Blog de la section du Cap Corse du PCF
19 mars 1962 HISTOIRE :
"d'Alger à Buenos Aires, l'école Française de l'impérialisme"
A l'heure du départ en retraite de Jacques Chirac, les éloges se multiplient vantant son" humanisme", sa "vision pacifiste" du rôle de la France dans le monde opposé au militarisme états-uniens. Pourtant, l'histoire coloniale du monde nous révèle une France qui a été l'experte de la manipulation idéologique, de la répression sauvage, de la torture et des disparitions de militants...
C'est ce que nous décrit le livre de Marie-Dominique Robin "Escadrons de la mort, l'école française". Elle détaille l'histoire de ces généraux Français qui feront pendant la bataille d'Alger, la démonstration de l'efficacité de leur nouvelle stratégie de "guerre subversive" où tous les moyens sont bons pour détruire un ennemi disséminé dans la population et largement soutenu par elle.
C’est le lieutenant-colonel Roger Trinquier qui sera à l’origine de la théorie " antisubversive ". Membre des GCMA (groupement commandos mixtes aéroportés) en Indochine, Trinquier écrit le fameux ouvrage la Guerre moderne dans lequel, il théorise la répression en zone urbaine : quadrillage, fichage, rafles, enlèvements, torture. En 1957, Aussaresses met en application ces principes pendant la bataille d’Alger. Le terme " escadron de la mort " vient de naître. La base de cette doctrine est " le renseignement ". " C’est l’un des enseignements que nous ont transmis les Français de leur expérience en Algérie ", affirme le général Ramon Diaz Bessone, responsable des camps de concentration du nord-est de l’Argentine pendant la dictature. En 1957, 60 militaires argentins en stage à l’École de guerre à Paris viendront faire leurs premières armes " antisubversives " en Algérie. Parmi eux, on trouve le colonel Lopez Aufranc qui, en 1961, dirige le cours de lutte interaméricain antimarxiste à la conférence des armées américaines (CEA) devant 39 officiers représentant 13 pays d’Amérique du Sud. Les théories de Trinquier sont alors traduites en Anglais et en espagnol.
Alors qu’Aussaresses devient l’attaché militaire français sous la dictature brésilienne entre 1973 et 1975 (après avoir été instructeur aux États-Unis à Frot Bragg), un ancien d’Indochine et d’Algérie, le colonel Robert Servant, est envoyé en 1974 à Buenos Aires par le premier ministre de Pompidou, Pierre Messmer. Il s’installe au quartier général de l’armée de terre, alors dirigé par le futur dictateur Videla, jusqu’en octobre 1976. Ainsi, les théories françaises seront appliquées à Buenos Aires lors du coup d’État de Videla, en mars 1976 où les quartiers sont quadrillés, les individus fichés, enlevés et torturés comme pendant la bataille d’Alger.
Ces militaires qui ont joué un rôle important pour relancer les guerres coloniales française au sortir de la résistance, alors que tout indiquait déja le besoin de changements profonds des rapports Nord-Sud. Leurs expériences est considérée par tous les militaires du monde comme exemplaires et instructives... A tel point qu'on dit que l'armée US aurait demandé conseil à l'armée Française avant la guerre d'Irak !
D'Alger a Buenos Aires, les impérialismes se révèlent toujours plus brutaux, inhumains, capables du pire. Les dénonciations des crimes de l'armée US en Irak ou à Guantanamo doivent aider à montrer que c'est la logique d'un système, partout dans le monde, qui est à l'oeuvre derrière les bras des bourreaux, que ce système n'est pas celui des autres, mais qu'il est la nature même du système capitaliste, de la loi de la "concurrence libre et non faussée" qui transforme la société et le monde en terrain des guerres économiques qui sont toujours aussi des guerres militaires.
Pour les communistes, cette histoire de l'école française de l'impérialisme peut servir de leçon... révolutionnaire. On ne pourra pas changer de société en France, sans changer de rapport entre la France et le monde, sans rompre avec les institutions existantes qui organisent la domination impérialiste et construire des relations de coopérations dégagées des rapports de domination et des pressions militaires !