Blog de la section du Cap Corse du PCF
Israël fixe le cadre de ses négociations avec la Syrie
Israël a fixé jeudi les termes de ses négociations de paix avec la Syrie et resserré les rangs avec Washington en exigeant que Damas prenne ses distances avec l’Iran et cesse de soutenir les groupes armés libanais et palestiniens.
Au lendemain de l’annonce de pourparlers de paix indirects entre les deux pays dans le cadre d’une médiation turque - les premiers du genre en huit ans - plusieurs dirigeants israéliens ont fait valoir leurs conditions.
"Israël veut vivre en paix avec ses voisins, mais la Syrie doit comprendre qu’elle doit totalement renoncer à soutenir le terrorisme : le Hezbollah, le Hamas, et bien sûr l’Iran", a déclaré Tzipi Livini.
Livni, qui s’exprimait avant de rencontrer son homologue français Bernard Kouchner, a qualifié de "problématiques" les liens de Damas avec Téhéran, qu’Israël accuse de soutenir le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais.
"Les Syriens savent ce que nous voulons et nous savons ce qu’ils veulent", a pour sa part déclaré Ehud Olmert.
Au coeur des discussions se trouve la question de la rétrocession du plateau du Golan, territoire syrien conquis par Israël lors du conflit de 1967 et annexé en 1981.
Olmert n’a pas dit publiquement qu’Israël le restituerait à Damas mais il a évoqué des "concessions douloureuses et importantes" inévitables pour parvenir à la paix avec la Syrie.
En écho, Ehud Barak, qui en tant que Premier ministre avait participé aux discussions israélo-syriennes ayant achoppé en 2000 sur la question du Golan, a jugé que les deux parties devraient consentir à de "douloureuses concessions".
Côté syrien, le gouvernement a réaffirmé jeudi qu’Israël lui avait donné des gages concernant la restitution du Golan. "Nous avons reçu, via les Turcs, des engagements et des messages (...) du Premier ministre israélien garantissant qu’il sait ce que veulent les Syriens", a déclaré le ministre de l’Information, Mohsen Bilal, à la télévision arabe Al Djazira.
"Il sait que l’intégralité du plateau du Golan sera restituée à la Syrie et qu’Israël se retirera jusqu’aux frontières du 4 juin 1967."
Bilal a par ailleurs rejeté les conditions posées jeudi par les Israéliens, soulignant que "le processus de paix ne nécessite aucune condition préalable."
"Ces conditions ont déjà été rejetées tout comme l’expression ’concessions douloureuses’ car ce que les Syriens demandent, ce sont leurs droits", a-t-il dit.
Résumant les trois jours de discussions qui se sont tenues à Istanbul, le ministre turc des Affaires étrangères, Ala Babacan, a déclaré que les deux parties avaient trouvé "un terrain d’entente". D’autres pourparlers se tiendront périodiquement en Turquie, a-t-il précisé.
De leur côté, les Etats-Unis ont dit n’avoir "aucune objection" à ces pourparlers, tout en réitérant leurs critiques concernant le soutien de la Syrie au terrorisme.
De nombreux analystes estiment que l’hostilité de l’administration américaine envers Damas et Téhéran constitue une difficulté supplémentaire pour ces négociations et que la signature d’un accord de paix est peu probable d’ici la fin du mandat de George Bush, en janvier.
En Israël, l’annonce de ces discussions a été perçue par les adversaires d’Olmert comme une tentative visant à détourner l’attention de ses démêlés avec la justice, à l’approche de son interrogatoire par la police, vendredi.
"Chacun sait qu’Olmert entend achever son mandat sur une note diplomatique et non sur une affaire judiciaire. La question est : que va-t-il se passer en premier, une mise en examen ou un traité de paix ?", s’interroge l’éditorialiste Yossi Verter dans le quotidien Haaretz.
Au sein même de son gouvernement, certains s’interrogent sur le moment choisi pour cette annonce.
"Pourquoi ne pas avoir laissé (les négociations) se poursuivre dans le secret jusqu’à ce qu’il y ait quelque chose de solide à annoncer (...) ? Il est difficile de ne pas penser qu’il s’agit d’une opération de relations publiques", a déclaré un ministre, qui a souhaité conserver l’anonymat.
Olmert doit être entendu vendredi par la police pour la seconde fois dans le cadre d’une affaire de corruption présumée. Olmert dément toute malversation mais a dit qu’il démissionnerait s’il était mis en examen. Il est soupçonné d’avoir perçu des pots-de-vin de la part d’un riche homme d’affaires américain.
Sur le plan politique, Olmert pourrait aussi avoir affaire aux partisans des 18.000 colons installés sur le plateau du Golan, qui menacent de quitter sa fragile coalition en cas de rétrocession du territoire.
- Le Golan, 41 ans d’occupation israélienne
La vieille formule lancée en 1991 à Madrid pour parvenir à une paix complète est de retour. Et entre la Syrie et Israel, la terre, c’est ce plateau de 1.158 km carrés occupé par Israel lors de la Guerre des Six jours, en 1967 et annexé en 1981.
Le plateau du Golan se trouve au carrefour des frontières entre la Syrie, le Liban, Israel et la Jordanie. La communauté internationale n’a jamais reconnu l’annexion de cette partie de la Syrie.
La dernière tentative de règler ce litige remonte au deuxième mandat de Bill Clinton. En 2000, les pourparlers entre Ehud Barack et le chef de la diplomatie syrienne Faruk El Chara, échouent. Israel refuse alors un retrait total du Golan. En effet, au pied de ce plateau, se trouve le lac de Tibériade.
C’est le plus grand réservoir d’eau douce d’ Israel. En 1967, l’armée israélienne s’est aussi emparée des berges syriennes. Celui qui contrôle le lac de Tibériade a la main mise sur une ressource cruciale dans cette région souvent assoiffée.
41 ans d’occupation israélienne ont forcément marqué le Golan, 18 000 colons s’y sont installés dans 32 colonies, et ne sont pas prêts de partir. Pour ces colons, la Syrie doit d’abord faire ses preuves et cesser de soutenir ceux qu’Israel considère comme des terroristes.
Le Golan est aussi habité par 20 000 druzes syriens, souvent séparés de leurs proches, ils espèrent un accord de paix. Taisyr Marim est l’un d’entre eux : "Moi qui vis sur le plateau du Golan, je pense que 41 ans d’occupation, ça suffit. Il est temps qu’il y ait la paix entre les deux pays."
Récupérer le Golan permettrait à Damas de renforcer son poids aux yeux de la population syrienne, mais il lui faudra alors lâcher ses alliés traditionnels... Un donnant donnant qui laisse présager de toute la difficulté de ces négociations.