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Blog de la section du Cap Corse du PCF

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Le retour des exilés...

Le maître d’hôtel

Ils reviennent ! Les malheureux Français qui avaient été contraints à la morne souffrance de l’exil, loin de nos collines, rentrent à la maison. Notre coeur saignait, il exulte : ainsi les Mulliez, Defforey, Taittinger, Jaffré, Darty, Louis-Dreyfus, Zacharias, Hechter, Lacoste, Bich... bref, la fine fleur des affaires françaises, flanquée de quelques joueurs de mandoline et de spécialistes du biceps, retrouve les douceurs de la patrie. Ce sont les exilés de la fortune. Ils avaient filé en Suisse, en Belgique ou ailleurs, dans leur bolide Aston-Martin, pour fuir l’enfer qui n’était pas de Dante, mais de l’impôt. M. Sarkozy entre à l’Élysée, tout auréolé de sa fraternité avec un marin d’eau douce milliardaire ; eh bien ses amis les riches de retour se présentent aux portes du palace et réclament tous les soins et tout le confort au nouveau « patron ».

Ce n’est pas un président de la République, c’est un maître d’hôtel.

Et bien non ! C’est une blague... Ces messieurs posent des conditions pour leur retour au bercail. Hier le Figaro - ce journal qui retrouve des accents très modernes, autrement dit du XIXe siècle - annonçait très solennellement que « l’impôt sur la fortune (ISF) a fait fuir deux contribuables par jour ». Deux ? Quelle tragédie !

Il faut dire que ces voyageurs-là n’étaient pas sans bagages : par exemple Antoine Zacharias a foncé

en Suisse à la tête d’une troupe de 200 millions d’euros.

Dans une division inférieure Philippe Jaffré (Elf) s’est contenté de s’asseoir en Belgique sur un pactole

de 30 millions d’euros. Ils portent presque tous  la casaque des rois des « stock-options » ou des « golden parachutes ». Ce sont les exilés cousus d’or. Et en plus, leur trahison de la République a servi de bélier pendant la campagne électorale à l’offensive du candidat Sarkozy en faveur des privilégiés.

En réalité, le phénomène de la fuite des beaux quartiers, du côté de Zurich ou de Bruxelles, a été délibérément grossi. L’opération relève de l’escroquerie. En effet, entre 1997 et 2005, 3 800 contribuables redevables

de l’ISF ont quitté la France. Or 450 000 ménages sont redevables de ce prélèvement particulier. Si on rapporte ces chiffres aux 18 millions de citoyens assujettis à l’impôt sur le revenu, l’hémorragie prétendue relève de la goutte d’eau. Franchement, il ne nous a pas semblé que du côté socialiste on opposait à cette idéologie du « malheur » des riches une résistance bien vive.

Tout à trac et benoîtement, un banquier qui a mené son investigation du côté des grandes fortunes industrielles françaises fait l’observation suivante : ces gens-là posent à leur retour en France deux conditions essentielles,

la suppression de l’ISF et l’inscription du bouclier fiscal cher à M. Sarkozy parmi les articles de la Constitution française. Diable ! Et pourquoi ne pas inscrire sur les tablettes souveraines de la nation le caractère sacré de la richesse des riches ? Et pourquoi ne pas décréter abolie la nuit du 4 août 1789 qui a précisément aboli les privilèges séculaires de l’Ancien Régime ?

Au bout du compte, les affairistes « étrangers » avouent très vite qu’ils se méfient surtout des « mentalités françaises ». De notre histoire, quoi... L’histoire du combat incessant pour la justice. M. Sarkozy aussi s’en méfie beaucoup.

On ne va quand même pas accueillir ces déserteurs à l’aéroport entre deux haies d’écoliers de la Seine-Saint-Denis et aux accents de la Marseillaise.

                                           Claude Cabanes

 (Article paru dans l'édition de l’Humanité  du 11 mai 2007

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