’un département français de 2,8 millions d’habitants, paraît calme. Pourtant, le fossé social s’est creusé entre Européens et "indigènes", préparant le déclenchement de la guerre, en novembre 1954. En ce début du mois de juillet 1954, dans la célèbre artère de la rue d’Isly, en plein centre d’Alger, les jeunes Européennes portent des robes légères, les marchands de glaces font fortune et les terrasses ne désemplissent pas. Place Clemenceau, surnommée "le Forum", à l’heure de l’anisette, les adolescents discutent - très fort - du film qu’ils ont vu la veille au Rex, au Français ou au Paris : Touchez pas au grisbi, du grand Jacques Becker, ou Sur les quais, d’Elia Kazan, avec Marlon Brando. Des clients entrent et sortent, s’interpellant bruyamment. Tout juste s’ils remarquent les "indigènes". De temps à autre, une silhouette revêtue du manteau de laine blanche, tenue traditionnelle des vieux Algériens, croise celle d’un petit cireur portant une lourde caisse en bois.

Alger, en 1954, est d’abord une grande ville "européenne" comptant 315 000 habitants. Elle n’est pas considérée comme une capitale, mais comme le chef-lieu d’un département de 2,8 millions d’habitants, comme bien d’autres chefs-lieux d’une France "une et indivisible", prise dans les mailles d’un strict découpage jacobin. Pourtant, tous, en Algérie, le savent : "Alger la blanche" ne peut pas être ravalée au rang d’une banale ville française. Elle est déjà une capitale par sa majesté, sa beauté.

On peut y arriver par avion, via l’aéroport de Maison-Blanche. Mais on manque le vrai spectacle, celui qu’offre au visiteur extasié, du pont du bateau, l’une des plus belles baies du monde. Vaste tableau abstrait où pointe la Casbah, tel un triangle blanc dirigé vers la mer, la ville émerge, étagée au flanc des coteaux couronnés de verdure. En voiture, en passant par le front de mer, on monte jusqu’à la basilique Notre-Dame-d’Afrique. De là, on domine la vallée des Consuls, Saint-Eugène et la Méditerranée, dans l’odeur prenante des pins et des cyprès.

En cet été 1954, Alger est calme, après la fureur et la désolation de Dien Bien Phu, en Indochine. Les pourparlers que veut entamer le nouveau président du conseil, Pierre Mendès France, pour l’autonomie de la Tunisie inquiètent la population européenne, et rassurent les plus "libéraux" d’entre eux. Mais qui peut imaginer l’"abandon" d’une Algérie, française depuis plus d’un siècle ? Certes, les inégalités, juridiques et sociales, restent pesantes. L’Algérie compte 922 000 Européens et 7 860 000 musulmans. Ces derniers sont donc huit fois plus nombreux dans cette "autre France". Pourtant, à la nouvelle Assemblée algérienne, la moitié des délégués sont élus par un premier collège (464 000 électeurs de statut français et 58 000 Algériens musulmans), l’autre moitié par un second (1 300 000 Algériens musulmans). Ce qui fait dire à l’historien Gilbert Meynier, "un Algérien ne vaut que le neuvième d’un électeur français".

L’implantation française est visible au quotidien, ne serait-ce qu’à travers l’architecture coloniale, dont la grande poste d’Alger offre le plus bel exemple. Sur les places des différents quartiers, comme ailleurs dans le pays, les églises font face à la mairie et à l’école, où se lit la devise républicaine : "Liberté, égalité, fraternité". Et, à Alger, comme à Paris, l’élite citadine, en majorité européenne, se passionne, cette année-là, pour le dernier prix Goncourt, Les Mandarins, de Simone de Beauvoir. Les Algérois s’intéressent aussi, bien sûr, à Albert Camus, qui vient de publier une longue prose hantée d’éblouissements et d’inquiétudes, L’Eté. Des spectateurs au théâtre découvrent, ébahis, la pièce de Molière Don Juan, traduite en langue arabe, mise en scène par Mahieddine Bacharzi et jouée à l’Opéra d’Alger !

Littérature, cinéma, théâtre, Alger est bien la capitale de l’Algérie. N’a-t-elle pas été aussi, brièvement, celle de... la France ? Plus exactement, à partir de 1943, celle de la France libre. Le général de Gaulle est arrivé le 30 mai 1943 ; c’est là que, en novembre de la même année, il a constitué le Comité français de libération nationale (CFLN), véritable gouvernement provisoire de la France non occupée, et une assemblée consultative nommée, qui regagnera Paris en août 1944. Passant outre l’opposition de certains Français d’Algérie, qui dénonçaient, déjà, sa "politique d’abandon", de Gaulle a alors signé, à Alger, le 7 mars 1944, une ordonnance ouvrant aux musulmans l’accès à tous les emplois civils et militaires, élargissant leur représentation dans les assemblées locales (du tiers aux deux cinquièmes) et abolissant les mesures d’exception.

Une longue histoire a modelé la ville, ou plutôt "les" villes : l’Alger arabe, l’Alger turque et l’Alger française. C’est au Xe siècle qu’Ibn Ziri fonde une ville nouvelle appelée El-Djezaïr. Au début du XVIe siècle, les Espagnols ayant pris la citadelle, les frères Barberousse délivrent la ville. L’aîné, Aroudj, s’y installe, tandis que son frère, Kheir El-Eddine, se fait reconnaître chef de la régence d’Alger par Constantinople. La vieille Alger turque survit encore dans la Casbah surpeuplée, située à 118 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ses lacis de ruelles, d’escaliers et d’impasses où les voitures n’ont pas accès sont parcourus par un mouvement incessant de mulets chargés de couffins se frayant péniblement un chemin entre les marchands ambulants et les femmes voilées du haïk blanc (celui de Constantine est noir) qui masque le visage ne laissant voir que les yeux.

La période coloniale va agir par dissolution de la ville traditionnelle, ou conservation, ou superposition de la ville moderne. L’Alger française s’est faite au jour le jour, au hasard des besoins et des spéculations. De sorte que, dans les années 1950, elle s’étend tout en longueur : constructions presque ininterrompues sur plus de 16 kilomètres du nord au sud, de la pointe Pescade à Hussein Dey, et même à Maison carrée. Le centre de gravité, qui fut d’abord la place du Gouvernement, s’est déplacé peu à peu pour se fixer boulevard Laferrière.

Le poids d’Alger dans la vie économique de la colonie se mesure avec précision par son port, où transitent les marchandises en provenance ou à destination de l’intérieur du pays. La ville, centre de commandement de l’Algérie commerciale, est le siège des sociétés industrielles et financières les plus importantes. C’est, en 1954, la première place pour le commerce des vins, des céréales, du tabac, des primeurs, des cuirs et des peaux, des tissus, des bois. Son industrie occupe plus de 20 000 ouvriers.

En 1950, les Français d’Algérie représentent près de 60 % de la population de la ville. Mais Alger se caractérise aussi par une distribution des groupes ethniques en quartiers distincts : Italiens de la Marine, Espagnols de Bab El-Oued, juifs des rues de la Lyre, Randon et Marengo, musulmans de la Casbah et du Hamma, tandis que la population de "souche française" est plutôt concentrée autour de l’artère principale, la rue d’Isly, prolongée par la rue Michelet. Mais, sur tous les marchés, les mêmes vendeurs d’oranges, de citrons, de dattes, de feuilles de menthe vantent leurs marchandises à grands cris. Partout, le fumet du pain chaud ou des épices se mêle à l’arôme du café fraîchement torréfié et au fort relent des poissonneries, dans une agitation bruyante et colorée.

Dans cette ville sous présence française depuis plus d’un siècle, des liens forts se sont tissés entre la population venue d’Europe, les Français bien sûr, mais aussi les Espagnols, Portugais, Turcs, Italiens, Grecs..., sans parler des communautés juives, installées dans le pays des siècles avant la conquête française. Tous partagent le même soleil, les mêmes jeux, les mêmes espoirs d’une vie meilleure, et, pour certains, les mêmes bancs d’école. A la longue, un contact s’est construit entre tous les univers communautaires, et plusieurs générations ont cohabité, tant bien que mal.

Mais le fossé social s’est creusé. Les Européens qui grandissent ne voient pas toujours leurs "voisins" arabes, allant quelquefois pieds nus, ou obligés d’abandonner leurs études. Au début des années 1950, un flot de ruraux est venu progressivement se fixer dans la périphérie de la capitale. Un processus de "bidonvillisation" est largement amorcé. A travers ce nouveau processus urbain se devinent la ruine des solidarités, des modèles traditionnels et des habitudes mentales, la chute d’une paysannerie dans le sous-prolétariat, sous-prolétariat rural encore inavoué qui campe aux portes des villes. La ville est certes un lieu où l’on vient chercher du travail, mais aussi le creuset de nouvelles valeurs. Par la ville, les ruraux transplantés accèdent à une compréhension du politique en découvrant une nouvelle organisation sociale de production, la création et la distribution différentes de richesses. Ces éléments concourent à déplacer le centre de gravité des luttes politiques de la campagne vers la ville, place forte de l’administration coloniale, qui, par son caractère centralisateur, est le passage obligé de toute promotion sociale. Alger devient ainsi le lieu d’élaboration de nouvelles stratégies politiques, et les militants indépendantistes y sont fort nombreux. D’autant qu’une violence latente s’y développe. Les "Algériens musulmans" qui affluent concurrencent les salariés européens, dont les salaires sont plus élevés. Cette concurrence et l’existence d’une immense armée constituée par les expropriés algériens de la terre aggravent le conflit entre les deux communautés. A partir de cette question sociale, la fiction d’un "couple uni" entre "Européens" et "Algériens musulmans" éclate.

Cette situation inquiète le maire, Jacques Chevallier, qui explique en 1954 : "En 1938, la population musulmane vivant dans les bidonvilles de l’agglomération algéroise ne dépassait pas 4 800 personnes ; il y en avait 125 000, soit vingt-cinq fois plus, en 1953-1954. Dans la seule ville d’Alger, ses faubourgs étant exclus, 120 bidonvilles, comme une lèpre grandissante sur tout terrain disponible, voyaient s’entasser quelque 80 000 musulmans dans des conditions de vie invraisemblables, alors que la Casbah, elle aussi surpeuplée, entassait dans ses 20 hectares 70 000 habitants, battant les records mondiaux de densité humaine."

Jacques Chevallier sait que toutes les inégalités sociales peuvent provoquer de dangereuses manifestations d’indépendantisme. Il est l’une des figures principales du monde européen à Alger, et sa trajectoire illustre bien cette partie de la société coloniale, libérale, travaillée par la séparation entre communautés et la nécessité de trouver un espace mixte, tourmentée par l’inégalité juridique vécue par les "indigènes algériens" depuis les débuts de la conquête française, et vivant dans l’attente de la contradiction et l’incertitude.

Elu maire de la ville en mars 1953, il s’est rapproché des élus musulmans. Il a pour adjoint Abderrhamane Kiouane, leader de la MILD, la formation nationaliste dirigée par Messali Hadj, et s’appuie également sur Georges Blachette, qui possède le Journal d’Alger. Féru d’urbanisme, il fait appel, en 1953, à Fernand Pouillon, qui sera l’architecte de trois cités destinées à loger ses administrés musulmans. Homme de gauche et partisan du dialogue intercommunautaire, il est appelé par Pierre Mendès France, président du conseil, pour assurer la fonction de secrétaire d’Etat aux forces armées, du 19 juin 1954 au 20 janvier 1955. C’est à cette fonction qu’il devra décider des premières mesures à prendre lors du déclenchement de l’insurrection, le 1er novembre 1954.

Pendant la guerre d’Algérie, il entretiendra des relations avec certains dirigeants du FLN, se battant pour une trêve civile, préconisée par Albert Camus. Combattu de plus en plus ouvertement par les milieux européens "ultras", son nom sera conspué dans les manifestations du 13 mai 1958. Jacques Chevallier, déchargé de son mandat de maire, se retirera alors de la vie politique, mais, après l’indépendance de l’Algérie, en juillet 1962, il restera à Alger, où il bénéficiera de la nationalité algérienne et mourra d’un cancer, en 1971. Exemple rare en Algérie d’un engagement qui, malgré sa persévérance et sa foi dans le dialogue intercommunautaire, n’a pas réussi à se faire entendre dans un pays qui glisse vers la guerre.

Jusqu’à l’automne 1954, la presse algéroise, à l’exception de L’Alger républicain, présente chaque matin à travers ses lignes une Algérie tranquille, pacifique. Le 2 novembre de la même année, il est encore question des traditionnelles cérémonies de la Toussaint. Mais ce que lisent les Algérois avec stupeur, c’est un gros titre à la "une" de L’Echo d’Alger : "Toute une série d’attentats terroristes ont été commis simultanément dans divers points de l’Algérie." Alger ne le sait pas encore, mais elle va connaître une guerre longue et cruelle...


Benjamin Stora, né le 2 décembre 1950 à constantine (Algérie), est professeur d’histoire du maghreb aux langues’o (Paris). il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’Algérie.

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 09:49
                                                                        


Selon le journal « La Corse » de ce jour, un séisme de magnitude 4,1 sur l'échelle ouverte de Richter a été enregistré hier au large de Bonifacio. Selon l'observatoire des sciences de la terre de Strasbourg, le séisme s'est produit à 17h02 et son épicentre a été localisé en mer, à 41,33 degrés de latitude nord et 9,65 degrés de longitude est.
    


















     
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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 15:42
                                           Ce jour, 5 février 2009............. 


                                                 

       
    « On ne peut pas dire la vérité à la télé, il y a trop de gens qui regardent ». 

                                          Coluche
 
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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 15:22


                                            LA VIE EST A NOUS  AVEC PAUL VAILLANT-COUTURIER
                                           
                                             FAIRE PAYER LES RICHES, DISAIT-IL AVANT GUERRE...



 

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