Salah Hamouri est un jeune homme franco-palestinien détenu dans les prisons israéliennes depuis 2005. Il est accusé d'appartenir à l'organisation résistante FPLP (une formation palestinienne laïque et marxisante) et d'avoir voulu assassiner le rabbin ultra-orthodoxe Ovadia Yossef (fameux auteur des lignes que voici : "Puissent-ils disparaître de la Terre. Puisse Dieu envoyer un fléau aux Palestiniens, ces enfants d’Ismaël, ces vils ennemis d’Israël."). Puisqu'il n'est pas membre de cette organisation, un "délit d'intention" a été constitué par un tribunal militaire. Aucune preuve tangible n'a pu être avancée, Salah Hamouri ayant été interpellé tandis qu'il passait en voiture, avec un ami, dans la rue du rabbin. "Les enquêteurs n'ont trouvé aucune arme et aucun élément susceptible de prouver qu'ils étaient décidés à passer à l'acte." a fait savoir une avocate israélienne des droits humains.
Le gouvernement français a été sollicité à ce sujet à de nombreuses reprises. Nicolas Sarkozy a refusé de recevoir la famille du détenu.
Ce qui est d'abord à noter dans cette affaire n'est pas le chef d'inculpation en lui-même, mais le traitement politique de ce citoyen français.
Un autre bi-national (cette fois franco-israélien), Gilad Shalit, est retenu depuis 2006 par le Hamas, dans le bande de Gaza. Il a été capturé dans l'exercice de ses fonctions de soldat. Et si l'on peut toujours déplorer la captivité d'un individu, elle est à remettre dans un contexte militaire précis : celui d'un caporal participant à une politique d'occupation.
Nicolas Sarkozy a appelé à sa libération. Le caporal a été fait citoyen d'honneur de la ville de Paris en 2008 (la même demande pour Hamouri fut rejetée), de Rome, de Miami et de la Nouvelle-Orléans. Le pape Benoît XVI a reçu la famille. En 2010, Nicolas Sarkozy a fait lire un communiqué d'un ambassadeur français à Jérusalem, dénonçant son statut "d'otage". En 2011, Michèle Alliot-Marie, recevant le père de Shalit, a parlé de "crime de guerre".
Sans remonter jusqu'à Clotilde Reiss, cette journaliste française arrêtée en Iran en 2009 (accusée d'espionnage) qui fit bouger toute la classe politique, il est intéressant de suivre le traitement politique réservé à Florence Cassez, - française condamnée par la justice mexicaine, en 2009, pour enlèvement et séquestration (et arrêtée elle-aussi en 2005). Nicolas Sarkozy a reçu les parents de Cassez et vient d'annoncer qu'il dédiait l'année du Mexique à cette détenue. "Nous n'abandonnerons pas Florence Cassez." a, de son côté, expliqué la ministre Alliot-Marie, tout en affichant son refus de prendre part à ladite année du Mexique.
En janvier, cette même ministre déclarait, au sujet d'Hamouri : "Il n’appartient pas aux autorités françaises d’intervenir ou même de commenter les procédures judiciaires d’un État souverain."
Il y a quelques semaines, la mère de Salah Hamouri s'est adressée à elle, par une lettre ouverte : "Je ne vous supplie pas de me recevoir. J’ai ma dignité, vous avez des responsabilités éminentes. Je suis fidèle à la mienne. L’êtes-vous aux vôtres ? Malheureusement : non."
On se souvient que l'acteur François Cluzet, sur un plateau de télévision, avait déclaré : "Il est franco-palestinien et il est en prison depuis quatre ans en Israël pour délit d'opinion, simplement parce qu'il a dit qu'il était contre la colonisation. Personne n'en parle !" Le Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme avait alors saisi le CSA, et Jean-François Copé, en face de lui, avait répondu qu'il ne connaissait pas ce dossier...
http://maxleroy.blogspot.com/2011/02/salah-hamouri.html