Blog de la section du Cap Corse du PCF
L’imposture (BAYROU 2)
La caricature d'hier, Bayrou hésitant entre droite et gauche, c’était pour rire. C’est pourquoi, en parlant de Bayrou, il faut reprendre Coluche : « pas de droite, mais surtout pas de gauche, faut pas déconner ! ».
La réalité du jeu politique « centriste »(sic) c'est plutôt qu'à droite et au MEDEF, certains en rêvent:
Après cinq ans d’un pouvoir absolu, un second tour entre deux hommes de la famille de ceux qui sont du côté du manche.
Nicolas Sarkozy et François Bayrou. Un remake soft du 21 avril, qui, pour le coup, nous ramènerait quarante ans en arrière. À l’époque, en 1969, le second tour de l’élection présidentielle avait opposé le successeur de De Gaulle, Georges Pompidou, au centriste Alain Poher. Mais pour l’heure, ce n’est qu’un rêve. Et à y regarder de plus près, cela ressemble même à une grossière opération politique. L’hypothèse de la présence de François Bayrou dans le duel final n’est en réalité validée par aucune enquête d’opinion : pas une ne le place en seconde position, toutes continuent de le donner loin derrière Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Et pourtant, qu’importe, les instituts de sondage font mine de prendre au sérieux cette hypothèse que leurs propres études invalident, et la testent sous toutes les coutures. François Bayrou est devenu la nouvelle coqueluche des sondeurs et des médias.
Alors, pourquoi une telle opération à ce moment précis de la campagne, si ce n’est pour tirer encore et toujours
le centre de gravité de tous les débats vers la droite, pour fermer décidément la porte à toute autre alternative ?
Car Bayrou recycle le programme de Sarkozy
La « priorité » de son programme est de réduire les déficits publics(sic).
F. Bayrou fait mine de donner des gages aux électeurs de gauche. La déclinaison des grandes lignes de son programme par son bras droit et président du groupe UDF à l’Assemblée nationale, Hervé Morin, ne laisse pourtant pas de doute : il est bien de droite.
Priorité des priorités : « réduire les déficits publics ». François Bayrou ne fait pas d’économie, mais plutôt des économies, en voulant gérer la France comme un ménage. Son projet, toujours pas chiffré (la présentation officielle devrait intervenir début mars) est « fondé sur une idée simple » : les « 20 milliards de dépenses nouvelles seront compensés par 20 milliards d’économies ». Trois « axiomes », selon Hervé Morin, sous-tendent la politique de son candidat. Tout d’abord, il veut inscrire, « dans la nouvelle Constitution, l’interdiction du déficit budgétaire de fonctionnement de l’État ». Ensuite, « toute baisse des prélèvements obligatoires doit être compensée par des économies ». Enfin, suite logique de cette politique, « la structure publique doit être remise à plat ». Hervé Morin développe ce qu’a toujours été la vraie politique économique de la droite : rigueur budgétaire, baisse des impôts de solidarité et réduction des effectifs de la fonction publique. Ce que confirmait François Bayrou lui-même sur France 3, avouant vouloir « réduire le nombre de fonctionnaires dans les secteurs où l’État peut être plus léger qu’il ne l’est ».
Le candidat de l’UDF s’inspire-t-il du programme de l’UMP, ou est-ce le contraire ? François Bayrou ne propose certes pas le contrat unique, car les « différents types de contrats correspondent à des situations économiques différentes »nous dit H.Morin. Mais il dispute à Nicolas Sarkozy la paternité de sa proposition de « réduction des cotisations sociales sur ces heures » supplémentaires. « Nous proposons cela depuis 2002 », rappelle Hervé Morin, qui souligne que Sarkozy va plus loin en demandant « l’exonération d’impôt sur le revenu sur les heures supplémentaires », ce qui est, selon lui, « contraire à la Constitution et au principe d’égalité ». Comme le candidat de l’UMP, François Bayrou dit ne pas vouloir revenir sur les 35 heures. Une précision d’Hervé Morin fait pourtant craindre une décision dans ce sens : « la durée du travail pourrait, sur le long terme, être fixée par les partenaires sociaux dans le cadre des branches ». Le Code du travail plié aux désirs des dirigeants des branches professionnelles ? Sans doute une idée de gauche selon Bayrou...
Encore une fois, pourquoi une telle opération à ce moment précis de la campagne ?
La candidature socialiste peine à convaincre, elle laisse des pans entiers du peuple de gauche sur sa faim. En multipliant les appels du pied aux « hommes de bonne volonté » issus de la gauche, François Bayrou occupe le terrain laissé vacant ; tout en tirant la charrette vers la droite en recyclant les thèses classiques du grand patronat sur l’excès de dépenses publiques et l’excès de charges pour les entreprises.
Une partie de la gauche, tentée par le compromis social-libéral, voit dans la menace Bayrou l’opportunité de tirer le PS dans cette voie. Au point qu’on a dit, ne riez pas, « que la candidate socialiste, contrairement à ce qu’elle faisait durant la campagne interne, était redevenue « l’otage du PS et de l’extrême gauche » Et qu’ elle traînait « les boulets de la gauche »,
Qu’elles viennent d’un côté ou de l’autre, les sollicitations poussent toutes dans la même direction : fermer la porte à toute réorientation résolue de la gauche vers une politique antilibérale. Tout ce qui vise à provoquer ce débat, à ouvrir une réelle confrontation sur les insuffisances manifestes du programme Royal pour résoudre les grands problèmes sociaux et combattre avec succès la droite, est volontairement minimisé, marginalisé, voire ignoré. Il n’y aurait donc qu’une alternative pour les insatisfaits du duo Royal-Sarkozy, le vote Bayrou.
En ce sens, la candidature centriste fournit une belle béquille à l’opération de bipolarisation, l’aidant à tenir debout quand elle boîte trop fort. Car les promoteurs du bipartisme le savent bien. Malgré le lancement,
à droite avec Sarkozy, à gauche avec Ségolène Royal, de candidatures présentées comme rompant avec l’ancien système politique, l’opération ne fait pas totalement illusion. Les citoyens continuent de chercher des réponses qu’ils ne trouvent pas dans ce scénario sur mesure.
Pour prévenir toute recherche d’alternative à gauche, il faut donc continuer de brouiller les cartes. François Bayrou est un atout de plus dans ce jeu de dupes.