Blog de la section du Cap Corse du PCF
34° Congrès du Parti: 11,12,13,14 décembre 2008
Robert Hue, le code génétique du communisme et le pari de la révolution dans un pays capitaliste développé.
Robert Hue vient de donner le fonds de sa pensée, excellent résumé de la « Mutation ». Dans un récent courrier à Marie George Buffet, il annonce son retrait du conseil national du PCF et affirme que “le PCF est incapable de muter et que les hommes et les femmes doivent désormais inventer l’avenir ailleurs que du côté de la place du Colonel Fabien”. Que veut donc démontrer celui qui est toujours sénateur communiste et qui préside toujours la fondation « Gabriel Peri » ( celui-ci époux de notre Danielle Casanova, et tous deux héros de la résistance communiste corse) financée par le PCF ?
Celui qui fut l’initiateur de cette “mutation”, qui a déstructuré et affaibli le Parti, veut-il nous faire accepter l’idée que « l’abandon de la lutte de classes va toujours de pair avec la lutte des places » dixit le PRCF. « Inventer l’avenir ailleurs », nous dit R.Hue. Mais où ? Et surtout, surtout !...Dans (et au profit de) quelle organisation ?
Les liquidateurs italiens qui ont détruit le PCI puis Rifondazione Comunista, étaient plus clairs en parlant de mutation. Ils parlaient de « mutation génétique » du PCI. Il fallait en quelque sorte casser le code génétique du communisme transalpin, Opération réusssie. Au tour du PCF, maintenant de jeter par-dessus bord ce qui fait son identité, combats de classe, marxisme, léninisme, internationalisme…? Processus en cours dans certains milieux semble-t-il.
Résistez, Camarades !
Autour de l’opération de liquidation, on trouve Jean-Luc Mélanchon, ancien de l’OCI, ancêtre du trotskyste Parti des travailleurs ( PT) et du PS et actuel dirigeant du Parti de Gauche.
Le moment choisi par Mélenchon surprend. Il quitte le PS au moment ou la motion qu’il soutenait, celle de Benoît Hamon, obtient un résultat inespéré et influence toute l’évolution du Parti. En 2005, ou en février 2008 lors du vote par les parlementaires PS pour Traité de Lisbonne, l’occasion était plus propice pour une rupture.
Alors Mélanchon veut-il jouer un rôle dans la « métamorphose »(sic) du PCF ?
« Ni dans la résolution adoptée par la direction du PCF ni auprès de Jean-Luc Mélenchon, il ne saurait être question d’un quelconque projet de regroupement dans un nouveau parti » nous dit-on pourtant. Cependant,
" à toutes fins utiles", comme dit N.Marchand du CN, […] quelques rappels concernant les objectifs politiques de Jean-Luc Mélenchon, précisés, l’an dernier, par lui-même, ainsi qu’un rappel de propos de P.Cohen-Seat concernant un front électoral comme transition éventuelle vers un nouveau parti… :
Jean-Luc Mélenchon - PRS (l’Humanité -14/6/07):
« Pour ma part, je crois que la formule et la méthode de construction de ce nouveau parti (le Links Parteï) peuvent nous donner une indication sur ce que nous avons nous-mêmes à faire. J’y vois une des issues possibles de la crise de la gauche en France. C’est celle que je privilégie à cette heure. J’observe de la part des communistes français une volonté de dépassement des formes politiques anciennes, tout en ayant le souci de protéger leur identité…La question du divorce commence à être posée. Elle n’est toutefois pas tranchée. D’ailleurs à l’heure actuelle il n’existe pas d’alternative. Les communistes n’ont pas encore fait ouvertement le choix de la construction d’une force nouvelle. Leur choix sera tout à fait décisif. Un projet alternatif doit avoir trois caractéristiques : être républicain, de gauche et gouvernemental. »
On ne saurait être plus clair !
Dans le compte-rendu d’un débat entre Jean-Luc Mélanchon et Michel Laurent, l’un des rédacteurs de la base commune qui sera discutée au 38° Congrès du Parti, document diffusé lors de la réunion du Conseil National des 22 et 23 juin 2007, on pouvait lire:
Jean-Luc Mélanchon: “…concernant le besoin de recréer la gauche, il prend appui sur le processus ayant conduit à la formation du Linkspartei. Ni absorption, ni dissolution, mais plutôt la création d’un front, de lieux permettant à la fois identité et unité et le démarrage d’un processus. Il insiste sur le besoin d’un parti, dans la mesure où des structures comme des collectifs ou réseaux ne suffisent pas pour affronter les forces adverses et créer un espace structuré, et fait de droits, de pouvoirs pour les adhérents. Réinventer la gauche, c’est pour Jean-Luc Mélanchon le dépassement de formes anciennes, un processus de fabrication en commun d’un objet nouveau.”
Michel Laurent: “…les partis ne sont pas une forme dépassée. Mais pour une force de transformation, la rénovation [mais laquelle ?]est à l’ordre du jour. Le PCF a besoin d’un congrès extraordinaire, pour travailler sur son projet, pour voir s’il y a la possibilité d’un nouveau type d’organisation, pour reconstruire la volonté d’un travail commun avec d’autres forces, sur des bases nouvelles. Quant à la question de la création d’une nouvelle force politique, elle n’est pas taboue. Le PCF doit discuter à l’occasion de la préparation de son congrès extraordinaire. Ce congrès véritablement exceptionnel doit permette aux communistes de construire leurs décisions à partir des discussions avec d’autres, en connaissance de ce que d’autres pensent possible et souhaitent réaliser. Les communistes donnent des signes d’être prêts à construire du neuf si quelque chose de mieux qu’un PCF amélioré se présente comme possibilité réelle. Différentes étapes sont envisagées, avec les congrès en 2007 et 2008 dont la première pourrait déboucher sur « un programme de travail commun » à engager avec d’autres, sans raccourci, pour élaborer un projet qui permette de gouverner pour changer, pour réfléchir à l’outil, le parti, qui peut porter de tels objectifs, et pour voir avec qui il serait possible de la construire.”
Et Mélanchon d’ajouter dans « La gauche d’après » (septembre 2007):
« Dores et déjà, Marie George Buffet a mis plusieurs hypothèses sur la table. Parmi celles-ci figure la constitution d’un « Die Linke à la française ». De leur côté, plusieurs sensibilités de l’autre gauche impliquées dans la démarche des collectifs unitaires antilibéraux se posent aussi la question dune nouvelle construction politique. Des débats ont également lieu au sein de la LCR. Partout le besoin dune force nouvelle à gauche fait son chemin dans les têtes. » Ce schéma a ses partisans en France, notamment au sein de notre parti, le PCF, déjà intégré au « Parti de la Gauche européenne » avec « Die Linke ». Mélenchon multiplie, pour sa part également, les avances en direction du PCF. Le quotidien « La Marseillaise » daté du 15 novembre relate par exemple ses propos : « Si l’on ne peut demander au PCF de se saborder, il est permis de penser qu’il convient de passer par un front de gauche », une étape comme il y en a eu en Allemagne.
Mais l’exemple de « die Linke » ne peut que nous faire réfléchir et alerter notre vigilance de communistes attachés à l’avenir du PCF et de ce qu’il représente. L’association avec le social-démocrate Lafontaine a représenté la dernière étape de la mutation du PDS, lui-même issu du Parti communiste allemand, en parti ouvertement réformiste et pro-UE de « gauche ».
Mélenchon cherche-t-il à jouer le même rôle que Lafontaine contre une position de dirigeant politique national que le PS ne peut pas lui offrir ? La direction sortante du PCF cherche-t-elle à utiliser Mélenchon pour continuer à entraîner notre parti dans une recomposition à « gauche », à diluer son identité et à parachever sa mutation réformiste (cf. début de l’article : R.Hue)?
Concernant le PCF, sa stratégie et les élections européennes, N.Marchand rappelle ces propos de Patrice Cohen-Seat sur les “fronts” (Huma-21 juin 2008):
“On ne décrète pas de la vie et de la mort des organisations politiques de l’extérieur. Il faut partir de ce qui existe, de la diversité de nos cultures politiques, avec l’ambition de construire quelque chose. Pourquoi ne pas construire ensemble un front? La construction d’un tel front peut être une étape avant d’aller plus loin. » (Et ce front, précisait-il, « pourquoi pas lors des élections européennes? Et pourquoi pas un front à l’échelle de l’Europe?) »
Tout cela appelle l’intervention et le rassemblement des communistes pour des décisions de Congrès bien claires, mettant tout le texte en cohérence avec le choix de l’existence du PCF, de son autonomie et de sa transformation novatrice, à l’opposé par exemple d’une grande initiative consistant à l’ouvrir “à d’autres cultures politiques”. Et, aussi, une nouvelle direction vraiment en phase avec ce choix et non plus dominée par le doute sur la nécessité de l’existence du PCF. »
Nous avons toutes les raisons de le redouter et de mettre en garde nos camarades du Cap Corse contre un tel scénario. Mais ceci ne signifie pas que nous rejetions toute alliance selon les circonstances.
Il n’y a probablement pas de place pour un second parti social-démocrate en France à « gauche » du PS et le PCF, tant qu’il gardera ce nom, même avec des positions floues, ne pourra pas être le noyau d’un parti social-démocrate.
Cette évolution, à condition qu’elle soit validée, nous la refusons, car elle trahirait notre engagement : nous ne voulons pas devenir un parti réformiste, dériver vers l’accompagnement du capitalisme
« Nous nous situons dans l’héritage du choix de nos camarades en 1920 de rompre avec le réformisme de la SFIO pour devenir un parti révolutionnaire, un parti de classe et de masse. Continuer à transformer le PCF en parti réformiste, en parti institutionnel comme les autres est un choix que nous combattons au nom précisément de notre engagement. « (Section Paris XV)
Notre priorité reste plus que jamais de « faire vivre et renforcer le PCF », une condition de rassemblement pour mettre en échec et gagner des ruptures avec la politique au service du capital.
U cursinu Rossu
(avec N.Marchand, la section PCF de Paris XV°, D.Bleitrach, J.-J.Mélanchon…)